Voir \es Annales de Physique et de Chimie, vol
2° Dans l’air raréfié , sans mélange d’hydrogène , l’oxydation eut lieu quel que fut le sens du courant , mais elle fut beaucoup plus rapide lorsque la plaque était positive.
3° Dans l’hydrogène pur raréfié, il ne put y avoir évidemment aucune oxydation , mais en prolongeant longtemps l’expérience on vit la surface de la plaque se dépolir légèrement. Si la plaque était primitivement oxydée, elle se désoxydait rapidement dans l’hydrogène, surtout si elle communiquait au pôle positif.
4° L’aiguille d’acier fut remplacée par des fils de cuivre, d’argent et de platine sans que les phénomènes aient paru sensiblement modifiés.
5° On introduisit dans le récipient une petite quantité d’azote pur. La plaque s’oxyda , lorsqu’elle fut positive aux dépens de l’oxygène de l’air laissé dans le récipient par la raréfaction; la plaque étant négative, la désoxydation eut lieu comme dans l’hydrogène, mais plus lentement..
6° Dans l’azote, aussi complètement privé d’oxygène qu’il fut possible , les couleurs dues à l’oxydation ne se manifestèrent pas; il se produisit seulement, sur la plaque positive, une tache noire, probablement due à la désagrégation de la surface , qui ne disparut pas lorsqu’on renversa le sens des décharges. Toutefois l’azote fit disparaître les taches d’oxyde, formées dans d’autres expériences, lorsque la plaque était négative.
7° Dans un mélange d’un volume d’oxygène et de deux volumes d’hydrogène , les effets furent les mômes que dans un mélange d’air et d’hydrogène. La raréfaction du mélange permit d’ailleurs de faire passer une nombreuse série d’étincelles sans produire une combinaison rapide des deux gaz,
8° On obtint les mêmes résultats en augmentant la proportion d’hydrogène du mélange.
9° On substitua successivement à la plaque argentée des
NOTICE
plaques de bismuth , de plomb , d’étain , de zinc , de cuivre , de fer et de platine. Le bismuth se comporta comme l’argent; le plomb s’oxyda aisément, mais il fut difficile de faire disparaître la tache d’oxyde; l’étain, le zinc et le cuivre ne s’oxydèrent que lorsqu’on introduisit une grande quantité d’air, et il fut tout à fait impossible de les désoxyder; le fer s’oxyda seulement lorsque la pression de l’air fut presque égale à un atmosphère, et il ne se désoxyda pas plus que les trois métaux précédents; avec le platine on ne put observer aucune espèce d’effet.
10° On iodura la plaque d’argent et on la fit communiquer avec le p<Me négatif, le récipient ne contenant que de l’hydrogène pur raréfié. L’iodure se réduisit très-protnptement au-dessous de la pointe d’acier.
li° L’appareil d’induction fut remplacé par une machine électrique ordinaire. Dans un mélange d’un volume d’hydrogène et de deux volumes d’air, les phénomènes d’oxydation et de désoxydation se produisirent avec beaucoup plus de netteté, seulement les dimensions de la tache d’oxyde furent très-petites.
12° Un lavage à l’hyposulfite de soude fit disparaître la tache oxydée de la plaque d’argent comme il fait disparaître la couche indurée des plaques daguerriennes.
13° Dans quelques expériences la tache d’oxyde semble formée de plusieurs cercles concentriques. Pour étudier spécialement cette singularité du phénomène, M. Grove fit choix d’un mélange d’un volume d’oxygène et de quatre volumes d’hydrogène. La plaque fut rendue positive, et l’on amena l’extrémité inférieure de l’aiguille d’acier à des distances de 0 m ,51 , l m ,02, l m ,52, 2 m ,03, 2 m ,5i. On obtint de la sorte des taches de plus en plus grandes formées ; 1° d’un noyau central circulaire d’un jaune verdâtre au centre et bleu verdâtre sur les bords , lequel noyau était enveloppé par un anneau circulaire rouge cramoisi , tirant sur l’orange
vers le bord intérieur, et vers ie pourpre foncé sur le bord extérieur. Entre cet anneau et ie noyau central la plaque d’argent n’était pas atteinte et formait un cercle blanc; quelquefois ces taches présentaient, au milieu de leur uoyau central , un petit espace circulaire où l’argent paraissait parfaitement poli. En augmentant, la distance de l’aiguille à la .plaque au delà des limites précédentes , la tache centrale et l’anneau extérieur s’élargissaient au point de bientôt se confondre. Lorsque la plaque était négative, il se produisait en face de la pointe une sorte d’auréole sombre et mal définie autour d’un espace circulaire central où l’argent était visible.
14° Une plaque d’argent étant placée dans l’air raréfié, on l’oxyda en deux points différents, la plaque étant successivement positive et négative. Ensuite l’air raréfié fut remplacé par un mélange d’un volume d’oxygène et de quatre volumes d'hydrogène. On rendit la plaque positive , et on amena l’aiguille d’acier successivement sur chacune des deux taches à 2/50 de pouce de distance. Il se forma immédiatement un anneau brillant , semblable à ceux observés dans les expériences précédentes. Il suit de là évidemment que ces anneaux brillants ne sont pas dus simplement à une absence d’oxydation, mais résultent d’une action particulière de la décharge.
15° En observant les anneaux avec un microscope d’un grossissement égal à 200 diamètres, on ne distingua' rien de particulier.
16° Dans l’oxygène pur le protoxyde et le bioxyde d’azote, et l’acide carbonique, la plaque s’oxyda également, quel que fût le sens de la décharge. Dans l’oxyde de carbone, il y eut oxydation lorsque la plaque fut positive, et réduction lorsqu’elle fut négative. Dans le gaz oléfiant, lorsque la plaque fut négative, il se produisit une tache assez étendue montrant les anneaux colorés des lames minces, complètement
NOTICE
différents de ceux qui viennent d’être décrits. Au bout de quelque temps il se forma un dépôt pulvérulent qui donnait de brillantes étincelles : c’était probablement du charbon. Voici comment M. Grove a essayé de s’expliquer ces phénomènes.
