‹ Notice sur divers manuscrits de la Bibliothèque vaticane: Richard leChapitre 12 sur 26 · SOURCES DE LA CHRONIQUE · texte numérisé non relu

SOURCES DE LA CHRONIQUE

Forigine d'un passage relatif au guerrier juif Banaia. Un autre commentaire , le Liber Hebraicarum quxstionum in Genesin de saint Jérôme, est aussi mis à profit. Citons encore deux emprunts à la Vie apocryphe de saint Basile , publiée par les Bollandistes à la date du 14 juin. Richard nomme, à propos de Constantin, une vie de saint Sylvestre , faisant évidemment allusion à la vie du pape Sylvestre I" ; mais les passages qui entourent cette indication sont étrangers à Touvrage cité.

C'est sans doute d'après les Saturnales de Macrobe que l'auteur raconte une aventure d'Annibal à la cour d'Antiochus ; en fait d'auteurs anciens , il cite encore dans son épître Tite-Live , Suétone, Florus et Justin, avec lesquels son œuvre n'a rien de commun; il en agit de même avec Aimoin et Grégoire. de Tours.

Parmi les ouvrages dont Richard a eu connaissance, mais qu'il s'est borné à mentionner dans sa Chronique, on doit citer encore un écrit en vers sur le Coran , dont il parle à propos de Mahomet (ms. latin 4934, fol. 91 ro) : « Scripsissem etenim de eo plura, » nisi errores libri ejus jam publiée in Francia metrice scripta » legerentur. » Il ne peut être ici question de la traduction du Coran , exécutée par ordre de Pierre le Vénérable lors de son voyage en Espagne (1) , encore moins du traité que le grand abbé de Cluny consacra plus tard aux doctrines de Mahomet. Mais il ne serait pas étonnant que quelque poëte clunisien , Pierre de Poitiers ou tout autre , eût , du vivant de Richard , célébré dans ses vers un livre sur lequel les travaux de Pierre le Vénérable avaient plus que jamais attiré l'attention.

Pour l'époque carlovingienne, Richard s'est fréquemment servi d'Adhémar ; il a fait , en ce qui concerne les derniers princes de la deuxième race et les premiers capétiens , un usage fréquent du continuateur d' Aimoin. Enfin il a, dans sa deuxième rédaction , raconté tout au. long la première croisade ; ce récit ne peut être original, et il importe d'en rechercher la source. M. Weiland affirme que cette partie de la chronique « est empruntée, à n'en pas

(1) BibUoiheca Clunicbcensis. Lettres de Pierre le Vénérable, liv. IV, lettre 17, col. 840. Pierre à saint Bernard : a Misit et novam translationem nostram con- • tra pessimam nequam Mahumet hœresim disputantem , quse dum nuper in » Hispaniis morarer meo studio de lingua Arabica versa est in Latinam. Feci » autem eam transferri a perito utriusque linguae viro, magistro Petro Toletano. » Sed quia lingua Latina non adeo ei familiaris vel nota erat ut Arabica, dedi » ei coadjutorem doctum virum dilectum filium et fratrem Petrum notarium » nostrum. »>

94 RIGHAHD US POITVYIN.

» douter, à quelque source apulienne (1). » Ces chroniqueurs apuliens , auxquels Richard doit ce qu'il sait de la première croisade, ne sont pas inconnus ; on les appelle , en français , Raimond d'Aguilers et Foucher de Chartres. Fidèle à son habitude , Richard a mélangé les récits des deux auteurs , sans que d*ailleurs on voie jamais pour quelle raison il passe de Tun à Tautre. C'est à Foucher qu'il a , de beaucoup , fait la plus belle part ; il le suit depuis le concile de Clermont jusqu'à la mort de Balac , en 1 124 , se bornant à compléter son récit par un certain nombre d'emprunts faits au livre de Raimond (2).

(1) Page 47 : « Beiden » (il s'agit des éditions de Blartëne et de Bouquet) « fehlt femer der ausfûhrliche Bericht ûber den ersten Kreuzzug mit seinem » annalistischen Anhang bis zum Jahr 1124, welchen Muratori, s. 1087-1096 » ( — oculos sibi ab eodem Goscelino erui ) giebt . und der unzweifelhaft » irgend einer PuUanisehen Quelle entnommen ist. »

(2) « Urbanus papa qui et Oddo — oculos sibi ab eodem Goscelino erui. » Edition de Muratori, colonnes 1087 à 1096. Voyez Foucher de Chartres, HistO' rient des Croisades, Occidentaux, tome III, livre I. chap. 1 ; livre III, chap. 31. Il serait trop long de donner ici l'indication détaillée des nombreux passages empruntés à Foucher. Je me borne à noter les morceaux extraits de Raimond d'Aguilers :

Muratori» colonne 1088 : « Et quoniam de Antiochia ^ etiamsi omne genus hominum conveniat, vereatur. » Raimond, chap. 5, pages 241 et 242.

Murât., col. 1088 : « Obsessa est autem Antiochia — III nonas Julii. » Raimond, chap. 9, p. 252.

Murât., col. 1088 : « Igitur Franci, communicato consilio — mandavit ut ascenderent. » Raimond, chap. 9, p. 251.

Murât., col. 1089 : « Gumque omnes festinarent — aperuerunt. » Raimond , ibidem.

Murât. , col. 1089 : « Quod videns Gratianus — caputque ejus Francis allatum est » Raimond, chap. 9, p. 252.

Murât., col. 1089 : « Quod videns Corbagat — Francis notum per malitiam suam. » Raimond, chap. 12, p. 260.

