‹ Notice sur Jeanne d'ArcChapitre 3 sur 14 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Depuis le voyage de Jeanne à Vaucouleurs jusqu'à son ar> rivée à la cour de Charles VII à Ghinon.

La situation de la France devenait d'année en année plus grave ; la guerre de l'usurpation s'étendait sur le royaume avec des progrès de plus en plus terribles ; Jeanne grandissait, et les voix qui avaient coutume de lui parler se montraient pressantes; les voix lui disaient deux ou trois fois par semaine qu elle partit et vînt en France ; telle était la pieuse impatience de la jeune fille

qu^elîe ne potwoit jflus durer ou elle étoit ; c'était comme une lièvre sainte. Quelques précaulions qu'elle prît pour cacher les apparitions dont elle était favorisée et les projets qu'elle nourrissait en silence , son père avait fini par s'en douter ; il en était inquiet et troublé; « il avoitson- » gié que avec les gens d'armes s'en iroit la dicte » Jehanne sa fille : et en avoient grant cure ses » père et mère de la bien garder, et la tenoient

I en grant subjection ; et elle obéissoit à tout.»

II nous est resté quelques mots qui prouvent que Jacques d'x\rc était peu disposé à favoriser les projets de sa fille. « Si je cuidoye que la yi chose advinsist , disoit un jour Jacques à ses » fils, que j'ai songié d'elle, je vouldroye que » la noyissiés, et se vous ne le faisiés, je Ja noie- 9 roye moi mesme. » Les habitans de Domremy étaient connus pour leur altachement au roi Charles Yll, et souvent les enfants du village se battaient avec les enfants d'un village voisin nommé Marcey, dévoué au parti du duc de Bourgogne. Un seul homme de Domremy était J^ourguignon ; telle était l'aversion de Jeanne pour le parti ennemi du roi de France, qu'elle souhaita un jour la mort de cet habitant de Domremy, pourvu toutefois que cclji eût pu être

agréable à Dieu. La renommée de fidélité qu'avait conservée le village de Domremy, lui valut en 1428 la visite d'une troupe bourguignonne qui dévasta cruellement le pays ; au bruit de la marche de rennemi, les habitants avaient pris la fuite avec leurs troupeaux ; ils s'étaient réfugiés dans les murailles de Neufchâteau. La famille de Jeanne avait été accueillie dans une humble hôtellerie tenue par une honnête femme qui s'appelait La Rousse. Nous n'entamerons point ici une dissertation pour réfuter l'absurde opinion de quelques auteurs, qui ont prétendu que Jeanne servit cinq ans da?is cette hôtellerie ; disons seulement que Jeanne et sa famille ne passèrent que peu de temps à Neufchâteau et qu'elles retournèrent au vallon de Domremv dont les Bourguignons avaient fait une solitude. Jeanne ne songea plus qu'au voyage de Yaucouleurs ; elle eut à se rendre à Tout devant l'official de cette ville, pour se débarrasser d'un jeune homme qui voulait l'épouser et qui avait imasfiné d'intenter un procès à la jeune fille, sous le faux prétexte qu'elle lui avait promis sa main. Arrivée à ïouî , elle jura devant le juge dire vérité; elle n'eut'pas de peine à gagner son procès, comme ,«/';« rnix iV'îi nvaioTil .n^surér. Rovenur U Ir<nij->

remy, la jeune fille s'occupa avec plus d'ardeur, de constance, d'opiniâtreté que jamais, des moyens d'accomplir sa mission. Elle avait un oncle, nommé Durand Laxart ou Lapart, au village de Petit-Burey, situé entre Domremy et Yaucouleurs, et obtint de passer quelques jours chez lui. Elle déclare à son oncle qu'il faut qu'elle aille à Vaucouleurs, pour se rendre de là en France vers le Dauphin qu'elle doit faire couronner à Pveims; elle ajoute qu'elle veut aller demander à Robert de Baudricourt, capitaine de \aucouleurs, qu'il la fasse conduire auprès de Monseigneur le Daupliin. Durand Laxart trouve convenable de se rendre d'abord tout seul à Yçiucouleurs; le capitaine lui fait mauvais accueil et l'engage à bien soufîeier sa nièce et à la ramener à ses parents. Mais Jeanne n'est point découragée; elle oblige en quelque sorte son oncle à la mener à Vaucouleurs pour qu'elle puisse annoncer, elle-même ses projets au capitaine. Trois fois admise en présence de Robert de Baudricourt, Jeanne voit trois fois ses prières et ses promesses repoussées ; « lesquelles cho- » ses, disent Jes mémoires, messire Robert re- » puta à une moquerie et dérision , s'imaginant n que c'estoit un songe ou fantaisie , et lui sem-

