OU PRINCIPES .UNIVERSELS SUR LESQUELS REPOSE LE DOGME POSITIF
PREMIER GROUPE, autant objectif que subjectif.
1« Former l'hypothèse la plus simple et la plus sympathique que comporte l'ensemble des renseignements à représenter (i) ;
2" Concevoir comme immuables les lois quelconques qui régissent les êtres d'après les événements (2) ;
3" Les modifications quelconques de l'ordre universel sont bornées à Tintensité des phénomènes dont l'arrangement demeure inaltérable (3).
DEUXIÈME GROUPE, essentiellement subjectif et surtout relatif à V entendement.
Premier sous-groupe, relatif à l'état statique de V entendement.
l" Subordonner les constructions subjectives aux matériaux objectifs (4) ;
2o Les images intérieures sont toujoure moins vives et moins nettes que les impressions extérieures (5) ;
3*> Toute image normale doit être prépondérante sur celles que lagitation cérébrale fait simultanément surgir (6).
Deuxième sous-groupe, rel<itif à Vessor dynamique de l'entendement.
1" Chaque entendement présente la succession de trois états : fictif, abstrait et positif, envers les conceptions quelconques, avec une vitesse proportionnée à la généralité des phénomènes correspondants (7) ;
2o L'activité est d'abord conquérante, puis défensive et enfin industrielle (8) ;
3o La sociabilité est d'abord domestique, puis civique, et enfin universelle, suivant la nature propre à chacun des trois instincts sympathiques (9).
TROISIÊHIIE GROUPE, essentiellemcjit objectif. Premier sous-groupe
!• Tout état statique ou dynamique tend à persister spontanément, sans aucune altération, en résistant aux perturbations extérieures (Kepler) (10) ;
29 Un système quelconque maintient sa constitution, active ou passive, quand ses éléments éprouvent des mutations simultanées, pourvu qu'elles soient exactement communes (Galilée) (11) ;
3» Il y a toujoui*s équivalence entre la réaction et l'action, si leur intensité est mesurée conformément à la nature de chaque conflit (Huygiiens, Newton) (12).
Deuxième sous-groupe
1* Subordonner toujours la théorie du mouvement à celle de l'existence, en concevant tout progrès comme le développement de l'ordre correspondant, dont les conditions quelconques régissent les mutations, qui constituent l'évolution (13) ;
2*» Tout classement positif doit procéder d'après la généralité croissante ou décroissante, tant subjective qu'objective (14) ;
3^ Tout intermédiaire doit être normalement subordonné aux deux extrêmes, dont il opère la liaison (15).
Auguste Comte, Politique potitive, tome iv.
ŒCVIIE D AUGUSTE COMTE
de la réalité, de rexplicatlon positive du monde et de rhomme^ objet et sujet, et doit être enseigné avant toutes choses. C'est le pont aux ânes de Tinitiatton théorique; ceux qui ne sauront le passer courront grand risque de iw pouvoir s'assimiler le reste du domaine intellectuel.
La philosophie première comprend donc les spéculations îes plus générales et les plus abstraites auxquelles l'esprit iiumain puisse s'élever et elle leur donne le caraclère scientilique le plus rigoureux; elle leur prèle également une portée sociale. Par elle, non seulement elles deviennent précises, certaines, réelles, mais elles acquièrent aussi uoe utilité pratique qui, jusqu'ici, leur avait été déniée. Ainsi, !a connaissance des opérations inlelJectuelles normales, ou des conditions statiques et dynamiques de rentendement, conduit à la théorie positive de la folie et de la responsabilité; la pédagogie, la médecine, le droit civil et criminel y trouvent des principes pour les éclairer et une base solide d'action. De même la théorie de révolution sociale, celle de la conciliation, de l'arrêt et du progrès dans la vie publique tburnissent à l'homme politique une direction générale assurée et des lumières précieuses. Enfin, de la philosophie première résultent pareillement ia nécessité et la possibilité de rétablissement d'une réglementation, morale, cela va sans dire, volontaire et jamais coercilive, (lu travail intellectuel, des forces mentales^ par la connaissance de sa destination suprême : le service de notre espèce ou de l'Humanité (1).
