Chapitre j^ — Lois de la modificabilité
Conclusion synthétique.
Ce Traité de Biologie est le cinquième des sept ouvrages systématiques, chacun d'un seul volume, dont Auguste Comte a laissé le plan, pour constituer la Philosophie seconde qu l'Encyclopédie des sciences abstraites .
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ŒrVUE nAUtiUSTE COMTE
sacerdoce et le sexe aimant, associent leurs r^lbrLs pour aceroi rhéritage matériel^ intellectuel et jnoral quiis ont reru du passé, alin de le transmellre religieusement, intact et augmenté, à la postérité. Dans cet état normal de eivilisaiioo et de sociabilité, leur action combinée substitue naturellement à la pourvoyance fu- tive du tliéologisme, la seule Providence réelle de notre Terre, celle de THumanité, à la fois matérielle, sociale, intellectuelle et moraïe, suivant qu'elle émane des patriciensi des prolétaires, des prêtres ou des femmes.
EiîOn, ^analyse sociotogiqiie nous montre que les éléments fondamentaux de Texistence collective forment trois autres combinaisons essentielles, moins abstraites, dont la complicalion croissante prépare et assure la constitution normale de rilumanité. La première de ces associations est la Famille, romlnnaison intime et élémentaire qui constitue le degré fondamental de Texistence sociale, où s'élaborent, toutes les dispositions nécessaires à la vie publique. La seconde est la Cité, réunion polilique suscitée par la nécessité du concours indispensable à l'exploilalion matérielle et limitée par les conditions même d'une telle opération. Elle fournil, avec ses dépendances territoriales, le type réel de la Patrie, et conslitue le deuxième degré de lu vie collective. Enfin vient TÉglise, l'association religieuse, seule susceptible d'universalité, puisqu'elle rattacbe par un lien spirituel général les agrégations secondaires et primaires résultées des nécessités civiques et domestiques.
A un i>oint de vue plus précis et plus didactique, la sociologie statique comprend : la théorie positive de l'unité humaine ou théorie générale de la religion ; Tappréciation scientifique du problème social ou théorie positive de la propriété; cellfe de la famille; celle du langage mimique, écrit et parlé, sans lequel toute société serait impossible; la théorie de Torganisme social ou du gouvernement de Tespèce, temporel et spirituel, par la [toîitique et la religion ; enfin, la conception positive des limites générales de variation propres à Tordre humain (1 ).
Tel est l'ensemble des disposi lions fondamentales de Torganisme social, ou des lois de Tordre humain, révélées par l'étude statique de la sociologie. Voyons quelles sont, au point de vue dynamique, les principaux résultats de cette science, c'est-à-dire quelles sont les conditions du mouvement collectif, les lois du progrès humain, les
(l) Voir Auguste Comte, Sy.iti-mr de pt^Utuiur [mitar uniuih^ut t,t rivr^a^frar i ilumuntie, Tome n» conterunt U Statique sociale ou traite abstnit tîe rorJrc humain; — et, pièce n* 5, le PfcpamtMr tin tout s dt Sthiùhgit (Statique sociale), par M. Pierre Ijiftîtte, d'après Icï in^dicatioiis laiàsécs par Auguste Comte dan* le Totnc IV de la F^iiti^Ht poutke^ (c. m, Tableau général de rcxisience théorique).
LA RBLIGtOK DK t'illîMAKITÉ
degrés essentiels de l'évolution qui caractérise les destinées successives du Grand-Être, Ces mulations fondamenlales se résument, pour l'inteiligence (qui est l élément prét>ondénint d'une telle progression, comme pouvant seule reconnaître la marche qui convient à une situation don née j, dans son passage constant et universel par trois états successits : théologique, mélapliysique et positif; et pour factivité (second élément de l'action dynamique), dans sa progression, également permanente el générale, par trois degrés correspondants : la conquéle, la défense et le travail. Quant au sentiment, il manifeste aussi une succession réelle, mais elle est indirecte, el résulte de la réaction de Tintelligence et de l'activité sur la sociabilité qui, sous leur intluence, pasae successivement par les phases domestique, civique et religieuse ou universelle* De sorte que la sociologie dynamique, la philosophie de Thisloire, nous présente le mouvement humain comme parti du fétichisme initial el spontané, seul universel, bienlôl systématisé par la théocratie, pour aboutir à la sociocratie finale par î'inlerïuédiaire théologico-métaphysique, essentiellement révolutionnaire et nécessairement transitoire. Une telle ascension conlinne donc pleinement le principe le plus général de la sociologie positive : ie pt*Offt'éii nest qtte le développement de rordre, puisque cette immense évolution aboutit à développer chacuïi des éléments essentiels de l^étal social pour assurer détlnilivement, dans le régime Normal ou positif qui caractérise la maturité du Grand-fitre, leur tiarmonie générale et leur complet avènement.
