XI, — PÉRIODE SACERDOTALE
Jusqu'ici^ nous n'avons considéré ce grand homme que comme philosophe et comme fondateur de la synthèse moderne : mais après rachèvement du Traité de sociologie instituant la religion démontrée, nous le voyons grandir et s'élever tellement, sous Tascendant moral et la réaction personnelle du nouveau culte, que nous ne pouvons Tenvisâger désormais que comme organe sacerdotal, comme agent du pouvoir spirituel régénéré, en un mot comme prêtre de l'Huma^ nité. Nous allons donc, à ce nouveau point de vue, rappeler comment le fondateur du positivisme sut accomplir les fonctions essentielles de tout véritable sacerdoce : renseignement, le conseil, la. consécration et le jugement,
liais avant de retracer celte phase suprême d*une existence constamment vouée au triomphe du bien et du vrai, nous devons parler d'une institution qui plaça le nouveau Grand*Prôtre dans une situation normale, et assura la liberté de son essor religieux.
Lorsqu'en 1848 l'auteur do Système de Pliilosophie positive dut renoncer définitivement à Tespérance de recouvrer son principal office à rÉcole polytechnique, il se trouvait pour ainsi dire sans ressources; car il avait presque entièrement abandonné l'enseigneiuent privé des mathématiques pour remplir ses fonctions d'examinateur, et la rétribution qu'il recevait comme répétiteur d'analyse était loin de pouvoir répondre aux charges et aux nécessités de sa situation domestique. Cette position était donc anxieuse et difficile, surtout si Ton songe aux loisirs dont avait besoin le futur auteur de la Po/ïti//wi? 2?osilit*£?. En réponse u lappel adressé par Auguste Comte, en juillet
YfB D'AUOTfSTE COMTE
de celte m(^me année, au public occidental (1), M. Lillré prit alors, avec les principaux positivistes qui se trouvaient à Paris, Tinitiative d'une souscription destinée à réparer Tiniquilé dont ce savant était victime et à lui assurer rexistence matérielle que Ton avait voulu détruire. Nous reproduisons, à la fm de ce volume, la circulaire rédigée à cette occasion et adressée à toute personne que Ton présumait devoir s'intéresser à l'injusle détresse du philosophe et de rhomme de bien (2).
Quoique instituée et acceptée à titre de réparation sociaîej celle souscription garda pendant plusieurs années, sous la direction de M. Littré, le caractère personnel que les circonstances lui avaient assigné* Mais à mesure que le positivisme grandissait et que son fondateur s'élevait au rôle qui de%'att finalement lui appartenir, la nécessité se faisait sentir de donner un caractère plus large et une destination plus étendue à une institution primitivement surgie d'une nécessité individuelle (3).
Dès ses premières circulaires, Auguste Comte avait donné à celte mesure privée un véritable caractère social, et laissé entrevoir la convenance de sa transformation ultérieure; mais un fait aussi significatif qu'inespéré vint bientôt le confirmer dans cette tendance spontanée. Au lieu d'élre alimenté par des souscriptions provenant du milieu où pouvait être appréciée la spoliation, le subside positiviste ne fut réellement composé, môme à son origine, que des cotisations émanées de ceux qui avaient embrassé les conséquences sociales ou religieuses du positivisme. Des hommes étrangers au monde scientifique proprement dit avaient seuls reconnu robligation morale d*empôcher cette oppression ; Auguste Comte se trouvait assuré qu'on soutenait en lui le rénovateur, et qu'on voulait la continuation de son œuvre,
Lorsqu'eut lieu, en novembre 1851, sa dernière exclusion polytechnique, c'est-à-dire lorsqu'il fut dépouillé de la dernière place qu'il occupait à l'Kcoîe, le patronage qu'on n'avait d^abord institué que temporairement envers lui dut devenir définitif, et cette nécessité prépara directement la transformation de l'institution initiale. C'esl ainsi que le subside positiviste, primitivement destiné à subvenir d'abord temporairement puis bientôt après d'une manière per-
(i) Voir aux Tièeei jusUjicaIttfs, n" 22,
(3) thiÂtm^ n" 2^,
f)) V. n<» ^2, ÎA collection des Circulaires aonuelles Adress«cs par Auguste Comte à cluque coofTÂraicur du Suhûde potUivhtf , — Cette lecture est imtîspejtMbte pour bien apprécier le dévcloppctnent religieux du positivisme.
manente à Tentretien personnel d'Auguste Comte, reçut enfin pour but, en 1854, d'assurer la forniation du nouveau sacerdoce.
Auparavant (septembre 1852), une importante simplification avait été introduite dans l'administration de ce noble proleetorat : la centralisation des souscriptions qui avait jusqtralors appartenu à M. Littré, passa, dès cette époque, sous la direction d'Auguste Comte, qui put ainsi se mettre en rapport immédiat avec chaque coopérateur, ou tout au moins avec chaque centre de coopération.
Ce changement fut brusquement amené par Tattitude que prit cet académicien vis-à-vis du philosophe, lors du coup d'État de Décembre 1851.
- Le président de la Société positiviste crut voir dans cet événement une modification politique heureuse, en ce sens qu'elle mettait fin à Tanarchie parlemenlaire dont le pays était si las ; mais sans pour cela menacer, croyait-i!, Texistence de la République. Pour iui, ce changement élait un pas décisif et conhrmatit vers finstitution de la dictature républicaine qu*il venait précisément de recommander dans le Fiappori sur le goit versement révoliftiontiaire. Il approuva donc la mesure et motiva cette opinion devant la Société positiviste, exceptionnellement convoquée, et dont la plupart des membres désapprouvaient et condamnaient absohmienl rattenlat bonapartiste. D'où une discussion violente et un dissentiment profond, par suite desquels M. Littré donna sa démission, avec quelques-uns de ceux qui pensaient comme lui.
Mais ce n'était ià qu'un prétexte.
Depuis quelque temps déjà, et à mesure que la République perdait du terrain, M. Littré s'éloignait visiblement du positivisme et de son fondateur. îl n'attendait qu'une occasion pour brûler ce quil venait d'adorer! et, au tond, le coup d'Étal ne tut pour Uii qu'un à-propos impatiemment attendu pour opérer sa retraite. Avec les proférés croissants de la réa^lton et son triompbe probable, il ne se sentait plus rassuré dans un groupe politique où îl s'était mis en évidence et où il avait signé un rapport sur le gouvernement révolutionnaire,
— M nous disait, peutïant les jours d'émeute : << Il ne s'agit de rien moins, pour M, Comte et pour moi, que d'aller coucher ce soir a Vincennes! » — H envoya donc sa démission le lendemain même de la victoire de Louis-Napoléon, le lendemain aussi de celte réunion de la Société positivisle où il avait contredit et atùiqué le président avec une violence et même une grossièreté qui étaient loin de lui être familières : — u Vous avez la berlue, vous dormez tout éveillé! « — lui criait-il, pendant que celui-ci s'efïorrait d'exposer ses idées au milieu de reffervescence générale.
VIE D AUGCSTE COMTE W3&
Parmi ceux qui se retirèrent avec M. Littré et pour différents motifs, figuraient : MM, Charles Robin, professeur agrégé à la Facullé de médecine, homme prudent et plus lard sénateur de Fempire; Peyronnet, employé des Finances, parent de M, Littré; Leblais, publiciste, collaborateur au tameiix Dictionnaire; Belpeaume, ouvrier bottier, représentant de M"**^ Comte, etc. Parmi ceux qui demeurèrent étaient, entre autres : UM. Fabien Magnin, ouvrier menuisier; Eugène Simon, ouvrier modeleur, ancien compagnon d*armes de Barbes ; Joseph Mignin, Fili, Maire, ouvriers mécaniciens; Lablanche, tabletier; Piéton, horloger; Pierre Laffitte, Charles Yundzill, protasseurs de mathématiques; D' Segond, sous-bibliothécaire à la Faculté de médecine; Joseph Lonchampt, banquier; Mieulel de Lombrail, employé des Finances, ancien élève de TEcole polytechnique; Bazalgette. Robinet, Foie y, Lefebvre, étudiants en médecinej etc.
