‹ Notice sur divers manuscrits de la Bibliothèque vaticane: Richard leChapitre 9 sur 26 · CLASSEMENT DES DIVERSES RÉDACTIONS · texte numérisé non relu

CLASSEMENT DES DIVERSES RÉDACTIONS

Nous ne pouvons étudier la chronique de Richard dans ses diverses rédactions avant d'avoir examiné si les remaniements attribués à Fauteur sont en réalité son œuvre; ce court examen sera complété par celui d*un petit écrit publié dans le tome XII des Historiens de France (pages 418 à 421), et qui d'un bouta l'autre ressemble aux deux dernières rédactions de la chronique.

Et d'abord la chronique du ms. de Colbert (5014) et la deuxième rédaction, représentée par quatre manuscrits (t) et par l'édition de Muratori , sont hors de cause. L'emploi d'expressions semblables s'unit aux raisons qu'on fera valoir plus loin pour en établir la parenté (2).

L'attribution à Richard des morceaux propres au ms. 1911 de la reine Christine et à la copie de Duchesne est tout aussi légitime. Presque tous ces passages se rapportent, soit à l'abbaye de Cluny et à l'Ordre auquel Richard appartenait, soit au Poitou et à l'Aunis, c'est-à-dire à sa patrie. C'est dans ces morceaux qu'il décrit Chatel-Aillon et La Rochelle, Nantheuil-en-Vallée, l'île de Ré, et qu'il donne sur le séjour de Henri de Winchester à Cluny des détails fort spéciaux. Il y cite la prophétie de Merlin, dont il a transcrit une grande partie dans sa deuxième rédaction (3).

(1) Ottoboni 481 , Latin 4934 , mss. de Berne et de Vienne ; édition de Muratori, Àntiquitateg, tome IV.

(2) Muratori (col. 1102), à propos de Thibaut de Blois : « Nulli acerbus exstitit , benignus fuit cunctis. »

5014, 60 ro : les mêmes expressions à propos d'Antonin. Muratori (col. 1103), à propos de Henri II et du siège de Toulouse : « Ëi multum ad acquirendum nocuit. »

5014, 74 v<» : a multum ei ad adquirendum regnum nocuit. ■

(3) Voir, à l'appendice, le morceau qui a pour titre : a Honus in Anglia. »

Enfin son goût pour les vers s'y manifeste lorsqu'il transcrit les poésies attribuées à Pierre de Saintes et à Primat. La suite de la discussion confirmera ces faits que nous nous bornons à signaler ici.

Quant au remaniement représenté parleras. dePérouse, le ms. Ottoboni 750 et la copie de MabiUon dont les éditeurs des Historiens de France font usage, il nous semble qu'on ne doit pas le lui attribuer. Les continuateurs de dom Bouquet ont les premiers été de cet avis, lorsqu'ils ont dit, en parlant de la dernière édition : « quae in ea redundant hic exhibemus. Ea in textu » Richardi intrusa videntur (1). » Selon M. Weiland, au contraire, on ne peut admettre qu'un interpolateur , après avoir ajouté à l'œuvre d'un autre un certain nombre de passages, soit venu parler de son long travail et de son droit au repos : « Nisi post » laborem operis requiem natura deposceret (2). » A cela nous répondrons : que le travail du continuateur, ou, si l'on préfère, de l'interpolateur, avait été considérable ; d'ailleurs rien dans le style des passages ajoutés ne nous rappelle ce qui, dans les trois premières rédactions, est particulier à Richard, et nulle part nous n'y trouvons mentionnés les endroits où il paraît avoir vécu (3).

Si l'opinion de M. Weiland, en ce qui concerne l'attribution à Richard de la quatrième rédaction, mérite d'être sérieusement examinée, il n'en est pas de même de la courte sentence qu'il a prononcée en passant sur le « De destructione castri Julii (4). » Cet opuscule est l'œuvre de Richard : 1® Il rappelle de fort près la continuation du manuscrit de la reine Christine (5). 2® L'auteur est évidemment du même pays que celui auquel est due la continuation de ce manuscrit : c'est un fait qui résulte de la comparaison des deux textes et qui pour quiconque les a lus devient évident. 3** Le style a tout les caractères que nous connaissons à celui de Richard ; il sufiBra d'appuyer ce dernier argument par quelques exemples.

1. Bqt., XII p. 418 : a Non ut voluit, sed ut potuit, in eodem oppido se reclusit. » Murât., col. 1101 : « Ut potuit, non ut voluit, Parisius devenit. »

(1) Bqt.. IX, p. 22, note a.

(2) Àrchiv, XII, p. 48-49.

(3) Voir plus bas le chapitre où l'opinion de M. Weiiaud est discutée.

(4) Archiv , XII , p. 57, note 3 : « Dieselbe (Geschichtserzâhlung) Richard zu vindiciren sehe ich keinen Grund. »

(5) Christine, 1911 : « Honus in Anglia. » Bqt., XII, 418 : a Onus castr' Julii. » 420 : tt Onus Aquitanise regionis, » etc.

2. Bqt. , XII , p. 419 : (Henri II) « primis annis moderate et pacifiée rexit regnum Anglorum... sed mox ad ingentia mala progressus, iraciindiae, crudelitatis, superbise, tantum in se odii concitavit, ut mérita praedecessorum suorum penitus oboleret, » ms. latin 4934, fol. 62 r« : « Primis annis — aboleret » (Domitien).