« La décharge étant évidemment discontinue, dit-il, d’après la nature même de l’appareil de Ruhmkorff, avant chaque étincelle, le milieu gazeux se polarise, et cette polarité n’est pas seulement physique , comme on le croit généralement, mais encore chimique, l’oxygène acquérant une tendance à se rendre au pôle positif, et l’hydrogène une tendance contraire. Au moment qui précède immédiatement la décharge, l’électrode positive est recouverte d’une couche de molécules d’hydrogène. La décharge se produisant, les électrodes sont vivement échauffées, ou reçoivent peut-être une disposition particulièrement favorable à l’exercice de leurs affinités chimiques ; l’électrode positive s’oxyde, l’électrode négative se désoxyde, si elle est déjà oxydée. »
M. Grove propose encore deux autres théories susceptibles d’expliquer ces phénomènes, mais comme elles semblent être en contradiction avec les idées généralement admises sur l’électricité, nous n’en parlerons pas, et nous terminerons ce qui a rapport à ces curieux phénomènes par les deux expériences suivantes.
17° Le récipient a été rempli d’un volume d’oxygène et de cinq volumes d'hydrogène, sous une pression de douze millimètres. La plaque d’argent étant positive, on a obtenu, avec un fil de platine écarté de cette plaque de deux millimètres, une simple tache sombre circulaire. Avec une aiguille d’acier, on a vu se produire un triple système d’anneaux concentriques.
18° Dans une autre expérience , un fil de cuivre d’un millimètre de diamètre fut fixé avec de la cire dans une position horizontale à 1/2 millimètre au-dessus de la plaque
sua LA MACHINE DE RUHMKORFF.
d’argent. L’extrémité du fil de platine fut placée à 1/2 millimètre au-dessus du fil et l’on fit passer les décharges. On obtint deux taches circulaires parfaitement séparées l’une de l’autre et accompagnées de deux demi anneaux formant comme deux fers à cheval placés en sens inverse l’un de l’autre.
Application à l'explosion des mines . — Les nombreux accidents dont sont malheureusement si souvent accompagnées les explosions des mines quand on les fait partir par les procédés ordinaires, ont fait rechercher depuis longtemps un système d’inflammation à distance, moins dangereux et en môme temps plus sûr. Ces accidents peuvent provenir de trois causes : 1° du défaut de soin des ouvriers qui, malgré les ordres qu’on leur donne, bourrent souvent lqs mines avec des leviers en fer; 2° de la trop prompte inflammation de la fusée qui ne leur laisse pas le temps suffisant pour s’éloigner; 3° du retard trop considérable apporté à l’inflammation de cette fusée. De ces trois causes, la dernière est celle qui amène le plus d’accidents; car, comme on fait en général partir plusieurs mines à la fois, on ne peut guère savoir à un instant donné si elles ont toutes fait explosion, et il peut arriver qu’une ou plusieurs d’entre elles se trouvent en retard. Dans ce cas, les ouvriers qui ont abandonné leur abri pour reprendre leur travail, se trouvent considérablement exposés. La solution du problème de l’inflammation des mines doit donc être telle que le moyen employé pour les faire partir à distance (500 mètres environ), n’entraîne pas avec lui une cause secondaire d’inflammation.
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On a bien, à diverses reprises, cherché le moyen d’appliquer à cet usage l’action caloriGque des courants électriques; car on sait qu’un fil très-fin de fer ou de platine réunissant les deux branches d’un circuit de grosse section, rougit et même se brûle sous l’influence du courant. Mais il faut, pour obtenir ce résultat, de gros conducteurs et une pile excessivement puissante ; or, un pareil procédé, outre la dépense qu’il occasionnerait, serait dans la plupart des cas d’une application si difficile, surtout par l’impossibilité de ramifier le courant, qu’on serait en droit de préférer les anciens moyens, sans doute plus dangereux, mais beaucoup plus expéditifë.
Heureusement les progrès de la physique dans ces derniers temps, et l’ingénieuse machine de Ruhmkorff, ont permis de résoudre le problème à la satisfaction de tous les intérêts *.
Nous avons d’abord parlé des avantages que présenterait un système d’inflammation à distance, au point de vue des accidents, parce que les considérations humanitaires doivent passer avant toutes les autres; mais sous le rapport des résultats matériels que l’on peut obtenir, ces avantages sont incalculables ; on pourra en juger quand nous aurons exposé la manière dont les mines doivent être construites, pour qu’elles produisent le plus d’effet possible. Mais disons-le tout d’abord, l’art des mines, tel qu’il est pratiqué généralement par les ingénieurs, est dans un tel état d’enfance qu’on peut affirmer sans trop s’avancer que malgré les progrès des sciences il n’est pas plus avancé qu’il y a un siècle. A quoi faut-il attribuer ce peu de progrès dans un art qui intéresse à tant de titres non-seulement les travaux de terrassement mais encore les travaux militaires?... à plusieurs causes, d’abord au peu d’encouragement que trouvent par-
1. Voir pour l’historique de cette question mou Exposé des Applications de VÉlectric té.
suit LA MACHINE DE RUHMKORFF. 10ÏÏ
ticulièrement en France les inventeurs ; en second lieu, à l'esprit de routine qui règne dans la plupart des administrations, et qui s’oppose toujours aux innovations; en troisième lieu, à l'organisation même des services, qui fait qu'une innovation, pour être admise, est obligée de passer par une filière administrative ou des commissions dont la plupart des membres ne comprennent pas ou ont oublié ce dont il s’agit, enfin à l'amour-propre de beaucoup d’ingénieurs qui rejettent à première vue tout ce qui n'émane pas de leur confrérie. Sans doute toute invention nouvelle n'est pas bonne à être mise en essai, mais quand cette invention a été sanctionnée par l'expérience qu'a-t-on à objecter? Eh bien! quelque bonne que soit une invention , quelques avantages qu’elle fournisse, il faut en France des années avant qu'on ne l'adopte, et encore faut-il la plupart du temps qu'elle ait été sanctionnée à l'étranger. C’est ainsi que la plupart des grandes découvertes modernes, telles que l’application de la vapeur comme force motrice , la télégraphie électrique, l'éclairage au gaz, etc., bien que d'invention française n'ont été appliquées en France que quand l'Angleterre et F Amérique leur ont accordé leur brevet de viabilité. C'est réellement honteux. Mais quittons ces diatribes pour nous occuper de la question que nous traitons.
Je disais que l’art des mines n’est pas plus avancé en ce moment en France, entre les mains des ingénieurs, qu'il y a cent ans. Je n’en veux pour exemple que les travaux exécutés jusqu'en 1854* à Cherbourg. Dans ce port, on creuse depuis quinze ans au milieu du roc vif un bassin de près d'un kilomètre de longueur sur une profondeur de vingt mètres ; et pour enlever ces masses énormes de rocher, on n'avait trouvé rien de mieux que d'employer de petites mines faites au burin, comme s'il ne s'agissait que de faire un trou dans un rocher ou de percer une galerie pour une route. Qu’en est-il résulté? qu'on a dépensé bien du temps.