» bla qu elJe seroit bonne pour ses gens à se » divertir et esbattre en péché ; mesme il y eut » aucuns qui avoient volonté d'y essayer. Mais » aussitôt qu'ils la voyoient ils étoient refroidis, » et ne leur en prenoit volonté. » Les jours passés à Yaucouleurs étaient longs et tristes pour la jeune fdle ; « le temps lui étoit aussi pesant » qu'à une femme enceinte , dit un témoin , de » ce qu'on ne la conduisoit pas au Dauphin. » Jeanne parlait d'aller à pied joindre le roi , dùtelle tiser ses jambes jusqii aux genoux ; elle priait et suppliait qu'on voulût bien la mener devant le gentil Daupliin ; elle rappelait une prophétie établie dans le pays, laquelle annonçait qu'une femme (Isabeau deBavière)perdraitla France, et qu'une vierge des Marches de la Lorraine la sauverait. « J'aimerois bien mieux, disait-elle, re.^tei' » à filer auprès de ma pauvre mère, car ce n est » pas là mon ouvrage ; mais il faut que j'aille , » parce que mon Seigneur le veut. » Peu à peu il y eut des esprits que frappèrent les paroles et les naïves convictions de la jeune inspirée , et le capitaine de ^ aucouîeurs se décida à la faire conduire en disant : advienne que pourra. Jeanne partit sans le consentement de son 'père et de sa mère. Interrogée là-dessus dans son procès. elle ré^

pondit a que à toutes autres choses elle avoit » bien obey à eulx, excepté de ce partement : » mais depuis leur en avoit escript , et lui avoient » pardonné. » Avant de suivre Jeanne à la cour du roi Charles à Chinon et dans sa vie militaire, efforçons-nous d'expliquer le phénomène de cette jeune fille, d'expliquer sa mission.

A l'époque où parut Jeanne d'Arc , la guerre civile agitait profondément toutes les parties du royaume ; non seulement les villes, mais encore les bourgades les plus ignorées retentissaient du bruit des discordes politiques; la France entière se trouvait partagée en deux factions ou partis , le parti des Anglais et des Bourguignons qui était celui des étrangers; le parti des Armagnacs qui était celui du roi. Chaque village, chaque canton était en guerre avec ses voisins , et souvent il fallait se défendre contre des bandes qui ravageaient les provinces. Comme tous les coins de la France étaient remués et tous les intérêts en alarmes , nid ne pouvait rester indifférent ; il n'v avait personne qui ne fût animé des passions di' la laierre , et les femmes et ies enfants euxmêmes y prenaient part ; chaque famille étant menacée , la valeur devenait une sorte de vertu domestlqme î les croyances merveilleuses érhauf-

t'aient les imagiiialions villageoises ; le hameau avait ses patrons célestes qu'il invoquait contre les ennemis ; on ne rêvait que délivrances et triomphes miraculeux ; la guerre était sainte et la prière avait pris quelque chose de belliqueux. On peut donc facilement comprendre que la pensée de sauver la France soit venue dans une humble chaumière ; cet esprit d'héroïsme et de dévotion, cette exaltation passionnée enfantée par le malheur des temps, se trouvèrent réunis dans Tame d'une jeune fille, et amenèrent les prodiges que l'histoire nous a transmis. Jeanne avait un grand amour de la patrie , une imagination vive , une grande simplicité de cœur et un grand caractère; c'étaient les conditions sans lesquelles elle n'aurait jamais pu accomplir d'aussi étonnantes choses. Il lui fallait l'amour de la patrie ou du roi pour que l'invasion du royaume par les troupes étrangères, attristât son ame au point de lui faire concevoir l'idée de chasser les Anglais ; il lui fallait une imagination vive pour enfanter les apparit^ions merveilleuses qui l'entretenaient dans son projet ; il lui fallait une grande simplicité de cœur pour être parfaitement convaincue du merveilleux de sa mission , pour croire complèteaxf^nt à ces voix célestes qm