3. Bqt., XII, p. 419 et suivantes, emploi constant de la prophétie de Merlin, que Richard a fait entrer dans sa chronique.

Ainsi Topuscule publié dans le tome XII des Historiem de France est de Richard ; nous avons en outre de sa chronique trois rédactions, la quatrième lui demeurant étrangère.

Passons à Texamen détaillé des rédactions.

L'épître par laquelle Richard a dédié sa chronique à Tabbé de Cluny, Pierre le Vénérable, se trouve en tête de deux manuscrits (ms. de Pérouse ; ms. Ottoboni 750). Après avoir exposé les motifs qui le déterminent à écrire, et expliqué l'embarras où Font mis parfois les contradictions des chroniqueurs, il fait avec une grande modestie l'aveu de sa faiblesse : « Et vous, mon Père, qui ». dans vos lettres égalez presque Gicéron, qui êtes dans vos écrits, » lorsque vous raisonnez, un second TertuUien, ne dédaignez » pas, je vous prie, de jeter les yeux sur ma pauvre production : » retranchez, avec votre bonté toute gratuite, les mots malson- » nants; suppléez à mes imperfections... Les ouvriers qui cou- » peut et taillent le bois n'ont pas une gloire égale à celle des » artisans qui le creusent, le polissent, l'ajustent. La pauvreté de » mon esprit et le travail continuel que m'impose le service de » Dieu m'ayant interdit ce rôle, je vous apporte mon gros bois, » extrait de la forêt des livres, pour que vous en fassiez une » œuvre d'art, afin que tout l'honneur vous en revienne. » En terminant, Richard cite une partie des auteurs qu'il prétend avoir consultés pour la composition de sa chronique.

Des deux mss. qui contiennent cette épître, l'un, le ms. Ottoboni 750, s'arrête en 1174, l'autre, le ms. de Pérouse, en 1172. Or Tabbé à qui elle est adressée est mort le 24 décembre 1 156. On en doit conclure que l'épître dédicatoire se sera trouvée d'abord en tête d'un exemplaire de la chronique, terminé du vivant de Pierre le Vénérable. La chronique du ms. 5014 ne dépasse pas 1153, date à laquelle mourut Eugène III . On est donc tout d'abord porté à croire qu'elle représente la rédaction originale.

Mais M. Weiland a démontré que la chronique du manuscrit de Colbert est un simple extrait, et c'est un fait dont il est bien facile de s'apercevoir. Sans doute la sécheresse et la brièveté qu'on remarque dans certaines parties de la chronique, les omissions,

telles que celle du règne de David (1), ne suffiraient pas à prouver ce fait. Mais il est au moins deux passages qui le démontrent ; le ms. 5014, à la suite du passage où il est question d*Abélard, porte les mots : « hujus epictaphium huic opusculo interserere » voluimus (2). » Ces mots ne sont pas suivis de Tépitaphe, qui se retrouve par contre dans le ms. Ottoboni 750, dansTédition des Historiens de France et dans le ms. de Pérouse. En outre celui auquel nous devons cç ms., après avoir raconté une partie des légendes bretonnes qui tiennent une si large place dans la rédaction continuée jusqu'à Tannée 1162, s'arrête subitement, et remplace la prophétie de Tenchanteur Merlin par les simples mots : « Et que sequuntur (3). » La prophétie de Merlin figure tout au long dans les manuscrits qui s'arrêtent en 1162; est-il vraisemblable que dans sa première rédaction l'auteur n'en ait pas tenu compte, et surtout qu'au lieu de la supprimer tout simplement il l'ait remplacée par cette brève allusion?

Ces passages ne sont pas les seuls du ms. 5014 où la chronique de Richard ait été tronquée. Voici comment on y parle de Charles le Chauve : 5014, 71 r** et v° ; a Karolus Cal vus post mortem » fratrum suorum régnât super Francos annis XXIX , ubi nobi- D lem ecclesiam apud Compendium de novo construxit , etc. » Cette phrase , dépourvue de sens , se présente tout autrement dans le texte de Mabillon : « Karolus Calvus post mortem » fratrum suorum régnât super Francos annis XX. Hic cum » Normannis et Britonibus ssepe conflixit. In Hierusalem quoque » cum magno, ut fertur, perrexit exercitu, orationis gratia. Inde » vero post Constantinopolim rediens, repetiit Franciam, ubi » nobilem ecclesiam apud Compendium castrum de novo con- » struxit. » Les lignes qu'on vient de lire représentent évidemment la rédaction originale, maladroitement tronquée dans la copie du ms. 5014. Or les termes mêmes de ce ms. 5014 sont empruntés par le ms. latin 4934 et le ms. Ottoboni 481 , qui représentent une nouvelle rédaction de la chronique ; on y retrouve le non-sens « annis XXIX, ubi nobilem ecclesiam. »

La même remarque s'applique à un autre passage relatif au règne de Hugues Capet, qui se présente ainsi dans diverses rédactions :

Bqt., X, p. 264 : « Ex tune, quia dcbilitatii!)i est regnum, dux

(1) Ms. latin 5014, 46 r».

m 5014. fol. 74 v«.

