‹ Notice sur Ascanio, opéra de Camille Saint-SaënsChapitre 3 sur 22 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

!"■ Tableau. — Scène I. — Huit mesures d'orchestre remplacent l'ouverture absente et tiennent lieu d'introduction.' Elles sont formées de deux thèmes que le quatuor expose simultanément, d'abord en fa majeur, puis en Li mineur, et qu'il ramène au ton initial, mais en les renversant.

Allegro moderato.

L'un est le premier des Motifs de Benvenuto.

M. I. a. — Thème du Maître.

ou

(Instr. à vent)

ff\^ V^ , 1 1' ' 1^

Ka^ é \ \ s J^

(Instr. à cordes)

Si simple qu'elle paraisse, cette phrase se compose de deux parties, la première syncopée comme pour figurer la difficulté des premiers pas ; la seconde, régulière et ascendante, comme pour marquer qu'après l'effort du début, l'artiste s'élève et grandit dans la voie qu'il s'est tracée.

L'autre est le premier des Motifs de l'Atelier.

M. II. a. — Thème du Travail.

(V. C. et C. B.)

C'est le saut ordinaire de la tonique inférieure à la dominante, et de la dominante à la tonique supérieure, avec retour à la dominante en passant par la médiante, ce qui le maintient strictement dans les notes de l'accord parfait, base obligée de toute harmonie, et peut symboliser ainsi le travail, où la règle s'impose comme un joug nécessaire.

Les deux thèmes se complètent l'un par l'autre, associant les idées de maîtrise et de travail, sans cesse répétés et diversifies au cours de l'opéra, enfin marchant de pair volontiers, grâce à

NOTICE SUR ASCAMO

l'artifice du contrepoint double renversable qui leur permet de se servir mutuellement de chant ou de basse, comme on le voit dès la huitième mesure (p. i). Ensemble, ils représentent l'activité et l'énergie, s'appliquant d'ailleurs aussi bien à Benvenuto qu'à ses ouvriers. Lorsque cette énergie faiblit, lorsque celte activité se calme, la partie supérieure, ainsi présentée,

exprime l'amour de l'élégance, de la grâce, de la beauté dans la forme. Quant à la partie inférieure, elle s'émancipe à son tour et se prolonge, au moment où le rideau se lève, pour donner naissance au second des Motifs de l'Atelier:

M. II. I). — Thème des Apprentis.

Allegro moderato. ^p, ^ cur.)

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demi-gamme ascendante, formée de deux triolets, répondant à l'allure ordinairement vive et enjouée de ces jeunes gens fort occupés alors à dessiner dans l'atelier de Benvenuto, tandis qu'au fond on entend le bruit de la forge (p. 2) :

M. R. I. — Les Enclumes.

Marrato.

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Motif composé d'un dessin rythmique assez caractéristique et qui sera plusieurs fois rappelé dans les deux premiers tableaux. Lorsque le maître paraît, trois des thèmes précédents (M. La, M.ILa et b), soudés l'un à l'autre, saluent son entrée et, après une variation en triolets de l'un d'eux (p. 3, m. i),

(Vns.) ^

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aboutissent (p. 3, m. 5) au premier des xMotifs d'Ascanio, une courte phrase dont le dessin arrondi simule assez la déférence de l'écolier pour son professeur et se termine, ingénieuse allusion, par les deux mêmes notes que le Thème du Travail.

M. III. a. — Thème de l'Élève.

Pendant que Benvenuto regarde le dessin d'Ascanio (p. 3) deux Motifs s'enchaînent qui font connaître les sentiments du maître et la valeur du disciple.

L'un, dit par les premiers violons, est le second des Motifs de Benvenuto.

M. I. b. — Thème de rAffection.

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L'autre, chanté par Benvenuto, est le second des Motifs d'Ascanio :

M. III. Ij. — Thème de TArtiste.

Benvenuto.

Moderato.

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doU't'. ^ -^ ^

Cet- te fi - gu - re d'ange est telle, en vé-ri - té...

Le dessin est parfait (p. 3, m. 15), comme l'indique la reproduction exacte du thème du Traî;.?// (M. II. a); Benvenuto l'admire et son contentement se mani!este par une modification allègre du premier de ses Motifs (M. La) :

Ailes:"».

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Cette joie s'arrête (p. 4) à la vue du dessin d'un autre élève, Pagolo.