D'ailleurs, il faut bien le dire, avec son tempéranieot de libéral (il Ta assez montré sous la troisième République), avec ses préjugés académiques et ses habitudes littéraires, M. Littré, une fois son emballement de 1848 calmé, ne pouvait guèi^e rester dans un milieu intellectuel et social où Ton prétendait marcher droit à la suppression du parlementarisme et des Académies, à la séparation de l'Église et de rÉtat et à Tincorporation etïective du prolétariat à la société. Enfm, disons que des influences personnelles plus intimes et moins avouables le détachaient aussi chaque jour davantage du fondateur de la religion de THumanité, jusqu'à ce qu'elles aient tait de lui un implacable et détestable ennemi (1).
Quoiqu'il en soit, c'est à partir de ce moment que le subside, resté Jusqu'alors insuffisant, prit une consistance qui lui permit enfin de répondre au but primitif de son institution. Ce résultat, que peut déjà motiver rexlension du public positiviste, malgré Tépuration de la Société et la retraite spontanée de ses éléments incompatibles, se trouve surtout expliqué par la consolidation des convictions, depuis rentière publication du Sf/s^tthne de Politiqïte positive. 11 indique nellement que cette institution avait atteint sa véritable destination en prenant un caractère |>ubiic et religieux, au lieu de rester simplement personnelle et philosophique. Enfin sa persistance, et même son accroissement, depuis la murt d'Auguste Comte, sont une irrévocable preuve de l'opportunité de cette transformation.
Désormais abrité contre la misère pai* le libre protectorat de ses
(î) Voir U note iç à lii lin Je et volume. Au reste, M. Uttré a pris soin lui-même, dans ses écrits ultérieurs, noi.immeiit dans la préfACe de b a' édition ât Comenation, Réititulmt <t Positivisme, de décrire tous les degrés de sa défection, de renier et de flageller S4 première Cl coniplcte adhésion à ht philosophie, à la politique et ^ h religion p05>itivisic5.
VtE D AUGUSTE COMTE
vrais adhérents, compJèlemeol affranchi de l'influence de ses penséculeurs, et placé dans la situation indépendante et désintéressée qui convient au prêtre, le fondateur du positivisme put développer librement son action et poursuivre sans entraves raccomplissèment de sa mission.
Son enseignement, pendant cette phase sacerdotale, comprend le^ Cours philosophique sur Vhistoire générale de rHumayiUé et la publication du Catéchisme positiviste.
Pour des raisons facilement appréciables, d'après ce que nous avons dit précédemment sur les personnes et sur les choses politiques de ce teiTips, le gouvernement de 1848 avait cm devoir sacrifier aux rancunes de certaines coteries renseignement qu'Auguste Ck)mte donnait gratoitemeot, depuis dix-sept années, à la mairie du ur arrondissement de Paris. Tandis que de tous côtés on détournait de leur destination habituelle des établissements publics pour les ouvrir à Texposition et à la discussion des théories révolutionnaires, le local consacré par des services aussi anciens et aussi profitables, était retiré à Fauteur du Cours d' astronomie populaire. Et ce n*est qu'en 1849, sous la Présidence, et par Tinfluence de MM. Viellardy adhérent et ami d'Auguste Comte, et M.deBineau (alors ministredes Travaux publics), qu'une salle fut accordée de nouveau à Fauteur du Discours sur Ve^isemble du positivisme, pour y reprendre renseignement sociologique qu'il avait associé, à titre de préambule, à son cours d'astronomie.
Bien que progressivement développé, et sans cesse perfectionné, pendant les trois années consécutives de sa durée, le cours sur rhistoîre générale de THumanité se montra, dés Forigine, aussi supérieur par la nature de son objet et la haute portée de sa destination, que par la richesse du fonds, la dignité de la forme et l'énergique loyauté de Fexposition. La Ibule, alors entraînée vers d'autres soins et toujours empêchée par les mêmes obstacles, ne vint point consacrer par son concours enthousiaste cette dogmatisation sans égale; mais il n'en reste pas moins vrai qu'aucune chaire, aucune tribune ne retentit jamais de levons plus élevées, de vérités plus essentielles, d'un enseignement aussi profond (1).
Après une séance d'ouverture concernant la nature philosophique et la destination sociale du positivisme, le fondateur de la religion démontrée développait la théorie complète de Févolutîon humaine, exposant successivement les lois intellectuelles et sociales de cette
(t) Voir *ttît Pwes jHUijicaiives, a"* 27 18 et 29, rannonce et le programme 4c ces mêntdrables prédications.
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immense progression, d'après leur origine cérébrale et leur manifestation domestique, c'est-à-dire d'après la constitution fondamentale de la nature humaine et l'organisation spontanée de la famille.
A cet imposant début succédait l'exposition historique du développement social, depuis son origine fétichique jusqu'à la transition actuelle. L'antiquité, le moyen-âge et la préparation moderne, profondément analysés au triple point de vue intellectuel, moral et social, y apparaissaient dans leur enchaînement indissoluble, comme les degrés progressifs par lesquels l'Humanité s'est élevée de la barbarie primitive à la sociabilité finale. Et la religion, guide tutélaire de cette immense évolution, se montrait présidant à chacune des grandes phases de notre civilisation : spontanée sous le fétichisme, inspirée chez nos ancêtres polythéistes et révélée dans le monothéisme, on la voyait s'affermir et s'épurer à sa transformation dernière pour devenir enfm démontrée sous le positivisme. C'est ainsi que cette progression séculaire était finalement conçue comme offrant deux seuls grands régimes systématiques et durables : la théocratie initiale et la sociocratie finale, séparées par une immense révolution, conduisant de l'une à l'autre par les phases successives de l'élaboration grecque, de l'incorporation romaine, de l'initiation catholico-féodale et de la préparation moderne.
En même temps qu'il fournissait une si haute vérification de la théorie d'évolution précédemment exposée, co grand tableau sociologique embrassant à la fois le temps et l'espace, tous les âges et presque tous les lieux, constituait irrévocablement la vraie philosophie de l'histoire. Œuvre incomparable, puisque nul, avant Auguste Comte, ne put l'exécuter ni presque la concevoir !
Enfin, comme conclusion générale, surgissait la conception normale de l'avenir réglé par la religion de l'Humanité. Puis un mémorable discours de clôture résumait l'ensemble de la nouvelle doctrine, de manière à présenter dans une seule parole la leçon des siècles écoulés, la loi des âges futurs et le devoir des contemporains. C'est à ce moment solennel que le premier Grand-Prêtre de l'Humanité, interprète autorisé de l'élite des morts envers les générations suivantes, osa proclamer, dans ces termes énergiques, l'avènement de la foi et de l'action régénératrices : a Au nom du passé et de l'avenir, « les serviteurs théoriques et les serviteurs pratiques de l'HUMANITÉ « viennent prendre dignement la direction générale des affaires « terrestres, pour construire enfin la vraie providence, morale, a intellectuelle et matérielle ; en excluant irrévocablement de la « suprématie politique tous les divers esclaves de Dieu, catholiques,
vu: D AUGUSTE COMTE
« protestants, ou déistes, comme étant à la fois arriérés et perlur- M bateurs (1) )j.
On sent cooibicn il est difUcile de rendre compte d'un ensei^'nement aussi élevé, et de donner une idée convenable de celte exposition où le plus inébranlable civisme relevait bautement une science profoûde, une raison invincible, une ardente sociabilité. La force nous manque pour rappeler le génie de ces liantes lerons : nous avons été subjugués par leur puissance, sans en pouvoir rendre toute la grandeur. Leur souvenir lia pu s'effacer avec l*àge, et il nous remue profondément encore le cœur, à quarante années de distance, en nous rappelant celte iiarole vénérable, quelquefois sévère et même terrible, toujours grave et magnanime. Oui, dans ces lieures exceptionnelles, où s'annonçaient de si grandes destinées, nous avons senti le soufûe de rilunianité, nous avons entrevu sa réalité, sa gr'andeur, nous i 'avons reconnue» et le saint entbousiasme de la foi démontrée s'est pour toujours allumé dans nos cœurs I
Telles furent les prédications du Palais-Cardinal.