(3) b014, 63 yo.

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» Aquitanorum et alii regni proceres, potestatem super episcopos, » quam antea reges habuerant, tenere ceperunt. »

5014, 72 V** : a Dux Aquitanorum et alii regni proceres potes- » tatem super episcopos, quam antea reges habuerant, tenere » ceperunt. »

(Cf. Muratori , col. 1084; idem sauf habebant^ au lieu de habue^ rant.]

Enlin le manuscrit 5014 et l'édition de Muratori (Ottob. 481) attribuent tous deux à Philippe I*"" quarante-cinq ans de règne, tandis que la copie de Mabillon et le manuscrit Ottoboni 750 donnent le véritable chilfre de ces années, qui sont au nombre de quarante-huit.

Le ms. 5014, et les mss. 4934 et Ottoboni 481, ont donc commis, Tun comme les autres : 1° deux omissions, qui enlèvent à deux phi*ases leur véritable sens ; 2o une erreur de date. Il existe donc, entre le texte 5014 et les inss. représentés par l'édition de Muratori, des rapports certains.

Le ms. 5014 ne peut être un extrait des manuscrits de la 2"»*' rédaction. Il faut donc que la 2"*'^ rédaction ait été faite d'après un extrait de la 1'* rédaction identique au ms. 5014, ou bien encore d'après ce manuscrit lui-même. Nous allons prouver que le manuscrit de Golbert est i origine de la 2'"« rédaction, qu'il a été entre les mains de Richard, que l'auteur, s'il ne l'a pas écrit lui-même, ce qui n'est pas prouvé, l'a du moins enrichi de notes et d'additions nombreuses.

Le catalogue de l'ancien fonds dit que le ms. 5014 a été écrit au treizième siècle. Cette assertion n'est pas fondée. Celui auquel nous devons ce manuscrit marquait généralement les années de règne des rois de France et des papes. Deux fois il a manqué à cette habitude, la première lorsqu'au début du règne de Louis VII il s'est borné à dire : « Ludovicus Junior Francis imperat annis. » (5014, 74 v«) ; la seconde lor.squ'il a omis les années du pontificat d'Adrien IV. On a dit qu'après la mention relative à Eugène III le ms. 5014 porte, tout à la fin de la chi-onique, les mots suivants, écrits avec une encre plus pale : « Anastasius, qui et Conradus, » episcopus sabinensis, sedit I. menses IIII. Adrianus qui et » Nicholaus, albanensis episcopus, sedit— .» Il est à présumer que cette phrase aura été rédigée du vivant d'Adrien IV. Autrement on ne comprendrait pas pourquoi le nom de ce pontife n*est ac;;:npagnô d'aucune date, tandis que la chronique mentionne celles de ses prédécesseurs. Or, Adrien l'Anglais mourut en 1159, aprl's Pierre le Vénérable, auquel fut dédiée la 1'® rédaction de la

chronique de Richard, avant Tépoque à laquelle parut la 2"*' rédaction, qui s'arrête à la reddition de Milan.

C'était alors Tépoque où Richard élaborait sa 2™® rédaction, dans laquelle il a introduit bien des morceaux étrangers au ms. 5014. Ce même manuscrit porte, avant et après la chronique, les traces certaines du travail de Richard. On a déjà dit (description du ms. 5014) qu'il contient, sous le nom de « Cronica Hugonis^ » un extrait en grande partie semblable à r^w^o ire Ecclésiastiqibe de Hugues de Sainte-Marie (1). Cet extrait contient un certain nombre de passages qui ne se trouvent pas dans la chronique du ms. de Colbert, et se rencontrent dans le ms. 4934 (2® rédaction) : tels sont les morceaux consacrés à la profanation du temple de Jérusalem par Caligula (2) , au martyre de saint Jacques (3) , au meurtre de Lucain , dont le nom est remplacé par celui de Lucrèce (4), au supplice que Néron essaya vainement de faire subir à saint Jean et à l'exil de cet apôtre (5), aux hérésies de Ménandre et de Cérinthe (6), à l'hérétique Arius (7), au couronnement de Charlemagne (8).

Quelques pages plus loin se trouvent, dans le ms. 5014, des extraits de la Cité de Dieu, parmi lesquels il est facile de relever un assez grand nombre de fragments insérés dans la rédaction à laquelle appartiennent les mss. Ottoboni 481 et latin 4394; ces mêmes fragments sont étrangers à la chronique du ms. de Colbert (5014). C'est là que nous retrouvons les passages consacrés, dans la 2® rédaction, à la mort de Lucrèce (9), à la fondation de Rome (10), à l'apothéose de Romulus (11), au séjour des premiers hommes dans le paradis (12), aux noms d'Adam et de ses fils (13),

(1) Fol. 1 et suivants^

(2) 5014, fol. 2 v« : a Templum quoque. « 4934, fol. 58 v«.

(3) 50U, fol. 2 v'» : « Porro septimo anno Neronis. » 4934, 59 v».

(4) 5014, fol. 3 r» : « Occidit preterea poetam Lucrecium. » 4934, 60 i*.

(5) 5014, 3 r° : a Unde et Johannem. • 4934, 62 r».

