VIII ERARD DE NERVAL
nous ne serions pas surpris qu'il eût entendu le langage de la huppe. Le Sir-Hasirim lui donnait le ton pour les scènes d'amour, et, afin de ne pas être pris au dépourvu quand il faudrait exprimer les magnificences du palais et du trône de Salomon, de la parure et du cortège de la reine de Saba venant d'Opliir, le pays de l'or et des perles, il avait dressé un catalogue de toutes les pierres précieuses fantastiques et réelles, depuis l'escarboucle du Giamschid jusqu'à l'azerodrach dont les bohémiennes se font des colliers. Ce qu'il avait entassé de notes et apporté de matériaux pour bâtir son monument était vraiment prodigieux. La Reine de Saba ne fit pas un heureux voyage et se perdit dans le désert avec sa suite bizarrement chamarrée d'or. Ecrite d'abord en prose, elle tenta un instant Meyerbeer, que venait de révéler, sous sa forme nouvelle, l'éclatant succès de Robert le Diable, et qui voyait avec raison dans ce sujet la matière d'un magnifique opéra. La collaboration de Meyerbeer n'était pas à dédaigner, et Gérard se mit, non sans pousser plus d'un soupir, à tailler son drame en scénario. L'illustre compositeur parut ravi, demanda quelques modifications, quelques retouches, garda l'ouvrage plusieurs années, souriant toujours aux visites de Gérard avec cette exquise urbanité qui le caractérisait; mais, selon son habitude d'éternelle hésitation, il ne fit rien. Au fond, il n'avait confiance qu'en M. Scribe et ses livrets. La pauvre Balkis, ainsi retenue, se fanait tristement dans l'ombre et la poussière d'un carton. Gérard l'en tira, arrangea les scènes en chapitres et en fit un roman qui parut, si nous ne nous trompons, dans le National. Plus tard, il reprit cette légende et l'inséra sous forme de récit dans les Nuits du Ramazan. Ainsi finit la caravane de la reine Balkis, cette vision d'Orient qui préoccupa Gérard autant que le jeune charpentier de la Fée aux miettes, et finit par l'amener comme lui dans la maison des lunatiques. Mais, moins heureux