‹ Notice sur l'œuvre et la vie d'Auguste Comte (volume 2)Chapitre 52 sur 103 · IDÉALISATION POÉTIQUE DU CALENDRIER POSITIVISTE · texte numérisé non relu

IDÉALISATION POÉTIQUE DU CALENDRIER POSITIVISTE

Les morts gouyerncnt les vivants.

Auguste COMTB.

L' Elysée où va ma prière N'est point au fond des cieux glacés ; J'y vois régner dans la lumière Les grands hommes des temps passés ; Les siècles aux voiles funèbres.

Des noirs replis de leurs ténèbres N'ont pas couvert leur souvenir.

Dans leurs œuvres survit leur âme.

Et, comme du caillou la flamme.

De leur voix jaillit l'avenir.

C'est à vous que vont nos hommages, Héros des temps évanouis.

Phares brillant dans les nuages, Contemporains de tous les âges.

Citoyens de tous les pays.

Surgissez du fond de l'Histoire, Initiateurs des mortels;

(1) Surtout grecques et romaines — R.

Au temple de notre mémoire Montez, créateurs des autels, Prêtres, Théocrates sublimes.

Vous dont cent peuples anonymes Ont suivi le pas triomphant; Vous qui, du fond des sanctuaires, A des tuteurs imaginaires, Fîtes obéir l'homme enfant.

De Toubli percez les nuages, Prêtres des temps évanouis, Et devenez par nos hommages Contemporains de tous les âges.

Citoyens de tous les pays.

Prenez place auprès des prophètes.

Aèdes à la bouche d'or.

Seconds pères des dieux, Poètes Dont les voix nous bercent encor.

Marche à leur tête, vieil Homère :

L*01ympe était une chimère, Mais tes vers seront éternels; Si nous accueillons d*un sourire Les fables que chantait ta lyre, Tu survis à tes immortels,

D*un héros mort sculptons Pimage, Son marbre aura le môme sort ; Mais son nom dans tes chants surnage, Homère, et, grâce à ton hommage.

Il a vaincu deux fois la mort.

Soulevez un pan du symbole Qui voilait la réalité; Qu'aux ordres de votre parole Tout dieu se change en entité ; D'une autre foi montrez Taurore, Sages de THellas, Pythagore, Socrate, et toi, charmant Platon, Quand près de vous le Stagirite, Après Thaïes, déjà médite L'état normal de la raison.

350 Vie d'auoustk comtb

Des Mythes chassez les nuages, Sages des temps évanouis ; Vous deviendrez par nos hommages Contemporains de tous les âges, Citoyens de tous les pays.

L'homme croyait, il faut quMl pense :

Archimôde, Apollonius, Tracez sa voie à la science Parmi les chemins méconnus ; 11 faut deux mille ans pour vous suivre Que nous importe? Ouvrez le livre Dont chaque siècle épelle un mot ; Pour abreuver un jour le monde.

Creusez, Savants : sous votre sonde La vérité doit sourdre à flot.

A vous nos éternels hommages, Savants des temps évanouis ; Vous avez en tr 'ou vert les pages Que feuilletcront tous les âges Pour éclairer tous les pays.

Salut, Grèce, jeune guerrière î Tu veux chez toute nation Porter ton sceptre et ta lumière, Et tu meurs, faute d*union ; Tu meurs, et Rome est triomphante ; Mais Rome se fait ta servante, Pour préparer un temps nouveau, Et César, vainqueur de la Gaule, A la France transmet ton rôle.

Avec son glaive et ton flambeau.

Recevez nos justes hommages, Guerriers des temps évanouis, Qui, disciplinant les courages.

Rêviez, au seuil des premiers âges, L*unité de tous les pays.

Rome fait Tunité du glaive, Mais la discorde reste aux cœurs;

Saint Paul, en un sublime rêve,

Rapproche vaincus et vainqueurs.

A la chaîne spirituelle

D'une croyance universelle

Il veut lier sujet et roi :

<f Du patron le serf est le frère ;

« Hommes, vous n*avez qu'un seul père :

« N*ayez qu'un autel, qu'une foi ! >>

Ta foi, Paul, malgré tes présages, N'eut point l'universalité ; Mais tu courbas des fronts sauvages :

Revis donc, à travers les âges.

Dans le sein de l'Humanité.