(6) 5014, 3 r« : a Hac etiam tempestate Symoai. » 4934, 62 r» et v».

(7) 5014, 5 v° : a Nam fuit quidam presbiter. » 4934, 67 v«.

(8) 5014, 9 r» : « Tune sihi adclamatum est. » 4934, 95 r«.

(9) 5014, 16 r^ : a Hujus corpore cum violenter oppresso. » 4934, 28.

(10) 5014, 16 r» : a Remus et Romulus asylum. » 4934, 17 v«.

(11) 5014, 16 V» : t De Romulo viderit. » 4934, 18 v°.

(12) 5014, 21 V» : a Nam sicut scriptum est, nudi. » 4934. 2 r«i 5014, 22 r» : « Quisquis autem dicit. » 4934, 2^.

5014, 22 v" : « Seminaret igitur. » 4934, 2 y\

(13) 5014, 24 rû ; «Caim interpretatur. • 4934, 3 t\

àParrivée des Troyens en Italie (1), et beaucoup d'autres qu'il est superflu de citer.

Les dernières pages du manuscrit contiennent, en outre : 1® un extrait d'Isidore relatif aux Sibyljes, qui ne se trouve pas dans la rédaction abrégée de la chronique (5014), mais figure mot pour mot dans le ms. 4934 (2) ; 2© une citation de Bède, relative à Banaia, guerrier juif , citation qui est dans le même cas (3); 3« quelques indications chronologiques, tirées de divers auteurs, qui portent sur les années du monde jusqu'à la venue de Jésus-Christ, tout à fait analogues, sinon semblables, aux nombreux fragments chronologiques contenus dans la 2* rédaction (4).

Dans le ms. 5014 la chronique elle-même est surchargée, soit entre les lignes, soit sur les marges, d'un assez grand nombre de notes, presque toujours insérées dans le ms. 4934.

Les fragments et les notes dont on vient de parler sont dans un rapport évident avec la 2« rédaction de la chronique. Obligés d'en expliquer la présence dans le ms. de Colbert, nous avons à choisir entre deux hypothèses : ou bien le possesseur du ms. de Colbert aura cherché à le compléter avec un manuscrit de la 2^* rédaction, ou bien Richard aura, dans un seul et même volume, réuni : 1** un extrait de la 1" rédaction, destiné à servir de base à la 2®; 2o des extraits de divers auteurs, insérés plus tard dans la nouvelle édition de sa chronique. La première hypothèse est inadmissible. En effet , les extraits de Hugues et de saint Augustin dépassent en étendue ce que nous en retrouvons dans le ms. 4934 ; il faudrait donc que l'auteur du ms. 5014 eût connu : d'une part, la 2« rédaction de Richard, à laquelle il aurait emprunté les notes dont on vient de parler, l'extrait de Bède et celui d'Isidore; d'autre part, les passages mêmes de Hugues et de saint Augustin que Richard a utilisés lors de son second travail. Il faudrait, en outre, qu'il eût été bien savant pour avoir replacé le nom de Bède en tête d'une citation qui , dans la 2« rédaction , n'est pas indiquée comme empruntée à cet auteur. En admettant même ces suppositions invraisemblables, on ne pourrait expliquer poorquoi ce travail, fait après l'année 1162, ne porte pas les années d'Adrien IV, mort en 1159.

Il nous reste à reconnaître que le ms. de Colbert a été l'instru-

(') 5014, 33 r« : « Eo tempore post captam Trojam. » 4934, Il v«.

{:) 5014, 139 v°-l40 r» : c Isidorus de Sibillis. ■ 4934, 11 r«.

(3) 5014, 140 r<> : « Beda,.. Quod dicitur de fiaoaia... leonem. » 4934, 12 v^,

('ij 5014, 140 ï^ : « Isidorus. Ab Adam usque... usque ad Christum 5799. »

ment d*étude de Richard; ainsi s'expliquent les difficultés que nous venons de passer en revue, l'écriture négligée du manuscrit, le grand nombre des abréviations, le désordre dans lequel se succèdent les matières de toute soj^e qui sont entassées dans ce petit volume. Richard n'a pas introduit dans son manuscrit d'étude la longue prophétie de Merlin, qu'un autre, écrivant pour être lu et goûté, n'aurait certainement pas laissée de côté. Il n'a pas donné les années du pontificat d'Adrien, qui vivait encore. Il n'avait, au surplus, aucun besoin de reproduire en tête de son manuscrit l'épître à Pierre le Vénérable, puisque ce manuscrit ne devait pas être livré à la publicité. Comme il était moine clunisien, on n'a pas lieu de s'étonner qu'il ait transcrit ou fait transcrire dans son petit livre une bulle de Pascal II , adressée à saint Hugues de Cluny ,et un privilège du môme pape en faveur de son Ordre (75-76) . Quand Richard en vint à rédiger la seconde édition de sa chronique, il ne mit plus à la première page de son œuvre l'épître jadis adressée à Pierre le Vénérable, mort depuis plusieurs années. A part les noms des papes , d'abord intercalés dans le corps de son récit, il fit entrer dans sa nouvelle compilation presque tout ce que contient le ms. de Colbert. Quelques membres de phrases, quelques passages insignifiants furent omis; parmi ces derniers il faut citer les mots par lesquels est annoncée, dans le ms. 5014, l'épitaphe d'Abélard (1). La chronique reçut dans toutes ses parties des accroissements considérables. Pour les époques les plus anciennes, Richard y introduisit d'abord les deux morceaux de Bède et d'Isidore de Séville, avec une bonne partie des extraits de saint Augustin qu'il avait réunis dans son manuscrit d'étude. Hugues de Fleury, demeuré en dehors de la liste d'auteurs qui termine l'épître à Pierre le Vénérable, fut largement mis à contribution. Un long passage qui , dans la rédaction primitive, était consacré à l'adultère de Paulina, sous le règne de Tibère, fut réduit à quelques lignes. Par contre , la prophétie de Merlin , omise dans le brouillon de Richard, occupe plusieurs pages dans le premier remaniement. Aux deux morceaux où l'auteur avait raconté l'entrée d'Alexandre à Jérusalem et ses derniers moments , vinrent se joindre de longs développements empruntés à VEpitome de Julius Valerius et kVEpistola ad Aristotelem, Richard, dans son manuscrit d'étude, n'avait extrait d'Bthicus qu'un bien court fragment (2), relatif à l'origine des Francs; mais dans la 2® rédaction,