Un livre admirable, que le scepticisme révolutionnaire a méconnu, le Caihéchisme positiviste^ a résumé cet enseignement auguste; mais si précieuse que puisse être une telle condensation de la foi nouvelle pour en répandre les ventés principales, nous de%^ons déplorer à jamais qu'une prédication si propre à la communication des grandes pensées et des plus hautes émotions ait été rinalement entravée. Malgré le protectorat d'un disciple puissant et dévoué, M. Vieillard, h fondateur du positivisme ne garda point la liberté de sa parole, et tous les trésors de sa profonde science, de son perfectionnement progressif, furent désormais perdus pour l'enseignement oral. Malgré des instances vainement répétées, Auguste Comte no désespéra pas cependant de recouvrer cette liberté d'exposition si indispensable à son otïice sacerdotal, et toute sa vie il ne cessa d'aspirer à une cliaire enfin digne des vérités qu'il apportait. Il tit le plan de leur exposition systématique, et nous nous empressons de rapporter ici ce document (2). Il espérait alors reprendre au Palais-Gard inal le cours interrompu de ses prédications plnlosophiques; mais le F*anthéon, consacré par la Révolution au culte des grands bommes, aurait-il donc été détourné de cette civique destination, s'il fût devenu le premier tejnple ouvert à la religion de rHumanilé?
Le conseil, qui, dans tout vérilable régime, forme une altribulion
(i) Cette proclamation décisive ouvre* U Catéchisme positii'iste, iiitroduction, page i. et se trouve reproduite dans la Politique positiit, tome IV, pages 553 et 55}. (2) Voir AUX Pièces juitificutiti^Sf n" 2^.
essentielle de l'office sacerdotal, a surtout pour but d'obtenir que la vie réelle soit toujours jiislîtuée d'après les prtiieipes transniis et reçus pendant l'éducation. Ainsi, rinfluence du pouvoir spirituel sur les jeunes générations cju'il a préparées par rinitiation systématique, ne s'arrête pas à i-elte première période, mais s*étend à toute Texistence, afin qu'd puisse rappeler sans cesse au but général de rassoetation bumaine, ceux que les suggestions do la vie pralique parviendraient à en écarter. Oftîce tutélaire qui tend à maintenir, par Fascendant jaoral, en évitant des divergences tunestes, la généralité de vues et la communauté de sentiments dont dépend l'harmonie sociale.
C'est cette haute attribution spirituelle, épreuve décisive et suprême aplilude de la capacité sacerdotale, que le premier prêtre de la religion uinverseîle sut exercer avec tant de grandeur. Soo ardente sociabilité tourna sans cesse les lumières de son intelligence et les efforts de son car-actére vers la direction de la conduite privée et iiubiîque, alîn d engager ses contemporains dans les voies d'un véritable progrès et de les avancer vers le but réel de révolution qui s'achève. Sollicitude infatigable et dévouée, pleine de délicatesse et de désintéressement, qui put s'appliquer à tout, sans cependant atteindre aucune liberté respectablei ni bJesscr aucune susceptibilité légitime,
Pour mieux apprécier cet office, nous Fenvisagerons sous un doubla aspect, c'est-à-dire dans son exercice social et dans ses rapports avec les personnes.
Dans la première direction, Auguste Comte fit de généreux eObrts pour arracher la politique actuelle à renipirisnie qui la domine, pour l'engager dans la voie normale et définitive. S'adressant à la fois à tous les éléments politiques de notre société, tantôt aux conservateurs, tantôt aux révolutionnaires, tantôt aux gouvernants et tantôt aux gouvernés, toujours il s'efforça de leur faire instituer le présent en vue de l'avenir, diaprés les principes et par tes moyens que reconnnande la connaissance des lois propres à l'ordre et au progrés de l'Humanité. Mais sa sollicitude ne tut pas réduite à susciter Finstallation du régime final dans TOccident européen, elle tenta de préparer aussi Tex tension de cette politique régénérée au reste du système humain, en agissant sur les chefs respectifs des peuples qui doivent servir d'intermédiaires à cette noble transmission. Ainsi, tandis fjue la lettre à M. Vieillard indiquait la conduite des vrais conservateurs (1), celles qu'il écrivit â MM. Barbés et Blanqui, dans leur prison, fixaient la marche des aspirations progressistes; des con-
(i) Voir b Liitrt à Af. Viôîiardt i^êiiAtcur de U République tr^îi U Politiqui pouthe, piges xjtv et suivantes de lapperidicc de ]« préfa
é publique fmnçaisc, dans te tome U de
seils împorlants, adressés aux peuples et aux gouvernements (1), faisaient lumineusement ressortir les vérîtaliles conditions de ia conciliation fondamentale entre Tordre et le progrés; un éminent opuscule, dont le but général était de faire pénétrer la religion démontrée chez les conservateurs dignes de ce nom, se trouvait spécialement destiné à fournir des principes de conduite au parti qui doit diriger la politique occidentale jusqu'à Tinstallation de la transition systématique, et reprendre la gestion des intérêts tempe rels après ravènement détlnilif du régime scientifique-industriel Ç2). Le manifeste au tzar (3), la lettre à Ileschid-Paclia (4j venaient poser les bases théoriques sur lesquelles deux grands empires doivent ftmder leur régénération intérieure et partager leurs relations extérieures entre FOccident et rOriejit, Enfin, une démarche de la plus haute importance était accomplie par un jeune aspirant au sacerdoce positiviste^ M. Sabatier, d'après la délégation formelle du fondateur de la religion universelle. Le prêtre du nouveau cultn mandait au chef de Fun des ordres religieux qui ont le plus contribué à la persistance de Tancien (îo Père Bex, général des Jésuites), qu'il voulût, de Rome, s'associer à lui pour obtenir VaboUlion du budget eccléaiasiique et concourir ainsi à favoriser le libre avènement de la nouvelle spiritualité, et à placer l*ancîenne dans des conditions d^indépendanco et de moralité nécessaires à sa transformation positive ou à sa digne extinction.
Cette haute mitiative» dont on ne saurait trop apprécier le caractère, el qui devra longtemps fixer la méditation imbtique, fournit un ensemble imposant de principes et de moyens destinés à éclairer, à ralTermir la marche chancelante des sociétés modernes dans leur aspiration vers un état régulier. En même temps, elle assure une gloire durable à celui rpii, au milieu de l'anarchie actuelle, sut ressaisir et porter le sceptre spirituel avec lant de vigueur et de majesté. Force de vérité, grandeur fuorale, fermeté civique, tout se retrouve dans ces nobles exliorlations, et tout y conspire pour lémoigner de la sagesse et du dévouement qui les ont inspirées. Sans doute, une telle action ne fut point accueillie et ne put réformer le présent; mais,
(î) Voir les prc faces des tomes II, JU et IV de la TolUitiue positive^ et les Cùnseih urgpttt adressés par le rond.tteur de b rcHgiun de riluniiioitè à tous les vrais Ré'pub1ic;)iiis fraa<*i>^ • P. /., u» jo, î^ A el B; et, § C et 1), les lcurt;s k Barbes el à HliiK]ui.
(3) Appel ù ut Comfrvateurs^ p.ir Auguste Comte, aiittur du Syilèmc de Pbiloiùphit p^niivi et du SMtème de politique pQfttive» — Paris, août iS)$.
{5) Lttire à Set Maje\U' It t;at 'Nkûhs, tt>mc Ul de b PotHnjtif. podtnx^ pages xXiJt et suiviUiles de r^ppendicc de b préface.