Dans une lettre qu'il écrivait d'Alger à son librettiste, le 17 novembre 1887, Saint-Saëns expliquait ainsi sa pensée (i) : <r L'orchestre joue à l'envers le Motif du Travail pour montrer que Pagolo a travaillé en dépit du bon sens. » La presse s'est occupée de ce mince détail (2) ; même on a prononcé le mot de « chinoiserie » sans s'apercevoir qu'il s'agissait là d'un procédé aussi ancien que le contrepoint, et connu sous le nom d'imitation par mouvement contraire. Si dans la fugue, on l'emploie d'ordinaire sans autre cause que la pure fantaisie, pourquoi s'étonner qu'on l'utilise en lui donnant une signification précise et raisonnée? Rappelons d'ailleurs qu'à la fin du deuxième acte de Parsifal.

(i) Lettre publiée dans le Figaro (15 mars 1890).

(2) V. notamment le Progrùs Artistique (26 avril, 3 mai 1890).

Wagner n'a pas dédaigné cet artifice musical. Lorsque, traçant dans l'air un signe de croix avec la lance sacrée, le jeune héros renverse le château de Klingsor, à l'orchestre on entend le thème renversé du magicien. Ici l'intention satirique du compositeur ressort d'autant mieux que les Motifs (car on n'a parlé que d'un, mais il y en a deux, M. La et M.ILa) sont présentés à Venvers avec une sorte d'incorrection voulue, répondant à la gaucherie de l'écolier et à l'imperfection de sa tâche :

Thème do travail .

Thème du maitre.

Hi

(Cl.)

-kl M I I I

(Bass.)O

Ces deux thèmes, normalement rétablis et complétés par le premier des Motifs d'Ascamo (M.IILa), accompagnent le bout de dialogue où Benvenuto raille Pagolo (p. 5, 6, 7j. Le Thème du Maître (M. La.) reparaît également sous sa forme en triolets, afin de traduire la bonhomie moqueuse avec laquelle le professeur accueille les insinuations perfides de l'élève à l'égard de son camarade.

La cloche sonne midi ; les apprentis se retirent et ce so n encore les deux Thèmes du Maître et du Travail (M. La et M.ILa) qui accompagnent leur sortie fp. 8, 9, 10) avec une petite variante,

Al!o?ro. . . . . . •

soudée au Thème des Apprentis (M.II.b). En somme, les Motifs de Benvenuto et ceux de VAtelier ont fourni presque tous les

éléments de cette première scène, lestement menée, où le récitatif, quoique soutenu par un accompagnement symphonique, ne perd rien de son élégance et de sa sveltesse.

Scène IL — Benvenuto retient Ascanio qui allait sortir; il l'interroge paternellement et obtient le double aveu de la passion qui l'entraîne vers une femme dont il veut taire le nom, et d'une lettre mystérieuse qui lui assigne un rendez-vous. Le maître discret n'insiste pas, mais promet à son jeune ami aide et protection.

Les Motifs de Benvenuto et d' Ascanio occupent naturellement la majeure partie de ce duo. Dès le début (p. ii, m. i) se présente le Thème de V Artiste (M.III.b), bientôt suivi ip. ii, m. 6) du Thème de VAf/ection (M.Lb), puis d'un Thème nouveau (p. 12, m. i) qui forme le troisième des Motifs de Benvenuto.

M. L c. — Thème du dévouement.

Benvenuto.

Mûtit Tito. i~~

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Toi que j'ai re-cueil-li na - guère..

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mélodie expressive et tendre qui, modifiée par la suite, deviendra plus pénétrante encore et plus caractéristique. La lettre non signée qu'Ascanio confie à son maître fournit

aussi (p. 17 et 14) le prétexte d'un Motif nouveau, volontairement insignifiant en ses contours comme le texte peu compromettant de ce renaez-vous anonyme, mais syncopé, toutefois, comme s'il devait exprimer une certaine contrainte :

M. IV. — Motif de la Lettre.

Mod'°. (irs Vns.

(Clar.)

li 4 A J)

TT

(Violonc.)

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Le Thème de l'Artiste (M.III.b) que les violons rappellent (p. 14, m. 12) sous ces mots : « Oui, tu souffres d'amour... » est suivi par le troisième des Motifs d'Ascanio, également nouveau,

M. III. c. —Thème de l'Amoureux.

Moderato. ^^

^ 1 (1« Clar.)

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contour délicat qui dessine harmonieusement la passion naissante du jeune homme et encadre l'exquise romance chantée par lui (p. 15, 16, 17),

Si loin et si haut dans l'espace Ma céleste vision passe.

La réponse de Benvenuto se fait (p. 17 et 18) sur ses trois Motifs (M. La, c, b), et, quand Ascanio se retire, quatre Thèmes

adroitement rapproches (p. i8, m. 6), ceux du Maître, de V Affection, du Travail et éts Apprentis (M. La, b, M.II.a, b) accompagnent sa sortie et forment la coda logique de cette scène.

