‹ Notice sur l'œuvre et la vie d'Auguste ComteChapitre 20 sur 65 · I.K POSITIVISME · texte numérisé non relu

I.K POSITIVISME

On comprend l'importance et la difficulté d'un tel enseignement, et quelle épreuve anxieuse il constituait. C'est donc avec bonheur que nous consignons ici la manière érainente suivant laquelle il fut accompli. Pour posséder pleinement l'ensemble scientifique et logique sur lequel repose une semblable exposition, son esprit général et les connaissances spéciales qu'elle exige ; pour présenter avec méthode et exactitude les lois les plus abstraites et les faits les plus complexes ; pour parler avec une égale autorité sur la poésie, la science, la philosophie, la religion et la politique, il fallait une instruction universelle , un esprit droit et puissant. Or, le civique dévouement avec lequel le nouveau directeur s'est consacré à sa fonction publique, au détriment de ses intérêts privés, le zèle et la sagesse ([u'il apporta dans les affaires dont il était chargé, la profonde pureté de sa vie intime nous avaient depuis longtemps appris tout ce qu'on pouvait attendre de lui au point de vue moral. Mais il faut le reconnaître, sa première prédication philosophique fut une brillante révélation. Dès lors on ne pouvait douter qu'il ne remplît les difficiles conditions imposées au prêtre de l'Humanité : le génie abstrait, l'instruction encyclopédique, l'aptitude esthétique, l'énergie, la moralité.

En Angleterre, un autre organe du nouveau pouvoir spirituel, M. Richard Congreve, autrefois membre distingué du clergé anglican, aujourd'hui l'un des apôtres les plus éminents et les plus dévoués de l'Église positive, publiait, en dépit du système d'hypocrisie qui pèse sur son pays, une remarquable traduction du Catéchisme posiiiviste. Puis exerçant le conseil avec autant de courage, dans une circonstance bien grave, et malgré l'entraînement unanime de l'opinion

(broch. in-8", Paris, chez Dalmont et Dunod, quai des Augustins, 49). Le cours oral de M. LalUte sera eonlinué en 1860-1861, rue MMe-Prinoe, n" 10,

APRÈS AUGUSTE COMTE

dévoyée par les meneurs parlementaires, il rappelait ses concitoyens à la pitié, à la justice, envers les malheureuses populations qu'une politique avide vouait à l'exploitation et au massacre (1) . Dans la dernière grande crise indus^ trielle qui agita le Royaume-Uni, avec autant de dévouement que de sagesse, il offrit aux prolétaires coalisés les conseils éclairés et sympathiques de la nouvelle religion (2). Enfin il réunit chaque année les positivistes anglais pour célébrer l'anniversaire de la grande naissance (3), et accomplit en 1860, dans un local qui appartient aux sèmlaristes de Londres , une exposition générale du positivisme.

En Amérique , un autre de nos frères que les épreuves de la maladie révolutionnaire et de l'adversité n'ont pu dérober au sacerdoce positiviste, M. Henry Edger, poursuit avec un dévouement héroïque, dans un milieu profondément anarchique, l'œuvre de la régénération sociale, et accomplit, avec l'autorisation spéciale du fondateur du positivisme , tous les actes essentiels de cette religion relatifs à la prédication et à la consécration. Chaque année aussi l'apôtre des États-Unis, entouré de ses premiers prosélytes, célèbre au delà de l'Océan la naissance et la mort d'Auguste Comte.

Récemment enfin , une noble tentative s'est produite au

(1) India, by Richard Congreve. John Çhapman, 8, King William street, Strand, London, 1857. - Traduction française, à Paris, chez Dalmont et Dunod, liijrairc?, quai des AugusUns, 49.

Voir aussi aux Pièces justificatives, n" 27, la noble protestation de M. Congreve contre le Te Deum chanté à Londres en l'honneur de la soumission de 1 Inde.

