Scène IV. — Scozzone pénètre dans l'atelier, et le sculpteur
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n'a que le temps de recouvrir sous ses voiles la statuette cachée par lui avec un soin jaloux. La curieuse voudrait voir; le refus aigrit son humeur ; de l'ironie, elle passe à la colère ; elle menace, et Benvenuto, ne se contenant plus, la chasse brutalement. Tel est le sujet de ce duo, important au point de vue dramatique, puisqu'il amène une rupture d'où sortira plus tard le dénouement de la pièce, important au point de vue musical, car, sous l'apparence d'un morceau classique en sa forme, il décèle l'emploi constant et raisonné d'un seul Motif, celui de la Jalousie (M. V. c\ C'est cette espèce de gamme chromatique ascendante qui se nuance diversement, suivant les péripéties de l'entretien et devient le commentaire obligé du dialogue.
Au début (p. 172 et 173) [166 et 167], le Motif s'annonce haletant, mais avec une pointe de coquetterie, car les personnages ne savent pas encore s'ils vont rire ou se fâcher.
AlI"°raod'». ^ ^
(1" Vns.) • • •
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Devant les paroles agressives de Scozzone: (f Ta nymphe, ta déesse! » (p. 174 [168], m. i), le Motif devient plus précis et plus ferme :
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11 mène insensiblement à une phrase passionnée (p. 174 [168], m. 7), qui sera rappelée à la quatrième scène du IV" acte, et semble caractériser le désespoir amoureux du personnage :
NOTICE SUR ASGANIO M. R. IX. — Détresse (Scozzone).
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Mais, sous cette même phrase, le Motif de la Jalousie (M. V. c) se glisse pour en préciser le sens ; les notes de cette gamme ascendante, données par la clarinette et le hautbois, frappent à intervalles réguliers, comme autant de coups d'épingle, le cœur de la malheureuse (p. 174 [168], m. 10), poco a poco accelerando.
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et presque aussitôt se fondent dans l'accompagnement qu'elles hérissent de leurs pointes (p. 175 et 176) [169 et 170], sous ces deux formes:
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AU", non trop-o.
(Fi.) ya.)
NOTICE SUR ASCAXIO
Même au passage où la plainte de Scozzone prend avec les mots « Pour avoir connu trop d'ivresses » un caractère franchement mélodique, le Motif rampe encore dans l'orchestre {p. 177 [171], m. S):
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flTr
Il devient plus fiévreux à mesure que la colère précipite les paroles ; il monte et descend tour à tour (p. 178 et 179) [172 et 173],
Allegro.
„ Alleirro. ^-^ ^-
tC. B.)
pour revenir dans la ritournelle finale (p. 180 [174], m. 8) à son allure primitive, à sa forme originelle, mais plus terrible, plus rude, sous TetTort des instruments à cordes qui le prennent au SI grave et le promènent chromatiquement sur une échelle de trois octaves :
Molto Allepro.
Oiistuor,
Après le départ de Scozzone, Benvenuto se repent de sa ru-
desse et le Motif de la Tendresse (M. V. a) traduit douloureusement (p. i8i [175] m. i) les remords de son cœur.
Scène V. — Il peut sembler singulier de voir critiquer ici par le commentateur ce duo qui soulève toujours les applaudissements du public, et qui, dès le premier soir, a fixé le succès de l'ouvrage. Et pourtant j'y rencontre une défaillance ou, si l'on veut, une négligence, un oubli des procédés jusque-là employés, qui me trouble et m'empêche d'en proclamer l'absolu mérite.
Voici la scène. Ascanio entre porteur d'un message du Roi. Mais Benvenuto néglige d'abord de le lire ; il est tout entier à son rêve d'artiste, fait, comme il le dit, de charme et de danger; Hébé tient son cœur, et fier, heureux d'être compris, l'avare consent à montrer son trésor. Il découvre la statuette dans laquelle Ascanio, stupéfait, reconnaît Colombe, celle qu'il aime. Or, le maître n'entend pas sa plainte, et, s'enivrant de ses désirs, il entonne l'hymne de l'amour et de la beauté.
Dans une telle situation, le leitmotiv semblait s'imposer. On pouvait y retrouver les Motifs du Travail et du Maître, agrandis, idéalisés pour traduire l'excellence de l'œuvre, les Motifs de la Beauté et d'Hébé pour la mieux caractériser, enfin l'un des Motifs d'Ascanio transformé pour exprimer son angoisse et sa torture. Rien de tout cela. Un seul Motif, celui de la Beauté (M. VI) accompagne à la fois la demande de Benvenuto « l'Hébé que je cherchais » (p. 184 [178], m. 2) et la réponse d'Ascanio « Quelle femme ne serait fière ? » (p. 185 [179], m. i),
AU"» con moto.
