CHAPITRE XI
Préparatiff du guppHce de Jeanne. Supplice et mort de Jeanne» âuîte du supplice et de la mort de Jeanne*
Lorsqu'une grande iniquité va se commettre, il semble que tout le peuple doive en souffrir; la ville de Rouen était dans le deuil et la terreur; tous les gens soupçonnés de s'intéresser à la Pucelle avaient à redouter quelque violence ; les moindres paroles, le silence môme , étaient suspectés. L'histoire du temps nous rapporte qu'un bourgeois de la ville à qui il était échappé quel-
qùes mots de compassion en parlant de Jeanne, fut poursuivi jusque dans une église , et la sainteté du lieu put à peine le sauver. Personne n'osait demander des nouvelles du procès, et les juges eux-mêmes craignaient d'être interrogés. Des bruits sinistres circulaient dans le public; les menaces redoublées des Anglais semblaient annoncer que la fin de cet horrible drame approchait ; mais on ne put savoir la vérité que lorsqu'on vit la foule des gardes se presser autour de la prison de Jeanne, et surtout lorsque le bûcher eut été dressé sur la place des exécutions.
Jeanne devait comparaître encore une fois devant ses juges, et cette dernière séance du procès devait se tenir sur la place du Yieux-Marché. La jeune captive , enfermée dans sa tour plus étroitement que jamais, ne savait rien de ce qui se passait, et de ce qu'avait décidé le tribunal arbitre de son sort. Le 5o mai, dès le lever du jour, elle vit arriver dans sa prison frère Martin Ladvenu , qui avait assisté au procès , et l'un de ceux qui l'avaient toujours consolée dans sa captivité. 11 venait pour lui annoncer sa mort prochaine et pour l'induire à vraU ^ontritwït et pénitence. Quand il eut annoncé û, pauvre femme.
dit un témoin, la mort de quoi elle devolt mourir ce jour-là ^ elle commença à s'écrier « doloreuse- ))înent et piteusement^ à se destemlre et s'arraclier y> les cheveux..» Gomment me traite-t-on si cruelclément, que mon corps, que j'ai conservé net » et pur, soit aujourd'hui consumé par le feu et » réduit en cendres!. . . Ah ! j'aimerois mieux être » descapitée sept fois que d'être ainsi bruslée... » Hélas, si j'eusse été en la prison ecclésiastique, »et que j'eusse été gardée par des gens d'église, «non par mes ennemis, il ne me fust pas si mi- » sérablement mescheus. Oh! j'en appelle à Dieu, »le grand juge , des grands torts et ingravances » qu'on me fait. »
Cependant le frère Martin Ladvenu lui représenta que l'éternité allait commencer pour elle, et qu'elle devait s'y préparer; alors elle se confessa avec une contrition véritable; comme Jeanne désirait avec ardeur recevoir le sacrement de l'eucharistie , l'évêque de Beauvais, auquel on s'adressa , permit que cette dernière consotion lui fût donnée. Par son jugement inquisitorial, le prélat avait déjà condamné Jeanne , et, par cette permission de communier, il semblait l'absoudre ; cette contradiction , qui n'est peut-être qu'apparente, a été relevée par plu-
sieurs doctes écrivains ; nous ne pensons pas toutefois que l'Inquisition elle-même ait Jamais prétendu que ses condamnations pussent imposer des limites à la miséricorde divine ; la sentence des juges permettait à Jeanne de recourir au tribunal de la pénitence ; c'était à ce tribunal suprême , à cette dernière et souveraine juridiction, qu'il appartenait de juger si le repentir l'avait mise en état de grâce devant Dieu et si elle pouvait recevoir l'eucharistie. Au reste , ces questions , de quelque côté qu'on les prenne , ne nous paraissent pas du domaine de l'histoire. Tant de choses d'ailleurs accusent l'incroyable dénoûment de ce procès, que nous ne croyons pas devoir nous arrêter à celle là. Une circonstance plus importante, et qui montre mieux encore où en étaient les esprits et les animosités contre Jeanne , c'est que le sacrement de l'eucharistie lui fut apporté sans étole , sans cierge, sans solennité aucune , comme si on eût vouKi le dérober à la vue des Anglais. Frère Martin se récria vivement sur un pareil mépris des choses saintes; il implora les geôliers de Jeanne, qui eurent quelque compassion pour une femme qui allait mourir; et l'un des prêtres d'une paroisse voisine porta moult solennellement à ladite
Jeanne le corps de notre Sauveur, chantmit litU' ?iies j et disant : Priez •pour elle. Jeanne, dit le frère Martin lui-môme, reçut la communion avec une grande abondance de larmes et une humilité inexprimable. Alors arriva Tévêque de Beauvais : « Ah! Jeanne, lui dit-il, prenez tout ceci en patience ; vous mourrez, parce que vous n'avez tenu ce que vous avez promis. » Et \?(j)auvrc Pucelle répondit ( nous citons les dépositions d'un témoin au procès de révision) : « Hélas, si «vous m'eussiez mise aux prisons ecclésiasti- » ques, et entre les mains de concierges compéï» tents, et convenables, ceci ne fût pas advenu ; «pourquoi j'appelle de vous devant Dieu. »Dans le même moment, Jeanne aperçut Pierre Morice qui l'avait admonestée eiprêcliée le 25 mai au cimetière de Saint-Ouen : « Ah! maître Pierre! s'écria-t-elle, où serai-je aujourd'hui? » Et ledit maître Pierre répliqua : « N'avez-vous pas bonne espérance au Seigneur! » Jeanne répondit que oui , et que , Dieu aidant , elle serait dans le ciel.