NOTICE
bien de la poudre et bien de l'argent pour arriver à un trèsmince résultat. Le gouvernement actuel, ennuyé de voir que ces travaux n'avançaient pas davantage, a voulu s'assurer si l'intérêt particulier ne ferait pas mieux que l'intérêt officiel, et a mis ces travaux en adjudication. Deux entrepreneurs qui avaient déjà fait leurs preuves à Marseille et à Alger, MM. Dussaud et Rabattu, se sont chargés de l'entreprise, et, nous devons le dire, ils ont réussi au delà de toute espérance. Ainsi s’est confirmée la prévision du gouvernement.
Pour obtenir les brillants résultats auxquels ils sont arrivés, MM. Dussaud et Rabattu ont dû abandonner complètement le système de raines employé jusque-là par les ingénieurs ; car ils avaient pensé avec raison que ce n’étaient pas de petites mines , contenant un ou deux kilogrammes de poudre , qui parviendraient à ébranler suffisamment le rocher pour le rendre exploitable, mais bien des mines monstres , contenant plusieurs milliers de poudre, et enflammées au même moment.
Une mine monstre , telle que celles que ces messieurs - avaient déjà employées à Alger, se compose ordinairement de deux chambres carrées de la contenance de 3 ou 4 mètres cubes, creusées à environ 12 mètres au-dessous de la surface du rocher, et que l’on remplit de poudre. Pour opérer ce creusement, MM. Dussaud et Rabattu ouvrent d’abord un puits AB (fig. 49), de 12 mètres de profondeur, puis ils font partir du fond do ce puits deux galeries horizontales BC , BD , d'environ l m 50 de hauteur, sur 5 m de longueur, et c’est à l'extrémité de ces galeries qu’ils creusent les chambres dont il a été question. La poudre n’est pas déversée directement dans ces chambres; car, dans le long travail du bourrage de ces mines, elle pourrait devenir humide et rester sans effet. C’est dans de grands sacs en gutta-percha , hermétiquement fermés, qu'elle est
déposée avec la fusée d’explosion. Quand ce travail est fait, que les fusées sont attachées aux saucissons, on maçonne
Fig. 50. Fig. 51. Fig. 49. •
solidement à pierre et à plâtre les galeries, et on remplit de terre le puits de descente : en sorte que les mines ne sont plus en rapport avec l'extérieur que par les saucissons remplis de poudre, qui ont été eux-mômes noyés dans la maçonnerie. Ces saucissons communiquent à la surface du sol avec des traînées de poudre qui partent des différentes mines et aboutissent à un centre commun, où se trouve une mèche d’amadou. C’est en allumant cette mèche qu’on met le feu à ces mines.
Ce système, bien (pie très-ingénieusement combiné.
HO
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puisque la poussée de la poudre ne pouvait s’opérer qu’en soulevant la niasse de rocher au-dessus de chaque mine , n’a pas donné dans l’origine des résultats aussi satisfaisants qu’on était en droit de l’espérer, précisément à cause du mode d’inflammation de la mine. On sait, en effet, d'après les expériences du général Morin, expériences d’ailleurs connues de beaucoup de chasseurs, que, dans un tube rempli de poudre et faiblement bourré , toute la poudre ne brûle pas; de sorte qu’il peut arriver que la poudre, enflammée à la partie supérieure du tube , ne transmette pas l’inflammation à la partie inférieure. Or, c’est précisément ce qui arrivait souvent dans les saucissons de 12 mètres employés pour mettre le feu aux mines monstres de MM. Dussaud et Rabattu. D’un autre côté, la poudre ne prenant pas feu avec une égale promptitude , les différentes mines qui auraient dû s’enflammer en même temps ne partaient jamais régulièrement, et dès lors tout l’effet avantageux de ces espèces de volcans, dont les ébranlements individuels se fussent prêtés un mutuel secours, était plus que problématique.
En se reportant aux articles que j’avais publiés depuis plusieurs années, dans les journaux de la localité, sur l’importance de l’emploi de l’électricité pour l’inflammation des mines, MM. Dussaud et Rabattu virent immédiatement que toute la réussite de leur système d’exploitation par grandes mines dépendait complètement de l’application des moyens électriques, et vinrent me prier de leur organiser un système d’explosion électrique facile de manipulation, et surtout dont les effets fussent immanquables. Pour peu qu’on réfléchisse que ces mines, qu’on fait généralement partir au nombre de six ou huit à la fois, reviennent à près de 15,000 francs; que de leur bonne ou mauvaise réussite peut résulter la perte de cette somme , ou un bénéfice considérable , on pourra comprendre que la question écono-
SUU LA MAC II INK HH ItUHMKORFF. 111
inique n’était que secondaire pour eux. Je m’empressai de satisfaire à leur demande , et nous pûmes faire les premiers essais le 1 er septembre de l’année dernière. Les résultats en ont été merveilleux , et ont dépassé tout ce que l’on pouvait attendre. Plus de 50,000 mètres cubes de rochers ont été détachés d’un seul coup, et les six mines employées à cet effet n’ont fourni qu’une seule détonation.
Pour les mines monstres, l’emploi de l’électricité comme moyen d’inflammation présente donc à la fois : sécurité pour les ouvriers , sûreté pour l'opération, augmentation de force ou d’effet mécanique de la part de la poudre (dû à la simultanéité d’explosion), que MM. Dussaud et Rabattu ont estimé à 1/6, économie de 60 pour 100 dans le procédé d’inflammation lui-mème.
Pour les petites mines , les avantages du système électrique sont moins certains , surtout quand elles sont assez éloignées les unes des autres pour que l’instantanéité de l’explosion ne leur soit pas profitable. Les fusées d’explosion reviennent en effet à 50 centimes , et sont, par conséquent , beaucoup plus chères que les fusées ordinaires. De plus , les fils conducteurs peuvent être facilement détériorés par les éclats de pierre, qui sont plus nombreux avec ces sortes de mines qu’avec les grandes. On ne peut donc, dans ce cas, invoquer l’importance du procédé électrique que sous le rapport de la sécurité des ouvriers. Mais cette considération doit être suffisante pour qu’on renonce définitivement aux anciens procédés.
• Après avoir ainsi démontré l’importance de l’emploi des moyens électriques pour l’inflammation des mines , il nous reste à faire connaître quels sont ces moyens.