lui parlaient el dont elle exécutait les ordres; enfin l'entreprise de Jeanne ne pouvait pas s'achever sans un j^rand caractère ; il était nécessaire qu'elle fût douée d'une énergie intrépide , d'une activité opiniâtre , pour n'être point arrêtée, effrayée par l'immensité du projet, par les difficultés infinies qu'elle allait rencontrer. Ajoutons même que pour une semblable mission il fallait une simple et pauvre bergère. Une lemme de la ville, une femme de condition élevée n'aurait pas été écoutée un seul instant ; on aurait été plutôt disposé à la prendre pour un instrument de la politique que pour une envoyée de Dieu; et puis, la femme née dans l,es cités, la femme d'un haut rang ne pouvait avoir cette ignorance naïve qui ne raisonne pas, cette conviction pleine de candeur, nourrie dans la solitude, qualités indispensables pour la conception et l'entreprise d'une pareille œuvre. Jeanne eut une enfance sérieuse ; elle ne partageait pas les jeux et les plaisirs innocents de ses compagnes , et souvent on la voyait rêver à l'écart , où elle semblait parler à Dieu. Elle était souvent seule en gardant les brebis de son père, et la solitude, surtout à ce premier âge , amène les idées extraordinaires. Elevée au bruit de la «uerre et

dans la haine des Anglais et des Bourguignons* Jeanne avec son ame passionnée dut quelquefois rêver d'héroïques exploits ; dans son patriotisme de jeune fille, elle pouvait espérer d^ voir un jour accomplie en elle cette prophétie populaire qui disait qu'une jeune vierge sauverait le royaume de France livré à la désolation par une femme. Les enfants de Domremy . comme nous l'avons vu , allaient quelquefois combattre les enfants d'un village voisin ; il n'est pas impossible que Jeanne ait parfois accompagné ses deuxfrères dans ces guerres d'enfants, où se mêlaient les pensées de la patrie et des factions qui la déchiraient. Qui sait les idées qui passaient dans sa jeune imagination, lorsque la llUe de Jacques d'Are aidait à conduire et à renfermer le bétail de Domremy dans le château de l'Ile dont parlent les interrogatoires, pour le mettre à l'abri des bandes éparses dans les campagnes ? Qui pourrait dire ce qu'il y avait d'amertume dans le cœur de Jeanne quand il fallut s'enfuir à Neufchâteau à l'approche de l'ennemi ; quand, revenue au village , elle trouva les champs dévastés et l'église brûlée , cette église où tant de fois elle avait prié ! C'est ainsi qu'en étudiant la situation du pays à cette époque et le caractère de Jeanne,

-~ 2^ — on peut sufrisauiment expliquer la mission que la jeune fille crut recevoir du ciel.

• Les démarches qu'elle fit pour partir et pour accréditer sa mission sont véritablement incroyables. Combien if était difficile à une timide jeune fille de faire croire dans son^pays , et parmi les gens qui la connaissaient, qu'elle était appelée à sauver le royaume dans les combats î Lorsque le départ fut décidé,, les habitants de \aucouleurs fournirent à Jeanne des habillements d'homme ; son oncle Laxart et un autre villageois lui achetèrent un cheval de douze francs ; Baudri court donna une épée à Jeanne. ' Elle partit avec une escorte de sept personnes, le chevalier Jean de Metz , l'écuyer Bertrand de Pouleng}^ , Pierre d'Arc , troisième frère de la Pucelle ; Colet de Tienne, messager du roij Richard, archer; Julien, valet de Poulengy, et Jean de Bonnecourt, serviteur de Jean de Metz ; c'était une bien faible escorte poru- traverser une étendue de céat cinquante lieues en pavs ennemi. Les gens de Vaucouleurs, qui s'étaient intéressés à la jeune inspirée, lui dirent adieu avec le cœur rempli des dangers qu'elle allait courir. Les hommes qui l'accompagnaientavaient: rTribord jxm; de ennfinnrp ; c*' (^jj sejilempnt don<;

le voyage que la pieuse audace de la Puceiie commença à les rassurer, et qu'ils crurent a quelque chose d'inconnu qui pouvait venir de Dieu et de ses saints. Pour les hommes d'armes qui suivaient Jeanne dans ce voyage , le j)remier miracle lut d'avoir pu faire cent cinquante lieues en onze jours, dans la plus mauvaise saison, et dans ime route de traverse , coupée par un très grand nombre de rivières profondes.

