‹ Notice sur Émile DeschampsChapitre 2 sur 4 · MALCOLM · texte numérisé non relu

MALCOLM

Mon père, C'esl lui qui se battit en si vaillant soldat Pour me sauver des fers dans mon dernier combat.

Salut, mon brave ami, parle; quelles nouvelh Dis-nous ce que tu sais du camp et des rebelles.

l'officier

La victoire indécise a balancé longtemps

Entre eux et nous. Ainsi deux nageurs haletante

S'épuisent à lutter de front contre les ond

Le traître Macdowald, noir sous ses tresses blondes,

Des îles du couchant et des îles du Nord

Avait reçu la veille un belliqueux renfort

De Kernes voltigeurs et de lourds Gallow-Glasses (1);

Et, lâche courtisane aux honteuses faiblesses,

La Fortune semblait sourire au révolté

Et lui prostituer sa vénale beauté;

Mais la Fortune, lui, ses hordes rugissantes.

Etaient contre Macbeth des forces impuissantes.

L'héroïque Macbeth (ce nom doit lui rester),

Élancé hors «lu camp pour ne point s'arrêter,

Les yeux ôtincelanfs d'espoir et de bravoure,

Brisant à chaque pas l'obstacle qui l'entoure,

limitant sou glaive nu parmi les rangs troublés, Marchait comme la faux dans l'épaisseur <les blés.

(i) Prononcer Gallow-G u t.

Tout s'écartait. — Enfin, terrible de visage,

Jusques à Macdowald il se fit un passage,

Et ne le quitta plus, pressant ses flancs hideux.

Qu'il n'eût d'un dernier coup fendu son corps en deux.

On conviendra que ces belles rimes opulentes et cette savante prosodie romantique ne nous gâtent pas trop Shakespeare.

Quelques années après le succès de Macbeth à l'Odéon, Roméo et Juliette, revu également et quelque peu modifié, allait être mis à l'étude, lorsque Fechter, qui devait avoir le principal rôle, tomba gravement malade. La représentation se trouva ainsi ajournée, et, grâce à l'insouciance du poëte, il n'en fut plus question.

Emile Deschamps n'a dédaigné aucun genre de littérature et s'est exercé dans tous. Il n'a tenu nul compte, par exemple, du préjugé d'après lequel on est -convenu qu'un livret d'opéra n'a pas besoin d'être soigneusement fait, et ne compte pas comme œuvre littéraire. Dès 1826, il entreprit, avec l'aide de M. de Wailly, une traduction tflvanhoé, qui fut jouée et fort applaudie. La musique était de Rossini, il est vrai. — En 1834, il traduisit, pour l'Opéra, h- Dm Juan de Casti. Le succès fut très-grand. Il fallait d'ailleurs tonte la souplesse et toutes les ressources d"un talent consommé pour venir à bout d'une telle entreprise, la principale difficulté consistait à ne Ml altérer les

rhythmes du libretto italien, afin que l'adaptation fût parfaite, et que l'expression musicale, admirable dans l'original, ne devînt pas un non-sens et quelquefois un contre-sens en français. Cette tâche ingrate fut remplie avec le plus rare bonheur. Suivant l'intention primitive du compositeur, on conserva, pour les récitatifs, un simple accompagnement d'accords plaqués au piano, ce qui permit de saisir distinctement les paroles. — Et, quoique la musique magistrale de Mozart produisit une impression dominante, le public se montra sensible au charme de cette poésie inattendue. Assurément on n'avait pas souvent l'occasion d'applaudir à l'Opéra des vers tels que ceux-ci :

don juan (à Zerline) Non, vous ne serez pas femme d'un paysan.

Eh! que dirait le roi, s'il savait que don Juan Voua a vun et permet qu'un manant vous épouse ! Qu'en d'ignobles travaux vous noircissiez vos main-. Vosrtîlanches (ftia i n^à rendre une infante jalouse! Et que vous déchiriez aux cailloux des chemins Vos pieds, vos petits pieds de comtesse andalouse! Non ! à ces mains d.-s gants, à ce cou des colliers; Pour ces pieds des tapis, ou la molle pelouse De mes grands l»uis de citronniers!

Quant à la vogue qu'obtint, en 1837, Stradella, il faut l'attribuer bien plutôt à l'action dramatique et aux heureuses proportions du poème qu'à la musique savante mais monotone et presque funèbre de Niedermeyer.

Le lendemain de la première représentation, Emile Deschamps reçut une lettre signée d'une vingtaine de jeunes gens qui lui exprimaient, en termes chaleureux, leur sympathie et leur admiration; ils le suppliaient de persévérer dans la voie qu'il venait de s'ouvrir au théâtre, et où aucun contemporain, selon eux, ne pourrait le suivre.

Je ne rapporte ce détail que pour bien marquer la différence des époques. Toutes ces œuvres, venues à leur date, ont été accueillies par un public fait pour elles. On trouverait difficilement aujourd'hui, dans notre génération énervée et frivole, vingt jeunes -r<-ncapables d'un si naïf enthousiasme.

Il faut mentionner encore, parmi un grand nombre d'opuscules lyriques et dramatiques , une gentille bluette intitulée : Le Mari ou bal.

Enfin, Emile Deschamps a collaboré au poème des

Huguenots; c'est de lui qu'est ce beau vers dit par

Raoul, parlant de Marcel :

Diamant brut enchâssé dans du fer.

On sait que Scribe a pris le sujet des Huguenots dans les Chroniques de Charles IX, de M. Mérimée. Le travail n'étant encore qu'ébauché, Emile Deschamps fut prié de le revoir. On lui confia le manuscrit, qu'il corrigea et modifia amplement. Le rôle de Marcel et le duo du quatrième acte sont tout entiers de lui.

Scribe, cependant, le supplia de ne pas mettre son nom sur l'affiche.

— Vous savez, disait-il, que l'auteur de quatre grands opéras a droit à une pension de douze cents francs; c'est l'espoir de mes vieux jours; ne me dépouillez pasî...

— Soit, fit notre poète ; mais comment toucherai-je ma part des droits?

— Parbleu, reprit Scribe, c'est bien simple : vous serez inscrit chez l'agent comme ayant collaboré à la musique (1)!

(1) L'avarice de Scribe est proverbiale. Ce petit homme.

Emile Deschamps s'amusa beaucoup de cette ladrerie; mais ce ne fut pas sans peine qu'il décida Meyerbeer à admettre la combinaison proposée.

notoirement millionnaire, portait un gilet en brocatelle à rosaces, des lunettes de laiton raccommoder-, el on chapeau fabuleux qui avait dû appartenir à Merlin de Douai, dans les beaux jours du Directoire.

Nuus avons presque épuisé maintenant la courte série des œuvres (1). L'édition posthume qui va paraître comprendra toutes les poésies qui n'ont pas encore été publiées en volume, mais que les journaux et les revues nous ont déjà fait connaître.

Depuis 1830, la manière du poète s'est un peu modifiée ; il a observé les transformations successives de la langue, et aussi les changements très-sensibles du goût

(1) Nous avons passé bous silence un charmant livre, écrit à l'usage de la jeunesse, et dont la dernière édition touche à si lin : Causeries morales et littéraires sur quelques femmes célèbres, il y en a à peine encore îoo exemplaires dans le commerce.

et des opinions littéraires. Le souci de la forme, la recherche curieuse des rimes, se font sentir davantage. — Lisez, par exemple, ce morceau charmant et bizarre inséré à bon droit dans le Pâmasse contemporain, recueil officiel des jeunes poètes :

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