Murât., ibid, : a Tune temporis obiit Ademarus — seterna. n Raimond, chap. 13, p. 262.

Murât., ibid. : « Igitur, cum o^ta esset — produxit. t Raiçoond, chap. 10, pages 253-254.

Murât., ibid. : « Post civitatem captam — XVIII kalendas Julii. ■ Chap. 11, p. 257.

Murat.» col. 1090 : « Factum est post victoriam dum Franci apud Roiani — Simon. • Raimond, chap. 13, p. 265.

Murât. , col. 1090 : « Alio quoque tempore , dum essent — et de nonnullis aliis locuti sunt. » Raimond, chap. 17, p. 279.

Murât., ibid. : « Hanc autem visionem — crepuerunt eam. » Raimond, chap. 18, pages 283, 284.

Murât., ibid. : « Deinde Raimuodus cornes — Hierusalem irent. » Chap. 18, p. 289.

80URCBS DB LA GHRONIQUB. 95

Richard n'a pas seulement trouvé dans la chronique de Foucher une relation de la première croisade. On sait que cet auteur, en plusieurs endroits , intercale dans son récit des descriptions géographiques. Tels sont les chapitres qu'il a consacrés à la ville de Tyr , à la mer , aux animaux qui l'habitent et à ceux qu'on rencontre dans les pays orientaux. Richard , qui avait un penchant pour la géographie , avait trouvé dans Ethicus , Solin et Orose, des morceaux du même genre; Poucher lui en fournit d'autres , et c'est à lui qu'il emprunte tout ce qu'il dit de Carthage (1) et de Tyr (2) , de même qu'une, partie de sa dissertation sur la mer (3). Ainsi se réduit à bien peu de chose l'originalité de Richard comme géographe , et nous ne pouvons plus désormais lui attribuer qu'une seule de ses nombreuses descriptions géographiques : le court passage où il cherche à expliquer le phénomène de la marée , et qui inspire aux auteurs de VHistoire littéraire une admiration un peu exagérée , n'est peut-être pas une copie.

Pour les événements relatifs à l'Orient qui suivirent la première croisade et précédèrent la deuxième , Richard n'est pas toujours auteur original. On sait que le manuscrit de l'Arsenal coté H 103, in-quarto , contient, à la suite de Raimond d'Aguilers , un court appendice , publié dans le Recueil des historiens des Croisades {III , pages 307-309). Les dernières phrases de cette continuation paraissent être l'origine de deux passages intercalés par Richard dans sa deuxième rédaction. L'un d'eux, relatif aux princes de la Terre-Sainte, n'existe pas dans le manuscrit de Colbert (4) ; l'au-

(1) Ms. latin 4934 , fol. 10 V* : « Gujus situa XXX milibus passaum maro amplexa, et pêne tota mari cincta ab Orosio historico fuisse describitar — miserabiliter arsit. » Foucher, p. 460. livre III, chap. 29.

(2) Ms. 4934 , 10 r® : « Tyrus in terra Phenicum — tradiderunt. » Foucher, p. 460.

(3) Muratori. col. 1094 : « Non est omittendum unde Mediterranea maria caput attolant — numquam reciprocetur. » Foucher, livre III, chap. 59, p. 483.

(4) Historiens des Croisadeà , p. 309 : « Hic quum processu temporis , divina dispositione, utrumque regnum, Jherosolymitanum scilicet et Antiocenum. sortitus esset , cum filia sua Boamundo , filio magni Boamundi . principatum Ânthiocenum reddidit. Ipse vero postquam de ectpHone Balach exivit , non multo tempore transacto finem vUœ adeptus , Fulconi Andegaventi comiti regnum cum filia tua dereliquit, Boamundus quoque Junior a paganis in brevi tempore interemptus est. cujus filiam Raimundus frater Willelmi, ducis Aquitanorum, cum princlpatu accepit Anthiocenorum. • Voir Muratori , col. 1096 et 1097. La phrase que nous donnons en italiques est supprimée par Richard , qui écrit : tt Ipse vero Boamundus Junior. »

tre , où est racontée la mort de Guillaume d'Aquitaine à Saint- Jacques-de-Compo8telle , a été modifiée dans la deuxième rédaction , alors que Richard connaissait la chronique de Raimond d'Aguilers , au moyen du morceau qui termine cette chronique dans le manuscrit de F Arsenal (1).

Avec Raimond d'Aguilers et Foucher de Chartres se termine la liste des auteurs mis à contribution par Richard. Il nous reste à examiner, dans les diverses éditions de la chronique, les passages originaux ou dont la source est aujourd'hui perdue. Cette étude ne s'étendra pas au manuscrit de Colbert , dont la deuxième rédaction n'est, comme on Ta vu , qu'une reproduction amplifiée.

(l) Ms. latin 5014, fol. 74 r^* : ■ Willelmas itaque dox Aquitanorum , dum in Yspaniam ad Sancti Jacobi limina orationis gratia pergeret , in ejusdem ecclesia, » etc.

Ms. de l'Arsenal {Historiens, p. .309) : a Willelmus denique, frater ejus, dux Aquitanorum. anno ab incarnatione Domini millesimo centesimo tricesimo septimo, quum die Parasceve. nona hora diei, in ecclesia. » etc.

Muratori, col. 1097 : « Willelmus itaque dux, frater Raimundi prœdicti principis Antiocheni, anno ab incarnatione Domini MCXXXVII, dum in Hispania ad Sancti Jacobi limina orationis gratia in ejusdem ecclesia, » etc.

Page 1