La plupart de ceux qui étaient venus dans la prison se retirèrent ; il était neuf heures du matin ; le quadrige ou char à quatre chevaux qui devait conduire Jeanne au lieu du supplice, l'attendait
— 195 -^ dans la cour du château. Elle n'avait plus autour d'elle que ses gardes, qui redoublaient de surveillance, et trois personnes compatissantes qui l'avaient toujours soutenue dans ses tribulations. Le frère Martin Ladvenu et frère Isambart La Pierre ne la quittèrent point à ses derniers moments. Le frère Martin Ladvenu , un des assesseurs du procès, était au nombre de ceux qui avaient averti la Pucelle de se soumettre au Pape et au concile de Basic, et pour cela, il avait eu sa vie en danger ; le frère Isambart avait siégé aussi parmi les assesseurs ; lorsqu'on interrogeait Jeanne, il se plaçait quelquefois auprès d'elle, et Favertissait par des signes ou en la poussant qu'elle prît garde à ses réponses , ce qui lui avait attiré la colère du comte de W' arwick, et l'avait mis en grand péril d'être jeté dans la Seine : ces deux anges consolateurs semblaient avoir remplacé auprès de la pauvre fille l'archange Michel, sainte Catherine et sainte Marguerite , qui ne lui apparaissaient plus , et qui l'attendaient sans doute dans le ciel. Il restait encore à la Pucelle dans ce monde un troisième ami, c'était l'appariteur Massieu ; nous avons vu dans le cours du procès que l'évêque de Beauvais l'avait menacé de lui faire boire de Ceau plus (fue de raison^ pour avoir té-
— 19A — moigiié quelque intérêt à l'accusée , et rendu eu sa laveur un bon témoignage ; il nous dit luimême que les menaces des Anglais lui firent tant de peur qu'il en fut malade. Pendant le procès , c'est Jean Massieu qui était chargé de conduire la Pucelle de la prison au tribunal, et de la ramener ensuite dans sa prison» 11 allait remplir la dernière des fonctions de son ministère, en accompagnant Jeanne sur la place où elle devait mourir au milieu des flammes. Quand l'heure fut venue , Jeanne quitta sa prison et prit place sur le quadrige, couverte sans doute de cette longue robe de deuil qu'elle avait demandée au procès, et portant sur sa tête la mitre de l'Inquisition , où étaient écrits ces mots: apostate j hérétique:, sorcière ^ etc. Martin Ladvenu et j'appariteur Massieu se placèrent à ses côtés ; frère Isambart la suivait à pied ; le char funèbre était entouré de plus de huit cents hommes de guerre, armés de haches, de glaives et de lances. On remarqua que Jeanne avait le visage baigné de pleurs ; quelques historiens ont vu dans cette douleur une faiblesse qu'ils ont voulu justifier. On peut s'étonner quelquefois de voir pleurer un héros , mais les larmes ne sauvaient ternir l'héroisme d'une femme. Tous ceux
qui voyaient son abâftemerîf 5 pleuraient. Dans la multitude des spectateurs, un homme fut remarqué qui paraissait plus affligé, plus cônstepûë que tous les autres ; c'était ce même Nicolas Loiseleur, qu'on avait chargé d'épier et de tromper Jeanne, et qui voyait enfin où la pauvre fille avait été conduite par ses perfides conseils ; poussé tout à coup pai' la violence de ses remords , il fend la foule des gardes et se précipite vers le quadrige sur lequel Jeanne était placée ; il s'accuse tout haut de ses trahisons; il en demande pardon à Dieu et à Jeanne. Yaines expressions d'un repentir tardif! Loiseleur fut repoussé violemment par les hommes d'armes ; et si le comte de Warwick n'était venu à son secours^ il eût été tué sur l'heure. Le quadrige funèbre poursuivit lentement sa route jusqu'à la place du Yieux-Marché. On avait élevé trois échafauds : le premier, destiné aux juges et assesseurs; le second, à plusieurs évêques et prélats; le troisième, pour l'exécution. Une grande multitude couvrait la place. Quand Jeanne vit tous ces apprêts, elle parut assez troublée^ et s'écria d'une voix émue : Rouen ! Rouen ! mourrai'] e donc ici ? Arrivée devant Téchafaud où étaient les juges, elle y monta avec frère
Martin Ladvenu, qui ne la quittait point. Alors beaucoup de gens se retirèrent comme saisis d'effroi, et ne voulant pas, disaient-ils, assister à la dernière scène de cette tragédie.