(1) Murât., col. 1098« 1%) 5014, 62 V4

la Cosmographie de cet auteur fut représentée par des pages entières ; il en fut de même du Polyhistor de Solinus, auquel Richard emprunta plusieurs longs passages (I). L'histoire des rois juifs, d'abord extrêmement abrégée, s'accrut de nombreux détails tirés de l'Ancien Testament. La partie la plus récente de la Chronique reçut aussi des accroissements qui la modifièrent bien à son avantage. Le texte publié par Martène renferme un assez long passage où sont célébrés les exploits de Robert Guiscard (2) ; de ce sujet, l'auteur passe à l'adultère de Philippe P', et il prend occasion du concile de Clermont , où fut excommunié l'amant de Bertrade, pour faire de la première croisade un court récit, dans lequel est nommé Boémond (3). Puis il revient au fils de Robert Guiscard, dont il rappelle la prise de croix, mentionnée plus haut, et il emploie fort à propos l'expression ut dictum est. Dans la 2« rédaction , c'est l'adultère de Philippe I®"" qui est en tête du morceau ; puis vient le passage sur Robert Guiscard , suivi de l'histoire de son fils, sans qu'il ait encore été question de la première croisade ; l'auteur cependant, mentionnant ici pour la première fois la prise de croix de Boémond , n'en emploie pas moins les mots ut dictum est , dénués de sens , puisque le fait n'a pas encore été raconté (4). De cette interversion ressort évidemment l'existence d'une rédaction antérieure , représentée par le ms. de Colbert. En outre, le texte remanié contient, en ce qui concerne Robert Guiscard, de nombreux accroisse ments (5),

De toutes les additions propres à la 2® rédaction, la plus longue est relative à la première croisade. Le ms. 5014 s'en tient au court récit qui est intercalé entre l'histoire de Robert Guiscard et celle de Boémond; seulement, à la fin du règne de Philippe 1®', au milieu d'une énumération de papes , on lit , à propos d'Urbain II, la phrase suivante :« Urbanus, qui et Oddo, Cluniacensis » monachus , et postea Hostiensis episcopus , saedit annos XI , » menses VL Hic primus iter ad capiendam Jherusalem in Cla- » romontensi concilie predicavit, et prevaluit; nam a Francis

(1) Voir plus loin le chapitre consacré aux sources de la 2" rédaction.

(2) 5014, 73 r^ : a Per hoc idem tempus Robertus — que muro urbis adheret. »

(3) 5014 » 73 r<> : c Philippus prefatus rex « eo quod strenuitati Francorum semper Greci invideant. »

(4) Murât., Antiq., t. IV, col. 1086.

(5) Murât., col, 1085 ; « Qui cum innumerabilia pêne — constitueret. » I Venetos, qui contra eum — majus omnibus feclsset hominibus. »

» capta est et retenta, facto ibi rege Christiano Godefredo (1). » Les manuscrits de la 2« rédaction, où Ton ne retrouve généralement pas les noms des papes, contiennent cette phrase, qui sert de transition pour passer à l'histoire de la première croisade; alors seulement est mentionnée la prise de croix des princes chrétiens. Ce n'est d'ailleurs plus ici un récit de quelques lignes, ce sont de grandes pages que le moine poitevin consacre à la conquête des Lieux Saints. Ce long récit, sur lequel on aura lieu de revenir plus loin, n'occupe guère moins de neuf colonnes dans le volume de Muratori (col. 1087-1096 : « ab eodem Goscelino erui »). L'auteur dépasse de beaucoup le règne de Godefroid, puisqu'il s'arrête seulement à la mort de Balac, tué sous Baudoin du Bourg (1124).