(4) Ulht à S. B, l^ichid-TacÎM, ancien grand-vi/ir de Tlimpire ottoman, tome Ul de U Totitiqui poiitive^ p^cs xlvu cl suiv;mtes de rappêiidice de b préface*
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sans compter les actes mémorables qu'elle a suscités, renseignement qu'elle a laissé n'est pas perdu : il éclaire, au contraire, les voies de l'avenir, pour des générations plus élevées et plus fortes. Une telle conduite a posé les fondements de l'ordre futur, et fournit partout le type normal que des successeurs empressés devront s'efforcer d'approcher ou d'atteindre.
Quant à ces actes graves et si dignes d'être rappelés, sur lesquels nous ne pouvions nous ouvrir au moment où a paru la première édition de cette notice, au commencement du second empire, ils consistent dans les tentatives loyales, hardies, que fit Auguste Comte auprès de M. Vieillard, en rectification de sa première appréciation du Coup d'Etat (1).
Il ne fut pas longtemps, on le pense bien, à s'apercevoir que Louis-Napoléon n'était pas le directeur sociocratique qu'il avait espéré, et, dès qu'il l'eût jugé, il n'arrêta pas de le combattre. C'est par M. Vieillard qu'il s'efforça d'agir sur et contre lui, au mieux de l'intérêt général ou républicain.
Une phrase de la lettre décisive qu'il écrivit au premier le 28 février 1851 et qui montre comment il entendait l'événement de Décembre, fera mieux comprendre sa disposition d'esprit :
« Notre dernière crise a fait, ce me semble, passer la République française de la phase parlementaire, qui ne pouvait convenir qu'à une révolution négative, à la phase dictatoriale, seule adaptée à la révolution positive d'où résultera la terminaison graduelle de la maladie occidentale, d'après une conciliation décisive entre l'ordre et le progrès. Si même un trop vicieux exercice de la dictature qui vient de surgir, forçait à changer, avant le temps prévu, son jjrincipal organe (Louis-Napoléon Bonaparte — R), celte fâcheuse nécessité ne rétablirait pas réellelement la domination d'une assemblée quelconque, sauf peut-être pendant le court intervalle qu'exigerait l'avènement exceptionnel d'un nouveau dictateur. » (2)
C'est bien d'après de telles vues qu'au fur et à mesure que le prétendant parut incliner à l'empire, le président de la Société positiviste devint un de ses adversaires les plus inflexibles; et qu'après avoir déterminé M. Vieillard, qui avait conservé sur son ancien élève une certaine influence, à le détourner de son projet par tous les conseils, avertissements et adjurations appropriés, il le somma, au nom de ses croyances positivistes, lors du vote du Sénat pour le
(i) Nous rappelons que M. Vieillard était un adhérent de la philosophie positive et qu'il avait été le précepteur du Prince-Président.
(2) Système de politique positive^ t. III, préface, p. XXV.
VIE DAirtaJSTR COMTE
rétablissement du trône impérial, de développer publiquement dans cette assemblée les motifs de son opposition à une imreïlle mesure, et même d'exiger la mise en accusation de Tusurpateur; déclarant bautement et noo sans péril à Thonorable sénateur et à la Soniélé positiviste que, par cette \ioîalion du pacte pob tique, il mériterait le sort de Cbarles I<^^ Vieillard, pour des raisons de tout ordre, publiques et personïielles, ne se contbrioa pas à rinjonclioïi, mais il y eut une seule voix d*opposîtion dans le vote du sénatus-consulte rétablissanl l'empire : ce fui la sienne.
Cependant ces bautes préoccupations publiques ne détournaient pas le nouveau Grand-Prétre dos soins particuliers de la direction spirituellei et il fil de constants elTorts pour avancer la régénération de ceux qui Fentou raient.
Après le début politique dont nous avons pariée la Société positiviste, limitée par les conditions dcfavoraliles du temps, c'est-à*dire par le despotisme ombrageux de Fempire, dut de plus en plus restreindre son action extérieure et se borner à augmenter, au dedans, sa cobésion et son unité. C'est ainsi qu'après rélimination spontanée des éléments incompatibles qui s*y étaient agrégés dans Torigine, laquelle eut lieu, comme nousTavonsdit, en décembre 1851, elle tendit à former une véritalile famille, où se développèrent les premières intimités nécessaires à toute action collective* Alors s'établit un heureux concours alTectif résultant de l'attitude paternelle de celui qui dirigeait ses réunions, ainsi que de la fraternité réelle et de la vénération croissante de tous ceux qui y assistaient, entre eux et envers leur illustre président, Auguste Comte s*efTorcait, dans ces soirées hebdomadaires, de maintenir une convergence d'idées et de sentiments si diflicile à rencontrer de nos Jours, d'élever les cœurs, d'éclairer les esprits, de (irévonir les entraînements irrénécliis, les suggestions perturbai ri ces, les espérances et les défaillances injustifiables; de réformer les vieilles babitudes, les anciens errements; de préparer, enfin, des hommes tels qu'en réclamait raccom plissement des destinées modernes.
C'est aussi pour concourir ii ce grand résultat et prépaiMïr intellectuel lement la régénération occidentale, qu'il tut amené à faire dans la bibliographie univei'selic un choix d'ouvrages o^sscntiels destinés à remplacer habituellement des livres imparfaits ou môme absolument mauvais, souvent aussi nuisibles au cœurquïiresprit. Présenté d'abord sous le litre de BiblhHhêque du prolétaire au \[\^ siècle^ ce choix systématique reçut (inalenient celui de BibUolhèque positiviste; et si le premier indiquait mieux la constante sollicitude du réformateur envers Timmense classe au bénéfice de laquelle doit surtout se ter-
VIE nAlTGLSTE CO^rTE
miner la RévokUioo, le second, moins exclusif, montrait une destination plus générale et plus durable.
Au reste, celle collection précieuse» qui condense en quelques volumes le trésor intellectuel de l'Hyinanité (poésie, science, histoire, religion, morale et phitosopliieï, olîre en même temps un ensembie complet d^études positives, le fonds inaliénable de la pensée colléelive, où Ton peut retrouver tous les gerrncs, tous les éléments de la synthèse moderne et la conlirmalion de ses plus hautes vérités. La Bib l'toi h êq u e p os i i t v is t e pe u l su fil re aux 1 ec t u res et à l 'é lu d e c o n t e m poraine, dans lout TOccident européen, et fournir ses preuves permanentes à lu nouvelle foi. En même tejnps, elle prépare ravènement ' de ta fraternité réelle des peuples, en popnlar'isanl la connaissance réciproque de leur liistoire, ainsi que de leurs principaux chefsd'œuvre esthétiques, scientifiques, politiques et philosophiques* Car elle contient tout ce qui s'est fait d'indispensable et de grand, depuis Tantiquité gréco-romaine jusqu'à nos jours, et met en lumière la coopération de chaque époque, de chaque nationalité, envers Toeuvre générale du développement humain, depuis les synthèses préliminaires les plus éloignées jusqu'à l'immense systématisation qui vient de s'accomplir.
Ceux que l'anarchie actuelle a égarés dans le désordre des lectures incohérentes, et qui n'ont trouvé dans cette ardente investigation que fatigue, erreur, dégoût; ceuit qui ont usé leur temps et leurs forces à chercher, sans fil conducteur et sans résultat, le beau, le bon, le vrai, dans le labyrinthe infini des publications de tant de siècles^ sentiront l'immense service rendu à notre époque par ce choix systématique que la sollicitude sacerdotale devait seule inspirei^, et qu'une si haute intelligence ijouvait seule instituer convenablemenl (1).