Sentence et supplice de Jeanne, — Nicolas Midi , un des assesseurs , adressa à Jeanne une admonition pour la préparer à entendre son jugement ; il avait pris pour texte de son discours ces paroles de saint Paul : si l'un des membres souffre j les autres souffrent également. L'orateur, en terminant sa prédication, s'adressa à Jeanne et lui dit : Jeanne^ allez en paiXj l'église ne peut plus vous défendre et vous laisse en la main séculière.
On rapporte qu'à ces dernières paroles, Jeanne tomba à genoux et se mit en prières, invoquant la Trinité, la vierge Marie, saint Michel, sainte Catherine , tous les saints et saintes du paradis. Dans ses piteuses lamentations , disent les historiens du temps, elle s'adressa à toutes manières de gens ^ de quelque condition ou estât quils fussent ^ tant de soti parti que d'autre ^ les conjurant de prier pour elle , leur demandant merci pour le mal qu'elle îivait pu leur faire , et pardonnant le mal qu'on lui avait fait : Jeanne resta ainsi à peu près une demi-heure; les juges, prélalè et
tous les autres SiSslstSints furent provoqués à grands fleurs j, de lui voir faire ses "pitoyables regrets et doulom^euses complaintes. Tous ceux qui la regardaient , en grande multitude , plouroient à chaudes larmes; tellement que le cardinal d'Angleterre et plusieurs Anglais furent contraints de plourer aussi , et en avoient très-grande compassion. Jeanne supplia tous les prêtres qui étaient présents de vouloir dire chacua une messe pour le salut de son âme ; dans ce moment terrible ^ elle n'oublia pas le roi de France, pour lequel elle mourait, et déclara que la responsabilité de ses faits et dits ne pouvait jamais retomber sur Charles VII, soit qu'elle eût bien ou mal fait. Alors révêque de Beauvais , s'adressant à Jeanne , lui lut la sentence fatale. Cette sentence commençait par ces mots : In nomine Domini, amen ^ nous, Pierre, par la miséricorde divine, évêque de Beauveais, et nous, frère Jean Lemaître , vicaire de l'inquisiteur de la foi , juges compétents en cette partie — Les juges, dans cette condamnation rappelaient d'abord à la Pucelle qu'elle était retombée dans les erreurs et crimes de schisme j d' hérésie j, d'idolâttyc,, d'invocation de diable et plusieurs autres méfaits qui lui avaient été pardonnes «T es revenue, ajoutent - ils .
r— Vf I — •
malgré tes promesses, aux erreurs et méfaits qui t^avaient retranchée de la sainte église , semblable au chien qui a coutume de retourner à son vomir, ce que nous disons à grande douleur. Pour quelle cause, nous te déclarons avoir encouru derechef les sentences d'excommunication prononcées contre toi , et te déclarons hérétique. séants au siège et tribunal de justice, "proférons que comme membre pourri ,, nous t'oYons déboutée et rejetée de Tunité de Téghsc, et t'avons livrée à la juslice séculière, laquelle nous prions de te traiter doucement et humainement , soit en perdition de vie ou d'aucuns membres, »
Quand cette sentence eut été prononcée , la malheureuse Jeanne à grande dévotion voulut avoir une croix; un Anglais qui était près de là , coupa son bâton en deux et en fit une croix qu'il lui donna; très- dévot ernent elle la prit, elle la baisa, et, après beaucoup de prières, mit icelle croix en son sein, entre sa chair et ses vêtements : ce signe de la Rédemption était sa dernière consolation , et l'image des souffrances d'un Dieu l'aidait à supporter les injustices et grandes peines qu'elle souffrait ; elle demanda humblement à Jean Massieu et à frère Isambart de la Pierre , qui estaient près d/elle en sa fin, qu'ils allassent en
1 église prochaine, et lui apportassent la croix que les desservants montraient aux fidèles. Quand cette croix eut été apportée, elle l'embrassa moult étroitement et longuement j, en se recommandant à Dieu et à tous les saints. Pendant qu'elle faisait lesdittes dévotions j» les Anglais et plusieurs capitaines qui avaient mission d'assister au supplice de Jeanne, se montraient très-impatients de la voir mourir; ils s''adressèrent à Jean Massieu qui la reconfortait : Comment j, •prêtre ^ nous feres-vous dîner ici ? Puis ils voulaient l'entraîner vers le bvicher et criaient au maître de l'œuvre : Fais ton office.
Tous les historiens s'accordent à dire qu'aucun jugement de la justice séculière ne fut prononcé; après la lecture de la sentence ecclésiastique , l'évêque de Beauvais , qui jouait dans cette affaire le rôle de Pilate, était descendu de l'échafaud avec le vicaire de l'Inquisition , laissant Jeanne avec ses juges séculiers , c'est-à-dire ceux qui devaient la faire exécuter. Il n'est que trop constaté que le bailli de Rouen et son lieutenant ne prononcèrent aucune sentence ; dans l'horrible confusion , on n'entendit que ces mots du bailli : Mencs-la , mcues-la.
