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CKUVBE D AUGUSTE COMTE
Pour les conservateurs sincères, c*est-à-dlre les riches auxqueli il est resté quelque sentiment social, fatigués d'oscillations perpé«| tuelles entre la rétrogradation et Tanarchie, ils finiront sans doute" aussi par accorder leurs symplliies et leur confiance à la seuJe doctrine qui peut et veut, aujourd'hui, concilier à la fois les intérêts dM Tordre et les exigences du progrès. Ils sentiront que la nature rétrograde des principes épuisés qu'ils emploient encore pour guider leur action publique, doit les rendre essentiellement impropres à dirigen la politique réelle dans un milieu social doni Tanarchie est primitivement doe à rim puissance de ces croyances elles-mêmes* u Tous «f reconnaissent aujourd'hui que notre activité pratique doit cessôH « de se consumer en hostilités mutuelles, pour développer paisible- « ment noire commune exploitation de Ja planète humaine. Mais n nous pouvons encore moins persister dans cet état d'enfance intel- « lectuelle et morale où notre conduite ne repose que sur des motifs t< absurdes et dégradants» Sans répéter jamais le dix-huitième siècle, n le dix-neuvième doit toujours le continuer, on réalisant enfin le « noble vœu d'une religion démontrée dirigeant une activité paci- « fique (1), »>
Enfin, les catholiques ne pourront sans doute s'empèctier d'apprécier un jour le positivisme^ quand ils auront reconnu combien cette doctrine lionore et comprend ce qu'il fut autrefois et qu'elle regarde aussi le perfectionnemeot moral, la culture du cœur, comme le soin le plusinqjortantde la vie, comme rintérêt vraiment prépondérant de rétat social. C'est par là que la religion positive doit espérer d'intluer progressivement sur la masse féminine, seule véritablement religieuse^ et sans rassenliment de laquelle la révolution occidentale ne saurait être terminée. Une fois rapprochées du positivisme, les femmes nd tarderont point à rapprécier, car elles ne sont pas rétrogrades par nature, et ne repoussent Tétat révolutionnaire, Fanarchie, que par nécessité, à cause de ses inconvénients moraux, et par suite de leur supériorité affective. Préférant rétat religieux, elles inclineront donc vers la synthèse qui réaîise le mieux Tunité humaine, vers la religion la plus parfaite. Quand elles auront assez compris sa supériorité intellectuelle et morale, elles ne pourront adhérer bien longtemps au dogme imparfait et provisoire « qui proclame les inclinations bienveillantes € comme étrangères à notre nature^ qui méconnaît la dignité du u travail jusqu*à le faire dériver d*yne malédiction divine, et qui « érige la femme en source de tout mal (2) u. Nul doute qu'elles
( I ) Cittécb ii mt pQiil ivUtt, p ihhte, (2) Ihiàcm, page XIV.
pages IX et X.
LA RELIGION DE l'HUMANITÉ 91
n'embrassent alors avec ardeur une foi qui obtient le ralliement humain d'après des motifs plus élevés et des croyances plus fortes, pleinement compatibles avec les aspirations modernes.
« Afin de mieux incorporer les femmes à la révolution occidenu taie, il faut concevoir sa dernière phase comme devant leur offrir « un profond intérêt spécial, directement relatif à leur propre des- « tinée.
« Les quatre grandes classes qui composent le fond de la société « moderne durent subir successivement Tébranlement radical qu'exi- « geait d*abord sa régénération finale. Il commença, dans le dernier « siècle, par l'élément intellectuel, instituant enfin une insurrection « décisive contre Tensemble du régime théologique et militaire, (c L'explosion temporelle qui devait s'ensuivre surgit bientôt d'une u bourgeoisie qui, depuis longtemps, aspirait de plus en plus à rem- « placer la noblesse. Mais la résistance européenne de celle-ci ne put « être surmontée qu'en appelant tes prolétaires français au secours « de leurs nouveaux chefs temporels. Indroduit ainsi dans la grande « lutte politique, le prolétariat occidental éleva d'irrésistibles prétena tiens sur sa juste incorporation à l'ordre moderne, quand la paix « lui permit une suffisante manifestation de ses propres vœux. Touteu fois, cet enchaînement révolutionnaire n'embrasse point encore « l'élément le plus fondamental du vrai régime humain. La révolution « féminine doit maintenant compléter la révolution prolétaire, comme « celle-ci consolida la révolution bourgeoise, émanée d'abord de la « révolution philosophique.