Depuis longtemps, les effets de l’inflammation de la poudre par l’étincelle électrique sont connus , et , au premier abord, rien ne semble plus facile que d’obtenir l’explosion des fusées de mines , à l’aide de l’appareil de Ruhm-
korflf, qui a, sur les machines électriques, les immenses avantages de fournir des étincelles par tous les temps , qu'il fasse sec ou qu'il fasse humide , et d’exercer, comme nous l’avons vu, ses effets à de grandes distances. Pourtant, le problème est infiniment plus complexe, et, pour le résoudre d’une manière applicable dans la pratique, bien des essais ont dû être tentés.
Un des obstacles qui se sont d’abord présentés, a été l’inertie calorifique de l’étincelle d'induction échangée à travers des corps mauvais conducteurs, inertie qui fait que l'on peut obtenir des étincelles d’induction à travers la poudre , sans que celle-ci s’enflamme , si on interpose dans le circuit une certaine résistance , par exemple si on rend l'étincelle la plus longue possible. Il arrivait donc, dans l’application , que , pour une certaine longueur du circuit, l'étincelle , bien qu’étant très-courte , ne faisait pas partir la mine, parce que la longueur du circuit représentait une résistance trop forte. On a donc dû chercher un moyen secondaire qui pût faciliter l'action calorifique , et le hasard en cela, il faut le dire, est venu au-devant de la théorie, en mettant entre les mains de M. Ruhmkorflf les fusées de Stateham , dont on ne s'expliquait pas encore l'action.
La découverte de ces fusées est elle-même due à une circonstance accidentelle, qui s'est présentée dans les expériences faites à Londres, lors de l’essai du télégraphe sousmarin de Douvres à Calais.
Pour ces expériences, le câble sous-marin avait été mis â l'épreuve à une profondeur considérable dans l'eau. Quand on fit l'essai des fils, le constructeur, M. Stateham, amené à un examen minutieux de tout le câble par une solution de continuité , qu'il avait constatée dans l’un des fils, aperçut, à son grand étonnement, des étincelles passer au travers de l’enveloppe de gutta-percha , et se suc-
suit LA MACHINE DE RUHMKOHFE. 113
céder avec une grande rapidité. Ce phénomène était un fait nouveau pour la science; car, jusque-là, on n'avait pas eu d'exemple d'étincelles échangées à distance, ou du moins sans friction de la part d'un conducteur du courant voltaïque. Après avoir examiné avec soin les diverses circonstances dans lesquelles le phénomène s'était produit, il crut reconnaître que c’était à la légère empreinte du fil de cuivre sur la gutta-percha vulcanisée {soufrée), empreinte constituée par une couche de sulfure de cuivre, que le courant électrique devait en grande partie son effet statique , car les étincelles suivaient toujours cette empreinte. 11 conçut dès lors l’idée de construire sur ce principe des fusées pour les mines.
Il ne put cependant atteindre complètement ce but, car l’un des éléments essentiels à la production des étincelles qu’il avait observées n’avait pas encore été découvert. Il était réservé à Faraday d'expliquer, quelques années plus tard, le phénomène ’.
Bien que le système d'inflammation électrique de M. Stateham n’ait pas eu beaucoup d'applications, ses fusées tombées entre les mains de M. Ruhmkorff produisirent l’effet que ce physicien en attendait pour le courant de son appareil ; et par cet intermédiaire il put provoquer l'inflammation de la poudre dans toutes les conditions possibles.
Les fusées de Stateham sont très-faciles à faire pour tout le monde : on prend deux bouts de fil de cuivre rouge recouverts de gutta-percha ordinaire; on dégarnit de gutta-
1. Ce phénomène comme nous l’avons dit page 12, doit être attribué à une réaction statique , échangée entre l’électricité du courant et l’électricité, décomposée par induction latérale, du conducteur liquide dans lequel* était plongé le câble. Je dois faire observer que dès l’année 1852, j’avais présenté un mémoire à l’Institut, sur ces sortes de réactions par lesquelles j’avais expliqué la production des courants d’induction dans la
machine de MM. Breton frères.
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percha leurs extrémités; on les entortille, comme on le voit fig. 51 , et on recourbe les bouts des fils métalliques, de manière à entrer dans une enveloppe AB de gutta-percha vulcanisée, que Ton a coupée et enlevée de dessus un fil de cuivre qui en avait été depuis longtemps recouvert. On pratique sur cette enveloppe une échancrure A B, et après avoir maintenu à deux ou trois millimètres Tune de l'autre les extrémités des fils de cuivre, on en recouvre les pointes de fulminate de mercure, afin de rendre Pinflammation de la poudre plus aisée. On remplit l'échancrure de poudre et on enveloppe le tout avec un bout de tuyau de caoutchouc C 1), ou dans une cartouche remplie de poudre.
Le rôle de la gutta-percha vulcanisée , dans la facilité qu'elle donne à l'électricité de produire des effets calorifiques, peut trouver son explication dans les expériences sur les étincelles d’induction échangées au travers des corps de conductibilité secondaire, dont nous avons parlé dans le chapitre iv, et desquelles il résulte qu'un corps de conductibilité secondaire interposé entre les électricités développées des deux côtés d’une solution de continuité dans un courant d'induction, facilite la décharge, et par cela môme entre facilement en ignition. Dans les fusées Stateham, c'est le sulfure de cuivre qui est précisément ce conducteur secondaire.
Quand on a prépare une fusée comme nous Pavons expliqué plus haut, il ne faut pas oublier de l'essayer et de régler en conséquence l'étendue de la solution de continuité. Il peut se faire en effet que tout en appartenant à la môme enveloppe d’un fil de cuivre, la gaine de gutta-percha vulcanisée, dont on munit la fusée, soit plus ou moins imprégnée de sulfure de cuivre; or, si le sulfure de cuivre est en trop grande quantité, il devient trop bon conducteur et empêche l’étincelle de se produire. Si, au contraire, il n’est pas en assez grande quantité, il ne facilite pas suffisamment
la décharge. 11 est facile, du reste, de voir quand l’étincelle atteint son maximum d’intensité.
Les premiers essais en grand de l’application de l’appareil d’induction de Ruhmkorff aux mines, ont été faits en 1 853 par le colonel espagnol Verdu, dans les ateliers de M. Herkman, fabricant de fil recouvert de gutta-percha, à la Villette, près Paris. On a expérimenté successivement, sur une longueur de fil de 400 mètres, de 600, 1,000, 4,800, 5,000, 6,400, 7,600, 25,000, 26,000, et le succès a toujours été complet, soit avec un circuit composé de deux fils, soit en faisant entrer la terre dans le circuit. L’on n’avait employé, pour cela, que deux éléments de Bunsen (moyen modèle).