(2) Voir aux Pièces justificalives, i,° 28.

(3) A cotte occasion, M. Congreve a fait les deux prédications suivantes : . Ihenm llehjjwn in its attitude lowards the old; II. The propagation of the Rehgton of l umanity ,■ dont la dernière a été traduite cl insérée dan nos Pièces justificatives, n°20.

LJi POSITIVISME

centre occidental. L'action déréglée de l'Europe menaçant la plus vaste et la plus respectable civilisation spontanée qui se soit produite en dehors de la nôtre, la religion finale, par l'intermédiaire de son seul organe systématique, a dignement élevé la voix. Contrairement à tous les docteurs du libéralisme qui légitiment toujours par de tristes sopliismes l'exploitation du faible par le fort, le directeur du positivisme a démontré que ces prétendus barbares méritent à tous égards nos sympathies et notre respect. Pour la première fois, depuis que l'Europe connaît ce vaste empire, il a exposé la nature réelle de son organisation politique, religieuse et sociale, le mystère de son existence et de sa constitution; il a fourni la théorie positive de cette immense civilisation, l'exphcation rationnelle de cette grande énigme historique. Puis faisant appel aux devoirs résultés, pour l'Occident moderne, de la grandeur même d'un tel peuple, il a formulé, d'après les considérations les plus fortes, la nécessité de l'abstention systématique qui doit caractériser à cet égard , comme dans tous les autres cas , la politique française, pour assurer d'une manière générale l'indépendance, le respect et même la protection des peuples moins avancés (1) .

Or, de tous ces faits il résulte que l'action d'Auguste Comte ne s'est pas, comme on l'a dit, éteinte avec lui ; que la continuité de son œuvre n'est point rompue; que le positivisme survit à son fondateur; qu'il n'a pas cessé de développer son véritable caractère intellectuel et social ; qu'il n'est point un vain système scolastique, une simple utopie révolutionnaire, mais une grande et bienfaisante re-

(I) Cette exposition a élé faite par M. Lafitte à son Cours sur l'histoire générale de l'humanité. Elle a été recueillie grâce à une intervcnUon dévouée, et sera publiée proclminemcnt sous ce titre : Considérations générales sur l'ensemble de la civilisation chinoise et sur les relations de l'Occident avec la Chine.

Al'IÎKS AUGUSTE COMTE

ligion ! Son siège matériel est constitué, ses adliérents augmentent et se rallient des divers points de l'Occident; son subside, quoique trop insuffisant encore, se maintient et pourvoit aux plus urgentes nécessités (1) ; sa direction spirituelle agit ; la corporation philosophique qui la représente se prépare, étudie, s'épure et enseigne; enfin son patriciat s'ébauche et procède à la réorganisation sociale.

Le positivisme aborde donc avec sagesse les deux grandes nécessités de la situation moderne : l'éducation et le travail; il poursuit avec recueillement l'œuvre d'une régénération décisive qui doit s'étendre de l'Occident au reste de la. Terre.

fi) Voir aux Pièces justificatives, n° 25 bis, le relevé général des souscriptions positivistes.

PIÈCES JUSTIFICATIVES

PIÈCES JUSTIFICATIVES

Citations relatives l'appréciation de H. de Saint-Simon.

§ I". Préparation et capacité scientifiques de Saint-Simon.

— « Le second ouvrage de Saint-Simon fut publié en 1808 sous le titre à' Introduction aux travaux scientifiques du xix' siècle, 2 vol. in-4°, tirés à cent exemplaires seulement. Cet ouvrage était suscité par le programme de travail que Napoléon assigna à l'Institut : « Rendez-moi compte, avait dit l'Empereur, des progrès de la science depuis 1789, de son état actuel, et dites-moi quels sont les moyens propres a les activer. » Question immense, qui donna lieu à de beaux mémoires publiés par les secrétaires de chacune des classes de l'Institut. Saint-Simon n'entreprit rien moins que de traiter à lui tout seul et à sa manière le sujet tout entier. Son ouvrage est une vaste ébauche, une énorme bouteille à V encre, dont la -partie scientifique ne vaut rien : il a lui-même déclaré plus tard qu'il avait renoncé a cette entreprise , parce que, dit-il, « je me suis aperçu que j'avais mal commencé l'exposition de mes idées, el que je n'étais pas encore mûr pour rédiger et contexturer l'ouvrage que j'avais conçu. » [Galerie des contemporains illustres, par un homme de rien; Biographie de Saint- Simon, p. 50.)

