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Suivant la justice distributive de ce bon vieux temps, que de naïfs bourgeois regrettent, le héros de Louisbourg ne fût pas breveté mais commissionné de nouveau et reçut l’ordre de se rendre promptement à Québec pour prévenir Je gouverneur de se préparer à la résistance.
« Arrivé à destination Vauquelain reçut du marquis de Montcalm ce qui lui restait de la flotille françaisedevant Québec, c’est-à-dire, à part des deux frégates qu’il amenait de France, le contrôle des bateaux et des brûlots.
» Avec ses camarades de combats, Vauquelain assiste à toutes les péripéties du deuxième acte du grand drame dont les premières scènes se sont passées à Louisbourg. Avec eux, il a la douleur de voir vingt vaisseaux de ligne, vingt frégates, une multitude de transports, presque toute la flotte anglaise venir jeter l’ancre entre Montmorency et Québec. La nuit, du pont de son navire, il voit les lueurs des villages embrasés de l’Ange-Gardien, de Saint-Joachim, du Château-Richer, de Saint-Nicholas, de Sainte- Croix, de l'Ile d'Orléans. C’est Wolfe qui se venge, d’une manière peu enviable pour sa réputation militaire, du patriotisme de nos habitants en brûlant, sur un parcours de 23 lieues, 1400 maisons. Vauquelain prend part au siège de Québec, assiste à une partie de son bombardement, a la douleur de voir la vieille métropole incendiée par les feux ennemis, et voit tomber cette cathédrale, a{ma mater de l'Amérique du Nord, qui portait si fièrement, accroché à sa voûte, le drapeau amiral de Phipps, enlevé à la nage
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par Lemoine de Sainte-Hélène !, en un jour de siège et de combat.
» Pendant la bataille des Plaines d'Abraham c’est Vauquelain qui, à la tête d’une partie de ses marins, manœuvre les grosses pièces de siège et engage les batteries anglaises de la pointe Lévy.
» Quand sonna l’heure déchirante de la capitulation, l'histoire de la marine française dit que Vauquelain « ne » voulant pas que ses frégates y fussent comprises, prit le » parti d'assembler son monde et de sortir de Québec pour » aller les rejoindre. Il fut assez heureux pour s’y rendre, » en passant dans un endroit qui n’était pas gardé par les » ennemis ».
» Ce fut alors qu’il se choisit un lieu sûr d’hivernage, restant à bord de l’Afalante, vivant avec ses hommes comme il pouvait, maintenant quand même ses communications avec le chevalier de Lévis, et surveillant, par de fréquentes patrouilles sur le fleuve, ce qui se passait à Québec. C’est ainsi que le journal du capitaine John Knox mentionne constamment les alarmes qu’il donne à la garnison anglaise, entr’autres celle du 23 octobre 1759, celle du 24 octobre, celle du 23 novembre et celle du 24 novembre. Le 28 novembre, par une nuit sombre, il va mettre le feu à un navire échoué, il en tourne les ca-
1 Fils de Pierre et de Judith Duchesne, baptisé en 1623, à Dieppe, paroisse Saint-Jacques ; inhumé à Québec le 4 décembre 169% (Abbé CyerIEN Tanouay, Dictionnaire généalogique des familles canadiennes; t. I, Québec, 1871, p. 379, col. 2. — G. G.
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nons du côté des Anglais qui, tout étonnés, reçoivent ces boulets mystérieux, sans se douter que c’est une manière de Vauquelain de leur rappeler l’incéndie du Bienfaisant de Louisbourg. Dans la nuit du 4 au 5 mai 1760 — par un froid de loup — il fait passer un .sloop sous les batteries anglaises qui ne le découvrent que lorsqu'il est hors de portée. Pendant cette même nuit, il travaille à transporter des canons du camp du chevalier de Lévis à la tranchée ouverte devant Québec. Le 9 mai, le sloop de Vauquelain revient de son voyage à la découverte de la flotte attendue. Il repasse bravement, et en plein jour, sous les batteries anglaises et vient se rapporter à son commandant.