On s'est élevé avec raison contre cette viola-
tion de toutes les formes judiciaires; toutefois, ce défaut de formes , tout odieux qu'il est à nos yeux , ne nous fait point oublier les moyens criminels qu'on avait déjà employés contre Jeanne, et qui avaient d'avance préparé sa fin tragique. Sans doute que les formes de la justice doivent être toujours respectées, et c'est toujours un crime que de s'en écarter, car elles doivent protéger l'innocence, et garantissent l'observation des lois, ou plutôt elles sont les lois elles-mêmes. Mais dans les jours où la toute - puissance est du côté de l'iniquité, et lorsque celle-ci ne reconnaît ni frein ni empêchement, que sont alors de vaines règles dont l'injustice ellemême peut se servir pour justifier ses attentats! N'était-il pas bien facile au bailli de Rouen de prononcer une sentence quelconque contre la Pucelle , déjà condamnée ? Ne lui était-il pas facile de lui dire en face , de même que les autres juges : Je te condamne comme relapse ^ et d'y ajouter la peine du feu? S'il ne l'a pas fait, peuton voir en cela autre chose qu'une pure distraction de gens qui ont négligé ou dédaigné de se mettre en règle, croyant que tout était fini? En supposant, en effet, que la justice séculière eut prononcé un jugement, peut-on croire que Jeanne
eût été sauvée des flammes, et que le grand crime de sa mort n'eût pas été consommé? Tout le monde sait que les juges séculiers , d'après la législation du temps , ne pouvaient ni changer , ni modifier, encore moins annuler un jugement émané d'une autorité ecclésiastique : on ne connaissait point alors ce que nous appelons, dans notre langage judiciaire , le chapitre des circonstances atténuantes^ et malgré l'invitation dérisoire qui accompagnait la sentence des premiers juges, il était bien évident que tout devait finir par le bûcher. La vaine formule d'un jugement de plus n'eût donc été qu'une détestable hypocrisie , un odieux mensonge , ajoutés à tant d'autres mensonges, à tant d'autres hypocrisies ! Un meurtre commis par la violence est sans doute un crime horrible ; mais nous croyons qu'il y a quelque chose de plus horrible encore : c'est un assassinat qu'on commet de sang-froid et lentement , un assassinat qu'on soumet à des règles, et qu'on voudrait consacrer par des formes judiciaires î
Qui pouvait douter que Jeanne ne fût condamnée à périr dans les flammes? L'évêque de Beauvais ne lui avait-il pas envoyé dire , n'était-il pas venu lui-môme lui annoncer , dès le matin du 5o, qu'elle devait mourir dans la
journëo? Le bourreau n'était-il pas allé prendre sa victime à la prison , et ne lui avait-elle pas été livrée ? La mitre de l'Inquisition , placée sur la tête de l'infortunée , ne portait-elle pas sa condamnation écrite en grosses lettres? Tous les crimes pour lesquels on l'avait jugée , et que la justice du temps punissait par le feu , n'étaientils pas, en forme de jugement rendu, affichés au pied du bûcher dressé dès la veille? Que restaitr il donc à faire à la justice séculière , si ce n^est d'aider t exécuteur de l'œuvre? Que restait-il donc à dire au bailli de Rouen, si ce n'est ces mots qu'il prononça dans le tumulte et qui sont les seuls qu'on entendit : Menes-kij me- 7\ es-la.
Pour obéir à Tordre du bailli, deux sergents d'armes s'approchèrent, et contraignirent Jeanne à descendre de l'échafaud où elle était avec ses juges. Elle salua les assistants , et descendit , accompagnée du frère Martin Ladvenu ; des hommes d'armes anaiais la saisirent en ce moment et l'entraînèrent vers le lieu du supplice avec une grande violence. Pendant qu'on la conduisait ainsi, elle faisait entendre des lamentations pieuses ; elie invoquait le nom du Sauveur des hommes, et mêlant à ses prières quelques regrets
pour cette vie : Rouen y s'écriait-elle , Rouen ^ seras-tu ma dernière demeure ?
