DES MACHINES A VAPEUR
L'industrie et l'agriculture ont sans cesse besoin d'instruments qui permettent de mesurer avec une exactitude 9 sinon mathématique , du moins assez voisine de la vérité , les efforts développés par les diverses puissances ou résistances qui sollicitent les machines qu'elles emploient.
Si l'on réfléchit au grand nombre de questions encore indécises que de pareils instruments pourraient servir à résoudre, on s'étonne ajuste titre que les nombreuses tentatives faites pour les obtenir n'aient pas été plus heureuses. En effet , le législateur est encore incertain sur les bases des lois relatives à l'industrie des transports, et, jusqu'à ces derniers temps , les rapports qui existent entre le tirage des voitures, leurs dimensions, leurs chargements et les dégradations qu'elles produisent sur les routes n'ont pas été établis d'une manière suffisamment exacte. L'agriculture, pour fixer son choix sur les
diverses charrues , vantées par les uns et décriées par les autres, ainsi que sur les diverses machines qu'elle emploie^ n'a que des instruments imparfaits, où chacun, selon son intérêt ou ses préventions , peut voir à peu près ce qu'i veut. C'est ce qui explique le désaccord que Ton remarqua dans les opinions des diverses sociétés d'agriculture sur ces utiles machines. La navigation de nos fleuves et de nos canaux manque encore de données certaines pour proportionner convenablement ses bateaux à la puissance motrice dont elle peut disposer et à la résistance qu'ils doivent éprouver de la part de Feau. Aussi voit-on sans cesse des essais de construction rester infructueux, faute d'avoir été fondés sur des bases expérimentales bien établies. Enfin ^ si d'heureuses tentatives ont été faites dans ces dernières années en Angleterre et en France pour établir sur les canaux une navigation rapide au moyen des chevaux , elles ont été accompagnées d'expériences qui , pour avoir été faites avec de mauvais instruments, ont conduit à des conséquences inexactes et de nature à induire l'industrie eu erreur d'une manière grave.
Parmi les nombreuses industries qui , à l'aide de machines ingénieuses , préparent avec économie les produits perfectionnés dont l'usage se répand avec profosion dans toutes les classes de la société , la plus avancée y sans doute , est celle de la filature et du tissage du coton ; et cependant, depuis nombre d'années, elle réclamie en vain un moyen de mesurer d'une manière précise la force nécessaire aux machines variées qu'elle emploie. Il en est de même de la filature de la laine et d'une multitude d'autres industries.
La principale cause qui a fait échouer les diverses tentatives entreprises pour construire de bons dynamo-
mètres , c'est qu'elles ont presque toujours été feites par des artistes , habiles sans doute , mais peu versés dans l'élude de la mécanique appliquée , et surtout qu'elles n'ont pas été inspirées à des observateurs que le besoin de ces instruments aurait rendus plus ingénieux à en combiner les différentes parties , pour atteindre le but proposé. C'est y au contraire , parce que depuis dix ans je me suis consliamment occupé d'expériences sur le frottement , sur le tirage des voitures et des charrues y sur le halage des bateaux y sur les eflbrts transmis à des axes de rotation, etc., quej'ai été graduellement conduit à satisfaire aux conditions qu'exigent ces recherches, et que j'ai amené la construction de ces instruments au degré de perfection et de généralité où ils sont aujour*d'hui.
Le but à atteindre était d'obtenir des indications permanentes des efibrts ou des quantités d'action développées par la puissance motrice , qui fait marcher une machine quelconque , sans que ces indications {Vissent susceptibles d'être altérées ou modifiées par la volonté de l'observateur. La question a été résolue de deux ma-» nières difierentes, selon la nature et la durée des observations que l'on peut se proposer de faire. L'une des solutions est relative au cas où les expériences ne doivent être prolongées que pendant un intervalle de chemin ou de temps assez court de 1000°" ou iSoo"', ou d'une, demi-heure au plus. Alors on se contente d'obtenir sur une feuille de papier une trace écrite de tous les efibrts exercés par la puissance motrice. L'autre se rapporte au cas où l'étendue de l'expérience doit être beaucoup plus considérable et correspondre à plusieurs lieues ou à des journées entières ; on emploie alors un compteur, qui totalise la quantité d'action développée par le moteur
4ans tout cet intervalle, et qui jouit aussi de la pix>priété d'indiquer celle qui correspond à telle fraction que Ton Teut.
Je dois au savant M. Poncelet , mon maître et mon
ami^ l'idée fondamentale de ces deux solutions; savoir: I*. l'emploi d'un style traçant une courbe des efibrts sur une feuille de papier mise en mouvement par un moyen direct , et 2^. l'usage du compteur à roulette y qui totalise la quantité d'action. En le déclarant à divers re-prises dans mes Mémoires sur les nouvelles expériences sur le frottement, dans celui qui a obtenu à l'Académie des sciences le prix de mécanique de la fondation Monthyon, dans celui qui a obtenu une médaille d'or de la Société d'encouragement pour l'Industrie nationale , à l'Académie royale et au Congrès scientifique de Metz, en 1857, je n'ai fait qu'acquitter la dette de l'amitié. La part qui peut me revenir dans le mérite de la disposition et de la construction de ces instruments n'est relative qu'à la forme et à la proportion des lames dynamométriques , aux divers moyens d'obtenir la trace de leurs flexions sur des feuilles de papier douées d'un mouvement circulaire ou de translation , à la construction du compteur et au mode d'obtenir à volonté des indications de ses révolutions, ainsi qu'à l'agencement général des divers dispositifs à employer pour les adapter à tous les appareils soumis à l'expérimentation et dont les formes se prêtaient plus ou moins à cette application.
Entre les mains d'artistes habiles , ces dynamomètres ^ recevront sans doute encore bien des perfectionnements, leur disposition se simplifiera ; mais , après avoir reçu la sanction de dix années d'usage et d'emplois variés, où l'exactitude de leurs indications a été constatée par l'accord des résultats et par des vérifications directes et
nombreuses , ils sont déjà, je pense , parvenus a un point assez satisfaisant pour être livrés avec confiance à l'industrie et offerts aux expérimentateurs pour la solution d'un grand nombre de questions. C'est ce qui m'a déterminé à en donner une description accompagnée d'une notice sur les divers dispositifs de montage à employer selon les cas et selon la manière de s'en servir.