‹ Notice sur divers manuscrits de la Bibliothèque vaticane: Richard leChapitre 11 sur 26 · SOURCES DB LA CHRONIQUE · texte numérisé non relu

SOURCES DB LA CHRONIQUE

ces derniers cèdent la place à Alexandre et à ses héritiers , les Ptolémées et les Séleucides ; on arrive ainsi tout naturellement à Jules César et Auguste. Dès lors c'est la série des empereurs romains qui sert de cadre à la chronique. Chaque prince est indiqué dans l'œuvre de Richard comme dans celles de saint Jérôme, d'Isidore, d'Adon , par une courte phrase et généralement par les années de son règne. Seulement l'auteur interrompt à chaque instant cette sèche nomenclature par quelques développements : morceaux géographiques ; dissertations sur l'état des premiers hommes dans le paradis ; légendes relatives à Alexandre , à la Bretagne; fragments d'histoire romaine; détails empruntés à l'Ancien Testament; histoire des Machabées, d'Antipater et d'Hérode; tout enfin se rencontre dans cette vaste compilation qui, par ce fait, perd toute espèce d'harmonie et devient la confusion même. Les règnes des empereurs tiennent une place plus ou moins considérable, suivant qu'ils ont ou n'ont pas été signalés par quelque événement relatif à l'Eglise romaine , par un martyre , par un concile ou une hérésie.

A propos des empereurs d'Orient , qui prennent , à un certain moment , la place des empereurs de Rome , l'auteur consacre de longs morceaux aux guerres des Romains contre les Perses , à l'origine de l'islamisme , aux conquêtes de Charles-Martel et de Pépin le Bref.

L'empire d'Orient, tombé on décrépitude, cède alors la place au nouvel empire d'Occident. Richard marche dès lors à la suite des princes carolingiens et des rois capétiens; mais dès lors aussi se manifeste sa prédilection pour les événements qui se sont passés en Aquitaine , on Poitou , dans l'ouest de la France ; les ravages des Normands en Aquitaine, l'histoire des grands seigneurs de rOuest, des comtes de Poitiers, et plus tard des comtes d'Anjou, leurs adversaires, occupent dans la dernière partie do la Chronique une place considérable. Les faits et gestes de Henri II , comte d'Anjou et duc d'Aquitaine, remplissent à eux seuls les dernières pages. Comme moine de Cluny, Richard ne pouvait manquer de citer, à côté des rois et des grands feudataires , les abbés de son Ordre, et il leur accorde, dans la dernière partie de son écrit, un certain nombre de passages. Enfin il a partagé l'enthousiasme de son époque pour les expéditions lointaines des Français, pour les exploits de Robert Guiscard , pour la première croisade , sur laquelle il s'étend avec une complaisance particulière ; quelques passages relatifs au royaume de Jérusalem et à la deuxième croisade font suite à cette partie importante de la Chronique.

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Il suffit de parcourir cet ouvrage dépourvu d'unité, composé d'éléments disparates, pour se faire une idée du grand nombre de sources auxquelles Richard a dû puiser ses connaissances historiques. Le fait qu'il revient parfois sur un événement dont il a déjà parlé, qu'il mentionne par deux fois la mort de certains personnages , en est d'ailleurs un indice certain. C'est après avoir parlé de l'élévation de Pépin au trône (1) qu'il revient sur la mort de Charles-Martel ; il consacre à ce dernier un assez long passage (2) pour faire ensuite retour à l'avènement de Pépin. — Après avoir mentionné les expéditions de Charlemagne en Italie (3) et son couronnement comme empereur, il revient, après une digression , sur les premiers temps de son règne. Richard nous a d'ailleurs informés lui-même de ses habitudes littéraires; dansl'épîtro dédicatoire qui se trouve en tête du ms. Ottoboni 750 et du ms. de Pérouse, il parle de l'embarras où Ta jeté parfois le désaccord des auteurs , indiquant par là que souvent il en a consulté plusieurs sur un même fait : « Hoc eciam lectorem admonere placuit ut si » quid sub dubio in hoc ponitur opusculo , non ex ignorancia » nostra processit, sed ex scriptorum precedencium discordia » sumpsit exordium. Nam cum in pluribus plures discordent, » rem de qua lis oritur prout gesta est aut gori potuit sub aliqua » opinione poni congruum erat. »

C'est encore à Tépître dédicatoire que nous empruntons la liste des ouvrages employés par le compilateur, ou qu'il prétend avoir fait entrer pour quelque partie dans la composition de sa Chronique : « Hoc opusculum excerpsi de libris Augustini, Jeronimi, » Ysidori , Theodulfi , Josephi , Egesippi , Eutropii , Titi-Livii , » Suetonii , Aimoini , Justini adbreviatoris seu excerptoris Pompeii » Trogi , Friculphi , Orosii , Anastasii bibliothecarii Romane se- » dis , Annei Flori , Gregorii Turonensis , Bede , Adonis , Gilde » Britonensis hystoriografl, Pauli monachi Langobardorum his- » toriografi , et quorumdam aliorem. » La seule lecture de cette liste peut donner une idée des nombreuses difficultés qu'on doit éprouver en analysant la Chronique de Richard. La Cité de Dieu et la Chronique de saint Jérôme, auxquelles l'auteur fait allusion dans son épttre , ont été employées avec une exactitude plus ou moins grande par Adon et Fréculphe, auxquels il se réfère également; Fréculphe , d'autre part , a souvent fait des emprunts tex-

(1) Ms. latin 4934, fol. 93 r«.

(2) Fol. 93 v«.

(3) Fol. 94 V.