Figurons-nous le spectacle de l'arrivée d'une pauvre jeune villageoise à la coUr du roi à Chinon ! que de surprise , que d'admiration elle dut causer ! Un auteur contemporain (i) dit qu'elle entra dans la salle du roi avec l'aisance et les manières d'une personne nourrie à la cour; nous préférons le témoignage du St'igneur de Gaucourl. grand-maître de la maison du roi, qui dit que Jeanne se préseiiLa avec beaucoup d'humilité et de siuiplicité , comme une pampre petite bergerelle. Jeanne reconnut le roi, malgré le déguisement qu'il avait pris pour se cacher à ses yeux en manière d'épreuve ; elle s'avança vers lui, le salua humblement, et lui dit en saiienouillant selon l'usage et eu l'embrassant par les

'.\\ Jean Cli^îrlier.

jambes : « Dieu vous doint (donne) boiiue vie , » gentil roi ! — Ce ne suis-je pas qui suis roy , y> Jehanne , » répondit le prince. — « Eh , mon » Dieu, gentil prince, répliqua Jeanne, c'estes » vous , et noQ aultre. » La jeune inspirée dit au roi « que Dieu l'envoyoit là pour lui ayder et » le secourir, et qu'il luy baillast gens, et elle » leveroit le siège d'Orléans, et si le meneroit » sacrer à Rheims , et que c'estoit le plaisir de » Dieu que ses ennemis les Anglois s'en allassent » en leurs pays ; que le royaume lui devoit de- » meurer; et que s'ils ne s'en alloient, il leur » mescherroit (i). » Sala, auteur contemporain, a éclairci le secret qui avait esté entre le roy et la Puce lie ; ce secret fut révélé à N. Sala par le seigneur de Boisi , l'ami , le confident particulier de Charles YII. En parlant de la situation critique de ce roi , enclos de tous côtés par ses ennemis , N. Sala ajoute : « Le roy en ceste ex- » trème pensée, entra ung matin en son oratoire » tout seul, et là il feit une prière à JNotre Sei- » gneur, dedans son cœur, sans prononciation » de paroles . où il luy requeroit dévotement , » que si ainsi estait f/uil fust vray hoir descendu

(1) Mémoire conceruaut lu Puclle d'Orléans.

» de la tioblv maison de France j, et <j ne justement )) le royaiiùne luy deust appartenir, qu'il lui pleust » le luy garder et deffendre, ou. au pis, lu) » donner grâces d'eschapper , sans mort ou pri- » son, et qu'il se peust saulver en Espagne bu » en Escosse, qui estoient de toute ancienneté » frères d'armes , amys et alliés des roys de r> France, et, pour ce, avoit-il là choisi son re- » fuge. » La Pucelle parlaauroi de cette secrète oraison. « Je te dis de la part de messire , dit en- » suite Jeanne au prince, que tu es vray héritier » de France et fds du rov. » Les habitants de Chinon aimaient et vénéraient la Pucelle ; tous ceux qui allaient la voir s'en retournaient en disant que c'était une créature de Dieu ; « aucuns » même en ploroient à chaudes larmes ; y lurent )^ dames, damoiselles et bourgeoises, et elle leur » parloit sidouxementet sigratieusement qu'elle » les faisoit piorer. »

Toutefois la cour hésitait a croire à la Pucelle. Jeanne fut interrogée par les princes et les prélats rassemblés ; ses réponses excitaient une ex-

trème surprise, u C'estoit chose merveilleuse , » dit une chronique, comme elle se comportoit » et conduisoit en son faict, avec ce qu'elle di- » soit et rapportoit lui eslre enchargé de la part