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NOTICE SUR ASGANIO
Ali"' con moto.
puis reparaît dans le tutti, des instruments, avec une variante déjà connue, lorsque le voile tombe (p. i86 [i8o], m. 1 1). Tout le récitatif du début forme une phrase à part, et le chant de triomphe ne tient par aucun lien au reste de Topera. A la rigueur, on pourrait admettre que cette explosion répondît à un sentiment nouveau et prît par conséquent une forme nouvelle. Mais comment la douleur d'Ascanio n'a-t-clle pas trouvé dans les trois Motifs du personnage les éléments musicaux propres à la traduire? pourquoi donne-t-elle naissance à un Motif (p. 188 [182], m. 7) qui sera simplement rappelé à la scène II du troisième acte?
M. H. X. — Tristesse (Ascanio).
Ail" non tioppo.
Ascanio.
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0 douleur! mor - Ici - le con-fi - dcnce, il l'ai - mait !
C'est une question que je pose sans la résoudre. Cela dit, il n'en coule pas d'admirer la chaleur avec laquelle se traduit l'enthousiasme de Benvenuto ; son ivresse contraste puissamment avec cette gamme chromatique descendante qui correspond aux sanglots d'Ascanio (M. R. X.), et la mélodie, modulant par deux fois au moment opportun, de la majeur à la mineur et de la
mineur à l.% bémol majeur avant de rentrer par Taccord de sixte et quarte au ton initial, échappant ainsi à tout reproche de banalité, coule abondante et large, comme elle l'eût fait dans le duo du plus classique opéra.
Scène VI. — Une observation du même genre s'applique à cette scène qui termine le premier tableau du second acte. L'écho d'une aubade, donnée dans les jardins du Nesle, arrive par la fenêtre du fond, et Scozzone, voulant éprouver son amant, lui annonce le prochain mariage de Colombe d'Estourville avec le vicomte d'Orbec. L'artiste n'est plus maître de ses impressions; sa colère éclate; il ira demander justice au Roi, et, précisément, le Roi lui écrivait tout à l'heure. 11 lit cette lettre et la froisse avec rage : c'est une disgrâce, c'est l'exil. Benvenuto reconnaît le coup porté par la Duchesse; rien ne l'arrête plus. « Je ne suis pas sujet du Roi, » s'écrie-t-il; il prend ses armes, son manteau, et, le poing tendu vers le Petit Nesle, il s'éloigne, afin d'offrir ses services à l'empereur Charles-Quint.
Là, même absence regrettable de motif conducteur ; tout se concentre sur un thème spécial à cette scène, composé de deux éléments qui sont traités en contrepoint double renversable, et soutiennent le dialogue.
Mollo Allegro.
(IrsVns.) f
(Violonc.) (Basi.)
Ce finale, bref d'ailleurs, est conduit vivement ; mais la musique nous touche moins, parce qu'elle ne forme, pour ainsi dire, plus corps avec les personnages qu'elle dépeint. Elle pourrait convenir à toute situation analogue, se passant dans un milieu
56 NOTICE SUR ASCAMO
différent, et par là elle prête le flanc aux reproches, non de la foule, mais des juges sévères qui raisonnent au nom de la logique.
2* Tableau (i). — Par des raisons qu'il faut bien admettre sans les discuter, lorsqu'on les ignore, tout ce tableau a été coupé (2) avant la première représentation à l'Opéra. L'économie de quelques minutes est un gain médiocre qui ne compense pas la perte d'une scène doublement importante, d'abord comme drame, puisqu'elle expliquait la haine de la Duchesse pour Colombe et la vengeance qu'elle prépare, ensuite comme musique, puisqu'elle amenait l'éclosion des deux Motifs essentiels, l'un esquissant la figure de Colombe, l'autre complétant celle de la Duchesse.
Une analyse thématique ne saurait s'accommoder d'une telle suppression, et le devoir du critique est de passer outre, com.me si elle n'était que provisoire.
La toile se lève sur le Motif de François /*"" (M.R.lIl), qui sert d'entr'acte et montre le Roi devisant galamment avec la Duchesse. Son madrigal, dont le second couplet est écrit pour deux voix concertantes, a la grâce affectée qui convient à ce badinage de tour archaïque, à ce joli pastiche où poète et compositeur semblent vraiment avoir évoque la musc de Ronsard.
Le Roi s'éloigne et Ascanio survient. Basson et cor anglais rappellent d'abord le Motif de la Tristesse (M.R.X) au moment où le jeune homme parait (p. 209 [203], m. 9) ; bientôt la pensée de Colombe jaillit en son cœur et le Thème de V Amoureux (M. 111. c), fragmente, interrompu, presque indécis, traverse comme un souffle léger sa douce rêverie (p. 210 [204], m. i) :
1) V. la note de la page 45.
(2) La version nouvelle en rétablit les trois premières scènes qui se passent dans les jardins de Fontainebleau et forment ie début du troieme acte.
