LETTRE XV
« Paris^ le 6 septembre 1820.
« Je profiterai peut-être, dans quelques jours, de l'occasion que m'offre
le départ prochain de Langlade, pour l'envoyer le paquet de mes œuvres politiques pendant Tannée de silence à laquelle tu m'as condamné. J'aurai soin de ^indiquer exactement ce qui est de ma façon et ce qui est de celle de Saint' Simon, Tu auras vu, sans doute, dans le temps, par les journaux, que nous avons eu un procès dont nous sommes victorieusement sortis. Messieurs les procureurs généraux ont beau jeu à fulminer dans des réquisitoires, quand il ne s'agit que de brochures ayant pour objet quelque petite tracasserie de parti ou quelque événement du jour; mais avec des doctrines fortement pensées et faisant corps, ils n'ont aucun moyen : aussi ont-ils été pulvérisés dans notre défense. Quand je dis notre, ne va pas t'imaginer que je fusse personnellement en jugement, quoique j'aie coopéré à la défense. Grâce à la précaution que j'ai prise de ne jamais signer mes articles, la responsabilité ne porte point sur moi; c'est une chose convenue avec M. de Saint-Simon, auquel, comme tu le penses bien, cette convention ne fait aucun tort, puisqu'il est évident qu'être pendu avec lui ne le soulagerait guère. Quant à
vm d'auguste comte
moi, je styneittis tivec plaiiir^ ne fût-ct que pour ftiire cutmtiUrv à un plus yrand noutbre de personnes qtCà celles auxquelles noui tftpprenom^ rnn petite capacité (car ramour-propre est franchement indestructible); les procès ne me feraient pas peur pour moi persoDnellement, d'antant plus que, comme disait le bon La Fontaine de bien d'autres sujets, de loin c'est quelque chose et de près ce n*est rien. Mais la peine extrême que Je causerais à mes parents s'ils venaient seulement à savoir que j'écris sur )a politique, relirndra toujours ma petite vanitéi jusqu'à Tépoque, qui ne me paraît pas 1res prot^haine, où il n'y aura plus à cet éerard la moindre crainte de danger-
« Nous venons de faire paraître hier une brochure d'environ 100 pages. intitulée : Considéntliom sttr kit memrvs à prendre pour terminer h Bêvoltmatt, Je le l'enverrai aussi par Langlade
« . , , . Tu sms qu'avec ces travuujE et ceux politiques, ma Léle doit être occupée; et, en effet, je te réponds que je ne m*ennuîe pas. Encore même, outre cela, j'ai en projet plusieurs ouvrages importants, que j'exécuterai plus tard. Enfin, je puis dire quej'ai de la hesof=rne taillée pour la vif, quand je vivrais autant que Fontenelle, ce qui, j'espère, n'aura pas lieu, Ja serais aussi heureux que je conçois qu'on puisse l'être si j'étais délivré dô toute inquiétude sur mon sort et sur la possibilité de soulager la vieillesse de mes chers parents, qui s'approche. Mais cette incertitude empoisonne tout, même le plaisir du travail intellectuel. .... »