Après cet exposé sonmiaire des principes logiques et scientifiques qui concourent à la formation de la série fondamentale des sciences abstraites, à la construction ilu do^me positif, il convient de présen* 1er raiiidemenl les aspects essentiels de cette immense systématisation ou de la phihiiophir secomie^ afin de donner de la foi démontrable une idée suOisanle, quoique générale. Poui* cela, nous suivrons la marche objeclive, analytique, où l'esprit s'élève» par une ascension continue, des choses les plus .simples aux plus compliquées.
Dans ce cas, la tHathemaliquc, parce qu*elle étudie l'existence la plus simple, constitue le i»remier degré de la science universelle. Elle repose, en eflel, sur la notion la plus abstraite qu'il nous soit possible de retirer de l'observation des êtres et des phénomènes, celle de nombre, qui, de toutes les idées positives, est certainement
(t) Voir à nos pièces justJiicAlivcs n'* i, le Programme du Cours de Philosophie^ première professe par M, LaJfitte.
Cette grande comtrùction thtoriquc a été effccttice confonnément aux indications du Sptèmi tk Polithjuef t, iv. c. m, p. 175 à 18 î.
LA RELIGION DE i/hUMANITK 37
la plus générale et la plus simple. L'étude mathématique ne suppose donc aucune autre science, elle ne dépend d'aucune investigation abstraite plus élémentaire, et par conséquent préliminaire; elle aborde directement le domaine réel. Par la connaissance des lois de Vétendne et du mouvement^ qui constituent avec celles des nombres le domaine naturel de ses recherches, et qui sont successivement moins générales et plus compliquées, d'après l'élévation de leur objet respectif, la mathématique institue la notion positive de l'existence universelle dans son degré le plus élémentaire, celui que tous les êtres possèdent nécessairement, que quelques-uns offrent seul, et . en dehors duquel rien ne peut se manifester à nous. Tout ce qui ne comporte pas la simple appréciation du nombre, de l'étendue et du mouvement, n'existe que dans V entendement humain. Voilà comment la loi du classement objectif des phénomènes d'après leur généralité décroissante et leur complication croissante, établit la mathématique comme terme fondamental de la hiérarchie scientifique, en même temps qu'elle, détermine sa coordination intérieure d'après l'étude distincte et successive du calcul (arithmétique et algébrique), de la géométrie et de la mécanique, correspondant au nombre, à l'étendue et au mouvement, qui forment leur objet respectif.
L'existence physique étant moins élémentaire et moins universelle que la précédente, mais plus simple et plus générale que l'existence biologique, et surtout que l'existence sociale^ son étude est .nécessairement intermédiaire entre la mathématique et les autres degrés de l'ordre universel. C'est pourquoi les sciences qui ont sa connaissance pour objet précèdent l'étude systématique de l'ordre vital. Elles ont pour but commun l'investigation de la planète qui sert de théâtre à l'existence vitale et sociale, et se partagent ce domaine d'après ses différents degrés de complication. Par exemple, Tastronomie n'étudie la Terre que sous son aspect le plus général et le plus simple, c'est-à-dire dans ses relations géométrico-mécaniques avec le milieu céleste, tandis que la physique proprement dite et la chimie la considèrent en elle-même, et y recherchent des propriétés de plus en plus spéciales. Ainsi se trouve constitué l'édifice complet de la cosmologie, par la superposition graduée de l'astronomie à la mathématique, de la physique à l'astronomie, et de la chimie à la physique.
Vastronomiey en tant (jue consistant essentiellement dans la connaissance du double mouvement de la Terre et dans celle de la gravitation planétaire, vient immédiatement après la mathématique. Elle s'unit à cette science par sa base mécanique, et reçoit d'elle son véritable essor, puisque, sans l'assistance continue du calcul, de la géométrie et delà dynamique, elle ne pourrait faire aucun pas. A ce
RE n AtîCtîSTK COStTK
poiût de vue, elle n'est, en quelque sorte, que rappljcalion de la science préliminaire à Fétude d'êtres qui ne comportent réellement que la tripïe appréciation du nombre, de l'étendue et du mouvement^ à savoir les astres. Cependant, outre iprelle aborde directement rétude de l'ordre matériel^ rastronomie donne déj'i pius d*importance au raisonnement iiiductif, qui était à peine sensible en mathématique^ où la déduction est presque exclusivement itmptoyéo.