Scène III. — Scozzone est entrée. « Après l'ami, l'amie ! » s'écrie joyeusement Benvenuto, et là se succèdent quelquesunes des pages les plus belles de la partition. Deux grandes mélodies fixent l'attention tout d'abord :

L'une, en rJ bémol, de large envergure, toute vibrante d'ardeur contenue, appartient à cette catégorie de phrases expressives dont Saint-Saéns, dans l'Andante de sa symphonie en Ut mineur, a montré qu'il connaissait le secret. Les divers fragments qui la composent, sans nuire à l'unité du morceau, gardent chacun son indépendance et comme un sens particulier qui correspond aux divers aspects du personnage. C'est ainsi que l'on distingue dans ces Motifs de Scozzone :

M. V. — Thèmes de la Tendresse et du Bonheur,

And'«. con moto.

(Viol, et Violonc.)

V appasswnato.

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NOTICE SUR ASGANIO

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L J ! Il

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M. V b. — Thème du Sacrifice.

(Viol, et Violence

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I pocu rit.

Par deux fois, l'air entier résonne doucement : la première, à l'orchestre pour appuyer le récitatif de Benvenuto, qui lutine gaiement son modèle ; la deuxième, sur les lèvres de Scozzone, pour exprimer son amour; une courte coda, confiée aux deux voix, varie, en outre (p. 27, m. 4), ce second thème et le condense à la manière d'une strette :

Meno mosso.

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L'autre, en /j majeur, noble et tranquille, chantée à l'aigu par les violons, altos et flûtes, avec les arpèges de harpes que soutient une pédale obstinée de la tonique, accompagne un admirable récit de Benvenuto, et décrit, suivant le texte même, « l'éternelle beauté qui fait l'art immortel » (p. 24, m. 4).

M. VI. — Motif de la Beauté

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Benvenuto.

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Puisque c'esttoi que j'ai - me sur la ter - re,

Laisse moi li-brement l'ado - rer dans le ciel!

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C'est l'extase qui envahit l'artiste et doucement l'entraîne vers l'idéal.

NOTICE SUR ASGANIO

C'est, suivant la juste remarque de M. Camille Bellaigue (n, « le motif pour ainsi dire esthétique de Benvenuto, qui revient, qui monte dans le silence, effluve impalpable, mystérieux avantcoureur de l'inspiration prochaine ». En effet, la phrase aboutit avec le dernier vers (p. 25, m. 2) au Motif harmonieux et doux d'Hébé, motif qui reviendraplus tard, mais toujours sans variante rythmique, désignant d'un simple trait cette statuette pour laquelle le sculpteur voudrait trouver un modèle parfait.

M. R. II. — Hébé.

7 ^' Lnrgo.—

(Harpes.)

Au cours de l'entretien, la jalousie de la maîtresse se fait jour, et sur la question de Benvenuto : « Ah ! pourquoi ce front pâle?... » (p. 23, m. 10) apparaît à l'orchestre le troisième des Motifs de Scozzone,

M. V. c. — Thème de la jalousie.

(0 Revue des Deux Mondes, i" avril 1890, p. 687.

présenté ici par le cornet à pistons sous sa forme rudimentaire, mais destiné à subir des changements très caractéristiques et à traduire, sous ses aspects multiples, le mal dont souffre une femme qui aime et qui mourra de cet amour. A cette heure, pourtant, tout lui sourit : elle est protégée par la maîtresse du Roi, la duchesse d'Etampes, qu'elle connut jadis en Italie. Même elle a surpris le secret de son cœur; elle en profite pour signaler le danger qui menace Ascanio (p. 29, m. i), et le Thème de V Affection (M.I.b), ramené successivement par les premiers violons et les clarinettes, explique aussitôt l'inquiétude de Benvenuto. Il a compris d'où partait le billet adressé à son élève, et le Motif de la Lettre (M. IV), traité par diminution,

(lers Vns.) (2ds. Vns.^

Tr

(Altos

et répété avec une insistance significative (p. 32, m. 2) clôt cette scène, 011 le sage équilibre entre les parties de récitatif et de chant pur, mêlées de fragments concertants pour les deux voix, assure au duo une coupe presque classique, tandis que l'usage des motifs conducteurs y apporte l'attrait d'un élément nouveau.

Scène IV. — Les apprentis rentrent bien vite : les Motifs de V Atelier {yi.W.dL et b) et du Maître (M.I.a) bourdonnent gaiement à l'orchestre (p. 77-75) et se mêlent aux vivats qui saluent le noble cortège : voici venir, en effet, le Roi, la duchesse d'Etampes, et toute une suite de seigneurs et dames de la Cour.

L'entrée a lieu sur une sorte de temps de menuet qui reviendra plus tard par fragments, mais sans variante rythmique : c'est doRC un motif rappelé,

M. R. III. — François I".

Andantino quasi Allegretto.

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J9 grazioso.

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