‹ Notice sur Jean Vauquelain de Dieppe [microforme]Chapitre 3 sur 7 · SMART | APE · texte numérisé non relu

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fils se comportait. Et ce père fut plus sensible au sang- » froid et à la bravoure de ce jeune homme, âgé alors de dix-huit ans, qu’à la gloire d'avoir forcé son ennemi à » se retirer. »

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Cinq ans plus tard, le jeune Vauquelain pouvait commander au long-cours. Il acheta un navire et fit la traite des épices avec l’Amérique. En 1756, la guerre étant déclarée, le ministère de la marine demande le nom des officiers capables de commander sur les vaisseaux du roi.

« Vauquelain fut le premierdésigné. A vingt-neuf ans, il avait le commandement d’une frégate légère.

» Ses instructions portaient qu'il devait « aller à la » découverte sur les côtes anglaises, y examiner les » mouvements de leurs escadres, les routes qu'elles » prendraient, et apporter ou rapporter selon le cas les » paquetsqu'on lui remettrait à des hauteurs indiquées».

» Il n’y a qu'un marin pour pouvoir se rendre compte des difficultés d’une aussi pénible et délicate consigne. Par tous les temps il faut tenirla mer. Les coups de vent, les, brouillards les plus intenses, les ouragans redoutés par les autres camarades sont alors les bienvenus pour le commandant qui taille en pareille besogne. Brumes et tempêtes n’aident-elles pas au hardi capitaine à se défiler de l'ennemi, à passer à travers ses lignes sans être si-

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gnalé et à mener à bonne fin une mission d’où dépend le sort d’une escadre ou d’un pays?

» Vauquelain avait le génie des déguisements qu'il faut prendre, des manœuvres et des coups d’audace qu'il faut faire en semblable occurrence.

» À peine tenait-il la mer depuis quelque temps, qu’au retour d’une de ses périlleuses croisières, il reçut — par commission — du ministre de la marine, le commandement de l’Aréthuse, frégate de trente canons. Elle était attachée à l’escadre chargée de ravitailler et de défendre Louisbourg, menacé par les Anglais. »

C'était encore une commission, non un brevet. Il pouvait tenir la mer en qualité de corsaire, mais il ne pouvait prétendre à aucun avancement dans la marine de l'Etat. Cela ne satisfaisait pas son ambition, mais qu'importe !

« Le 9 juin 1758, l’Aréthusejette l'ancre devant Louisbourg. Vauquelain s’est rappelé son hardi métier d’éclaireur. Sa frégate a passé sans encombre les lignes de l'amiral Boscawen, qui croise à l’entrée du port depuis le R juin. A peine arrivé, le capitaine prend part à toutes les phases, à tous les succès, à tous les revers du siège. Pendant des journées et des nuits entières ce ne sont que des rafales de fer et de mitraille, qui vont de la ville à la flotte et des assiégeants aux assiégés. Tout ce que peut la génie de la guerre et de la destruction est mis en œuvre par les géants qui se trouvent aux prises. Quatre fré-

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gates, deux vaisseaux de ligne français sont coulés à l'entrée du port pour en défendre l'accès. Ainsi l’a voulu le gouverneur, le chevalier de Drucourt.

» Et la pluie de fer de passer toujours, de passer sans cesse sur les implacables ennemis. Un rrojectile tombe dans la sainte-barbe de l'Entrepren: 4, v 1isseau de 74. IL saute. Ses débris mettent le feuau Le." 2etau Capricieux, dont les batteries chargées et s : artilleurs criblent de bouletset la ville et les Anglai

» Nuit et jour on se fusille, on se canonne de part et d'autre. Hier au soir, une bombe a incendié le « grand » corps des bâtiments du Roy »; demain, ce seraun boulet rouge qui mettra le feu à l’église ; et à quelques jours de là les casernes de la Reine brüûleront. Bastions, lunettes, redoutes, escarpes, avant-postes, chemins couverts, casemates, tout est écrasé, tordu, brisé, éventré par la mitraille. Elle ne cesse de crépiter, de tout enlever sur son passage et de tomber si dru, qu’à 123 ans de distance, visitant les ruines de Louisbourg, avec un officier de la Galissonniére, le lieutenant de vaisseau Rouyaud, nous retrouvions l'assiette et les alentours de cette ville morte couverts de débris et de projectiles.

» Pendant ces heures terribles, le moral des troupes ne se dément pas un seul instant. Tous montrent l'exemple, La femme du gouverneur, M"° de Drucourt, est au premier rang. Chaque jour, aux applaudissements de ceux qui vont se faire tuer pour la France, elle monte, intrépide, sur lès remparts battus en brèche et tire trois coups de canon aux endroits les plus exposés,

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» Bon sang tient de race : et si notre mère-patrie a su envoyer à l’histoire Jeanne d’Arc, Jeanne Hachette et les femmes héroïques de la guerre de 1870, notre Nouvelle France lui a donné à son tour M° dela Tour, M'ede Verchères et M" de Drucourt. :

» Et pendant que se déroule ce drame immortel, Vauquelain et l’Aréthuse sont partout, sur la rade, dans le port, au large, faisant leur pénible devoiret donnant, eux aussi, rude besogne à l’Anglais.

» Lisez la chronique de ces jours de sang et de deuil. Dans son laconisme militaire, elle est plus éloquente que n'importe quel panégyrique.