La nuit vient, nuit sombre et sans phares ;

L'Occident entier prend le deuil ;

Chaque jour des flots de barbares

De Rome foulent le cercueil;

Arrêtant leur cours, Charlemagne

Fait un limon pour l'Allemagne

De ce torrent dévastateur.

La féodalité peut nattre :

A côté de la voix du prêtre

Va parler la voix de l'honneur.

Moines, au sein des monastères, Achevez l'œuvre des guerriers ; Gloire à vous ! Gloire à vos bannières. Qui s'inclinaient devant*nos mères, Ombres des loyaux chevaliers !

vni.

Vous éclairez, pures étoiles, La nuit de ces siècles de fer Dont Dante souleva les voiles Dans les cercles de son enfer.

Pâle, sombre, de pleurs trempée, Son incomparable épopée Est pleine d'épouvantemf»nt ; Il peint un chaos transitoire.

Mais du fond de ce purgatoire Son doigt montre le firmament.

Ainsi que Dante eut pour bon ange Virgile au front toujours serein, Dans la brume d'un temps étrange, Morts glorieux, votre phalange Servit de phare au genre humain.

Aussi déjà Tombre recule :

Des lueurs dorent Thorizon, Voici venir le crépuscule, Bientôt va luire la raison ; Gutenberg, par Timprimerie, Chercheurs, crée une artillerie Pour vos pacifiques combats ; Pointez bien Thumaino pensée :

Avec la presse elle est lancée Où les canons n'atteindraient pas.

Gutenberg, à toi nos hommages :

Tous les temps par toi sont unis; Tu ravives les grandes pages Que nous léguèrent tous les âges Pour éclairer tous les pays.

Ainsi qu'au soleil qui s'avance Le coq jette son gai bonjour, Poètes de la Renaissance, Donnez au monde un chant d'amour.

Que tous les trésors qu'il déploie D'une incommensurable joie Emplissent vos cœurs et vos yeux ; Cherchez-y les béatitudes Qu'en fuyant vers les solitudes Le chrétien rêvait dans les cieux.

Placez sur cette terre même L'idéal que doit créer l'art, Kt, malgré l'antique analhème, Vos fronts ceindront le diadème, Shakspeare, Molière, Mozart.

Sur Taveuglement de notre ûme, Épanche les clartés du jour.

Flambeau du vrai, fournis la flamme Qui doit allumer notre amour.

Que tout dogme incompréhensible, Que tout problème inaccessible, Soient mis hors de notre examen ; Par les rudes sentiers du doute.

Descartes, marche vers la route Que doit suivre le genre humain.

Viens, ô Vérité, remédie A l'âpreté de notre faim.

En vain la foi te répudie, Toujours l'Humanité mendie Quelques miettes de ton pain.

Devant toi mon front se prosterne, Frédéric, philosophe et roi.

Ton sceptre à la raison moderne Ne voulut point faire la loi :

A tout ce qui nous civilise, A tout penseur, à toute église, Tu laissas le droit de cité, Et, limitant chaque puissance, Tu sus préparer l'alliance De Tordre et de la liberté.

Modèle des rois et des sages, Libres à la fois et soumis, Nous te sacrons par nos hommages Contemporain de tous les âges.

Citoyen de tous les pays.

Par une méthode féconde, Qu'animent d'incessants efforts.

Newton trouve les lois du monde, Lavoisier explique les corps ; Grâce à Gall, à Bichat, la vie A des lois se montre asservie :

Chacun d'eux approche du but.

Et Comte, surpassant leur gloire, Dans la loi qui régit Thistoirc Trouve le secret du salut.

Reçois nos plus ardents hommages, Vienne ton règne, Humanité !

Toi que pressentirent les sages Et les héros de tous les âges, Guide notre postérité.

Puisse ton ascendant suprême

A si haut point nous enflammer

Que nous nous changions en toi-même

A force de savoir Taimer I

Puissions-nous monter, sur ton aile,

A rharmonie universelle,

Ainsi qu'aux temples, tous les soirs,

Au haut de la voûte embaumée

S'élève la sainte fumée

Que balancent les encensoirs.

C'est à toi que vont nos hommages ; En toi nous serons tous unis, Car tu poursuis, dans les orages, La solidarité des âges, L'union de tous les pays.

4864. J.-B. FoucART.

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