Jeanne monta sur le bûcher, et fut attachée au poteau avec une chaîne de fer; avant d'être ainsi liée , elle embrassa de nouveau la croix ; obligée de s'en séparer, elle la remit au frère Isambart, et voulut qu'il la tînt élevée devant ses yeux Jusqu'au pas de la mortj, afin que cette croix où Dieu pendit j, fût , pendant r/ue son cœur hattoit encore j continuellement devant sa vue. En voyant le feu s'allumer, elle s'écria, Jésus! Jésus. Comme le frère Martin , qui était près d'elle, ne s'aperçut pas que la flamme gagnait, Jeanne l'en avertit et le pria de se retirer et de rester au bas de l'échafaud^ pour la soutenir encore par ses saintes exhortations. L'éveque de Eeauvais et quel€[ues ecclésiastiques de l'église de Rouen s'étant approchés pour la voir : « Hélas , dit-elle en s'adressant au prélat, je meurs par vous; car si vous m'eussiez donnée en garde aux prisons de l'église , je ne serois pas ici. » Elle ne voulut rien révoquer de ce qu'elle avait dit et fait pour sa mission venue de Dieu, et dans la persuasion où elle était que Dieu maudirait un jour ses juges, elle répéta hautement ces paroles : Ali! Roue?i, j'ai bien peur que tu n'aies à soufft^ir de ma mort !
— 20/i — Beaucoup de gens disaient que Jeanne était injustement condamnée, et ils s'affligeaient de ce que cette horrible scène se passait dans la ville de Rouen. Pour qu'il ne manquât rien à ce qu'un pareil drame pouvait avoir de sinistre , et comme si les hôtes mêmes de l'enfer avaient été appelés à y jouer un rôle , on remarqua dans la foule des figures qui riaient ; cependant la tristesse était générale parmi les spectateurs , même parmi les juges. Jean Fabry, l'un des assesseurs, ne croyait pas qu'il y eût un homme assez dur pour ne pas être ému jusqu'aux larmes; l'évêque de Boulogne s'abandonnait à sa profonde douleur, et cette douleur fut remarquée de tous ceux qui étaient présents. Des ecclésiastiques qui avaient été témoins de ce spectacle, disaient qu'ils avaient pleuré sur le sort de la pauvre Jeanne plus qu'ils n'avaient jamais pleuré pour inalheur qui personnellement leur advint. Quelques uns de ceux là mêmes qui avaient désiré ardemment la mort de la Pucelle, saisis tout-àcoup de compassion, pressés par le remords, s'enfuirent de la place sans savoir où ils allaient , et répétant tout haut : Nous sommes perdus^ ear une bonne et sainte fille empire dans les flammes. Nous ne voyons pas dans l'histoire qu'aucune femme
ait 'assisté à ce terrible spectacle , et l'absence des femmes en cette occasion nous montre quelle sympathie les portait vers cette jeune héroïne , qu elles regardaient comme leur plus belle gloire, et qui, bien qu'on eût cherché à calomnier son caractère et sa conduite, mourait avec tous les sentimentsettouteslesvertusdeson sexe. Cependant l'exécution allait lentement. Pour que tout le monde put voir la Pucelle et s'assurer de sa mort, les Anglais avaient fait construire sur le bûcher même un grand échafaudage de plâtre où la victime était enchaînée; la flamme avait de la peine à monter jusqu'à elle; de (/uoi le bourreau^ disent plusieurs témoins, étoit marri j, et avait grande compassion de la forme et manière cruelle dont on la faisoit mourir. Quand le feu et la fumée commencèrent à l'envelopper, on l'entendit invoquer encore saint Michel et proférer le nom de Jésus-Christ ; elle mourut à l'heure où expira le divin Rédempteur, et le dernier mot qui s'exhala de sa bouche et qui sortit du sein des flammes fut le mot Jésus. Quelques spectateurs virent le nom de Jésus écrit dans les tourbillons de feu qui s'élevaient du bûcher; d'autres crurent voir une blanche colombe qui sortait de lu flaruine et b envolait vers les cieux.
— 20G — Après que la Pncelle eut rendu le dernier soupir, ceux qui présidaient à cette exécution commandèrent au bourreau de retirer un peu le t'en , alin que tous les assistants pussent la voir morte. « Alors, dit une chronique contempo* » raine , fut le feu tiré arrière , et Jeanne fut vue » avec sa robe arse (brûlée), et tous les secrets » qui peuvent être ou doivent être en femme , 7) pour oster les doutes du peuple. Quand ils )) l'eurent vue assez et à leur gré , le bourreau » remit le feu sur son corps, qui bientôt fut mis » en cendres. » On se rappelle que Jeanne d'Arc, lorsqu'elle était malade dans sa prison , demanda à ses juges qu'on l'ensevelît en terre sainte , si elle venait à mourir; mais sa mort ne rassurait pas les Anglais qui ne voulurent pas même qu'elle eût un sépulcre. Après l'exécution, le cardinal d'Angleterre ordonna que les cendres , les os , tout ce qui restait de l'héroïne, fût jeté dans la Seine.
CONTINUATION DU CHAPITRE Xi.
Suite du supplice et de la mort de Jeanne.