Ces expériences furent suivies de plusieurs autres, ayant pour but de remplacer la pile par la machine de Clarke, tout en conservant l’appareil inducteur de Ruhmkorff. Elles ont toutes également réussi à des distances de 440, 1,000, 1,800, 5,600 mètres. On ne put expérimenter au delà, mais tout porte à croire que l’expérience aurait pu réussir à une distance beaucoup plus grande. Ainsi les courants d’induction de la machine de Clarke peuvent, dans cette application, remplacer les courants voltaïques, et c’est un grand avantage dans un grand nombre de cas.
Depuis ces expériences, qui semblaient faire entrevoir dans un avenir prochain la solution complète du problème de l’explosion des mines, physiciens, officiers du génie et constructeurs se sont mis à l’œuvre pour le perfectionnement du procédé, et il est résulté de tous leurs travaux un ensemble de systèmes qui fournit, dès aujourd’hui, les moyens d’appliquer l’électricité aux mines dans les différents cas qui peuvent se présenter.
Système de M. Savare. — Dans leurs premières expériences, MM. Ruhmkorff et Verdu avaient cherché à obtenir l’inflammation simultanée de plusieurs fusées en les interposant sur le même circuit; ils pensaient avec raison, sans
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doute, que, puisque l'étincelle électrique, en parcourant le carreau étincelant ne se trouvait pas arrêtée, bien qu'elle eût à traverser plusieurs centaines de solutions de continuité, il devait en être de même de l'étincelle d'induction; mais, chose curieuse ! cette étincelle, dont les effets physiologiques sont plus énergiques que ceux de la machine électrique, dont la tension est si considérable qu'on peut les faire jaillir à travers la gomme laque, la faïence, le verre même, dont la puissance physique est si énergique à petite distance ; cette étincelle, dis-je, se trouve à tel point affaiblie par les solutions de continuité successives, que le carreau magique de la plus petite dimension ne peut être entièrement traversé par elle. C'est tout au plus si les petites étincelles auxquelles elle donne naissance apparaissent quand elles sont au nomhre de 1*20 à 150. Aussi n’a-t-on jamais pu réussir à faire partir avec ce système plus de quatre mines à la fois.
Reconnaissant cette mauvaise condition des courants d'induction, M. Savare, capitaine du génie français, a cherché à concentrer l'action du courant au lieu de la diviser, et pour cela, il a rendu impossible sa transmission par les fusées, une fois celles-ci parties. Pour arriver à ce résultat, M. Savare établit toutes ses fusées sur des dérivations d'un circuit principal et les construit de manière que les bouts du fil constituant la solution de continuité soient terminés par des pointes effilées d'alliage fusible ( le métal Darcet amalgamé). Pour rendre l'inflammation plus facile, il remplace la poudre par du pyroxyle enveloppé lui-même dans une étoffe rendue inflammable, et emploie comme conducteur secondaire du sulfure noir de mercure ou du deuto-sulfure d'étain. On comprend dès lors ce qui arrive : celle des mines qui est la plus rapprochée de l'appareil, ou dont la fusée présente le moins de résistance à la transmission du courant, part de préférence aux autres; mais dans cette
suit I,A MACHINE DE RUHMKOHFF. H7
inflammation, le métal Dareet se trouve fondu, et si la fusée est restée dans la mine, les deux extrémités du fil sont alors trop éloignées Tune de l'autre pour que le courant passe au travers; c'est donc une issue de moins au courant, et, par conséquent, un renfoncement d'action électrique pour les autres mines.
Dans la pratique on peut n'employer qu'un seul conducteur, laissant au sol le soin d'achever le circuit. On fait donc partir d’un des pèles de la machine de Ruhmkorff un fil soigneusement recouvert de gutta-percha qui circonscrit les différentes mines et sur lequel on greffe les bifurcations qui doivent aller à ces mines. Ces bifurcations sont attachées à l'un des bouts des fusées , tandis que l'autre bout de celles-ci communique au sol, par l'intermédiaire d’un fil quelconque , attaché à une plaque métallique. Un pareil fil également en rapport avec la terre , part du second pôle de l'appareil de Kuhmkorff et complète le circuit.
Afin d’éviter la transmission à travers le sol une fois que les fusées ont fait explosion, M. Savare introduit la pointe de métal fusible et une portion du conducteur dérivé dans un tuyau de gutta-percha qu'il soude sur ce conducteur de manière à ce que la solution de continuité et les extrémités du fil métallique fusible , longues d’environ un centimètre , soient dans le vide. Puis il remplit cet espace vide avec du pulvérin délayé dans de l’eau gommée. Il en résulte qu’au moment de l'explosion, le métal fond jusqu’à un centimètre de profondeur dans la gutta-percha , et que la communication du conducteur dérivé avec le sol devient impossible. Avec des fusées préparées de cette manière on peut faire sauter autant de fourneaux de mine que l’on veut. Le métal fusible en s'échauffant et en fondant suffirait presque pour enflammer la poudre. La préparation est d’ailleurs facile. On achète le métal Dareet tout fait, on le fond dans
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un creuset , on y mêle une certaine quantité de mercure , et pour l’obtenir en fil on aspire le métal fondu dans de petits tubes en verre. Quand il est refroidi on le retire des tubes , on le soude aux conducteurs en cuivre et l’on effile les pointes à la lime. La proportion de mercure ne doit pas être grande , car alors le métal serait trop cassant.
Avec ce système, M. Savare a pu enflammer jusqu’à dix mines a la fois, à 700 mètres de distance.
Sy tème de M. Verdu. — Depuis ses premières expériences avec M. Ruhmkorff, M. Verdu s’est livré à de nouveaux essais en Espagne , et il s’est assuré que de toutes les substances explosibles, telles que la poudre blanche, la poudre de chasse, le fulmi-coton, le mélange de soufre et de chlorate de potasse qu’on pouvait introduire dans les fusées, aucune n’était à beaucoup près aussi sensible que le fulminate de mercure. C’est donc aux fusées Stateham chargées avec du fulminate de mercure qu’il a eu recours pour ses expériences au polygone du génie de Guadalaxara, faites à une distance de 3,000 mètres avec un seul conducteur isolé et tendu en ligne droite.
