DES DIALECTES ET DE LA MÉTRIQUE D'ANACRÉON
C'est dans le dialecte ionique qu'Anacréon, né â Téos et ayant vécu dans les villes ioniennes de Samos, d'Athènes et d'Abdère, écrivit ses poésies; mais, comme Hérodote distingue quatre variétés d'Ionismes (i), on ne saurait après une transmission orale depuis tant de siècles dans toutes les parties du monde où la langue grecque était parlée , rien dire de précis à cet égard.
L'emploi de dorismes se fait remarquer en plusieurs endroits. Selon les contrées dont les dialectes différaient, les chansons d'Anacréon, en raison même de leur universalité, devaient se ressentir des variétés du langage. Telle est l'opinion de Otfr. Millier (2).
Mais on peut croire qu'à l'exemple d'Homère qui dans ses poésies nous offre le mélange de divers dialectes, Anacréon eut recours quelquefois aux formes doriques pour donner à sa poésie plus de sonorité et d'expression (3).
La Grèce, tout en ayant l'heureux privilège d'être encore plus unie par une seule langue nationale que n'est la France, qui au midi, à l'est et à l'ouest compte trois langages d'origine barbare : le basque, le tudesque et le celte, avait
(i) L. I, c. 142. Voy. Bergk, Anacr. reliq., p. 63 et sq.
{1) Voy. Colincamp, De xtate carmin, anacreont.^ p. 10. Ce n'est pas seulement dans les odes que nous a données le manuscrit palatin qu'on voit des traces de ce dorisme, on en retrouve encore dans les fragments recueillis à d'autres sources.
(3) Hinc satis crecUbile est, factum fuisse, ut poetae adsuescerent, dialecto ionicœ doricis passim formis modeste immixtis majorem conciliare sonum, doritam autem ionicis formis illatis emollire. {Voy. Jacobs, Préface (le l'Anthologie et les Prolégomènes de Mehlhoi-n^ p. 10 et sq. de son édition d'Anacréon , Glogovur^ 1825)
aussi, comme nous, de nombreux dialectes, que chaque contrée conservait avec son gouvernement autonome. Ces différents dialectes rappelaient à chacun son origine et sa nationalité dans la nationalité commune, et les chefsd'œuvre de quelques hommes de génie les maintenaient dans leur intégrité avec des règles fixes, et non variables et incertaines comme dans nos dialectes qui furent successivement absorbés par la monarchie française dans son envahissement politique et littéraire (i).
On ne s'étonnait donc pas en Grèce d'entendre au théâtre, dans toutes les tragédies et les comédi s les chœurs en dialecte dorique se mêler au dialecte ionique.
Le mètre attribué le plus généralement aux poésies d'Anacréonestleverschorïambique modifié parle diïambe (2).
En 246 Térenlianus Maurus écrivait qu'il ne saurait dire quel était le mètre des Cantilenœ dulces d'Anacréon.
Parmi les éditeurs modernes, Mehlhorn en 1825 et Théodore" Bergk en 1834 se sont occupés plus spécialement des questions relatives au dialecte, à la métrique et à la prosodie des poésies d'Anacréon.
(i) Dans ces derniers temps l'étude des dialectes et patois de la France est devenue l'objet d'une attention toute spéciale, et quelques poètes y ont môme obtenu une certaine célébrité. Tels sont MM. Foucaud ; Mistral, Jasmin et autres pour la langue d'oc , pour le patois bourguignon La Monnoie, et pour le patois de la Saintonge M. Burgaud des Marets, dont les fables et comédies ont eu un succès d'enthousiasme dans le pays natal. Parmi les savants et amis des lettres qui se sont livrés à l'étude de ces variétés de notre langue, se distingue le prince Lucien Bonaparte, qui par ses immenses travaux sur les idiomes de l'Europe s'est placé au premier rang des philologues.
(2) Voy. l'excellente dissertation de M. F. Diibner sur la métrique des anciens. Complément de V Encyclopédie moderne, t. IX , publié par MM. Léon Renier, Noël des Vergers et Carteron, et celles de M. Colincamp : De xlate carminiun anacreonflcoriun, Paris, Durand, 1848, p. 8, et Anacreontis carminum reliquke de Bergk, p. 49.