Ainsi mourut , n'ayant pas atteint sa vingtième année, la bergère de Domremy, après avoir passé un an et plus à la cour des rois et dans les armées, et plus de treize mois dans les angoisses et les tourments de la prison et d'une procédure criminelle. Les ennemis de la Pucelle , dans le procès dont on vient de voir la lin , avaient imagiaé plusieurs crimes pour la conduire à la mort;
■^ 208 — et d'un autre côté , ils comptaient sur l'appareil d'un supplice ignominieux pour prouver tous ces crimes; ils se trompèrent, car rien ne fit plus éclater l'innocence de Jeanne que la manière dont elle mourut ; la politique anglaise avait eu pour but de flétrir la renommée de la Pucelle et de ruiner ses œuvres dans l'esprit des peuples; la politique anglaise se trompa; l'héroïne avait péri sur un bûcher ; mais tout ce qu'elle avait éprouvé d'injustices et de persécutions imposait silence aux préventions des partis, achevait d'éteindre les haines suscitées contre elle, et la gloire de Jeanne, pour tous les cœurs généreux , était devenue sacrée comme la cause du malheur. Naguère, quand la Pucelle remplissait glorieusement sa mission , la France, l'Europe n'avait point de lieux retirés où ne parvînt le bruit de ses exploits et des prodiges opérés par ses armes ; depuis qu'elle avait fait une fin si malheureuse , et que le glaive de l'iniquité avait tranché ses jours , il n'était pas une ville dans le royaume, pas une bourgade, un hameau, oii le récit de ce qu'elle avait souffert à sa dernière heure, ne fit verser quelques pleurs; les Bourguignons mêmes, beaucoup de ceux qui l'avaient crue uu inbli'umeul du démon, et qui pour
cela la liai&saient , ne voyaient plus en elle qu'une sainte femme couronnée des palmes du martyre, et n'avaient plus de haine et de malédiction que pour ceux qui l'avaient fait mourir. Le mécontentement s'était fait remarquer sur tout dans la population de Rouen , et la présence toujours menaçante des Anglais n'avait pu arre» ter la manifestation ouverte des sentiments populaires. Les juges, ceux qui avaient présidé au procès, furent eûVay es de tout ce qu'on disait. Une information sur les derniers moments de Jeanne fut commencée : que]([ues paroles de désespoir avaient pu échapper à la Pucelle à l'approche du supplice ; on voulut les présenter comme une espèce d'abjuration nouvelle, comme un aveu des erreurs et des crimes qu'on lui avait imputés. Les persécuteurs et les bourreaux de la jeune vierge , de même qu'ils l'avaient fait comparaître vivante à leur tribunal, pour qu'elle confessât ses torts et reconnût leur juridiction voulurent faire comparaître en quelque sorte devant eux la mémoire de Jeanne , ou plutôt l'ombre de leur victime, pour qu'elle proclamât la solennelle justice de son arrêt de mort. On entendit quelques témoins , et ces témoins diraient que la PuceJle,. avant de quitter sa prison.
— 2i0 — avaitdésavoué ses apparitions et toutes les inspirations saintes qui avaient dirigé sa conduite ; mais il fut bien évident que l'iniquité se mentait ici à elle-même; aucun témoin, aucun notaire n*avaît osé signer une pareille déclaration; le procès-verbal ne fut pas même achevé. Cette imonslrueuse enquête, tout incomplète qu'elle était, est parvenue jusqu'à nous; car Dieu n'avait pas voulu qu'aucun des crimes de ce procès restât inconnu à la postérité.
N'est-ce pas un curieux spectacle que celui de voir des juges tout remplis de la crainte d'être jugés à leur tour, et n'ayant d'autre pensée que de se justifier? Le conseil du roi d'Angleterre, qui avait tout ordonné , tout dirigé , ne négligea pas en cette occasion de s'adresser à l'Europe de s'adresser à la France , pour rappeler tous les motifs qu'on avait eus de condamner et de faire mourir Jeanne d'Arc. Dans une lettre au pape et aux princes de la chrétienté , on racontait, au nom du monarque, qui n'avait alors que dix ans , toute l'histoire de la Pucelle et de son procès: ceux qui avaient poursuivi ce procès (c'est le sens de la lettre) n'avaient eu d'autre dessein que celui de défendre la foi de Jésus- Christ contre les faux prophètes et les apôtres de
l'hérésie. Cette lettre était datée du 8 juin, huit jours après la mort de Jeanne. Lne seconde lettre , datée du 28 du même mois , fut adressée à tous les évêques , ducs, comtes, barons et communes du royaume de France ; dans celte seconde lettre, beaucoup plus détaillée, on accuse aussi la Pucelle de ce qu'elle a fait contre la foi ; mais un de ses grands crimes était de s'être présentée devant l'ennemi capital du roi d' Angleterre (Charles YII), et de lui avoir dit, ainsi qu'à ceux de son parti ^ gens d'église , nobles ou populaires^ qu'elle était envoyée de par Dieu; de s'être vantée d'avoir des rapports avec les anges et les saints du paradis ; de s'être servie de ce moyen pour donner l'espérance de victoires futures j, et d'avoir diverti ainsi plusieurs cœurs d'hommes et de femmes de la voie de la vérité. On ne peut pas dire plus clairement pourquoi les Anglais avaient fait le procès de la Pucelle, et pourquoi ils poursuivaient encore sa mémoire. Toujours d'après la môme pensée , la circulaire du monarque anglais , ajoute que la Pucelle , après avoir pris armes de chevalier j, et s'être revêtue d'un écu en champ d'azur avec deux fleurs de lys d'or j s'était tout à coup mise en campagne (on rappelait ainsi l'arrivée de Jeanne à Orléans).