Avec un seul élément de Bunsen, M. Verdu est parvenu à produire l’explosion simultanée de six fourneaux de mine interposés dans le même circuit à 300 mètres de l’appareil ; il n’a pas été au delà de cette limite, mais il a cherché le moyen d’agir indirectement sur un plus grand nombre de mines en les distribuant par groupes de cinq et en interposant chacun de ces groupes dans un circuit particulier 1 * * 4 . Voici comment on opère dans ces deux cas : supposons vingt fourneaux divisés comme nous venons de le dire, en groupes de cinq , séparés les uns des autres par une distance aussi
1. J’avais proposé ce système avant M. Verdu et je l’avais combiné de
manière à n’employer qu’un seul fil recouvert de gutla-perclia pour fran-
chir la plus grande distance, c’est-à-dire, celle dej l’appareil aux mines.
( Voir mou Traité des Applications de l'Électricité , II e vol. , p. 124.)
grande qu’on le voudra. On fait communiquer les cinq fusées de chaque groupe par un seul fil dont l’une des extrémités s’enfonce dans le sol et dont l’autre est près de l’appareil. En touchant successivement le pôle du courant induit avec chacun des quatre bouts libres que l’on tient ensemble à la main , ce qui exige à peine une seconde de temps , on obtient vingt explosions simultanées à des distances considérables , par exemple à 500 mètres. M. Verdu n’a, du reste, trouvé jusqu’à présent aucune limite à la distance à laquelle l’explosion peut avoir fieu, ni au nombre de fourneaux. Ainsi, dans une expérience à une distance de 3,500 mètres, l’explosion simultanée des fourneaux a été telle qu’il n’a pu percevoir que le bruit d’une détonation unique.
L’inconvénient immense de l’emploi du fulminate de mercure dans la pyrotechnie est précisément sa facilité d’explosion par le choc ; il était donc à craindre que dans le bourrage des raines , le choc produit n’entraînât l’explosion de la fusée et partant celle de la mine. Mais M. Verdu s’est assuré que ces inconvénients n’existaient pas dans le cas en question, si l’on avait soin d’introduire l’extrémité des fusées dans un petit tube de gutta-percha fermé par le bout. Après avoir rempli de poudre cette espèce de petite boîte et l’avoir fermée hermétiquement, on peut transporter les fusées, les manier, les laisser tomber, les choquer môme assez fortement, sans danger. La nature un peu élastique et corroyée de la gutta-percha qu’on a eu soin de ramollir un peu au feu préserve le fulminate de toute chance d’accident.
Système de M. Th . du MonceL — Comme nous l’avons déjà dit,- le problème à résoudre, pour l’explosion des mines monstres par l’électricité , était moins de rechercher l’économie dans les organes électriques destinés à agir, que de fournir un système immanquable dans ses effets. Or, les
NOTICE
systèmes précédents, bien que très-ingénieux, ne me paraissaient pas donner une garantie suffisante , eu égard à l'importance des résultats négatifs ou positifs qui pouvaient être la conséquence de la mauvaise ou bonne réussite de ces mines. Au lieu donc de faire partir les six ou huit mines qui composent ordinairement chaque système de ces mines ‘ monstres, j'ai mieux aimé les diviser par groupes de deux, et avoir recours à trois ou quatre circuits. Bien plus même, craignant, en raison du contact si intime des fils avec la terre et le plâtre, dans les galeries et le puits de descente, un isolement insuffisant du courant, j'ai supprimé la communication par le sol, et j'ai préféré employer deux conducteurs au lieu d'un , ce qui d'ailleurs ne m'occasionnait qu'une dépense très-minime, puisque l'un de ces fils pouvait être commun à tous les circuits en rapport avec les trois ou quatre grandes mines qui devaient partir en même temps.
Avec cette disposition , commandée par la prudeuce , le problème se réduisait pour moi à obtenir la simultanéité d’explosion à travers ces différents circuits; J'ai eu pour cela recours à un commutateur à rotation (lig. 5*2), consistant principalement dans une. roue épaisse de guttapercha AB, mise en mouvement par un ressort de pendule CF, et dont la circonférence portait cinq plaques métalliques séparées les unes des autres par un intervalle de 2 centimètres environ. Sur cette circonférence appuyait un frotteur E, qui, par l'intermédiaire d’un bouton d’attache et d'un fil , était mis en rapport avec celui des pôles de l’appareil de Ruhmkorff qui fournit l’étincelle à distance. Les plaques elles-mêmes communiquaient, par l’intermédiaire de lames métalliques appliquées sur les deux surfaces planes de la roue , à cinq ressorts frotteurs mis en relation par des boutons d’attache avec les cinq fils des circuits. Enfin , une détente à encliquetage ID destinée à brider le ressort quand il était tendu, permettait, à un instant donné, de dégager
SUK LA MACHINE DE RUHMKOKFF. 121
le mouvement de la roue. Le jeu de cet appareil est facile à concevoir : quand la roue entrait en mouvement, elle présentait successivement au frotteur commutateur E les différentes plaques de sa circonférence , mais , comme celles-ci , par leurs relations avec les autres frotteurs -se trouvaient mises en communication avec les différents circuits, le courant était renvoyé successivement d’un circuit dans l’autre dans un temps inappréciable.
Le problème aurait pu être résolu plus simplement au moyen d’un commutateur à simple frottement, qui aurait consisté dans une bande de gutta-percha AB (fig. 53), armée de cinq ou six plaques métalliques en rapport avec les circuits et sur laquelle on aurait frotté vivement une lame de ressort CD communiquant par un fil avec l’appareil de Ruhmkorff ; mais avec ce commutateur la simultanéité d’action du courant aurait dépendu de l’adresse de celui qui aurait manœuvré le ressort. D’un autre côté, dans le cas où l’action électrique n’aurait pas été suffisante pour faire partir les mines établies dans l’un des circuits, il aurait été nécessaire de recommencer la manœuvre du frotteur commutateur. Or, ce soin aurait pu être négligé ou , tout au moins, retardé; tandis qu’avec le commutateur à rotation la roue effectue un assez grand nombre de tours sur elle-même pour qu’on soit assuré que, si dans un premier tour l’un des circuits a fait défaut, il ne le fera pas dans un second tour ou dans un troisième , puisque le mouvement de la roue diminue progressivement. D’ailleurs, un commutateur mécanique a sa marche calculée et invariable ; on a pu l'expérimenter préalablement et l’on n’a pas à craindre, en l’employant, d’agir ou trop lentement ou avec trop de promptitude.
Il va sans dire que dans le cas où on emploierait le commutateur à fl ottement, il faudrait que le ressort commutateur fût adapté à un manche de verre ou de gutta-percha.
NOTICE
La disposition des fils et des appareils est indiquée dans la fig. 50. M représente l’appareil de Ruhmkorff placé à
Fig. 53.