— « Si V Introduction aux travaux scientifiques du xix° siècle ménte, par la grandeur et la nouveauté des vues générales dont le principe s'y trouve déposé, de devenir l'objet des méditations de tout esprit philosophique, il faut reconnaitre que la question purement scientifique y est traitée avec une yrande faiblesse; Saint- Simon y critique les théories de l'École sans avoir même pris au préalable le temps et le soin nécessaires pour se mettre au courant

PIÈCES JUSTIFICATIVES

des sujets dont il entreprend la discussion; il relève, par exemple, chez Newton, une conti-adiction clans laquelle ce grand physicien n'est jamais tombé ; et dans le second volume, il hasarde une théorie cosmogonique qui contredit sur plusieurs points des vérités incontestables en mécanique. » (Œuvres choisies de C.-H. de Saint-Simon, précédées d'un essai sur sa doctrine, 3 volumes in-12; Bruxelles, 1859. Chez Fr. Van Mecnen et C, imprimeurs, rue de la Putterie, 33. Introduction, p. xxxvii etxxxviii.)

— « Saint-Simon publia alors ses Lettres au bureau des longitudes, qui ne furent pas saisies davantage. Elles contenaient , en outre d'un examen plus approfondi de l'utilité d'un nouveau système scientifique , quelques observations sur l'importance en physique des idées du vide et du frottement. La critique, à cette époque, dédaignait toutes les idées générales, quelles qu'elles fussent , aussi ne chercha-t-elle point a approfondir l'idée capitale énoncée dans V Introduction et dans les Lettres au hureaudes longitudes, pour la faire accepter et passer dans le domaine public; elle s'en prit justement a ces observations particulières, que Saint-Simon du reste abandonna dans la suite, et qu'il ne produisait que comme hypothèses; car il pensait, lui aussi, que toutes les lois physiques, pour être reconnues vraies, ont besoin d'être vérifiées par le calcul, et il s'était abstenu de vérifier celles qu'il avait énoncées. C'était, de la part de la critique, bien mal comprendre son rôle, car Saint-Simon n'a jamais prétendu faire de science proprement dite : il visait h la philosophie des sciences, et doit être considéré comme un philosophe, non comme un savant ou comme un érudit. « [Saint-Simon, sa vie et ses travaux, par M. G. Ilubard; suivi de fragments des plus célèbres écrits de

• Saint-Simon. Chez Guillaumin et C% libraires, rue Richelieu, 14; Paris, 18^7. 1 vol. in-12, p. 46 et 47.)

— « Aussitôt que j'eus rompu avec lui (M. de Redcrn), je conçus le projet de frayer une nouvelle carrière a l'intelligence humaine, la carrière -physico-politique. Je conçus le projet de faire faire un pas général à la science, et de rendre Viniiiaiive à l'école française. » (Saint-Simon, Premier fragment sur sa vie écrite par lui-même (1808) ; édition des Œuvres de Saint-Simon, par 0. Rodrigues, p. xx.)

— « J'ai employé mon argent a acquérir de la science; grande chère, bon vin, beaucoup d'empressement vis-à-vis des professeurs, auxquels ma bourse était ouverte, me procurèrent toutes les facilités que je pouvais désirer. » [Ibidem, p. xxi.)