» Le 11 mai, pendant la nuit, ajoute le journal de Knox, tout Québec est réveillé et mis sur pied. « La garnison court aux armes et y reste jusqu’au matin ». C'est encore Vauquelain qui pousse une reconnaissance et qui vient d'éviter un coup de canon du Leostoff, frégate anglaise, en rade.
» Après la victoire française de Sainte-Foye, Vauquelain vint avec la Pomone et l'Atalante prendre position à l’Anse du Foulon. A tout instant l’une de ces frégates opère des reconnaissances de nuit.
» Pas un des nôtres n’ignore les heures d’angoisses qui s’écoulèrent entre le 28 avril et le 7 juin 1760. Lévis canonnait sans cesse Murray, qui le lui rendait bien. Les Français poussaient le siège avec vigueur, et chaque jour les deux armées s’attendaient à voir une flotte de secours
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tourner la Pointe-Lévy et donner le Canada à l'Angleterre oule sauver encore une fois à la France.
» Le 7 juin, les sentinelles signalent un navire. Quelle couleur va-t-il arborer ? Les assiégés sont sur les remparts : les assiégeants couvrent toutes les collines d’où ils peuvent voir le signe de l’abandon ou de la délivrance
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d’artimon du navire: : Un vigoureux coup, donné par le maître timonnier, fait déferler le pavillon. Un hourrah éclatant est poussé par les soldats de Murray : c’est leur drapeau, c’est l'emblème du komeet du lion britannique. Lévis n’est pas découragé. Fier, impassible, il attend encore et répond à ce défi par ses canons. Mais d’autres frégates anglaises arrivent à la file : il faut se rendre à la réalité : la France nous a oubliés. Lévis fait lever le siègeetdépêche à Vauquelain l’ordre de remonter lefleuve. « Il faisait mauvais, dit le journal du siège, et le fleuve ayant été extraordinairement agité toute la nuit », l’estafette ne put rejoindre le capitaine de l’Atalante.
» Deux navires ennemis, ainsi que je l’ai dit plus haut, venaient d'arriver.
» Au point du jour un vaisseau de ligne et deux frégates anglaises appareïllèrent et se trouvèrent dans un clin d’œil sur nos frégates. Elles prirent chasse. La Pomone s’échoue: à Sillery. Vauquelain signale alors aux petits bâtiments de s’échouer à l'entrée de la rivière du cap Rouge, et lui-même appuyé par la brise va en faire autant à la Pointe-aux-Trembles.
» Là pendant deux heures, par le plus beau temps du
monde, lorsque les feuilles s’ouvraient au printemps et que le soleil verdoyait la campagne, Vauquelain supporte le feu des deux frégates anglaises, leur rendant coups pour coups. Mais ses munitions s’épuisent. L’Atalante est désemparée ; les boulets trouentses œuvres-vives, les débris des mâts jonchent le pont et il ne lui reste plus que son mât d’artimon. Vauquelain y grimpe, cloue son pavillon au tronçon du mât qui reste, fait mettre dans les chaloupes les hommes qui sont encore en état de se Lattre, leur ordonne d’aller rejoindre le général de Lévis, puis, lui, morne, le cœur gros, le visage noir de poudre, il vient se coucher au milieu de ses blessés, au pied du drapeau. Il pleure. Tous ses officiers sont tués, son équipage est décimé : il ne lui reste plus une seule gargousse dans la sainte barbe, et l'Anglais tire toujours sur l’Afalante.
» Ne dirait-on pas que c’est cet épisode sublime de notre histoire qui, trois quarts de siècle plus tard, inspirait à Alfred de Vigny ces strophes vibrantes et mâles de la Sérieuse.
» Ecoutez-les, et dites-moi si je me suis trompé :
Ces boulets enchaïnés fauchaient des mâts énormes,
Faisaient voler le sang, la poudre et le goudron,
S’enfonçaient dans les bois, comme au cœur des grands ormes, Le coin du bûcheron.
Un brouillard de fumée où la flamme étincelle
L'entourait; mais le corps brûlé, noir, écharpé,
Elle tournait, roulait et se tordait sous elle Comme un serpent coupé.
et que orte le s pour st dédébris e son villon s chaattre, puis, l vient peau.
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