Fig. 50.
Fig. 51.
Fig. 49.
4 ou 500 mètres des mines; OP est le commutateur à rotation placé tout près de l’appareil d’induction, et les puits de descente des mines sont figurés en Q, R, S et T. Le pôle extérieur du courant communique au ressort E (fig. 52 ) du commutateur, et le pôle intérieur, celui qui ne fournit pas d’étincelle à distance avec un conducteur isolé du circuit, est en rapport avec un long fil recouvert de gutta-percha vulcanisée qui circonscrit les différentes mines. Sur ce fil on pratique des dérivations qui vont rejoindre l’un des deux
fils, -f et — ( lig. 49 ), ressortant de chaque mine ; l'autre fil de ces mines, le fil -+- par exemple, est relié séparément à un fil particulier, également recouvert de gutta-percha vulcanisée, qui va s’attacher à l’un des ressorts frotteurs du commutateur; il va sans dire qu’il y a autant de ces fils particuliers qu’il y a de mines. Telle est l’organisation du système d’explosion quant à sa liaison avec les appareils. La disposition des fils, à l’intérieur des mines, est indiquée fig. 49. Ces fils, en raison de leur peu de longueur, peuvent être choisis, par économie, d’un diamètre beaucoup plus petit, car ils ne peuvent pas resservir; ils disparaissent môme entièrement pendant le travail de l’explosion. Deux de ces fils, + et — , après être descendus d’abord verticalement dans le puits de descente, se recourbent brusquement pour passer par les galeries horizontales et viennent s’attacher à l’un des bouts des deux fusées d’explosion C et D; les autres bouts de ces fusées sont ensuite reliés directement par uu troisième fil.
Dans l’organisation de ces différents fils il faut avoir soin de recouvrir tous les points de jonction d’une épaisse couche de gutta-percha ou, à défaut de gutta-percha, de plusieurs doubles de taffetas gommé. Il convient même, pour plus de sûreté, de soutenir extérieurement ces points de jonction au-dessus du sol à l’aide de petites fourchettes de bois.
L’effet d’explosion de ces mines monstres est tout à fait différent de celui des petites mines. Peu de fragments de pierres sont projetés en l’air, mais on voit le terrain se soulever comme une enveloppe qui se gonfle. Quand ce soulèvement a atteint de un à deux mètres, des déchirures se forment de tous côtés, et la fumée, quelques instants comprimée , en s’échappant à travers ces fissures, donne à ces mines l’apparence d’un cratère de volcan en éruption. La détonation n’est pas extrêmement forte, c’est un bruit
NOTICE
sourd, qui semble venir de loin, et à la suite duquel se produit un petit tremblement de terre qui , du reste , ne se propage pas assez loin pour endommager les bâtiments dans le voisinage.
L’explosion de ces mines est du reste un spectacle curieux qui attire toujours, dans le port militaire de Cherbourg, un grand nombre de spectateurs. Ordinairement les entrepreneurs chargés de ces travaux en font partir tous les trois mois.
Il serait bien long d’énumérer la foule d’applications que Ton peut faire de cette propriété inflammable des courants d’induction, car l’explosion des mines n’est qu’une bien petite face de la question. Son emploi dans l’artillerie , soit pour la décharge instantanée d’une batterie , composée de pusieurs pièces d’artillerie, soit pour l’explosion des brûlots, soit pour la démolition des navires sous l’eau, ou pour les mines sous-marines, serait un progrès immense réalisé dans l’intérêt de la défense et de la sécurité des hommes préposés à ces différentes manœuvres.
Dans l’artillerie ordinaire, même, ce procédé pourrait ê re utilement employé. En effet, la lumière par laquelle s’opère la transmission du feu dans les canons, est une cause perpétuelle d’accidents pour les chargeurs de pièces, car l’air qui entre par cette lumière, peut entretenir incandescentes les flamèclies restées au fond du canon. Avec le procédé électrique, la lumière peut être supprimée, car on la remplace par une fusée qui peut facilement être disposée de manière à rester fixe et à servir toujours.
Enfin, pour les feux d’artifice, les travaux de siège qui demandent la simultanéité dans les explosions, aucun moyen ne pourrait remplacer l’effet électriqife. Espérons donc que l’artillerie française qui, jusqu’à présent, a toujours été la première de l’Europe, ne se laissera pas devancer par les autres nations, et qu’elle sera la première à faire des ex-
suit LA MACHINE DE ItUHMKORFF. 125
périences qui, jusqu’à présent, sont restées seulement dans le domaine de la science.
Application de V appareil de Ruhmkorff à la médecine . — Tout le monde connaît les merveilleux effets que peut produire, dans certaines maladies, particulièrement dans les paralysies, le traitement par l'électricité; depuis quelques années surtout , ce traitement est devenu une des branches les plus importantes de la thérapeutique. Mais, ce que Ton sait moins, c’est que les effets électro-médicaux dus à Pélectricité dynamique sont bien différents de ceux qu’exerce l’électricité statique, et qu’ils peuvent être employés indépendamment l’un de l’autre suivant les cas. MM. Trousseau et Pidoux prétendent, par exemple, que les chocs électriques doivent être préférés pour donner de fortes excitations aux muscles de la vie de relation, tandis que le galvanisme doit être réservé pour les muscles de la vie organique et pour les organes d’une texture délicate. D’autres médecins vont encore plus loin et attribuent aux deux genres de manifestation électrique une vertu particulière et indépendante de leur différence de tension. Quoi qu’il en soit , les courants d’induction de la machine de Ruhmkorff, en raison de leur nature semi-statique, semi-dynamique, peuvent être d’un secours d’autant plus précieux, au point de vue médical , que l’énergie des commotions n’a pas de limite. Nous avons vu en effet comment, avec les condensateurs, on pouvait augmenter presque indéfiniment la force de ces courants, et comment, en prenant des dérivations convenables, on pouvait les affaiblir. D’un autre côté des étincelles , et même des aigrettes de feu , peuvent être provoquées de la part de ces courants, de sorte qu’un appareil de Ruhmkorff tient lieu, pour un médecin, d’une machine électrique , d’une pile voltaïque et d’un appareil électromédical.
Différents modes d' électrisât ion. — Électrisation par étin-
NOTICE
celles . — Les étincelles d'induction sont beaucoup plus énergiques que les étincelles des machines; et comme elles pourraient être quelquefois dangereuses, si elles n'étaient graduées, M. Ruhmkorffet moi avons eu l'idée d’interposer dans le circuit un tube rempli d’un liquide assez mauvais conducteur, tel que l’alcool, et de régler la résistance du circuit par deux baguettes de Wollaston montées sur des tiges à vis aux deux extrémités du tube. En rapprochant ou en éloignant ces baguettes , par l'intermédiaire de ces vis , on diminue ou on augmente la résistance du circuit, et partant, l’étincelle diminue ou augmente d’intensité.