Mais rinlluence régénératrice d'Auguste Comte s'exerçait encore^ à un degré plus intime, dans ces entretiens tamiliers que sa l>onlé accordait chaque jour aux tiesoins moraux de ceux (jui t'approchaient. Nul ne sul se faire, avec i>lus de générosité et de charme, t* toui à toHs^ n selon la déhnalo et juste expression de son amie. C'est dans ces instants de douce et bien faisante communication f moments lant regrettés de nous!) qu'il exerça le conseil, la direction privée, avec autant de charité que d'elficaciié. Ils sont nombreux ceux que sa parole, dans r:es heures saintes, a pour toujours arractiés au doule, à l'ennui, h l'irrésolution, aux tourments et aux dangers de la maladie révolutionnaire, à la mort morale, à cette lèpre envahissante de
(i) Voir .1«» Pikff imtifhitivri. ir ^r, le catiiïogue de U Bibliotlièque poshivista.
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Tégoïsme, qui, de nos jours, dévore tant de natures égarées! Et beaucoup pourraient témoigner que jamais ils n'approchèrent ce grand homme de bi.en sans le quitter meilleurs, plus clairvoyants et plus résolus. Son ascendant fut tel, que plus d'un superbe dut passer, dans ces épreuves secrètes, sous les fourches caudines de la vénération, et courber Tinfimité de son irréligion sous le poids de cette irrésistible grandeur. Tutélaire influence d'une âme élevée, magnanimité du ,cœur, splendeur de Tintelligence, héroïsme du caractère, quelle puissance vous est accordée !
C'est par cette action directe, par ces contacts intimes et répétés, * qu'Auguste Comte parvint à fonder la famille positiviste, finalement composée de ceux de ses disciples qui, issus des diverses populations occidentales (France, Italie, Espagne, Grande-Bretagne, Allemagne, et annexes), étaient venus à lui par l'esprit et surtout par le cœur, de ceux enfin que la religion nouvelle avait sincèrement touchés et réellement convertis.
Mais outre ce noyau fondamental d'hommes entièrement dévoués, fortement convaincus, et qui, on doit le reconnaître, formèrent toujours son principal appui, sa providence matérielle et sa consolation, l'action directe du fondateur de la synthèse moderne s'étendit au loin. Après les adhésions religieuses complètes et vraiment actives, après les soumissions intellectuelles inévitables (nul ne pouvant se soustraire à l'évidence de la démonstration qu'il a comprise), les témoignages d'une admiration sincère, d'un sympathie vive et réelle l'accueillirent de plus en plus. De sorte qu'en quelques années son influence s'était notablement accrue, sans même la comparer ici au douloureux et complet isolement dans lequel il passa sa vie jusqu'au temps où surgit la religion de l'Humanité.
Ainsi, de généreux Anglais, touchés de la situation de l'auteur delà Philosophie positive, MM. Grote, Molesworth et Rankes Currie, subvinrent, en 1845-46, à son existence, inopinément atteinte par l'opposition académique (1). En 1853, ce grand ouvrage fut publié en Angleterre, traduit et condensé par un écrivain des plus estimés, miss Harriet Martineau, à l'instigation d'un autre positiviste britannique, qui, sur le point de mourir, avait provoqué cette importante élaboration, aux frais de laquelle il pourvut généreusement par acte testamentaire (2). La même année, de jeunes Hollandais avaient pris
(i) V. aux Pièces justificatives, n** 20, § D, les débats auxquels ont donné lieu cette intervention. — V. également le no 26, qui contient des passages relatifs à cette affaire.
(2) Elle fut ensuite remise en français, et très habilement, par notre distingué confrère M. Avezac-Lavîgne, et publiée à Bordeaux en 187 1.
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rinitiative de traduire et de publier les deux premières leçons du Cours de philosophie positive, en y mettant une préface enthousiaste qu'ils envoyèrent à Tauteur avec une lettre sympathique (1). Enfin, vers la même époque, en France, un artiste de mérite, M. Antoine Étex, prit une initiative qui vaut, à tous égards, d'être signalée. Touché par une première connaissance du positivisme, il demanda spontanément à Auguste Comte de faire son portrait et son buste, et lui offrit libéralement son œuvre lorsqu'elle fut achevée. Quoique ses sympathies ne soient pas devenues des convictions complètes, sa conduite n'en mérite pas moins une vive reconnaissance, puisque nous lui devons une double image dont la mort de notre maître aencore augmenté le prix.
Enfin, pour achever de caractériser l'influence consultative qu'Auguste Comte exerça sur son milieu, nous devons rappeler l'usage des circulaires annuelles qu'il adressait à tous les coopérateurs du libre subside d'ç^bord spontanément institué pour lui, et bientôt systématiquement consacré à Tavénement du nouveau sacerdoce. Ces mandements périodiques annonçaient les besoins et la conduite de la nouvelle direction religieuse, en même temps qu'ils exposaient les progrès de l'Église naissante, reprenaient ses fautes, encourageaient ses efforts, et fixaient sa marche ou sa situation (2).
La consécration, dans tout culte réel, est, comme on le sait, une sanction publique apportée aux principaux actes de la vie domestique par l'intervention sacerdotale, qui les dégage de leur spécialité propre, et leur donne un caractère général en les instituant au nom de la puissance universelle et éternelle, c'est-à-dire en les rapportant au service de la suprême Existence qui fait l'objet de la foi et de l'adoration communes. Elle rattache donc la vie privée à la vie publique, et l'y subordonne de manière à établir une harmonie convenable entre l'indépendance personnelle ou domestique et le concours social, d'où résulte la véritable unité.
Deux seulement des consécrations que la religion finale institue pour sanctifier les actes de la vie domestique, ceux de la naissance et du mariage, furent conférées par le fondateur du positivisme. Devant les nouveaux croyants assemblés au berceau de leur foi, le premier prêtre de l'Humanité reçut les enfants que des parents positivistes vouaient au service du vrai Grand-Être, et les consacra pour cette noble destination. Ou bien encore, des époux prirent devant lui l'engagement de l'étemelle union qui constitue l'indispensable cornai) V. fa pièce n" 21.
(2) Voir aux Tikes justificatives, n« 32, la série complète de ces Circulaires.
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plément d'une monogamie réelte. Dans tous ces cas^ le prêlre consacrait» au nom de rilumanilé, la naissance et le mariage, et signait avec les assistants le contrat de cette obligation morale, Enfin^ la proclamation sacramentelle se trouvait pri'eédée d'une instruction détaillée, qui exposait les devoirs résultés de pareils engagements.
Pour apprécier la valeur de tous ces actes, on doit se reporter à ce que nous avons dit du coïte positif dans la première partie de cette notice el se rap[>eler sa desittiation réelle, toujours relative au développcnient afTectif et au perfectionnement moral. On sent alors le vrai caractère de ces prejnicres applications d'une doctrine appelée surtout à régénérer le sentiment, et rimportance d*une initiative aussi difiicile qu'urgente* Eu se dégageant assez des influences i>erturbalrices d'un présent anarchique pour s'élever au véritable point de vue moral, on i^ecomiait bientôt la nécessité sociale de semblables institutions, el Ion éprouve une admiration profonde pour la courageuse sagesse qui les a posées en face de Tirréligiou contemporaine comme les pierres d'attente inébranlables d'une prochaine et indispensable i-econstruction»
Mais, outre leur efficacité moraîe, outre leur urgence sociale actuelle et déOnitive. ces consécrations recevaient de la situation même, el surtout de la personne qui les conférait, un caractère singulier d'importance et de grandeur, Cliacune d'elles était un acte d'initiative, un précédent institué, une systématisation profonde, qu'on voyait surgir et se développer. Toute la puissance mentale et morale d'Auguste Comte se condensait dans ces improvisations sacrées, oit il développait avec tant de science et de majesté les fondements sociologiques el moraux de ces inslitutions, et tous ceux qui ont assisté avec une foi réelle à ces célébrations touchantes, en ont ressenti un ébranlement dont le noble souvenir ne s'efîacera' jamais* La religion ouvrait alors à l'infirmité révolutionnaire les' trésors de sa grfice et comblait tant d enfants prodigues de ses dons les plus chers : la paix du cieur, la H xi té de resjjrit, l'amour, fa foi, Tunité! En présence de tant de btenlaits accordés dans le présent et réservés a l'avenir par le plus noble des cultes, les murmures de rîrréligion s'éteignent et les doutes du scepticisme sont levés,
Enlin, l'acte suprême par lequel le sacerdoce doit, dans Tavenir régénéré, apprécier la valeur de chaque existence accomplie, par un jugement intellectuel, moral et social des actes qu'elle a produits, 8*éleva, sous le fondateur du positivisme, à une incomparable hauteur, dans la composition du Calendrier. Car la décision qui incorpore a cette admirable liiérarcbie (jIus de vÀini cents type.^ d*élite, d'après leur coopération respeclive â la grande évolution, fournit le
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plus éminenl exemple de la pratique de ce difficile devoir, et la preuve jnéniorable de TapliLude sacerdoLalc à juger le.s morts d'après Tensemble de leor existeûce achevée ( l).