« Les Anglais, dit-elle, assiégeaient Louisbourg par » terre et la bloquaient par mer. Vauquelain comprit » qu'il incommoderait beaucoup l'ennemi, s’il s’embos- » sait dans une baie le long de laquelle il fallait qu’il » passât, ainsi que les munitions dont il aurait besoin, » pour faire le siège de Louisbourg. Le coup d'œil de ce » jeune capitaine était juste, et le feu de sa frégate, em- » bossée à un quart de lieue du rivage, tua beaucoup » d’ennemis et retarda leurs opérations, De leur côté, les » Anglais formèrent une batterie contre la frégate de » Vauquelain qui, pendant quinze jours qu’elle resta dans » cette situation dangereuse, fut renouvelée trois fois » d'équipage. Enfin, voyant sa frégate et ses agrès » écrasés des boulets et des obus qu’on n'avait cessé de » luitirer, Vauquelain prit le parti de venir se mettre à » l'abri dela ville, pour se mettre en ordre ».

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» Letemps pressait pour réparer les avaries de l’Aréthuse. On y para tant bien que mal, tout en ne perdant pas son temps, car la chronique continue :

« Nous tirions à mitraille et nous faisions le plus de » bruit que nouspouvions. M. Vauquelain employait tous » les moments qu’on l’empèchait de partir d’une façon qui » devait nous consoler de ce retardement forcé ».

» Mais le siège avançait et le gouverneur de Drucourt voyant sa ville se démanteler, ses troupes décimées par le feu de l'ennemi et par la maladie, se résolut de donner de ses nouvelles en France. Fine marcheuse, portant toute sa toile à merveille, et commandée par un capitaine ayant fait ses preuves, l’Aréthuse fut choisie pour forcer la croisière anglaise.

» Pour y x venir, il fallait attendre le brouillard du Nord.

» Les brumes de Louisbourg! Ah! j'ai respiré leurs âcres senteurs, et je les ai décrites dans mes notes de voyage.

» Rien de triste comme cette nuit en plein jour, qui ne permet pas au matelot de distinguer sur le pont, à une longueur de main. Autour de lui tout est nuageux, opaque. La mer est là qui confond ses teintes grisâtres avec le ciel brumeux. Sans le monotone clapotis de la vague qui se brise sur le flanc du navire, l’homme à la roue croirait que son capitaine a mis le cap sur le néant,

» C'est au milieu de ce chaos que Vauquelain devait

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s'orienter. Il le fit en maître des choses de la mer, passant avec précaution à travers les épaves des navires sombrés en rade, évitant les bordées d'artillerie tirées au hasard dans la buée épaisse, par amis et ennemis, et perçant la flotte anglaise sans qu’elle s’en doutât. Dès que le rideau de brume se fût déchiré brusquement, ainsi qu’il arrive presque toujours dans les parages du Cap Breton, Boscawen vit avec stupeur l’Aréfhuse filant grand largue à l'horizon et portant fièrement à sa corne d’artimon le drapeau fleurdelysé.

» Les Mémoires chronologiques pour servir à l'histoire de la navigation française mentionnent ainsi ce qui arriva alors :

« L’amiralanglais, surpris de la hardiesse et de l’exé- » cution de ce dessein, dépêcha les meilleurs voiliers de » sa flotte à la poursuite de cette frégate; mais par la » fausse route qu'elle fit la nuit suivante, Vauquelain les » mit en défaut etarriva à Bayonne. »

» Bien lui en prit, car sa bonne réputation de marin n'aurait pu le soustraire au sort de ses compagnons d’escadre. Quelques jours après le départ de l’Aréfhuse, les assiègés, la rage dans le cœur, mais se défendant toujuurs, virent détruire ce qui restait de la flotte française en rade de Louisbourg. Le Prudent et le Bienfaisant furent amarinés dans la nuit par six cents Anglais. Le Prudent brûla jusqu’à sa ligne de flottaison, pendant que le Bienfaisant, trainé à la remorque par l'ennemi, voyait « tom-

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» ber ses mâts pendant le trajet, tant il était maltraité » parle canon».

» Le 25 juillet 1758, onze jours après le départ de l’Aréthuse, le rideau tombait sur le premier acte du drame sanglant de la Cession de la Nouvelle-France. Louisbourg capitulait, mais au milieu de tous ces désastres et de ces humiliations, Vauquelain avait réussi à sauver sa frégate et l'honneur de son pavillon.

» Causant un jour avec des officiers de la marine française, après la reddition de la ville, l'amiral Boscawen disait :

« — Messieurs, je ne sais pas quel est l’habile com- » mandant de l’Aréthuse qui m’a échappé. Je gagerais » que c’est un routier marchand, car il fait bien son mé- » tier. Si l’un de mes capitaines de frégate en eût fait » autant, mon premier soin, en arrivant en Angleterre, » serait de solliciter pour lui un brevet de capitaine de » vaisseau ».

Vauquelain méritait un haut grade dans la marine royale, maïs il était roturier et sortait de la marine marchande. C'était une double tache originelle. Un simple cadet, sot et nul autant qu’on peut l'être, se croyait de beaucoup son supérieur. Il tenait à déshonneur d’avoir pour supérieur ou même pour égal un homme qui n’avait pas la prétention de descendre des Allemands Chlodowig ou Charlemagne.

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