— « De retour de ces voyages, je me suis marié; j'ai usé du ma-

PrftCËS JUSTIKICATIVIÎS. /^O.'j

riage comme d'un moyen pour éludier les savants, 'chose qui me paraissait nécessaire pour l'exécution de mon entreprise; car, pour améliorer l'organisation du système scientifique, il ne'suffit pas de bien connaître la situation de la connaissance humaine il faut encore savoir l'effet que la culture de la science produit sur ceux qui s'y livrent » {Ibidem, p. xxiii.)

- « On voi-t que je n'ai rien négligé, rien épargné pour assurer le succès de mon entreprise scientifique; c'est après avoir terminé tous les travaux préparatoires dont je viens de rendre compte que j'ai pris la plume. »

« J'ai d'abord fait imprimer deux volumes ayant pour titre Introduction aux travaux scientifiques du xix' siècle. J'ai abandonné cette entreprise parce que je me suis aperçu que f avais mal commencé Vexposition de mes idées. Cette expérience m' ayant prouve que je n'étais pas encore mûr pour contexturer et rédiqer i ouvrage que f avais conçu (1), j'ai pris le parti de publier des ettres (2) ou j ai traité séparément les questions dont les solulons partielles sont les principes que j'emploierai à l'organisation du système scientifique. » [Ibidem.]

§ II. Émancipation théologique de Saint-Simon.

- C'est Dieu qui m'a parlé : un homme aurait-il pu inventer une religion supérieure k toutes celles qui ont existé ill faudrait stcpposer qu'aucune d'elles n'a été instituée par la Divinité- Regardez comme le précepte est clair dans la religion qui m'a été révélée , voyez comme son exécution est assurée

aluàZ^ST"' '"'"''^'^ ' ^"j^* ■ ^out homme qui a Oit ala.eudation sera nécessairement convaincu gue Dieu seul a pu donner à l'Humanité le moyen de forcer chacun de e membres a suivre le précepte de l'amour du prochain (Saint

:X:ZT^' '''''' ''"'^

- « A l'époque la plus cruelle de la révolution et nendnnt nnp

1 honneur de prodmre un héros et un philosophe de premlè^Ô

.lér2t';omre'soTœrc''!ondTe,?M ^''."^«J;'''''^' Sainl-Simon consi-

une lenialivoavonce. (Aoi. du'biograpl'.e? '""^'"'''^ ""i-mCme comme

(2) Généralemcnl désignées sous le titrofi,. r„//

^ous le 11 ire de LMrcs an bureau, des longitudes. [Id.)

PIÈCES JUSTIFICATIVES

ligne. Cet honneur était réservé à ma maison. Mon fils, tes succès, comme philosophe, égaleront ceux que j'ai obtenus comme militaire et comme politique , et il a disparu. » (Saint-Simon, Prospectus d'une nouvelle Encyclopédie, 1810.)

— « Le coNSERVATEun. Croyez-vous en Dieu? « Le NOVATEUR. Oui, je crois en Dieu,

« Le CONSERVATEUR. Croycz-vous que la religion chrétienne ait une origine divine?

« Le NOVATEUR. Oui, je le crois. » (Saint-Simon, Nouveau christianisme, 1825.)

— « Oui, je crois que le christianisme est une institution divine, et je suis persuadé que Dieu accorde une protection spéciale à ceux qui font leurs efforts pour soumettre toutes les institutions humaines au principe fondamental de cette doctrine sublime ; je suis convaincu que moi-même inaccomplis une mission divine, en rappelant les peuples et les rois au véritable esprit du christianisme. Et, plein de confiance dans la protection divine accordée a mes travaux d'une manière spéciale, je me sens la hardiesse de faire des représentations sur leur conduite aux rois de l'Europe qui se sont coalisés, en donnant à leur union le nom sacré de sainte-alliance ; je leur adresse directement la parole, j'ose leur dire :

« Princes ,

« Quelle est la nature, quel est le caractère, aux yeux de Dieu et des chrétiens, du pouvoir que vous exercez? etc. » {Nouveau christianisme, 182S.)