Tout le lemps qui ne se trouvait point absorbe par ces grands Imvaux était consacré a la vie morale par le futur aoleur de la Sipilitàse suhjt'tUve, Cette cul tore allroisle, îiispirée par le souvenir de Cïoiilde Devauxj était encore activement stimulée par t'induenced^un atTeetueox entourage domestique* Eloigné de sa famille par les fatalités de sa rrussiofi et surtout par les incompaliljilités résultées de son mariBLge; aliandooné de sa femme; contraiot par ses tendances et par ses travaux de s'isoler d'une société qui répugnait autant à son car'actère quïi ses idées, Auguste Comte se sérail vu condamné (surtout après la mort prématurée de son amie) à une solitude absolue, bien amère et bien pesante, sans vie intime et sans foyer, si Tassistance dévouée qu'il rencontra dans une excellente famille prolélaire n'était venue combler ce vide de tous les instants. Mais une telle compensation n'eut rien de fortuit : il était légitime, inévitable même, que celui qui consacra sa vie à Fanjéboration du sort humain, qui voua ses plus nobles eiTorts à assurer Télévation sociale des travailleurs, et qui savait si généreusement apprécier et honorer les véritables natures prolétaires, fut lui-même accueilli, reconnu, entouré par les meilleurs d'entre les enfants du peuple.
Sa grandeur d'àme, son malheur et ses chagrins avaient profondément ému la noble servante introduite à son foyer par Têpouse qui allait le quitter; un généreux instinct de protection ïa retint alors près de lui : et c'est à sa respectueuse alTection, h sa charité, que le fondateur du positivisme dut, à ce moment, de ne pas être payé de son infatigable dévouement par un délaissemenl universel Dientotméme, le développement spontané de ces relations louchantes amena leur mémorable transformaUon, quand le maitre fut assez grand pour considérer et proclainer comme sa 11 lie celle qui Taimait et le servait conmie un père. C'est k ce titre, en eflét, qu*après des épreuves décisives, Auguste C*omle adopta cette excellente personne, et c'est ainsi qu'il put se créer par elle une véritable famille, en étendant son Tectïon à son mari et à ses enfants incorporés au foyer comuiun* Btte adoption magnanime reçut la consécration du temps, une puljïicité complète, toute raulhentieité dont pouvait la revêtir le fon-
(r) En iSjG, Auguste Comte fit même acte tic jugement sacerdotal dans un oks des plus ini^rcs&;tnts, c'csl-à-dire envers un contemporain illustre dans la science des corps vivants» Hetiri- M4rîe Ducrotuy de Rhîiiville, professeur au Muséum, i]U*il fha, tfVfC ^on assentiment , dans le Cidendrier positiviste, comme adjoint du j^rinJ naturaliste français qui avait été son nuMre, le chcv.^Uer de L^marck, — V* b Pièce JLbtitkative n" 26.
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dateur tle la religioa yniverseïle^ et demeure comme un gage solennel de l'ail tance entre les prolèlaires et lui^ philosophes, qui fait la condition essealiellc de la rénovation uiodei'nc il).
C'est au sein de celle famille choisie, à laquelle on doit toujours adjoindre quelques disci[des aireetionnés, qu'Auguste Comte passait sa vie la plus intime; c'est d'après sun assistance qu'il put prolonger autant sa carrière; c*est par son contact bienfaisant qu'il fut pleinement înîtté aux joies, aux taheurs, aux réalités du foyer. Son génie systématique se retrempait aux sources vivifiantes de la spontanéité populaire, et des conceptions 1res élevées furent plus d'une fois le fruit de ce rayonnement symimtînqoe. Lorsqu'on médite les pages qu*il a tracées sur la vie domestique et sur ravenir du prolèlariat régénéré, lorsqu'on se rappelle la tendre sollicitude dont il était entouré, on sent combien ces nobles serviteurs méritent d'être associés par la reconnaissance publique à la grande existence qu'ils ont si dignement soutenue. Ne craignons pas de rappeler que celle assistance alla jusqu*au plus entier sacrifice, M* et M""-' Thomas ayant généreusement oHert à Auguste Comte, dans le temps de sa plus réelle misère, apré^s son renvoi de TÉcole polytechnique» la totalité de leurs économies (2).
C'est dans ce milieu dévoué, et sous l'inspiration croissante de sa nohle patronne, que le fondateur de la religion démontrée put mener celte existence exceptionnelle qui l'approcha de plus en [ilus de la perfection.
Un régime austère et laborieux assurait le développement croissant de cette vie toute spirituelle. Auguste Comte se levait invariaiKlement à cinq heures du malin et se couchait à dix; sa journée s'ouvrait et se couronnait par la prière, qui était pour lui l'heure du complet recueillement et de la plus haute élévation, de l'expansion aJTective la plus tendre, des meilleures inspirations et des plus grandes pensées. Sauf une journée régulièrement réservée, chaque semaine» à une correspondance très active» le fondateur du positivisme consacrait toutes ses matinées et toutes ses après-midi au travail constant de méditation, d'étude ou de rédaction, qu'exigeait rélaboration de ses œuvres. Excepté le mercredi, où il présidait la Société i^osili-
(i) Voir les conclusions du Traité dt T^olHlque poiiik*f, Ic4 Circulairef ûimmlUs, le* Confit* siotis, la Cormpùndance et le Ttitamoit d'Auguste Comte, Ces trois dernières sections, jointes À ses Prières tfuoiidienna, ont été publiées eu un furt voL in-S, par les Exécutcun tcstamcnuircs, en 1884.
(1) Au reste, h canJÎAace et restime qu'inspirait un pireil homme étaient si cntîèref* qti*à h même époque l'honorable Nf. Bazati, propriétiire. chct Ictjud il liabitiit depuis longtempSf lui Uissa, pour son logement, un crédit illimité.
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viste, toutes ses soirées (de sept à neuf heures) étaient destinées à recevoir, ainsi que l'après-dînée du dimanche, qui devait faciliter son accès aux prolétaires. Celle du mercredi était également enlevée au travail par une visite hebdomadaire à la tombe de M™® Devaux.
Longtemps avant de connaître son amie, Auguste Comte avait spontanément renoncé aux superfluités nutritives qui jouent un si grand rôle dans Texistence actuelle, au café, au tabac, puis au vin; et le contact de cette noble femme lui avait, en outre, apporté la plus importante de toutes les purifications. Sous le rapport spirituel, il avait renoncé de bonne heure aux lectures critiques et dispersives qu'offre la presse contemporaine, surtout périodique, pour s*a:lonner à la lecture habituelle des chefs-d'œuvre esthétiques. Il consacrait tous les jours un temps variable à ces lectures salutaires, et reprenait entre autres, chaque année, dans un ordre constant, la contemplation des plus grandes œuvres poétiques, celles d'Homère, de Dante et d'A'Kempis. Tandis que son âme n'était entretenue que des préoccupations les plus élevées et les plus pures, son corps était réduit au plus strict nécessaire : deux repas chaque jour soutenaient son activité; l'un était simplement composé de lait, et l'autre, plus substantiel, bien que rigoureusement mesuré, se terminait par une pratique touchante : Auguste Comte y avait remplacé le dessert par un morceau de pain qu'il mangeait en songeant aux hommes, encore si nombreux, hélas ! auxquels un travail excessif ne peut même assurer toujours une réparation nutritive aussi indispensable que légitime.