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tuels à Orose, que cite également Richard, et Orose, de son côté, présente avec Eutrope etVHistoria Miscella de nombreuses ressemblances; enfin VHistoria Miseella^ dans beaucoup de cas, est identique à VHistoire universeîk d*Ânastase. On sait d'ailleurs combien le livre attribué à Hégésippe rappelle de près le De bello Jtidaico de Josephe, et combien sont nombreux les emprunts faits par Fréculphe aux ouvrages ds Phistorien juif. L'emploi simultané de textes si souvent analogues ou identiques rend assez difficile l'analyse de l'œuvre que nous étudions. Ajoutons à cela que Richard paraît s'être parfois trompé en citant ses auteurs ; parmi les historiens qu'il énumëre, il en est qui ne paraissent pas avoir grand'chose de commun avec ses écrits ; d'autres ont été employés et n'ont pas été nommés; on ne doit pas oublier enfin que répître dédicatoire terminée par cette énumération était placée en tête de la rédaction originale , et que bien des éléments nouveaux furent introduits dans la deuxième édition.

Ce n'est donc pas sans peine que l'on peut reconnaître l'origine de tous les morceaux successivement enchâssés dans cette grande mosaïque. Tout d'abord on y retrouve de nombreux emprunts faits à la Cité de Dieu et à la Chronique de saint Jérôme , à côté de beaucoup de passages pris à la Chronique d'Adon de Vienne ou à celle dlsidore de Séville. L'emploi de ces deux dernières œuvres par Richard est démontré par un petit nombre de passages ; mais dans la plupart des cas il est difficile de dire à laquelle des deux il eut recours. Les Origines, d'Isidore, lui ont fourni quelques lignes; en beaucoup d'endroits il s'est servi d'Orose ou de Fréculphe, et à coup sûr de ce dernier.

liO résumé qui porte le nom d'Hégésippe , les Antiquitates judaicx de Josèphe, et sans doute aussi son De bello Jadaico , lui ont fourni un certain nombre de pages; mais c'est surtout dans les livres des Rois et des Paralipomènes qu'il est allé prendre l'histoire des Juifs ; il a employé la partie narrative du livre de Jérémie, et sans doute aussi le premier livre des Machabées ; il cite une fois les prophéties de Nahum. Ajoutons que Richard n'a pas toujours bien compris ces livres , pourtant si connus ; c'est ainsi qu'il confond Joas avec Joram , qui fut tué par Jéhu , et avec Josias , qui périt à la bataille de Méguiddo : « qui (1) a Jehu rege » Israël percussus, fugiens in Mageddo , mortuus est ibi , sepul- » tusque est cum patribus suis in civitate David. »

L'abrégé d'Eutrope a fourni un bon nombre des passages rela-

(1) Il est qaestion de Joas. Voir le ms. latin 4934, fol. 15 x*.

tifs à rhistoire romaine; nous dirons la même chose de VHistoria Miscella^ qui était sans doute, dans la pensée de Richard, Tœuvre de Paul Diacre. Pour un seul passage , en parlant de Justinien , il paraît avoir eu sous les yeux VEistoire des Lombards. Il a fait quelques emprunts à VHistoire ecclèsidstique connue sous le nom à'Anastase. Pour les premiers siècles de TEglise chrétienne , c'est surtout à VEistoire ecclésiastique de Hugues de Fleury qu'il a recouru , et Ton a vu qu'une portion assez notable de cette œuvre avait été transcrite par lui dans son manuscrit d'étude , lorsqu'il préparait sa deuxième rédaction.

A côté de l'histoire , une large place appartient à la légende. L'auteur , presque toujours sec et bien souvent obscur lorsqu'il s'agit de faits empruntés à des chroniques, semble se ranimer chaque fois qu'il touche à un de ces grands sujets légendaires qui ont tant intéressé le moyen âge ; ce ne sont plus des lignes , de courts fragments , mais bien des pages entières qu'il consacre à Romulus , adversaire de Francus et de Vassus , à ces deux personnages , auxquels est attribuée la fondation de Sicambria , au Troyen Brutus, fondateur de Tours et conquérant de la Bretagne. Il s'arrête avec complaisance à peindre les mœurs des Hyporboréens; il décrit longuement la Bretagne ; les victoires d'Alexandre n'ont pas encore été nommées , qu'on est entraîné à la suite de Richard dans le pays qui fut , dit-on , témoin de ses singulières aventures. L'énumération des empereurs d'Occident s'arrête après Gratien pour céder la place à un long récit où l'on retrouve l'histoire de Vortigern et de Vortimer, les luttes des rois bretons contre Hengist , Horsa et les envahisseurs saxons , enfin les exploits d'Arthur.

A côté de la Cosmographie d'Ethicus , traduite par Jérôme , à laquelle est emprunté le récit fabuleux des crimes et des guerres attribués à Romulus et de la fondation de Sicambria , on recon- • naît le Polyhistor de Solin , qui fournit entre autres à l'auteur , des descriptions géographiques. Richard copie dans VEpitome de Juli us Valerius les étranges aventures d'Alexandre le Grand , et complète son récit au moyen de VEpistola Alexandri ad Aristotelem magistrum suum de itenere sua. Ce n'est ni à Gildas, qui pourtant est nommé dans l'épître dédicatoire , ni à VEulogium historiarum attribué à Nennius , c'est à Geoffroy de Monmouth que Richard a pris la légende de Merlin et d'Arthur , à laquelle il a fait une si belle part. Bède, qui n'est pas un conteur de fables, n'est au contraire représenté dans la Chronique que par un ou deux passages de son Eistoire ecclésiastique. Ses Quxstiones in lihros Regum sont

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