Mentionnons encore, parmi les additions de la 2* rédaction, quelques lignes consacrées à Hildebert du Mans (2), à la principauté d'Antioche (3), à Pierre de Saintes, maître de Henri Courtmantel (4), à la translation dn corps d'Abélard (5). L'auteur emprunte en dernier lieu à son manuscrit de travail le récit de la prise d'Edesse ; mais il y intercale, à propos des reliques de saint Thomas , une longue description de l'Inde, où cet apôtre passe pour avoir reçu le martyre (6). On sait qu'en cet endroit le ms. 5014 s'arrête brusquement, pour se terminer parla brève énumération de quelques papes. Les manuscrits de la 2® rédaction ajoutent à la prise d'Edesse le concile de Vézelay et la deuxième croisade, le divorce de Louis VII (col. 1101), la mort de Geoffroy d'Anjou, la prise d'Ascalon, la mort de Raymond, prince d'Antioche, et Tavénement de Renaud de Châtillon. Viennent ensuite les morts d'Eugène III (1153), de Thibaut de Blois , d'Etienne de Blois, l'avènement de Henri II, la mort d'Alphonse de Castille et de Léon (1157), le règne de son fils Sanche III en Castille (mort en 1158), et de son deuxième ûls Ferdinand au royaume de Léon. Un passage relativement développé est consacré à l'expédition de Henri II à Limoges, et à la prise du château de Thouars, événe-

(2) Murât., col. 1096 : « Hac tempestate domnus Hildebertus — comparandus. »

(3) « Hic quum processu temporis — cum principatu accepit Antiochenorum. » Le tout enclavé dans une phrase empruntée au ms. 5014.

(4) tt Hic filium suum Henricum — coaetaneos suos. ■

(5) Col. 1098 : o Unde non post multos dies — translatus est, »

(6) Muratori, col. 1098-1100 : « Quod ibi transportatum est ab India — nunc autem ad callem historiœ redeundum est. •

ments entre lesquels Fauteur meutionae une invasion de Henri II dans le pays de Galles. La Chronique se termine par Téchec de Henri II devant Toulouse, par Ta mort d'Adrien IV (1159) et la capitulation de Milan.

On voit que le texte du ms. de Colbert a reçu, dans la 2* rédaction , des accroissements notables. Richard en a cependant retranché un certain nombre de pages. Il ne reste dans les mss. 4934 et Ottoboni 481 que bien peu de chose de ce qu'il avait d'abord écrit sur les papes. Ceux des souverains pontifes dont les faits et gestes intéressent l'histoire de Cluny ont presque seuls conservé leurs places dans la 2« rédaction de la Chronique universelle ; à part Urbain II, Eugène III, Adrien IV, et quelques privilégiés, tous les papes ont dès lors été relégués dans un opuscule spécial , qui doit être examiné à part.

Le manuscrit de la reine Christine (n* 1911) et la copie de Du Chesne (latin 17556) représentent une troisième rédaction de la Chronique, dérivée de la deuxième, dont elle diffère cependant à bien des égards.

Dans son travail sur Martin le Polonais (1), M. Weiland a constaté les rapports qui existent entre les extraits de Du Chesne, seuls connus de lui, et le texte de Muratori. Mais on même temps il a remarqué : l**que d'importants passages de l'édition de Muratori, entre autres la longue rédaction de la première croisade , manquent au ms. de Du Chesne ; 2» que dans ce manuscrit la mort d'Adrien IV (1153) n'est pas suivie du siège de Milan (1162) ; on sait que ce dernier morceau termine l'édition des Antiquitates itU' licœ. De là résulte pour M. Weiland l'existence d'une rédaction s'arrêtant en 1159, faite avant 1162, dépourvue des passages qui manquent au ms. de Du Chesne, et à laquelle Richard aurait, après 1171, fait de nouvelles additions.

Par malheur M. Weiland ne pouvait fonder son raisonnement que sur de simples extraits. On a vu que le ms. de Du Chesne est copié sur celui de la reine Christine, et qu'il est loin d'en être la reproduction complète ; c'est un fait sur lequel il n'y a plus à revenir. Or le ms. de la reine Christine contient le long récit de la première croisade (2), et raconte la destruction de Milan dans les

{\)Ârchw, XII, 56 et 57.

(2) Christine 1911 , fol. 81 r*, col. 2. fol. 85, r», col. 1 : a Incipit de via Jherosolimitana. Anno ab înc. D. 1099 Urbanus papa — oculos sibi ab eodem Goscelino erui. »

termes mêmes de la 2* rédaction (1). Uhypothèse dont on vient de parler repose donc snr nne double erreur. En outre , elle est superflue , car les manuscrits de la 2« rédaction suffisent à expliquer toutes les parties non originales de la copie de Du Chesne et du ms. 1911 de la reine Christine. Laissons de côté la supposition de M. Weiland pour nous occuper seulement d'établir que la troisième rédaction , représentée par le ms. de la reine et la copie de Paris, est née de la deuxième, non pas de la première. Le ms. de la reine Christine n'a pas l'épître dédicatoire; il mentionne en quelques lignes l'aventure de Mundus et de Pauline (fol. 44) , racontée tout au long dans la U® rédaction , et raconte longuement la première croisade , que Richard avait d'abord à peine mentionnée. Le changement de profession des moines de Saint-Martin est identique dans la copie de Du Chesne et l'édition de Muratori (2) ; dans l'une et l'autre est tronquée de la même manière la phrase relative à Charles le Chauve « ubi nobilem ecclesiam (3). » Toutes deux donnent huit années de règne à Louis IV (4) et quarante-cinq à Philippe I" (5), tandis que la 1'* rédaction en donnait sans doute dix-huit à l'un de ces princes et quarante-huit à l'autre. C'est enfin au texte publié par Muratori que le ms. de la reine Christine emprunte les passages relatifs à l'adultère de Philippe I®' et à Robert Guiscard (6). La même identité se remarque dans les morceaux relatifs à l'expédition du comte de Poitiers en Espagne (7), au savant Hildebert (8) et à la principauté d'Antioche (9). On pourrait multiplier les exemples; ceux qui viennent d'être cités doivent paraître suffisants.

