LA RELIGION DE L'HUMANITK
Sous cette condition permanente, l'institution systématique de l'existence subjective peut négliger volontairement, en ce qui concerne les types vénérés, les influences inférieures, physiques et même vitales, pour laisser mieux prévaloir les lois supérieures, intellectuelles, et surtout morales, sans manquer aucunement à la réalité. C'est ainsi que les morts nous apparaissent toujours comme affranchis des nécessités matérielles, que nous ne songeons plus aux besoins qui les affectaient pendant leur existence, et qu'ils gardent toujours le même âge dans nos souvenirs. Si loin que se prolongent les regrets d'une mère, l'enfant qu'elle a perdu ne vieillit point avec elle, et reste, dans sa mémoire, ce qu'il était au moment de sa mort. De plus, l'institution de la vie subjective permet, sous le rapport moral , l'idéalisation par soustraction. C'est-à-dire que, sans exagérer jamais les qualités du type considéré, et surtout sans lui en accorder de nouvelles, on doit en négliger les imperfections. C'est la systématisation légitime de notre tendance spontanée, irrécusable et générale, à oublier les défauts des morts, pour ne nous rappeler que leurs vertus et leurs bienfaits. De même que, dans le cours empirique des choses humaines, on ne voit survivre à l'oubli, que les mémoires dignes d'être conservées : demêmele culte positif n'incorpore à l'Humanité que des types d'élite, purgés des imperfections inséparables de la nature humaine. Ladurée subjective de l'homme, ou son immortalité, n'est donc que le prolongement perfectionné, quoique réel, de sa vie objective, quand elle fut digne d'une telle transformation. D'après cette noble perpétuité, nos morts sont affranchis des nécessités physiques et vitales, dont le souvenir ne sert plus qu'à nous les mieux représenter. Mais ils ne sont point dépouillés de leurs qualités morales, de l'ascendant intellectuel ou sympathique résulté de leur vie spirituelle. Leurs œuvres et leurs bienfaits subsistent, nous éclairent, nous améliorent, nous servent et nous lient: ceux à qui nous les devons ne cessent point, par conséquent,
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a' aimer, ni môme de penser en nous, et par nous. Ils ne sont donc point anéantis par la mort, mais continuent, sous un mode peut-être pins efïicace, de vivre parmi nons : car le doux échange de sentiments et d'idées que nous entretenions avec eux pendant leur vie corporelle, devient à la fois plus intime et plus continu, d'après le caractère idéal et sacré que leur confère la transformation subjective, et que leur assure le culte funèbre. Leur action se trouve sans cesse et profondément mêlée à la nôtre: nous agissons sous leur inspiration, nous leur devons nos meilleures démarches, nous développons notre esprit pour les y mieux retenir, nous épurons notre cœur pour les y conserver plus saintement. Ils nous défendent donc contre le mal, nous poussent au bien et au vrai ; et dirigent réellement notre conduite, privée ou publique, suivant le caractère domestique ou social qu'eut leur existence objective , et que revêt leur immortalité. On peut comprendre alors, comment la conception positive de la vie future, outre qu'elle est la seule vraie, devient éminemment féconde et bienfaisante, puisqu'elle peut servir de récompense aux morts, et de consolation aux siu'vivants, mieux que ne fit jamais la croyance théologique, nécessairement égoïste et chimérique.
Le procédé usuel, le mode d'exercice habituel de la vie subjective qui constitue l'essence même du culte positif, comme de tout culte réel, c'est la Prière ; non plus cet acte qui, dans l'ancienne religion, se réduit fatalement à une demande égoïste, inspirée par la peur et par des préoccupations exclusivement personnelles ; mais une élévation véritable de l'homme à l'Humanité, dans laquelle nous lui exprimons à elle-même, ou à ses meilleurs représentants, la reconnaissance et l'amour qu'ils nous inspirent. Le positivisme épure donc et développe cette précieuse institution pour en faire la principale idéalisation de notre vie. Car ici, prier, c'est à la fois aimer, penser et même agir, d'aprrs l'expression indispeHsal)|p. au vérilablc f'xerrire do