‹ Notice sur AnacréonChapitre 9 sur 12 · DES EDITIONS D ANACREON · texte numérisé non relu

DES EDITIONS D ANACREON

C'est avec une traduction latine, aussi fidèle qu'élégante, faite par Henri Estienne que parut, en 1554, la première édition d'Anacréon, à laquelle j'aime à croire que le jeune éditeur mit aussi la main comme typographe dans l'imprimerie de son père. Pour le texte il employa le gros caractère grec dont la gravure par Garamond est un véritable chef-d'œuvre. Dans le commentaire qui vient à la suite, Henri Estienne éclaircit quelques difficultés du texte, et dans un avis à la fin des odes il annonce derechef sa traduction en français cV Anacréon (i).

Il est donc très-probable que cette traduction a été publiée, quoiqu'aucun exemplaire n'en ait été retrouvé : il est tel écrit de Henri Estienne en français dont on ne connaît que deux exemplaires. Ce ne serait d'ailleurs pas le premier livre imprimé qui aurait complètement disparu : c'est ainsi que l'édition des deux premiers livres de Stace mis en vers par Pierre Corneille, et imprimée avec privilège en 1671, n'existe plus; elle ne nous est connue que par quelques vers cités par Ménage en 1675 {i).

Dans une lettre que reproduit Bayle, LaMonnoye exprime cependant quelque doute au sujet de cette traduction d'Anacréon par H. Estienne, et dit que « lorsque Remy Belleau

(i) Anacreontis odas, quas jam ante Gallicas feceram, in aliquot amicorum gratiam latine quoque aggressus sum vertere. Henricus Siephanus lectori 5., p. 64, éd. d'Anacréon de 1554.

(2) 11 indique les pages 66 et 68 de cette édition. Voy. V Histoire de la vie et des ouvrages de Corneille par J. Taschereau, nouvelle édition in- 18, Jannet, p. 247.

fil paraître la sienne en vers français, elle parut peut-être si belle à Henri Estienne, qu'après l'avoir lue il n'osa publier celle qu'il avait faite en la même langue. » La traduction de Henri Estienne était donc aussi en vers : la perte serait alors encore plus regrettable.

La seconde édition d'Anacréon parut deux ans après, en 1556, format in-8°; elle ne diffère que par la suppression de l'avertissement en grec, remplacé par un autre avis, qu'il écrivit aussi en grec. La belle ode de Sapho «lïaivsxat fxoi xetvoç... y paraît pour la première fois.

A l'âge de douze ans, le jeune abbé de Rancé publia, en 1639, une édition accompagnée de savantes scholies en grec(i), et il la dédia au cardinal de Richelieu (Armand), qui l'avait tenu sur les fonts baptismaux. Dans la dédicace, en grec, qu'il lui adresse, il le remercie «des bienfaits dont l'a « comblé sa puissante protection, bienfaits qui ont devancé (( les ans de V adolescence , et lui témoigne sa reconnaissance « pour l'encouragement qu'il a daigné accorder à ses pre- (( mières études et à ses premiers essais »

Dans une ode anacréontique en grec ce jeune abbé est comparé, avec plus d'érudition que de convenance, à Bathylle, à Bacchus et à Vénus, et à toutes les jeunes filles :

El- 'AvaxpéovTo; tbSàpta xal 'ApfxavSov <j/oX'.a<y':Y;v 7ipO(jçtovrj(T'.;.

Tî (TOI ÔeXei; YevetjOai, KpeixTwv TtoÀO Ba^iû^Xou,

'AvaxpÉwv àoiSe; KpsÎTTwv ttoaù Auaiou,

'H âp' èpàç BàOuXXov; KpeÎTiwv tcoX-j KyOTQpy);,

"H dcp' èpà; Auaîov ; Kwtxo'j te, Ttapôiviov xe'

'H àp' èpà: KuOripYiv ; 'Ap[JLav6ov el yàp âv (7/^: , «

*H TiapOevwv /opsia; ; 'Eppco^', lyz(^ xà 7râv:a. 'ApfJLOvSo; ouTo; èatt

Parmi d'autres poésies grecques qui accompagnent cette édition se trouve une ode sur Anacréon par Henri

(i) 'AvxxpsovTo; Tr,tou ta (i.fXr, , [iSTà ayodtàs 'lojotvvo'j 'Ao[/,àv5ou Bou- T'.).)>7lpioy 'Apxtu-avôpiTou. Ex typograpliia Dugast. Ad olivam Bob. Stéphanie 1639, in 8". Voy. la Notice de Chardon de La RocUette : Mélanges de critique et de philolojie, 1. 1, p. 144.