On lavait \ uc conduire gens d'armes et de traits en exercice et grande compagnie ^ pour faire et exercer cruautés inliwnaines en répandant le sang humain y en faisant sédition et commotion dépeuple ^ l'induisant à parjuremcnt et pernicieuse rébellion et fausse créance ^ en perturbant toute vraie paix et renouvellant guerre mortelle. Voilà ù quoi »se réduisait, .scion les Anglais, le merveilleux dévoûment de Jeanne au roi légitime de la France ; voilà à quoi se réduisaient les exploits qui avaient illustré son nom , et les services qu'elle avait rendus à son t>ays. La lettre en vient ensuite au siège de Compiègne, où ladite femme fut prise ^ où la Providence vint borner le cours des vaines^ périlleuses et nouvelles crédulités, eu mettant la Pucelle en l'obéissance et domination du roi d'Angleterre. Il s'agissait, continue la lettre , il s'agissait d'une îrbellion contre la sainte Eglise^ et les ordonnances et règlements de ladite sainte Église devaient être en^cette occasion préférés aux faits et volontés des princes temporels. Aussi , pour l'Iiommage et exliallation de la foi (c'est toujours le monarque anglais qui parle), nous fîmes bailler ladite Jeanne à l'évêque de Beauvais, afni de lui faire sou procès, sans î^o'uloir que par les ^ns el officiers de uotre ju5-
tîce séculière il fat pris aucune vengeance ou punition . ainsi f/ue faire nous estoit raisonnablement licite :, attendu les grands damages et incon^ vénients ^ les horribles homicides et détestables cruautés et autres lïiaux innwnérables qu'elle avait commis à C encontre de notre seigneurie et loyal peuple obéissant. Après ce passage , qu'il est fort inutile de caractériser, et dont nous ne relèverons pas le sens qui n'est que trop à découvert , la lettre fait une longue apologie du procès, telle que l'auraient faite l'évèque de Beauvais et ses complices les plus ardents. Dans cette lettre, on loue d'un côté la modération et la mansuétude des juges, leur esprit de justice et de miséricorde ; de l'autre , Jeanne est représentée comme remplie de dissimulation et d6 malice ; on a soin d'ajouter qu'elle confessa ses mensonges avant de marcher au supplice, ce qui est une autre calomnie. Si nous nous sommes arrêtés un moment sur cette lettre du roi d'Angleterre, c'est moins encore pour faire apprécier la politique anglaise dans le procès de la Pucelle, que pour faire voir jusqu'à quel point la vérité, dans les temps de trouble et de désordre , peut être dénaturée , et pour montrer comment les partis jugent quelquefois la gloire , l'inoO'»
cence opprimée et le dévoûment malheureux.
La lettre du roi d'Angleterre recommandait aux prélats de faire notifier dans leur diocèse, par prédications et autrement , tout ce qui avoit été dit contre les œuvres d'icelle femme. Nous ne croyons pas que beaucoup d'évêques français aient obéi à cette invitation , et qu'un grand nombre d'ecclésiastiques, même parmi les Bourguignons, aient consenti à se faire les interprètes des haines et des vengeances britanniques. Seulement à Paris , dit une chronique contemporaine, le jour de saint Martin le Bouillant , fut faite une procession générale à Saint-M artin-des- Champs. A la suite de cette procession , un frère de l'ordre de Saint-Dominique fit une prédication où il retraça devant le peuple une histoire calomnieuse de ladite Pucelle. 11 faut remarquer que Paris était dévoué alors à la cause des Anglais, et qu'on s'y préparait au sacre de l'usurpateur Henri YI.
Malgré toutes les déclamations de la haine et de l'esprit de parti, le souvenir de Jeanne rendait chaque jour au patriotisme français son ardeur et son enthousiasme. Chose digne de remarque, les merveilles de sa vie excitèrent l'ambition de plusieurs jeunes filles qui prirent le nom àe Jeanne
la Puce lie. Elles disaient que Dieu les avait sàuvées du bûcher et leur avait donne la mission d'achever la ruine des Anglais. Elles ne réussirent point à s'accréditer dans les esprits , car un héroïsme comme celui de Jeanne d'Arc ne s'imite point, ne se transmet point, et le rôle merveilleux qu'elle avait joué dans ce monde ne se Joue qu'une fois. La France, d'ailleurs, n'avait plus besoin d'un miracle pour se sauver.