Quant à la plujsique^ qui se lie à rastronomie par Fétude de la pesanteur, ou gravitation terrestre, laquelle n'est qu'une extension de la gravitation planétaire, elle a pour objet des phénomènes évidemmeot plus compliqués et n joins généraux, puisqu'en astronomie on n'étudie que la gravi lalion considérée dans les cas célestes^ en négligeant les considérations qui font l'objet des investigations de la physique, savoir : les efiéts de la pesanteur k la surlace de la terre, la chaleur, rélectricité, ie magnétisme, la lumière, le son, etc. Au contraire, son domaine est moins spécial que celui de la chimie qui, au lieu de considérer les propriétés extérieures de la matière, procède à son analyse intime, à la recherche de sa composition moléculaire, et consiste essentiellement dans la découverte des relations constantes qu'atlectent entre eux les phénomènes de combinaison et de décomposition.
Au point de vue logique, raccroissement n'est pas moins évident : la matliématique a surtout développé le raisonnement déduetif, qui permet l'essor astronomique, d'après une base inductive encore très faible; mais en pliysique rinduction reroit un plein développement, et cette science, tout en se servant de Tinstrument déductif, fonde en outre rexpérimentation.
La chimie n*ajoute à Tappaî^eil logique qu'un procédé secondaire, la nomenclature; mais son importance est surtout scienlifique, puisqu'elle permet de concevoir l'économie fondamentale de la nature en constatant cliez tous les ôti'es réels, vivants ou inertes, organiques ou inorganiques, l'identité linale de composition matérielle.
De celte homogénéité de substance, et de l'étude de la composition matérielle^ résulte le lien qui unit, par l'intermédiaire de la chimie, la cosmologie à la biologie, ou l'élude de la matérialité à celle de la vitalité, la nature morte au monde vivant. La base essentielle de l'étude des êtres vivants, c'est-à-dire Tensemble des lois relatives à la vie végétative, l'epose, en elTet, sur la connaissance des^ phénomènes chimiques; et la subordination des fonctions de Tani^ maîité proprement dite (zoologie j, envers celles de la végétahté fon-' dameotale (botanique), achève d établir la coordination des objets de
la science biologique, d'après leur complication croissante et leur généralité décroissante.
En outre, la biolo^^ie qui, scientifiquement, constitue l'intermédiaire indispensable pour lier la cosmologie à la sociologie, Tordre extérieur à Tordre humain, d'après la considération des phénomènes inférieurs de la nutrition et dés faits les plus élevés de la vie intellectuelle et affective, enrichit la logique positive d'un procédé très important, la comparaison. De plus, elle accomplit une élaboration véritablement décisive par l'institution de la série animale, qui permet de relier entre eux tous les êtres vivants, depuis les plus infimes jusqu'à Thomme, qui est le type suprême de l'étude biologique. Cette immense hiérarchie ne peut, du reste, être que subjective, et ne comporte pas une pleine réalité extérieure, puisque, sans parler d'autres obstacles, la fixité des espèces démontre l'impossibilité de former une série objective des êtres vivants, procédant les uns des autres sans aucune interruption. Or, comme leur connaissance réelle exige leur classement suffisant, la méthode lève seule cette difficulté, en établissant la nécessité logique et le caractère subjectif d'une telle construction, ce qui permet en même temps de J 'effectuer par soustraction des types rebelles, et par addition hypothétique des termes qui manquent (1). C'est ainsi que la biologie, philosophiquement cultivée, établit une transition graduelle entre le monde extérieur et l'Humanité, entre la science profane, qui comprend la cosmologie ou l'étude de la Terre, et la science sacrée^ qui embrasse l'existence sociale et morale avec les lois de la vitalité pour préambule.
^i) On trouvera à nos Pièces justificatives, n* 4, le programme d'un Coun de Biologie^ rédigé par M. Pierre Laffitte, d'après le plan qu'Auguste Comte a donné dans le 4* volume de son Système de politique positive (chapitre troisième), pour l'enseignement systématique de cette science.
Voici le plan du ifiaître :
INTRODUCTION
Biologie statique