SUR AXACREOX. M

Estienne; mais comme il mourut à Lyon, en 1593, il ne peut l'avoir composée pour l'édition de ce jeune homme. J'ignore où et comment l'abbé de Rancé se l'est procurée (i).

Les scolies grecques qui suivent chaque ode expliquent fort bien le texte. La rédaction en est faite avec goût, les expressions sont choisies dans les anciens lexiques grecs, et la manière d'expliquer convenablement pour ou par un jeune abbé certains passages du texte est des plus ingénieuses; aussi des critiques pensent-ils qu'on doit voir dans ce travail moinsl'œuvre de l'élève que celle du précepteur. Gela prouve du moins l'excellence de la méthode que le maître adopta pour développer les heureuses dispositions du jeune de Rancé, qui d'ailleurs, par ses facultés précoces, s'est placé au nombre des enfants illustres (2). 11 serait à désirer qu'une méthode semblable fût suivie par des maîtres savants et intelligents (3).

En 1660, Tanneguy Lefèvre fît paraître à Saumur une édition du texte grec accompagné des versions latines de Henri Estienne et de Elias Andréas; son commentaire contient des observations très-judicieuses, où il émet des doutes sur l'authenticité de plusieurs des odes attribuées à Anacréon.

En 1681, la fille de Lefèvre, madame Dacier, reproduisit ces notes dans l'édition qu'elle publia du texte avec sa traduction en français.

En 1705, J. Barnes, à l'aide d'une copie incorrecte,

(r) Celle édition de l'abbé de Rancé, supprimée plus tard par lui-même , est devenue d'une extrême rareté. Voy. la Relation (anonyme) de la vie et de la mort de quelques religieux de la Trappe, 1775, în 12, t. II.

(2) Baille! : Enfants devenus célèbres par leurs études et parleurs écrits. Dans ses Jugemens des savans, t. V, part. I, p. 310. — Klefeker dans 6Si Bibliotheca erudUorum prxcocium ; Hamboorgliche zeit, 1717, in-S".

(3) Je me rappellerai toujours avec un souvenir pieux et reconnaissant que dans ma jeunesse M. Baissonade prenait soin d'inscrire luimême et de me faire inscrire sur une édition à grandes marges des dialogues de Lucien les notes résultant des doctes instructions qu'il voulut

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recte, du manuscrit palatin, améliora pourtant en quelques endroits le texte de H. Estienne, quoiqu'il se soit permis des changements arbitraires. Il y rassembla pour la première fois les fragQients épars d'Anacréon.

En 1732, Corneille Pauw, qui avait obtenu une autre copie de ce manuscrit, non moins inexacte , put opérer aussi quelques changements au texte. Son édition a peu d'autorité.

J.-Fr. Fischer donna plusieurs éditions critiques d'Anacréon, en 1754, en 1776, et en 1793 à Leipzig; celle-ci est la plus estimée et la plus complète. Le commentaire, très-étendu, contient les variantes du manuscrit palatin et les corrections proposées ou admises par les précédents éditeurs.

En 1786, Brunck, dans son édition imprimée à Strasbourg, introduisit d'heureuses corrections.

Dans sa charmante édition qui fait partie du SyLloge poetarum grœcorum ( imprimé chez J. Didot en 1823) M. Boissonade offre un texte revu avec soin et avec goût, qui résume les travaux antérieurs, et peut être regardé comme définitif. C'est ce texte qui est généralement suivi. En 1831, dans une réimpression, M. Boissonade y a fait quelques changements; nous nous ysommes généralement conformé.

L'édition donnée parMehlhornen 1825 diffère peu quant au texte de celle de Boissonade; mais les prolégomènes, le commentaire et la dissertation sur la métrique rendent cette édition préférable à toutes les autres.

Parmi les innombrables éditions d'Anacréon publiées dans les divers pays depuis Henri Estienne , je me borne à citer celles-ci où le texte a été réellement amélioré par les efforts de la critique.

bien, à la prière de mon père, me donner ainsi qu'à mon jeune frère H\acinthe Firmin Didot.

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