‹ Notice sur l'œuvre et la vie d'Auguste Comte (volume 2)Chapitre 17 sur 103 · VI. — Le Mariage. — La Folie · texte numérisé non relu

VI. — Le Mariage. — La Folie

Mais avant de raconter les travaux auxquels nous devons la fondation de la philosophie positive, il faut descendre encore plus avant dans l'intimité d'une vie depuis longtemps remplie d'amertume et de difficultés.

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C'eâi une des plus trisles iataliléd de notre temps que cette émancipation d*esprit qui laisse tant de jeunes âmes sans frein et sans direction. Les inconvénients de cette anarchie morale ne sont pas aussi saillants chez les natures vulgaires, souvent retenues par Tintérèt lui-môme, ou par une médiocre activité des passions : mais les âmes ardentes en éprouvent, au contraire, les plus funestes effets. Or, plus que tout autre, Auguste Goinle devait subir ce redoutable affranchissement, dont sa mission rénovatrice kii faisait une inévitable nécessité. Pour mieux sentir Furgence de la reconstruction, il devait éprouver tous les dangers de la négation ; et celle obligation fut pour lui bien pesante î Si, pour oser reconslruirep il fallait, pour un temps, rompre tout lien dans le présent conmic dans le passé, cette révolte systématique contre les prescriptions de la sagesse vulgaire et de la tradition n'était pas sans danger ; car le mépris des préjugés f c'est-à-dire des règles morales spontanément établies et empiriquement acceptées, qui sont si souvent respectables, attire parfois sur ceux qui s'en rendent coupables, les plus regrettables calamilés,

A rage de vingt-sept ans, au plus fort de son élan rénovateur, mais avant qu*il eût pu reconstituer la morale sur des bases positives, le jeune et malheureux philosophe vint donc se briser coatre un des plus dangereux écueils de la vie : en dépit de la famille, qui réclame la déférence et la subordination liliaîes, en dépit de la société qui recommande la convenance des unions, rhonnôleté des liens conjugaux, il contracta le triste mariage qui remplit de tourments et de regrets tout le reste de son existence. C'était le 29 février 1825, sans autre consécration que renregistrement municipal, sans autre assistance que celle des témoins ofilciels : il épousait, malgré son père et malgré sa mère, la femme, elle-même sans famille, sanstlomicile et sans état avouables, qu'un entraînement fatal le poussait à s'associer..... Trop de contiance dans la puissance du cœur, et tropj de rigueur envers des préjugés vénérables, le portèrent à cet égare-* ment funeste, qui lui la seule faute vraiment grave de toute sa vie, et dont les terribles consétiuences le poursuivirent jusqu'au delà du tombeau (l).

11 faut voir aussi, selon nous, dans celte union déploiable, outre le paroxysme de Tétat révolutionnaire dans une oalore absolue et tout d'une pièce, outre le défi aux idées reçues, la détestable influence» mais bien réelle cette fois, du dévergondage intellectuel et moral de Saint-Simon : l'homme vi-aiment libre et original et la femme libre,

(i) *Jif lue i^ciitltntaU, 12* anriét, ii'*» î, 4 et 5, TrécU tie h vit et dti écnh iVÀugntU Comte^ pif J. Lgnclumpt; cl pitcc* jusdfiCiiiivcs, n" 15.

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