§ IIL Capacité philosophique de Saint-Simon.

— « Le seul moyen pour faire faire des progrès positifs à la philosophie est de faire des expériences. Les expériences pliilosophiques les plus capitales sont celles qui portent sur des actions neuves, ou sur de nouvelles séries d'actions. Toute action neuve ne peut être classée que d'après des observations faites sur ses résultats ; ainsi, l'homme qui se livre ii des recherches de haute philosophie doit, pendant le cours de ses expériences, commettre beaucoup d'actions marquées au coin de la folie. )^

«Enfin, il résulte de la nature des choses que, pour faire faire un pas capital a la philosophie, il faut remplir les conditions suivantes :

HÉCES JUSTU'iCATIVES.

« 1" Mener, pendant tout le cours de la vigueur de l'âge, la vie la plus originale et la plus active possible ;

« 2° Prendre connaissance avec soin de toutes les théories et de toutes les pratiques ;

« 3° Parcourir toutes les classes de la société, se placer personnellement dans les positions sociales les plus différentes, et même créer des relations qui n'aient point existé ;

« 4° Enfin employer sa vieillesse à résumer les observations sur les effets qui sont résultés de ses actions pour les autres et pour soi, et a établir des principes sur ces résumés.

tt L'homme qui a tenu cette conduite est celui auquel l'humanité doit accorder le plus d'estime ; c'est celui qu'elle doit classer comme le plus vertueux , puisqu'il est celui qui a travaillé le plus méthodiquement aux progrès de la science, seule véritable source de la sagesse.» (Saint-Simon, Troisième fragment de sa vie écrite par lui-même (1810), p. xxxiii et xxxiv de l'édition 0. Rodrigues.)

— » De tout ce que nous aurons dit dans ce second mémoire, nous conclurons :

« 1° Qu'on peut déduire d'une manière plus ou moins directe l'explication de tous les phénomènes, de l'idée de la gravitation universelle ;

« 2° Que le seul moyen pour réorganiser le système de nos connaissances est de lui donner pour base l'idée de la gravitation, qu'on l'envisage sous le rapport scientifique, religieux ou politique;

« 3" Que l'idée de la gravitation n'est point en opposition avec celle de Dieu, puisqu'elle n'est autre chose que l'idée de la loi inmiuable par laquelle Dieu gouverne l'univers ;

« 4° Qu'en y mettant les ménagements convenables, la philosophie de la gravitation peut remplacer successivement et sans secousses, par des idées plus claires et plus précises, tous les principes de morale utile que la théologie enseigne. » (Conclusion du second mémoire inséré par Saint-Simon dans son Travail sur la gravitation universelle; Paris, 1813. Ce travail avait été dédié par lui a l'empereur Napoléon , et présenté au Sénat conservateur, au conseil d'État, et aux trois premières classes de l'In'^titut, sous ce titre : Moyen de forcer les Anglais à reconnaître Vindependance des pavillons, par Henry de Saint-Simon, cousin du duc de Samt-Smion, auteur des Mémoires de la régence; déccmbrel813.)

- « Nous conclurons de ce que nous aurons dit dans ce troi-

^•^^ HÈCIiS JUSTUaCAXIVES.

sionic mémoire, qu'il est possible d'organiser une théorie «énérale des sciences, tant physiques que morales, basée sur Vidée de la yravitahon considérée comme loi à laquelle Dieu a soumis Vamvers, et par laquelle il le régit. (Saint-Simon, conclusion du troisième mémoire, dans le même travail.)

~l "ous sommes certain de faire paraître, avant un an, notre troisième mémoire qui sera une bonne ébauche d une théorie scientifique générale basée sur Vidée de la gravitation universelle considérée comme loi générale, unique et immuable a laquelle Dieu a soumis l'univers, et par laquelle il le gouverne, ébauche suffisante pour donner à la corporation des savants les moyens de faire application de cette nouvelle théorie générale à la science politique. >, (Saint-Simon, conclusion générale du Travail sur la gravitation. )

§ IV. Désintéressement et sincérité théoriques de Saint-Simon.