tt C'est seulement alors que l'ébranlement moderne aura vraiment ce préparé toutes les bases essentielles de la régénération finale. Tant « qu'il ne s'étend point jusqu'aux femmes, il ne peut aboutir qu'à u prolonger nos déplorables oscillations entre la rétrogradation et u l'anarchie. Mais ce complément décisif résulte de l'ensemble des <!c phases antérieures plus naturellement qu'aucune d'elles n'émana « de la précédente. Il se lie surtout à la révolution populaire, d'après fL l'évidente solidarité qui subordonne l'incorporation sociale du proie létariat au digne affranchissement de la femme envers tout travail (( extérieur. Sans cette universelle émancipation, complément nécesa saire de l'abolition du servage, la famille prolétaire ne saurait être « vraiment constituée, puisque l'existence féminine y reste habituela lement abandonnée à une horrible alternative entre la misère et la « prostitution.
i( Le meilleur résumé pratique de tout le programme moderne « consistera bientôt dans ce principe incontestable : L'homme doit « nourrir la femme, afin qu'elle puisse remplir convenablement sa
lîÔ ŒUVRE D'aL'GUSTE COMTK
« sainte destination sociale. Ce catliéchisme fera» j'espère, apprécier u Tintime connexilô d'une telle condition avec Fensemble de la grande « rénovation, non seulement morale, mais aussi mentale et même (t matérielle. Sous la sainte réaction de la révolution féminine, la u révolution prolétaire se purgera spontanément des dispositions n subversives rjui la neutralisent jus(|u'ici. Tendant partout à faire u justement prévaloir Tinfluence morale, le sexe atïectif l'éprouve <i spécialement les brutalités collectives : il supporte encore nioins le M joug du nombre que celui de la ricbesse. Mais sa secrète impulsion (( sociale produira bientôt des inodilications aussi précieuses, quoitjue « plus indirectes, envers les deux autres faces de la révolution occî- M dentale. Elle y secondera Tavènement politique du patriciat indusn triel et du sacerdoce positif, en les disposant à se dégager irrévo- « cableaient des classes hétérogènes et éphémères qui dirigèrent t» la transition négative. Ainsi complétée et purifiée, la révolution if occidentale tendra fermement et systémaliiiuement vers sa paisible « terminaison, sous la direction générale des vrais serviteurs de « THumanité (i). n
C'est d'après cet ensemble d'inOuences que, maigre leur faiblesse et leur obscurité actuelles, malgré les antipathies du siècle et malgré son indilTérence» les positivistes peuvent espérer de mener à fin le grand inuvre de la régénération moderne. Ils vaincront par leur doctrine, qui seule aujourd'hui, parmi toutes les croyances humaines, présente la consistance et l'unité; qui seule possède une véritable puissance, une autoi'ité, puisqu'elle démontre ce qu'elle enseigne, et que sa tradition vénéi-able remonte sans interruption des derniers résultats du génie positif et de la sociabilité humaine au premier essor de leurs manifestations initiales; ils vaincront par le dévouement, qui sait lever tous les obstacles! Animés par lamour de l'Humanité, armés par la puissance de leur foi, trempés aux sources fortifiantes du courage et de la fermeté civiques, ils feront prévaloir la vraie religion sur rirréligion contemporaine, pour le salut du présent et le lionheur de la postérité.
H y a trente ans que la première édition de ce livre a paru. Depuis, que d'événements, que de signes des temps!.*. D*une manière générale, on peut dire que le mouvement de décomposition sociale et morale s'est démesurément accéléré dans tout rOccidenl et qu'il a gagné bien au-delà; le progrès et le développement industriels seuls ont marché.
Xt) CnUchimt poiltk-isU, préUce, pages XXXVI à XXXIX.
LA RELllJlON DE LHLMAMTÉ
L'anciemie foi s'énervant et perdant de jour en jour, et, avec elle, la discipline morale qu'elle imposait, il n*y a guère plus d'autorité reconnue, incontestée, pour les individus que pour les peuples* Cet état de dissolution se manifeste par laugmentation des st-'andales de toute sorte et dans toutes les classes, des délits et des crimes d'ordre privé ou public, par renvahissenient redoutable des maladies cérébrales et des dégénérescences organiques. Dans la vie collective, les guerres intestines ou internationales se renouvellent sans cesse et prennent de plus en plus un caractère de brigandage farouche.