Dans ses prières quotidiennes et dans les confessions annuelles qui en sont le complément, ce grand homme s'adressait à son amie comme à la meilleure personnification de l'Humanité; il rappelait toutes les phases, tous les événements de leur trop courte réunion ; le charme et le bonheur de ces moments inespérés, la grande transformation qu'ils avaient accomplie ! Heureusement recueillis par des mains pieuses, ces documents précieux, monuments d'une admirable tendresse, restent pour l'édification du présent et la glorification de l'avenir. Le fondateur du positivisme y a déposé tout ce que sa grande âme avait de bonté, d'exquise tendresse, de délicatesse chevaleresque, de pur et saint attachement. Et ces nobles épanchements, où la douleur, l'amour, les regrets et la reconnaissance confondent leurs élans généreux, montrent toute la puissance et toute l'élévation de son cœur. Une touchante commémoration retrace dans chaque prière les émotions croissantes d'après lesquelles sa noble bienfaitrice l'avait initié aux plus sublimes inspirations de l'altruisme, et une intime effusion, qui emprunte souvent les formes de la plus
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haule poésie, couronne celte contemplation sympathique par la proclanialion ifune impérissable gratitude envers l'angélique organe de cet inlinie perfectionnement :
0 jimaii/ji ilel solo :tnion\ o div», Noji <» l ullt'ztoij m'r.i Iniiln inoioiida Che }»aslî a nmiler voi grazin |>er )4i"iziii.
a C'est uniquement à toi, ina yainle Clolilde, que je
« (lois do ne pas quitter la vie sans avoir dignement éprouvé les t< meilleures émoi ions de la nature humaine. Une incomparable an- <« née fit spontanétnenl surgir Je seul amour, à la fois pur et pro- « fond, que comportât ma destinée. Uexcellence de Tétre adoré pertf mit à ma maturité, mieux traitée que ma jeunesse, d'entrevoir « dans toute sa plénitude le vrai bonheur buniain : vwre pour « autrui. Voilà le vrai bonheur, comme le vrai devoir. Toi seule <i m'enseignas a fondre leurs formules : Quels plaisirs peuvent reinw porter sur ceux du dévouemeot?
H Cher ange méconnu, ton admirable ascendant ne devint digne- « ment appréciable qu'en me disposant toujours à mieux servir le u Grand-Ètre auquel je te sens irrévocablement incorporée, et dont n tu m*oflVes la meilleure personnification. Pendant une année sans « pareille, ta douce impulsion spontanée a profondément facilité le a plein essor du vrai caractère finalement propre à ma philosophie, a la syslématisation réelle de toute Texistence humaine d*après la a prépondérance fondamentaie du cœur sur Fesprit, en consacrant « rinlelligence au service continu de la sociabilité
M Ouij ta mort même consolide à jamais le lien fondé sur mon « atTection, mon estime et mon respect,*
« Au milieu des plus graves tourments qui puissent jamais résul* « 1er de falTection, je n'ai pas cessé de sentir que l'essentiel pour le
<t bonheur c'est toujours d'avoir le cœur dignement rempli
« même de douleur, oui même de douleur, de la plus amére douce leur.
Siignida es ya rnî passion^ La divïïiizo la Jimerl(* !
Ad«Jio, Ja nii a Béatrice ! udilio, Clolilibî arlilio, Lum ! additif Quel la t'hu'iii|>ara<lisa lu u\h \nenU\ addin !
AiiieiJi le plu,s (|iiaui un\ née me tiii^i [Moidcr Ir !
C'est à cette intime adoration, vérilahîe élévalion de l'homme à l'Hutuauité i>ar Faogéiitpie intermédiaire de la femme, qu'Auguste Comte dut ses plus émincnts progrès et le perfectionnement continu
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de sa puissanle nature. Loio d'aftaiblir ses forces^ cette douce excitation permanente des plus tendres sentiments ravivait son génie et retrem|jaiL son caractère, tout en i^purant son ^rand cœur. Et c*est ainsi rjue son ;\aie put atteiiïdre les hauteurs juorales où nous avons peine à le suivre. Dans ce commerce auj^uste» où il venait épancher dans ïe sein de son amie ses pensées, ses projets, ses aspirations, i) recevait» en retour de son inaltérable alTection, des lumières plus vives, des inspirations plus douces, des résolutions plus élevées, et trouvait à celte source féconde Tascension progressive et la pei'maneute jeunesse d'un génie qui ne faiblit jamais. Travail et prière, création et dévouement continus, civisme et sainteté, tel fut, de plus en plus, le résumé d'une vie désormais dégagée de toute infirmité morale, entièrement consacrée au service de rilumaiiilé.
C'est en de telles dispositions cpie Comte songea à remphr un grand devoir : la rédaction et la communication relative de son testament, dont chaque exécuteur, par lui désigné, eut, après en avoir pris connaissance, une année entièic pour accepter ou refuser le mandat qui lui était offert. Aucun ne déclina cet honneur.
Le testament d'Auguste Comte coniprend sept divisions principales, des additions, une note secrète et des pièces justiticatives.
D'une manière générale, il a pour objet de développer les trois dispositions fondamentales présentées en 1854 dans l'invocation flnale qui courorme le Si/stâmc île iiofithiue posilive et d'indiquer les moyens propres à assurer leur exécution. En voici le texte :
a 1« L'ensemble do mes adhérents continuera l*annuilé viagère de «f 2*tX)U francs indiquée dans ma quatrième circulaire, afin que j'ac- « comptisse jusqu'à son terme naturel robligalion résultée, dès ma i< jeunesse, de ma seule faute vraiment grave;
« 2^^ Une annuité viagère, de I.5CK) francs, sera consacrée, par la f reconnaissance des vrais croyants, à la fille adoplîvequi m'a voué, « depuis treize ans, son incomparable assistance ;
u 3" Cette éniinente prolétaire gardera, pour mon successeur, V dans son état actuel, aux frais de l'église universelle, le saint domi* « ci le où surgit et s'accomplit l'évolution religieuse du positivisme, u dont les rites sacrés continueront de s'y célébrer jusqu'à ravéneu ment d'un temple spécial, w
La première [lartie du testament. A, institue le corps des treize organes à la ridéhté desquels est confiée son exécution. Ces treize nianilalaires sont choisis par Auguste Comte parmi ses disciples occidentaux, théoriciens et praticiens. M. Pierre Laffitte. directeur actuel du positivisme et qui vivait alors depuis quatorze années déjà
VIE bAlGL'STE COMTE
dans rintimilé du testaleur, est nommé président perpétuel de ce corps, définitivement composé de :
MM. AydîfTreat, docteur-médecin, ancien élève de TÉcole poly-'
technique; De Capellen, attaché militaire de Holfandc à Paris; Le baron Willem de Conslant-Rebecque, officier de la marine
hollandaise; DeuUeo, banquier;
Don José S ego o do Fierez, homme de lettres; Foley, docteur-médecin, ancien élève de l'École polytechnique,
ofticier île marine démissionnaire; Auguste Iladery, propriétaire-cultivateur; Pierre LaffiUe, professeur de mathématiques (président); Joseph Lonchampt, associé d'agent de cliange, ancien élève de
rÉcole polytechnique ; Fabien Ma^înin^ ouvrier menuisier; Papot, professeur de malhémaliques; Robinet, docteur-médecin ; Le comte Van Limburg-Stirum, officier du génie hollandais.