Cependant l'indignation contre les juges de la Pucelle ne faisait que s'accroître de jour en jour, surtout dans la cité qui l'avait vue mourir. Un des notaires du premier procès affirmait au procès de révision, que les juges et ceux qui prirent part à la mort de Jeanne d'Arc encoururent une grande note dans l'esprit du peuplé. Après que ladite Jeanne fut brûlée, les populaî" reSj ce sont les expressions des témoins, les montrolent au doigt et les maudissoient.
Nous avons dit que le siège archiépiscopal de Rouen avait été promis au zèle de l'évêque de Beauvais; la haine et le mépris qui poursuivaient son nom n'attestaient que trop les services qu'il avait rendus ; maisc'ette manifestation même des opinions du peuple ne permit pas aux Anglais de reconnaître et de récompenser un si honteux dé
voiiment. Le prélat (i) n'obtint point ce qu'il désirait, et, chose inouie! il se trouva réduit a solliciter des lettres de garantie pour sa conduite dans le procès de Jeanne. Ces lettres de garantie, que le roi d'Angleterre ne pouvait lui refuser, furent données à cette fin que tous ceux qui avoient pour agréables les maléfices de Jeanne, et qui voudroient troubler les jugements de notre mère sainte Eglise^ ne tirassent en cause devant le PapCj, le concile général et autres j, l'évêque de Beauvaisj le vice-inquisiteur^ les docteurs et autres qui s* estoient entremis dans le procès. Le monarque anglais réclamait, en faveur des juges de la Pucelle, le secours et l'appui de to'us les princes de sa famille, de tous ses sujets d'Angleterre, de tous les rois ses alliés. Cette pièce singulière nous montre d'abord une contradiction étrange dans l'esprit de ceux qui avaient concouru au procès. Naguère ils accusaient la Pucelle de méconnaître l'autorilé de l'église , celle du Pape et {\n coiuile .'jénérjil . v\ mainlenant ils Irem-
ile lio;îuvai> es! rippelr qiK'iquefois nrchevt^que, ce qui peut Tauv rroire (fM'oii le reg.Jrtiniî déjà roramç archevnju^
217 -' blent que la cause de Jeanne ne soit portée au tribunal de l'Eglise, ou. jugée par le Pape et les conciles. 11 n'y a jamais eu au monde de procès où les juges aient pris tant de précautions pour n'être pas jugés eux-mêmes trop sévèrement dans l'avenir ; et , par un miracle de la justice divine , il est arrivé que toutes ces précautions n'ont servi qu'à mettre leur iniquité au grand jour. Le monarque anglais pouvait bien protéger les juges de Jeanne devant les rois , devant les puissances de la terre ; mais comment les défendre au tribunal des consciences et devant l'opinion des peuples? Pour imposer silence à l'indignation publique , on essaya de faire le procès à ceux qui s'exprimaient trop ouvertement. Un religieux, nommé Jean Lapierre , fut cité devant le bailli de Rouen pour avoir mal parlé du jugement rendu contre la Pucelle. Saisi de crainte à l'aspect du tribunal , ce religieux demanda pardou à genoux pour ce qu'il avait dit , et fol condamné par grâce à f^arder irrison au pain cl à l'icu , dans la maison des frères Prêeheu rs. Ou lirvhci-i-'û de cette condamnation? On la reuarda comme une injustice de pliLs , et ce fut Tui nouveau motif pour le peuple d'exprimer s;t haine et de revenir à ses raaîédie-
— 218 =« lions contre les juges et les bourreaux de Jeanne d'Arc. La haine publique, semblable au remords qui poursuit le méchant, s'attacha dès lors à tous leurs pas et ne les quitta plus. La multitude irritée en appela , des justices de ce monde qui les protégeaient, aux inexorables vengeances du ciel. On les suivit dans tous les accidents de leur vie , on les suivit jusqu'à leur trépas ; et toutes les fois qu'il leur arrivait quelque chose de malheureux ou de sinistre, on bénissait la justice de Dieu qui les avait frappés. C'est dans cet esprit que l'histoire contemporaine nous dit que l'évèque de Beauvais , devenu évêque de Lisieux, était mort subitement entre les mains de son barbier ; que le promoteur d'Estivet fut trouvé mort dans un colombier, hors des portes de Rouen ; que Loyseleur, qui avait joué un rôle si infâme dans le procès, expira subitement dans une église de Baie ; que Nicolas Midi qu'on accusait d'avoir rédigé les douze articles , fut atteint de la lèpre et finit misérablement : tous avaient été punis pour ce qu'ils avaient fait au procès de Jeanne ; et lorsque , quatre ans après, le duc de Bedford mourut, on ne manqua pas d'attribuer aussi sa fin à la colère divine. Cette indignation des peuples dut contribuer
dans la suite à Texpulsion des Anglais. Ce que Jeanne n'avait pu faire de son vivant s'accomplit après sa mort, et Dieu se servit sans doute du souvenir des grandes injustices qu'on lui avait faites et des maux qu'elle avait soufferts, pour achever les merveilles qu'elle avait commencées par ses victoires.