« de Dieu , oL comme elle parloit grandement et » notablement, veu qu'en autres choses elle es- » toit la plus simple bergère qu'on veitoncques.» Poitiers était à cette époque le siège du Parlement français ; l'Université de cette ville comptait des docteurs renommés. Les hommes sages décidèrent donc de conduire Jeanne à Poitiers pour la soumettre à des épreuves sévères et définitives ; le roi lui-même voulut être témoin des derniers examens qu'on devait faire subir à la jeune inspirée. Chemin faisant, Jeanne disait : « Eh ! mon Dieu , je scay bien que j'aurai beau- » coup à faire à Poitiers où on me meine ; mais » messire m'aydera. Or , allons de par Dieu ! » Jeanne triompha de toutes les objections dans l'assemblée qui se tint à Poitiers, et dans les divers interrogatoires particuliers auxquels elle eut à répondre. On kii demandait des signes de sa mission : « Eh î mon Dieu ! répondait-elle, je ne » suis pas venue à Poitiers pour faire signes ; » mais conduisez-moi à Orléans , je vous y mon- » trerai des signes pourquoi je suis envoyée. » Le langage de la jeune lilie était plein de noblesse et d'assurance ; elle s'exprimait magno modo (d'une grande manière) . comme disent les dépositions contemporaines . ses réponses ren-

fermaient toute l'habileté qu'on aurait pu trouver dans un bon clerc. Ln docteur, bien aigre homme , qui , né dans le Limousin , parlait un fort mauvais français, demanda à la Pucelle quel idiome parlaient les voix célestes : « Un idiome meilleur que le vôtre, répondit-elle vivement. » « Croyez-vous en Dieu? » lui demanda le même docteur. « Mieux que vous , » répliqua-t-elle. Un autre docteur faisant observer à la jeune fille que si Dieu voulait délivrer la France, il n'était pas besoin 'de gens d'armes : « En mon » Dieu! répondit Jeanne, les gens d'armes ba- » tailleront, et Dieu donnera la victoire. » « Je » ne sais ni ^ ni ^^ disait-elle aux théolomens » qui l'interrogeaient; je viens de la part du Roi )) des cieux pour faire lever le siège d'Orléans et » pour faire sacrer le roi à Rheims. ') On admire et l'on sourit tour à tour en voyant une humble villageoise des bords de la Meuse livrée aux ar";uments sans fin des docteurs et des maeristrats , les confondant, leur imposant silence par ses réponses, échappant sans peine aux pièges que lui dresse une théologie raisonneuse : quand les graves examinateurs multiplient trop les questions, il est beau d'entendre Jeanne d'Arc se plaindre qu'on perde le temps en paroles inutiles

au lieu de marcher contre l'ennemi. Le roi Charles, pour s'assurer si la mission de Jeanne n'était point l'œuvre du démon, lit assembler un conseil de matrones , présidé par la reine de Sicile, à l'effet de constater la virginité de la jeune fille; cet examen, où éclata toute la pureté de Jeanne, acheva de convaincre le roi.

Jeanne d'Arc , sortie victorieuse de toutes les épreuves auxquelles elle fut soumise, fut déclarée bonne clu^étiennc, et vraie cat/wli(/iiej et très bonne •personne; on décida qu'il n'y avait rien de mal dans son fait,, que sa vie était sainte et ses paroles inspirées. Yu le péril de la ville d'Orléans, on était d'avis que le roi acceptât le secours de la jeune fille. Sans doute le langage si extraordinaire de la Pucelle dut contribuer à l'accréditer à la cour de Charles YII, mais il est probable que sa mission fut surtout établie par la dure nécessité où on était alors ; le temps pressait ; Orléans allait succomber, et avec Orléans la France ; une lille dont la renommée était pure arrivait de la part de Dieu pour sauver le royaume ; comment refuser un tel secours? Remar- ([uons aussi que dans les moments de crise et de malheur , les choses merveilleuses trouvent un plus facile crédit; quand la terreur et le déses-

poir oagiieiit les imaginations, ou accueille de préférence précisément ce qui n'est pas naturel ; on croit tout simple qu'en pareil cas Dieu opère des prodiges. On peut ajouter que la jeune vierge de Domremy ne dut point faire ombrage aux courtisans de Charles YII , et que ceux - ci n'avaient aucun intérêt à l'écarter comme ils écartaient auparavant les hommes de cœur ; Jeanne n'inquiétait personne et n'était sur le chemin de personne ; elle venait de son village pour délivrer Orléans et mener le roi à Rheims , et , peu soucieuse de recevoir sur la terre le prix de ses exploits , elle ne devait demander qu'à retourner au village pour garder encore ses brebis ou filer auprès de sa mère.

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