Dans la seconde partie de son testameni, section B, Auguste Comle explique la nature et tes conditions d'un tel acte. Irrévocablement lié par rimprudeut et trop généreux contrat qu'il avait souscrit Jors de sou mariage, il lui était interdit de rien léguer désormais, puisque nul ne peut disposer deux fois d'une même chose (l). Mais, comme depuis son éhminalion de fficole polytechnique, le subside positiviste étail devenu la source unique ou il put puiser de quoi parfaire l'annuité de 2.000 francs qu'il avait volontairement constituée à son épouse au moment où elle se sépara de lui, M. Comte pensait qu'en assurant à cette dame, après qu'il serait mort, îa continuation de cette rente, il obtiendrait d'elle, à la faveur d'une telle mesure, l'exécution de ses autres volontés, d'où la possibih'lé de lester encore malgré le contrat inilial.
La troisième partie du testament, C, contient des reconnuandaiions relatives à rinhumation : refus de toute entrevue ou cérémonro Ihéoïogique, soit avant, soit aprcs le JiiomeiU suï^réme: interri iclion motivée iJe toute investigation anatomique, comme de toute opération d'embaumement; désignation du lieu de sépulture; indications sur
(ij OiUrc une pleine cumtnun.îutc de biens actnL*ls cl ftiiurs, reversîbks au dernier viv,im, swn inexpérience et s,i géncrusilé lui uvaicnt hïi Icgalcmeni consacrer une Ikliou trop usitée de nos jours, en reconnaissant a ct'lle qu'il èpuuvaîi un apport de vingt nitHe francs^ ettvlrou vingt fois supérieur à rcuscmblc de ce qu*cllc poksiêdaiL
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la marche et la composition du cortège funèbre, dont se trouvaient formellement exclus quatre faux disciples, et tout concours individuel ou collectif émané de la veuve, ou de TÉcole polytechnique. Viennent ensuite quelques indications concernant l'ensevelissement, l'inhumation proprement dite, et l'érection de la tombe.
La quatrième partie, section D, se rapporte au paiement des dettes, tant privées que publiques, que le fondateur du positivisme avait dû contracter par suite du dénûment où il fut laissé par ses contemporains. Les premières devaient être immédiatement soldées, après sa mort, par ses exécuteurs testamentaires; voici ce qui est dit à cet égard : a Premièrement, M. Captier, mandataire des fabricants de draps de Lodève, demeurant à Paris (22, rue Neuve-Bréda), m'a noblement prêté mille francs le 26 mars 1846. Secondement, mon excellente Sophie et son digne mari m'ont offert, de la manière la plus touchante, quand ma détresse a commencé, six cents francs, que leurs saintes instances m'ont enfin fait accepter, le 20 octobre 1848. Quoique dans ces deux cas personne n'ait compté faire un placement, j'espère que mes exécuteurs testamentaires y pourront obtenir, en mon nom, de joindre au remboursement de la dette le paiement des intérêts simples à cinq pour cent l'an. » — (Testament, page 8 du duplicata).
Quant aux dettes publiques, elles résultent des frais d'impression de divers ouvrages, qu'Auguste Comte n'avait encore pu acquitter, d'après le produit de leur vente, au moment de sa mort. De plus, il faut y comprendre la somme non évaluée destinée à la publication d'un volume posthume, dont il charge ses Exécuteurs testamentaires, et qui devra contenir, outre tout ce qui resterait de la Synthèse subjective, son testament lui-même, ses prières quotidiennes, ses confessions annuelles et sa correspondance avec M»"« Devaux, ainsi que sa correspondance générale (1). Enfin, à ces diverses obligations, il faut ajouter les charges plus durables dont le fondateur de la religion universelle a grevé le budget de la nouvelle Église, savoir : la pension de sa veuve, l'annuité viagère de sa fille adoptive, et la conservation de son domicile comme siège religieux du positivisme.
La cinquième section, E, contient, outre des développements relatifs aux trois dispositions précédentes, des recommandations concernant l'engagement pris par le fondateur du positivisme de souscrire personnellement pour 100 fr. par an à l'entretien du clergé catholique, dès que la suppression générale des divers budgets théoriques aura été obtenue. On sait que cette noble promesse fut faite
(i) La publication de ce volume a eu lieu en 1884.
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|mlt|(i|U«Huc«nt |mr lui, en 1851, au Palais-Cardinal, tlans la prédicatliUi pliiloi^ophique où il invoqua la suppression du budget des cultes iM iU\ rifmtruclion publique comme la seule garantie réelle d'une M^rUiihlo liberté de conscience, comme le moyen le plus indispen- «éiiitli* h rallVanchissement et à la régénératio» du pouvoir spirituel, L|»M(iu« cmnmo la condition esseolielle du Hlire avènement de la nourVi^lIt^ li)» iîl de la digue tranârornialton des anciennes croyances, Ctmque culte se trouvant dès lors soutenu sealemenl {mV les contributiuiiM volontaires émanées de ses vrais adhérents. Quant à la préférence ainsi témoignée au colle catholique, elle est trop légitimée, je croi», d'après les immenses services sociaux rendus, au Moyen- Age, par ce dernier précurseur du positivisme, pour qu'il soit néoesmiire de la commenter ici.
Après ces dispositions générales, vient la notification des legs Lpaiticuliers laissés par Auguste Comte aux divers membres de sa ■fcrnillo naturelle ou adoptive, ainsi ijua quelques-uns de ses disciples. Il lègue son buste à son respectable père ; son portrait lithogral>hiè à mademoiselle Alix Comte, sa sœur; il lègue entre autres, à sa bile adoptive, madame Sophie Thomas, le portrait de madame de Vaux, qu'il appelle, en c^tte circonstance, notre Clotilde; enfm, il laisse des livres ou des objets consacrés par son usage personnel à ms plus intimes disciples. Sauf ces détournements spéciaux, tout ce qui, à sa mort, sera trouvé dans son domicile, meubles, livres, tableaux, lettres, manuscrits, etc., appartient à ses successeurs sacerdotaux, et doit y être conservé aux frais de l'Eglise positiviste» Il est aisé de sentir combien le caractère social de ces dispositions ajoutait de prix et méritait de respect à son héritage!
La sixième section du Testament, F, renferme des recommandations ayant rapport aux intérêts publics du positivisme et à sa direction générale. Elle Iburnit quelques indications relatives à la eoniposition du nouveau sacerdoce; contient la nomination d'un successeur perpétuel comme président de la Société positiviste; enlîn des désignations concernant la formation du Comiié occidental et quelques autres fonctions publiques.
Dans le dernier paragraphe, G, le testateur résume au point de vue [»fiilosophique et moral la nature et Icnsemble des émotions suscitées en lui parracconqjlissemcJiL decut actesu(>rcme, qui le dispose à mieux aliorder sa grande élaboration linale, la Synthèse subjective^ Commencé le dimanche 21 Fr-édéric 67 (25 novembre 1855), le testament d'Auguste Comte, entièrement écrit de sa main, fut terminé le jeudi 11 Bichat (13 décembre 1855), signé par lui comme
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fondateur de la religion de THumanité, et revêtu de son cachet sacerdotal.
Les additions, toutes postérieures à cette date, furent écrites à mesure que de nouvelles indications se présentaient. Quatre sont relatives à d'autres legs particuliers ; deux renferment des modifications secondaires ; une troisième exclut encore du convoi funèbre un faux disciple déjà déchu de toute participation au subside sacerdotal ; enfin, les deux dernières exposent : Tune, un projet tendant à assurer aux Exécuteurs testamentaires la propriété des œuvres d'Auguste Comte ; l'autre, un incident qui donna lieu aux explications qu'il crut devoir leur fournir, le dimanche 20 Moïse 68 (20 janvier 1856), sur ses malheurs domestiques et sur l'ostracisme dont il fut l'objet de la part de l'Académie.
Les pièces justificatives annexées au Testament sont des lettres relatives aux deux sujets précédents ; jointes à la note secrète, elles fournissent, pour ceux qui en auraient besoin, tous les éléments de la justification d'Auguste Comte.
Tel est l'ensemble de ce testament qui, dans les circonstances difficiles où il fut composé, témoigne chez son auteur autant de sagesse que de justice et de magnanimité (1).