Pour appliquer convenablement l'étincelle, on fait tenir au malade l'extrémité du rhéophore en rapport avec le pôle intérieur du circuit, et le médecin excite l’étincelle avec l’autre rhéophore à travers lequel il a introduit le régulateur.
On peut, sans régulateur, obtenir des étincelles assez faibles en les provoquant seulement de la part du pôle extérieur du circuit induit. Il suffit alors au médecin d'attacher à ce pôle un des rhéophorcs et d'en porter la pointe à un ou deux millimètres de la partie du corps que l’on veut électriser, sans que le malade soit en rapport avec l’autre pôle du circuit.
Électrisation par simple courant. — Cette manière d’électriser est celle qui nécessite le plus la graduation de la force du courant. On peut obtenir cette graduation au moyen du graduateur que nous avons décrit précédemment ou du système dont nous avons parlé page 95; mais en employant des rhéophores de différente nature , on peut obtenir déjà des affaiblissements ou des renforcements d’action électrique très-caractérisés. Ainsi, en prenant pour rhéophores des fils très-fins et n’appliquant sur la partie malade que leur extrémité, les commotions sont infiniment moins énergiques qu’avec des plaques ou des éponges imbibées d’eau ;
Sun LA MACHINE DE RUHMKORFF. 127
mais, à cause de l’effet calorifique qui peut se manifester au point de contact , il vaudrait mieux employer dans ce cas, pour rhéophores , de petits tubes à bout effilé et remplis d’eau. Inutile de dire que les rhéophores, soit plaques, soit pointes, soit brosses ou éponges, doivent être appliquées de manière à ce que le courant traverse la partie malade.
Électrisation par courants condensés. — Ce moyen ne peut guère être employé que dans les cas ou tous les autres moyens d’électrisation ont échoué, par exemple, dans les asphyxies et les paralysies rebelles; dans ce cas deux rhéophores supplémentaires sont mis en rapport avec les deux armures d’une bouteille de Leyde ou d’une batterie de Leyde, suivant la force de la pile, et l’on se sert des deux autres pour électriser.
Électrisation par courants alternativement renversés. — En interposant sur la partie malade une ou plusieurs lames de verre qui peuvent servir alors de graduateur, on peut , comme nous l’avons, vu par nos expériences sur la transmission des courants induits à travers les corps isolants, faire retourner le courant sur lui-même aussitôt après qu’il a pris naissance. Ce mode d’électrisation n’a pas encore été essayé , mais je crois qu’il doit fournir des résultats particuliers et avantageux dans certaines maladies. Pour l’appliquer il suffit de faire tenir au malade le pôle intérieur du circuit et de faire circuler le courant de manière à ce que ce pôle soit négatif; alors le médecin, avec l’autre pôle, excite des étincelles de la part des lames de verre placées sur la partie malade , ou bien il applique simplement sur le verre le rhéophore positif auquel il a attaché une lame métallique, ou une éponge imbibée d’eau, pour rendre l’action plus énergique. Plus les lames de verre, empilées les unes sur les autres, sont en grand nombre, moins l’effet électrique est énergique.
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Électrisai ion par l' extra-courant . — On peut obtenir des contractions musculaires très-énergiques sans être trop douloureuses , en faisant circuler dans le fil fin de l’appareil de Ruhmkorff le courant d’une pile de Daniell de huit petits éléments disposés en tension. La réaction physiologique ne provient alors que de Y extra-courant, c’est-à-dire de la réaction du courant voltaïque sur lui-même; mais, à cause du parfait isolement du fil , elle ne laisse pas que d’avoir une certaine force.
Pour opérer ce genre d’électrisation, on attache à l’un des pôles de l’appareil de Ruhmkorff un des rhéophores de la pile , on jixe à l’autre pôle de l’appareil d’induction un fil terminé par l’excitateur (plaque, éponge, etc.) que l’on a jugé convenable, et l’autre pôle de la pile communique avec un pareil excitateur. On applique ces deux excitateurs sur la partie désignée du corps du malade et, avec défix bouts de fils métalliques isolés qui sont attachés aux excitateurs eux-mêmes, on opère à la main les interruptions nécessaires pour la production du courant induit.
Autres applications de V appareil de Ruhmkorff. — Comme on le comprend aisément, tout système dans lequel une inflammation ou une commotion quelconque doit être produite à distance, soit comme signal, soit comme résultat spéculatif, peut trouver, dans l’appareil de Ruhmkorff, un auxiliaire des plus avantageux.
Ainsi , pour allumer un bec de gaz à distance , pour envoyer des signaux d’alarme à l’armée , ou même pour défendre certaines issues fermées , l’entrée d’une grille par exemple , on peut employer la machine de Ruhmkorff. Dernièrement un officier espagnol l’utilisait pour prévenir les accidents des chemins de fer 1 . Je n’insisterai pas sur ces
1. J’ai fait établir il y a deux ans, clans ce but, un système d’appareils qui fonctionne de la manière la plus satisfaisante, et qui est décrit dans le deuxième volume de mon exposé des applications de l’électricité.
différentes applications, car elles pourraient être si nombreuses que je m'écarterais, en les décrivant, du but que je me suis proposé; d'ailleurs, pour peu qu’on comprenne les instructions que nous avons données, la manière d'appliquer l'appareil se devine aisément. Ainsi, l'on saura que pour empêcher une grille d'être franchie , il suffit de mettre cette grille en rapport avec l’un des pôles de l’appareil de Ruhmkorff tandis que l’autre pôle communiquera avec une plaque métallique placée devant la grille; alors ceux qui viendraient pour forcer cette grille auraient bien vite lâché prise en y touchant; l’on saura encore que pour mettre une porte dans le même cas qu’une grille il suffit de coller sur cette porte une feuille de papier d’étain; que pour allumer un bec de gaz il faut placer au-dessus du bec deux fils de platine en rapport avec les deux pôles de l'appareil ; que pour donner des signaux d’alarme sur les chemins de fer il faut mettre chaque convoi portant des fusées en rapport avec un circuit, etc., etc.
NOTICE
DES EXPÉRIENCES LES PLUS CURIEUSES A REPRODUIRE AVEC LA MACHINE DE RUHMKORFF