~~ " Je croyais qu'une somme de 144,000 livres

me suffirait pour pousser mon entreprise à bout, et que f obtiendrais une place scientifique honorable avant de l'avoir épuisée. » (Saint-Simon , Deuxième fragment de sa vie écrite par luimème, 1808.)

— « L'Empereur aurait besoin d'un lieutenant scientifique capable de comprendre ses projets et d'en seconder l'exécution ; il lui faudrait un second Descartes. Sous de pareils chefs, les travaux de l'École seraient prodigieux. »

— « Descartes, s'il sortait du tombeau, n'aurait pas à envier le sort d'Aristote : Napoléon, mieux qu'Alexandre, sait apprécier et uli liser la capacité des savants. »

« Les circonstances actuelles sont éminemment favorables pour l'exécution d'un grand projet scientifique. Tout ce qui est grand, tout ce qui est beau, tout ce qui est bon, tout ce qui est juste, est puissamment protégé par l'Empereur. »

« Faire une bonne encyclopédie est un travail qui exige le concours des premiers savants du globe , vingt ans de travaux et cent millions. Ce projet est digne d'être présenté à l'Empereur. Il est la seule réponse convenable a la question qu'il a faite a l'Institut. C'est un fruit provenu du grain qu'il a semé. » (Saint- Simon, Introduction aux travaux scientifiques du xix" siècle., t. II ; Paris, 4808.)

— « La capacité de l'Empereur ne pourra être jugée d'une manière très-exacte que par la postérité; mais ses contemporains

PIÈCES JUSTIUCATIVES.

peuvent en avoir conscience d'une manière plus ou moins forte. L'homme le plus fort, après l'Empereur, est incontestablement celui qui l'admire le plus profondément. »

« Il existe trois actes de hautes dispositions organisatrices napoléoniennes, pour lesquels je suis plus exalté cVadmiraiion qu'aucune personne que je connaisse : la constitution du royaume d'Italie, l'établissement de la Légion d'honneur, la combinaison des deux établissements scientifiques. » (Saint-Simon, ibidem.)

— « A Sa Majesté l'Empereur.

« Sire ,

« Voici le moyen de forcer les Anglais a reconnaître l'indépendance des pavillons :

« Que Votre Majesté rende le décret suivant :

« L'Empereur décrète :

« 1" sera accordé une récompense de vingt-cinq millions a l'auteur du meilleur projet de réorganisation de la société européenne, etc. » (Saint-Simon, Moyen de forcer les Anglais à reconnaître l'indépendance des pavillo7is, placé en tète du Travail sur la gravitation., 1813.)

— « Je connais plusieurs personnes qui croient a la nécessité d'une religion pour le maintien de l'ordre social , et qui sont convaincues que le déisme est usé; que la religion fondée sur le déisme ne peut pas être rajeunie, et qui travaillent, en conséquence de cette opinion, à organiser une religion fondée sur le physicisme. Ces personnes se trompent sur un point essentiel : l'organisation d'une nouvelle religion n'est pas encore possible. Il n'y a d'exécutable que ce que fait le gouvernement : ce sont des concordats entre les différentes sectes déistes. » [Introduction aux travaux scientifiques du xix" siècle, t. II; 1808.)

— « Mon opinion n'est pas autre chose que le résumé des réflexions que j'ai faites sur les dispositions de l'Empereur. »

« Je crois à la nécessité d'une religion pour le maintien de l'ordre social; je crois que le déisme' est usé, je crois que le physicisme n'est point assez solidement établi pour servir de base a une religion.