(1) Christine 1911 , fol. 89 r«, 2 : a De subversions mediolanensi. Interea Fredericus — et porte ejus excelse igné combuste sunt. »

(2) Latin 17556, p. 485, et Muratori, col. 1083 : « Ut una nocte omnes morerentur. Tune idem locus in reliquum a canonicis habitatur. » Bqt., YII , 258 : « in choro morerentur — a canonicis secularibus. »

(3) Latin 17556, p. 485, et Muratori, col. 1083.

(4) Latin 17556 , p. 487 (annis VIII) , et Muratori , col. 1084 ; cf. Bqt., IX , p. 23 (XY). Ces deux fautes proviennent du chiflfre correct, XVIII, qui se sera trouvé dans la rédaction originale.

(5) Christine 1911, 79 v°, 2 ; Latin 17556, p. 488 ; Muratori, col. 1085. Bouquet et Ottoboni, 750, portent XLVIII ; ce chiffre , qui est exact, vient sans doute de la première rédaction.

(6) Christine 1911, 79 v», 2 ; Latin 17556, p. 480 et p. 489 ; Muratori, col. 1085.

(7) Latin 17556, p. 490-491 ; Muratori, col. 1096.

(8) 17556, p. 491 ; Murât,, col. 10%. Seulement la 3* rédaction ajoute quelques lignes et deux vers d'Hildebert.

(9) 17556, p. 491 ; Murât,, col. 1096.

Avant même les dernières pages , qui sont originales , la 3* rédaction contient de notables additions au texte de Muratori. Citons en première ligne une courte histoire de Tabbaye de Cluny, interpolée par le copiste du ms. 1911, puisqu'on y trouve mentionné Guillaume, dix-huitième abbé, bien postérieur à Richard le Poitevin (1). Mentionnons encore le curieux passage sur la donation de l'île d'Aix à Tordre de Cluny et sur La Rochelle, qui ne se trouve pas ailleurs (2) , quelques lignes relatives à Pierre de Saintes, dont l'auteur cite une pièce de vers (3), et un intéressant développement sur Primat, suivi d'une épigramme due à la verve satirique de ce poète (4).

La 3® rédaction se termine par une série de récits détachés, formant chacun un petit chapitre, tous relatifs aux années 1170 et 1171, et qui ont dû être composés, comme l'observe M. Weiland, peu après les événements ; on y retrouve une vivacité d'impressions qui autrement ne s'expliquerait guère, et d'ailleurs l'auteur, décrivant le monastère de Nanteuil en Vallée , emploie les mots de « anno preterito. » Il suffira, pour le présent, de citer les titres de ces passages :

a De Henrico apud Londoniam coronato (Christ. 1911, 89 r^, 2; 17556, p. 496). — De Sarlatensi submersione. — De puero monacho a demonio liherato, — De expulsione sive de obitu archiepiscopi Can^ tuariensis. — Bonus in Anglia. — De transitu Henrici Wintoniensis episcopi, — De viro hospitalitati dedito et de paupercula contracta, »

En résumé, la troisième rédaction paraît avoir été composée sur la deuxième, par Richard, et sans doute très-peu de temps après l'année 1171. Le catalogue des papes que contient le ms. de la reine Christine ayant été poussé par Richard jusqu'en 1173, il ne serait pas impossible que la troisième rédaction fût de la même époque.

Est-il vraisemblable que deux ou trois ans après ce dernier travail Richard ait donné de sa Chronique une quatrième rédaction?

(1) Christine 1911 : c Guillelmus XVIII abbas CluDiacensis. » La copie de Du Chesne s'arrête à « Theobaldus XV abbas Cluniacensis. » Ce Thibaud n'entra en fonctions qu'en 1179.

(2) Christine 1911. 80 v», 2 ; voir p. 45. note 3.

(3) Christine 1911 , 86 r°, 1 ; Latin 17556 , p. 492 : « Super omnes coetaneos suos qui in Francia, sive in Aquitania, et usque ad Pyreneos montes inhabitant, et ut his versibus comprobatur quos de excidio Troje composuit :

Virlbus arte nimis Danaum data Troja ruinis

Sic gens Romulea surgit ab Hectorea. »

(4) Christine 1911, fol. 87 r», 2; 17556, pages 492 et 493.

Eu d'autres termes, doit-on lui attribuer le remaniement représenté par le ms. Ottoboni 750, parlems. 16015 de Pérouse et par la copie de MabiUon dont les continuateurs de dom Bouquet ont fait usage?