NOTICE SUR ASGANIO
Andantino
mais déjà la Duchesse est devant lui, souriante et coquette. Elle a fait venir Ascanio qui lui apporte le bijou commandé par elle, et le Thème de la Passion (M. VII. c), énergiquement formulé par les violons, explique dès l'entrée sa pensée secrète et le but du rendez-vous (p. 211 [205], m. i). Le Thème de la Coquetterie (M. VIL a) s'y joint et souligne le compliment que vaut à l'artiste ce lys admirablement ciselé : « Vous excellez en cet art précieux» (p. 212 [206], m. 8). Or, Ascanio ne comprend rien à ces avances ; une seule pensée, traduite par le Thème de l'Amoureux (M. III. c) occupe son esprit (p. 214 [208], m. 2). « J'ai fait un rêve enchanteur, » ajoute-t-il, dans une cantilène charmante, dont le seul tort est de ne rappeler aucun des motifs caractéristiques du héros, et déjà la Duchesse se méprend sur cet aveu. Elle pousse le jeune homme à confesser un amour dont elle se croit l'objet : « Ah! parlez ! lui dit-elle radieuse (p. 216, [210], m. i) et les Thèmes de la Passion et de la Coquetterie (M. VIL c et a), le premier avec une variante,
Andantino (FI. Viol, solo.)
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espres.s.
-ii-0-
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NOTICE SUR ASCAMO
commencent à enlacer la victime. Le Thème de la Fourberie (M. VII. b) se mêle à son discours (p. 217, m. 17) :
Il est si doux de se l'entendre dire, Ce mot qu'un bien-aimé soupire.
et la mélodie se fait plus caressante, plus troublante :
„(!" Vns.) ^
VJy it
p csprexs
Ascanio, toujours aveugle ou naïf, répond simplement : « J'adore un ange pur et doux » (p. 218 [211], m. n) sur le Thème de V Amoureux (M. III c), ainsi rythmé :
(Fl. solo.)
ZI
PP
us:
puis il se trouble en voyant s'avancer Colombe. La Duchesse a compris ; voilà donc la rivale, et sa colère se manifeste par un Motif nouveau (p. 219, m. 7) |2i2, m. ii|, qui non seulement domine toute la fin de cette scène, mais reviendra plus tard, car il achève de peindre le coté mauvais de cette ligure cl forme le quatrième des Motifs de la Duchesse :
M. VII. d. — Thème de la Vengeance.
(Altos et Violonc.)
aA
zn
(') Ce n'est d'abord qu'un fragment, un éclair précédant le Thème de \di Passion (iM.VII.c) qui sillonne l'apostrophe de la Duchesse à la jeune fille (p. 220, m. i) et explique son attitude. Un autre Motif, également nouveau, se montre alors (p. 221, m. 8), personnifiant Colombe, doux, simple et pur, comme le lys dont elle est parée :
M. XI. — Motif de Colombe.
(Cor solo.i
nzi
Canlabile.
Pressé de décider entre les mérites de la tleur naturelle et ceux de la fleur en forme de bijou, Ascanio n'hésite plus ; le Motif de Colombe (M. XI) révèle sa pensée et le Thème de la Vengeance (M. VII. d) gronde sourdement pendant le dialogue (p. 222 et 223). Vainement, le Thème de ia Coquetterie {}\.\\\ .3) témoigne d'un dernier effort de la Duchesse (p. 223, m.' 17). Le Motif de Colombe (M. XI) plus chaleureux, plus serré.
(i) C'est ici que se produit la coupure signalée plus haut. La fin de ce tableau a disparu et est relice avec la première scène du III' acte, qui devient ainsi la sccnc IV.
Animato. ,'Vn».^
I h 'I ' ^ # (Violonc.) r "Si.— ^
et traité en canon à roclavc (p. 224, m. 0) semble lui indiquer que les deux jeunes gens pensent de même.
Furieuse, la Duchesse foule aux pieds la fleur de Colombe, ajoutant avec ironie, sur une variante de ce Motif (p. 225, m. 8):
La Duchesse.
Un vrai lys d'inno - cence est bientôt a-bat - tul
et le Thème de la Y^ngeance (M. VII. d), présenté sous divers aspects, confirme ses menaces (p. 225 et 226).
'Clar.>
(Bati.)
(Cor an
(Quatuor.^
L'imprudent Ascanio s'oublie au point de proclamer à haute voix son amour pour la fille du Prévôt. Cette injure rappelle
NOTICE SUR ASGANIO
celle de Benvenuto lorsque, se dévouant pour son élève au 2® tableau du i" acte, il avait osé braver en face et démasquer la maîtresse du Roi. Par une ingénieuse allusion, c'est ce même Thème du Dévouement (M.I.c), qui, dans une situation analogue, reparaît presque sous les mêmes mots : «Ah ! c'est là, monsieur, un sanglant outrage ! » (p. 228, m i2j.
(Ir» Vns.')
Animato.
'' Ni^f 'f^ fn
La vengeance dès lors doit suivre son cours, d'abord avec cette variante qui répond à de criminels projets (p. 229, m. 3),
Animato
puis surtout avec celle-ci (p. 230, m. 15), Ascanio. ^
f=fi
H«=ff
rx.
dolceappassionuLo. 1 1 1 1 p
Que mon â-mera-vie Vous de - meure as-ser - vie 1
qui fournit le sujet d'un ensemble vocal et alimente un trio (p. 230-236), quelque peu, il faut le reconnaître, entaché d'italianisme. Cette raison, qui a peut-être déterminé la suppression, contribue en tout cas à rendre la perte moins sensible.