Chez nousj un grand changement s'est produit : la République s'est relevée, qui, si elle a favorisé par son régime de liberté ie mouvement de réorganisation sociale, a aussi activé celui de décomposition des préjugés et des habitudes propres à Tancienne société, mais sans pousser suffisamment à Tavènemeat de la doctrine régénératrice et au travail correspondant de reconslruction des idées communes, des mœurs et des institutions nouvelles.
C/est dans cet état troublé et difficile que nous sommes aujourd'hui.
Les conservateurs sentent le péril, mais ils repoussent le remède; ils ne voyent pas que le progrès est aussi légitime, aussi inévitable et aussi indispensable que Tordre, et que Tharmonie sociale ne peut résulter que de leur accord. Les partisans du progrès, de leur côté, s'obstinent à garder, pour reconstruire, les idées négatives et la méthode critique qui ont servi à délruire Tancien régime. Non seulement ils méconnaissent les nécessités de Tordre, mais ils poursuivent avec ardeur, comme le terme le pïus élevé du perfectionnement humain, la destruction des inslitutions-méres sur lesquelles repose toute société : la propriété, la famille, le gouvernement, la religion. Ils ne voyent que Texaltation de Tindividu au-dessus de la collectivité.
Et pendant cette lutte sans issue, si ce n'est par Tacceptation d'idées communes nouvelles et de sentiments plus convergents, le capital moral que les dilTérents nationalités qui composent la République occidentale (France, Italie, Espagne, Angleterre et Allemagne) ont reçu de la civilisation catholique et féodale et de l'antiquité, dans lequel elles prenaient pour maintenir la continuité et la solidarité nécessaires à leur durée pendant Tinterrégne révolutionnaire, va s*épuisant chaque jour, sans que Ton voye ni au nord, ni au sud, ni à Test, ni à Touest, un mouvement prononcé, décisif, vers la réforme des opinions et des mœurs ou la refonte des institutions.
Comme Ta dit de notre siècle, il y a longtemps déjà, Alfred de Vigny : « le monde a la démarche d'un sot, il s'avance en se balan-
ŒLVRE Û AUGUSTE COMTE
çant mollement entre deux absurdités : le droit divin et la souveraineté du peuple. »
Cependant le temps presse, car rorganisrne social, pour subsister, pour se maintenir et se développer, a autant besoin didées concordantes et de sentiments convergents^ que d'alimenls, d'air ou de soleil.
Or, à voir se prolonger cette îulte aveugle entre les deux intérêts les plus généraux et les plus fondamentaux de ia société, Tordre et le progrès, à contempler l'antagonisme des peuples et des classes, les sourdes colères des déshérités, la froide haine des privilégiés et rentêtement inflexible de tous, sans parler des convoitises sauvages internationales, qui maintiennent dt^s armements sacrilèges et ruineux; à compter, dis-je, les attentats de la corruption, le dévergondage du crime, les retours cyniques à ta bestialité; enfin, à entendre les craquements répétés du vieil édifice et le murmure profond, les remous plaintifs ou stridents des foules tourmentées : on compreod que la machine du monde est détraquée, et, au travers des fissures de ses étais pantelants on semble apercevoir les profondeurs du gouffre où elle pourrait sombrer
L'impossibilité, pour le corps social comme pour l'organisme individuel, de vivre toujours dans un état de crise, sous un régime troublé, rend donc de plus en plus instants et nécessaires la divulgation, ravénement de Tentreprise régénératrice qui a commencé au dix'huitième siècle, avec les Encyclopédistes, et qui, sous TetTort puissant de Comte, s'est constituée de notre temps.
C'est poui^uoi nous avons considéré comme un devoir, en termU oant cette exposition de la synthèse [positive ou du ralliement humain par la science, la seule autorité qui reste aujourd'hui, d'adresser un appel convaincu à tous les esprits réfléchis et soucieux du biec public, pour les convier à ce grand labeur. Sursum corda :
L'Humaïiité ne peut i>f'M ir.
En vaJii fou eroit qirLvllf chiincf IJe,
Erreur I elle se renoiivcUe
Pour un glorieux avenir.