Le travail que nous avons à examiner dérive, à n'en pas douter, de la rédaction originale, aujourd'hui perdue, qui s'arrêtait en 1153, était dédiée à Pierre le Vénérable, et de laquelle fut extraite la chronique du ms. de Golbert. En eflfet, le ms. Ottoboni et celui de Pérouse Qpntiennent l'épître dédicatoire que MabiUon a mentionnée en tête de sa copie. Pour les parties les plus anciennes qui n'entrent pas dans l'édition des Historiens de France, ces deux manuscrits présentent de nombreuses analogies avec le ms. de Golbert, dont leur texte ne dérive pourtant pas, tandis qu'ils s'écartent des mss. 4934 et Ottoboni 481 (1). On a vu plus haut que les passages de cette dernière rédaction relatifs à Charles le Chauve, aux évêques qui depuis Hugues Capet furent soumis aux grands vassaux, et aux années de règne de Philippe !•', proviennent de la rédaction originale ; la même remarque s'étend à l'épitaphe d'Abélard. Le long morceau qui traite de l'excommunication lancée contre Philippe P', de la première croisade et des fils de Robert Guiscard, est , pour l'ordre des faits, identique au ms. 5014, tandis qu'il s'écarte de la 2' rédaction.

Ce dernier remaniement, à partir de l'endroit où s'arrête le ms. de Golbert, est tout à fait différent de la 2* rédaction. Il se termine par la vague énumération de faits qui , pour la plupart , ne se retrouvent pas dans le texte classique de Muratori. On aura lieu de revenir sur cette continuation courte et insignifiante; rappelons seulement ici que dans les notes de M abillon et le ms. Ottoboni 750 , elle se termine par les mots : « Is status erat rébus humants anno ab incarnate Verbo 1174. «Dans le ms. de Pérouse cette date finale est remplacée par celle de 1172.

Richard , qui depuis longtemps avait substitué à sa première édition une autre édition bien plus complète , qui venait tout récemment d'ajouter à son œuvre une série de chapitres (3* rédaction), n'aurait eu aucune raison pour la remanier dès 1172 ou 1174; s'il l'eût fait, on ne voit pas comment il aurait pu prendre

(l) Comme le ms. de Colbert, Ottoboni 750, fol. 1 r», contient sur Adam et Eve un court passage , au lieu du long extrait de saint Augustin qui remplit les premières pages de la 2* rédaction. Comme lui encore il raconte tout au long l'adultère de Paulina sous Tibère (Ottoboni , fol. 22 t«, ms. de Pérouse , fol. 38 v% col. 1).

pour base de son dernier travail la 1" rédaction. L'emploi répété de certaines expressions et de certains tours de phrase nous a démontré que les trois premières éditions sont d'un même auteur. Rien de semblable ici : nous ne retrouvons nullement dans ce dernier ouvrage le style des travaux précédents. Autre différence : la Chronique de Richard, dans les manuscrits où eUe s'arrête en 1162 ou 1171, tend, vers la fin, à devenir une histoire locale, où il est surtout question du Poitou et de TÂunis. Aucun fait de ce genre ne se retrouve à la fin des mss. de Pérouse et Ottoboni 750; ces manuscrits se terminent, au contraire, par des allusions à des faits qui se passèrent sur tous les points de Tunivers.

Richard n'a donc pas donné de sa Chronique une quatrième édition. Quelqu'un retrouvant eu 1172 ou 1174 la rédaction pi imitive que nous avons perdue, l'aura complétée à sa façon ; et, quoi qu'en dise M. Weiland (1), ce travail fut assez long pour que le continuateur ait pu dire en terminant : « Hec et alla dicere de terra illa possemus, nisi post laborem operis requiem natura deposceret. »

M. Weiland, aux yeux duquel Richard est l'auteur du travail qui vient d'être examiné, n'a pas été plus heureux lorsqu'il a dit qu'il ne voyait aucune raison pour lui attribuer le De destnbctione ccutri Juin (2). Cet opuscule est l'œuvre de Richard : 1® il rappelle de fort près la continuation du ms. Christine 1911 (3); 2° l'auteur est évidemment du même pays que celui auquel est due la continuation du ms. 1911 ; 3» le style a tous les caractères que nous reconnaissons à celui de Richard. Il sufiQra de citer à l'appui de ce dernier argument quelques exemples.

Bqt. J/i, p. 418 (opuscule) : a Non ut voluit, sed ut potuit, in eodem oppido se reclusit. » Muratori, col. 1101 : a Ut potuit, non ut voluit, Parisius devenit. »

Bqt. XII^ p. 419. L'opuscule consacre à Henri II la phrase suivante : « Primis annis moderato et pacifice rexit regnum Anglorum... sed mox ad ingentia mala progressus, iracundiae, crudelitatis, superbiae , tantum in se odii concitavit, ut mérita praedecessorum suorum penitus aboleret. » La C/ironigw^ (4934, fol, 62 r") contient à propos de Domitien la même phrase : « Primis annis — aboleret. »

Enfin le De destructione se rapproche de la grande Chronique par un emploi constant des prophéties attribuées à Merlin.

(1) Archiv, XII, p. 49.

(2) Archiv, XII, p. 57, note 3.

(3) Christine 1911 et copie de Du.Chesne : a Honus in Anglia. » Bqt., XII, p. 418 : « Onus Gastri Julii. » P. 420 : « On us Âquitaniae regionis. »

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