A un iXïinl de vue plus détaillé, la sociologie dynamique ou Dr/^^n- ^niquc sioeiale comprend : la théorie positive de révolution liumaine : lois du mouvement ijilcllectuel, social et moral; la théorie positive <le i*âge féticliique de notre espèce ou appréciation du régime spontané de THumanité; Tâge théocratique, théorie du polythéisme conservateur; l'élaboration grecque, i)oly théisme inlelleeluel ; rincorix)ration romaine, polythéisme social ; la transition catholique et féodale, monotliérsme défensif ; ta théorie |JOsitive de la Révolnlion occidentalr ou du double mouvement moderne de décomposition et de recomposition sociale (1).
Quant à la morale^ dont le but est de connaître la nature humaine, afin d'instituer son perfectionnement syslématiciue, elle est nalurellement la seule science complète, puisque seule elle n'écarte de son investigation aucun point de vue essentiel et qu'elle ne néglige aucun
(t) Voir Auguste Comte, Système dt politiquf pontiit. Tome JU» contenant h Dymmiifue iofiaU (Traité du progrès huniAÎD — Pliiloiophie de rhi&toircj; et, à nos f^ièccs justiHcatîvc^ it^ \, le PfO£t0mmc du toun de SochloiU {Dywimi({ait soctde)» pir M. Pierre Lafôttc, 4*iprè$ les m<Ûcationi Uisaécs dans le Tome IV, c. III d< la FoUiiqui puitive.
ŒUVRE i>Arr.rsTK coMxr
sacerdoce el le sexe aimant, associent leurs elToria pour accroître riiérilage matériel, iulelleclueJ et moral qu'ils ont reçu du passé, a(in de le Iransmeltre religieusement, inlact et augn»enté, à la postérité. Dans cet état normal de civilisation et de sociabilité, leur action conitiinée substitue nalurellemeot à la pourvoyance fictive du théologisme, la seule Providence réelle de notre Terre, celle de THumanité, à la t'ois matérielle, sociale, întellectucOe et morale, suivant qu*elle émane des patriciens, des prolétaires, des prêtres ou des femmes.
Enfin, l'analyse sociologique nous montre que les éléments fondamentaux de l'existence collective forment trois autres combinaisons essentielles, moins abstraites, dont la complication croissante prépare et assure la constitution normale de riiuniantté. La première de ces associations est la Famille, combinaison intime et élémentaire qui constitue le degré fondamental de Texistence sociale, où s'élaborent, toutes les dispositions nécessaires à la vie publique. La seconde est Ja Cité, réunion politique suscitée par la nécessité du concours indispensable à rexploitalion matérielle et limitée par les conditions même d'une telle opération. Elle fournit, avec ses dépendances territoriales» le type réel de la Pairie, et conslitue le deuxième degré de la vie collective* Enfin vient TËglise^ rassociation religieuse, seule susceptible d'universalité, puisqu'elle rat lâche par un lien spirituel général les agrégations secondaires et primaires résultées des nécessités civiques et domestiques-
A un point de vue plus précis et plus didactique, la sociologie statique comprend : la théorie positive de Tu ni té tiumaine ou théorie générale de la religion; Tappréciation scientifique du pr^ohlème social ou théorie positive de la propriété; celle de la famille; celle du langage mimique, écrit et parlé, sans lequel toute société serait impossible; la théorie de l'organisme social ou du gouvernement de Tespèce, temporel et spirituel, par la politique et la religion ; enfin, la conception positive des limiles générales de variation propres à 1 ordre bu main (1).