« Je crois que la force des choses veut qu'il y ait deux doctrines distinctes : le physicisme pour les gens instruits, et le déisme pour la clause ignorante, »

« Ma conduite csl conforme à mon opinion ; je travaille k per-

PIÈCKS JUSTIFICATIVES.

lectionncr le physicisme; mais je ne publie point mes idées; je ne les communique qu'aux personnes suffisamment éclairées pour envisager les choses de ce point de vue, sans qu'il en résulte aucun inconvénient pour la société; je ne mets point mon ouvrage en vente, je n'en fais point parler dans les journaux, je le lais imprimer, mais je n'en fais tirer qu'un très-petit nombre d'exemplaires; et je ne les place qu'en mains sûres. Enfin, je respecte ostensiblement le déisme, comme étant et devant être encore pendant longtemps la doctrine publique. Je dis que c'est la conduite que je tiens, et je dis vrai ; mais je ne dis pas que je l'ai toujours tenue ; j'en ai suivi une tout a fait opposée, jusqu'à l'époque à laquelle les dispositions de l'Empereur ont fait tomber la cataracte qui m'aveuglait, » (Saint-Simon, ibidem.)

~ « Je dis, je crois avoir prouvé que l'idée Dieu ne doit point être employée dans les sciences physiques, mais je ne dis pas qu'elle ne doit pas servir dans les combinaisons politiques, au moins pendant longtemps. Elle est la meilleure manière qu'on ait trouvée de motiver les hautes dispositions législatives. » (Saint- Simon, ibidem.)

— « Je le répète et je le répéterai encore souvent: j'admire les dispositions du gouvernement relativement a la religion. Je suis pénétré du plus grand respect pour la profonde sagesse dont il a donné cette éclatante preuve. J'éprouve pour l'Empereur, cette tendre affection et cette vive reconnaissance dont l'âme du bon écolier se sent voluptueusement agitée pour le professeur transcendant dont il a compris la leçon. » (Saint-Simon, ibidem.)

— « Je dis qu'il existera incessamment deux doctrines bien distinctes : celle des savants, ils seront physicistes; celle du peuple, il restera déiste. Je le dis avec confiance, parce que telle est l'opinionquerEmpereur a manifestée dans ses dernières dispositions. »

— « Peu de jours après, l'Empereur a fondé l'Université. Il a placé a sa tète un philosophe sage, bien capable d'apprécier les travaux des physiciens et de faire passer dans Vinstruction de la jeunesse tout, ce qui peut y èire introduit de physicisme sans troubler Vordre social. » (Saint-Simon, ibidem.)

— « Ce n'est plus l'idée Dieu qui doit lier les conceptions des savants, c'est Vidée de la gravitation considérée comme loi de Dieu, pour ne 'point entrer en opposition acec les idées superstitieuses de ta classe pauvre, qui, faute d'instruction ou de force d'intelligence, 7ie peut s'élever à la hauteur des grandes abstractions. » (Saint- Simon, Travail sur la gravitation, 1813.)

HÈCES JL'SXlFlCA'flVES.

—«Je vois bien clairement que le pouvoir des théologiens passera dans les mains des physiciens et qu'il se revivifiera à celte époque ; mais je ne suis nullement en état de dire quant ce passage aura lieu ni de quelle manière il s'opérera. »

« J'attends que le chef des travaux de l'esprit humain, que le grand Napoléon ait parlé. Ses dispositions seront un trait de lumière qui éclairera mes recherches. » (Saint-Simon, Introducliori aux travaux scienti^qiies du XIX° siècle, t. II, 1808)

« L'idée de partager le corps scientifique en deux classes, l'une chargée du perfectionnement de la science, l'autre chargée de r.enseignement, est sublime. Cette idée trouvée, cette vérité découverte par l'Empereur servira de base à toutes les combinai- .sons scientifiques que je présenterai. » (Saint-Simon, Introd. aux trav., etc., t. II, 1808.)

§ V. Fixité politique de Saint-Simon.

Page 1