Tel est Tensemble des dispositions fondamentales de Torganisme social, ou des lois de l'ordre humain, révélées par Tétude statique de la sociologie, Voyons t|uel!es sont, au poinl de vue dynamique, les principaux résultats de cette science, c'est-à-dire ciueiles sont les conditions du mouvement collectif, les lois du progrès humain, les
(r) Voir Auguste Comt<;, Systhnf de pohiiqm posilit^ instituant la rrltgtan de Vlhémaniti^ Tome ÏK contcnjnt la Statique sociale: ou traiié abstrait de l'ordre humain; — et, pièce II* ^, !e PrvgramMt' du foum dt Soctohgie (Statique sociale)^ par M. Pierre Lafîitte^ d après les i radical ion s bissées par Auguste Comte dans le Tome IV de la PùHiiqite pQiitkt^ (c. iU, Tibleiu général de fcuislcnce théoriqucy*
LA HÊLmiOK DK l/HUHANlTÈ
degrés essentiels de révolution qui caractérise les destinées successives du Gmnd-Êlre. Ces mutations fondamentales se résument, pour rintelligence (qui est l'élément préi>ondoraîïl d*une telle progression, coïume pouvant seule reconnaître la matrhe qui convient à une situation donnée), dans son passage constant et universel par trois états successifs : théologique, rnétapliysique et positif; et pour l'activité (second élément de l'action dynamique), dans sa |irogression, également permanente et générale, par trois degrés correspondants ; la conquête» la défense et le travail* Quant au sentiment, il manifeste aussi une succession réelle, mais elle est indirecte, et résulte de la réaction do l'intelligence et de l'activité sur la sociabUité qui, sous leur intlueoce» passe successivement par les phases domestique, civique et religieuse ou universelle. De sorte que la sociologie dynamique, la philosophie de rinsloire, nous présente le mouvement humain comme parti du fétichisme initial et spontané, seul universel, bientôt syslénialisé par la théocratie, pour aboutir à la socioci-alie finale par rintermédiaire théologico-métaphysique, essentiellement révolutionaaire et nécessairement transitoire. Une telle ascension confirme donc pleinement le principe le plus général de la sociologie positive : le pi'ogrês nesl que le développement de l'ordre, puisque cette immense évolution aboutit à développer chacun des éléments essentiels de Tétât social pour assurer délinilivement, dans le régime normal ou positif qui caractérise la maturité du Grand-fitre. leur liarmonie géiîérale et leur complet avènement.
A un point de vue plus détaillé, la sociologie dynamique ou Difnaèinque sociale com|»rend : la théorie positive de révolution humaine; lois du mouvement intellectuel, social et moiul; la théorie positive cle TAge féti chique de notre espèce ou appréciation du régime spontané «ie THumanité; Vàge théocralique, théorie du polythéisme conser* A'ateur ; rélaboralion grecque, polythéisme intellectuel ; rincorporation romaine, polythéisme social; la transition catholique et féodale, moiiuthéisme défensif; la théorie positive de la Révolution occidentale t)u du double mouvement moderne de décomposition et de recomposition sociale (1).
Quant k la morale^ dont le but est de connaître la nature humaine, afin d'instituer son perfectionnement systématique, elle est naturellement la seule science complète, puisque seule elle n*écarte de son investigation aucun point de vue essentiel et qu'elle ne néglige aucun
ft} Voir Auguste Comte, Systhne de fioUttque posiiivt, Tome III, cootcnuoi \a Dynamitfue iûctalt {Traité du progrès humain — Philosophie de rhistoirc); et, i nos pitces ïn%tiftcatives« a** 5, \g Programme du eoun de Sociologie (Dynamique aocisilc), pir M. Pierre Lifûtte^ d'iprès Icï îuilicailuns Ulssccs dans le Tùmt IV, C. III de lii PoUtiqut pi>fitivt.
ŒUVRIT II AUGUSTE COMTE
ordre de phénomènes^ comme le font nécessairement les sciences qui lui servent de base. Chacune d'elles, en elFeU ne i^arvient à établir k^s lois qui la coiiceroenL qu'en écartant volontairement toutes les propriétés supérieures k son domaine particulier, où elle n'incorpore que les attributs intérieurs. « La cosmologie établit d'abord les lois de la u simple matérialité; puis la biologie construit sur cette base la « théorie de la vitalité; enfin la sociologie subordonne à ce double H roiidenienl i'étude propre de t*exiôtence collective. Mais, quoique «f celte dernière science préliminaire soît nécessairement plus com- <v plète que les précédentes, elle n'embrasse pomt encore tout ce qui « constitue la nature huînaine, car nos principaux atti-ibuts ne s*y (« trouvent point assez appréciés. Elle considère essentiellement dans (( rhomme riuteîligeiice et ractivité, combinées avec toutes nos pro- ^ priétés inférieures, mais sans être directement subordonnées aux u sentiments qui les dominent. Ce développement collectif tait surtout u ressortir notre essor théorique et pratique. Nos sentiments ne M figurent en sociologie, même statique, que pour les impulsions « qu'ils exercent sur la vie commune ou les niodilications qu'ils en a reccfivent. Leurs lois propres ne peuvent être convenablement étu- <i diées que par ia morale, oii elles acquièrent la prépondérance due u à leur digmté supérieure dans rensemble de la nature humaine (1). >» C'est la plénitude syntliétique de celte science linale, qui ne peut rester étrangère à aucun as|>ect du savoir réel, qui lui confère, dans le système des conceptions positives, la prépondérance nécessaire, et qui lui suliordonne, dans Tordre que nous avons indiqué, tous les dilFérents doinaines scientifiques.
Au point de vue objectif, la morale suppose également la sociologie, puisque rhomme, qui est l'objet de son étude, dépend intijnement de rHujiianilé, et qu'il est nécessairement moins général et plus compliqué que la société dont il fait partie. Les cas individuels sont beaucoup plus multipliés et beaucoup plus spéciaux, en ellét, que !esi cas sociaux ; et d'ailleurs, la morale étudie des intluences que la sociologie devait écarter comme tro|) peu actives, ou trop peu prononcées. Telles sont les réactions réciproques du physique et du moral, ainsi que leur influence immédiate sur rinlelligence, ractivité et k conduite individuelle,
La connaissance positive de la nature humaine, objet propre de la ïnorale théorique, résulte de la systématisation convenable de la décomposition élémentaire que la sagesse vulgaire, contrairemeut k
{l) Auguvic Comte, L'iUàhiiiUf pouiii'istf, pages tJJ-IJJ.
LA RELiaiON DE L'HUMANITÉ
l'acUoD théologiqiie> et surtout métaphysique, constata bientôt dans Tensemble de l'existence individuelle, en y distinguant le sentiment, inintelligence et Tactivité, et en divisant d'une manière générale nos penchants, en personnels et sociaux, égoïstes ou altruistes. Tel est le domaine réel de la science morale, qui ne fait que développer et systématiser, suivant le véritable esprit scientifique, le tbndement empirique toujours fourni par la méditation populaire. Cette systématisation finale, préparée par la théorie morale du véritable fondateur du catholicisme (saint Paul), et directement abordée de nos jours par le génie scientifique de Cabanis et surtout de GalJ, fut définitivement constituée d'après refibrl syntliétique du fondateur du positivisme, qui a enfin établi la théorie comptète et réelte de la nature humaine.
Le taïjleau ci-contre (B, p. 46) résume cette fondation capitale, qui représente f existence tmmaine comme s'exercant sous f impulsion du senliment, éclairé par Tesprit et servi par l'activité. L*âme, c'est-àdire rensembte des facuttés afTectives, mentales et pratiques ayant leur siège ou leurs organes respectifs dans le cerveau, est l'agent général de cette vitalité supérieure; elle est donc douée d'une activité propre, intellectuelle et morale, au moyen de laquelle elle réagit sans cesse contre les intluences extérieures et contre les impressions intérieures qui la sollicitent. Cette réaction fondamentale s'opère suivant un double système de relations constantes existant entre le cerveau d'une part, te monde et le corps d autre part. Le monde fournit à la fois à !'àme, par fîntennédiaire de ses organes intellectuels, faliment^ le stiinytant et le régulateur nécessaires à son activité extérieure, tandis que le corps, d'après la liaison nerveuse et vasculaire qui l'unit si intimement au cerveau, moditie sans cesse sa masse alTective, avec laquelle seule il possède des rapports directs» Ainsi peuvent s'expliquer llnalenient les réactions les plus intimes et les plus secrèles que le ptiysique de l'homme exerce sur son moral» et réciproquement, celtes du moral sur le ptiysîque, fintluence du cerveau ou de rame sur le corps. La courte légende placée en tète du tableau suivant résume, du reste, suflisanmient ta théorie générale de ces relations essentielles, extérieures ou intérieures.
Le résultat principal d'une tetie doctrine, au point de* vue de la science morale, c'est qu'elle fait dé|>endre funité individuelle de la prépondérance tiabituelle du c^eur ou des facultés affectives, sentiments et passions, sur Tesprit et le caractère, et surtout de TaUruisme ou de la bienveillance sur fégoisme et la personnalité. En effet, outre que fintelligence et factivité, par leur faiblesse relative, d'après leur intermittence naturelle, sont impropres à fonder une telle unité, puis-
ŒUVRE D AUGUSTE COMTE
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