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DIXIÈME CIRCULAIRE

Paris, le 26 Homère 70 (23 fôrrier 1858).

« Graduellement développéepar le Protestantisme, le Déisme, et le Scepticisme, la maladie occidental» consiste dans une révolte continue de la raison individuelle contre Tensemble des antécédents lin- "»ains. » Auguste Comte.

J'ai dans la neuvième circulaire fait connaître quelle était l'organisation actuelle de la direction positiviste, et quelles étaient les obligations immédiates auxquelles nous astreignaient les volontés dernières de notre maître vénéré.

Je dois maintenant montrer comment elles ont été remplies et dire ce qu'il faut encore faire pour consolider et développer le noyau rénovateur.

Quatre obligations immédiates nous étaient prescrites •

1" Construire le tombeau d'Auguste Comte dans le lieu et de la manière par lui formulés dans son testament;

2° Louer son appartement, et y conserver tout ce qui lui

PIÈCES .lUSTlFlCATIVES.

avait appartenu, et dans lo même, étal qu'au moment de son

deccs ;

3" Y installer, comme gardienne, sa fille adoptivc, en lui servant une annuité viagère de IbOO fr.;

4" Maintenir le fonds typographique en conservant ou acquérant la propriété des ouvrages publiés d'Auguste Comte.

Le tombeau d'Auguste Comte a été construit conformément k ses vœux.

L'appartement est loué. La fille adoptive de notre maître vénéré est installée gardienne du siège sacré de la foi nouvelle. Enfin, la Société positiviste y tient ses fraternelles séances sous la présidence de M. Magnin.

Mais pour obtenir la possession de ce qui avait appartenu a Auguste Comte, y compris ses œuvres, l'assentiment de madame Comte nous était nécessaire. Nous avons fait auprès d'elle toutes les démarches possibles, ainsi que l'indique ma précédente circulaire, pour avoir d'elle un abandon complet de tous ses droits ; nous offrions en même temps de lui garantir une rente viagère de 2,000 fr, , nous chargeant du reste de payer toutes les dettes quelconques d'Auguste Comte.

Madame Comte, que notre maître indiquait comvie pouvant seule troubler l'exécution de ses dernières volontés^ prétendit que son honneur l'obligeait de refuser toute proposition.

Dès lors ne pouvant obtenir d'elle, sous aucune forme quelconque, la cession de ce qui avait appartenu à Auguste Comte, nous avons dû la suivre sur le terrain légal où elle nous plaçait nécessairement.

Quelque pénible que soit pour moi le récit des tristes profanations auxquelles nous avons dû assister, je dois aux exécuteurs testamentaires calomniés, je dois a tous les positivistes et à moimême, d'en faire une simple et courte exposition.

Madame Comte refusant absolument toute espèce d'arrangement, nous avons dû agir légalement, et comme créanciers, et comme exécuteurs testamentaires, appuyés, soutenus du concours du vénérable père d'Auguste Comte et de Celui de sa sœur, l'un et i'iiutrc dignement préoccupés d'assurer la réalisation des d'.M-nièrci^ voluiilois ih- r.oli'c m-vtre.

Dès lors, los BcaJlés iVircut mi.; iiii lînni df. M. Thunol, crèuncii'î', ot opposition auJi ccellé» t;u uoiii de M.M. Audilî'rent et Loncluunpt, qui avalent génorousi'inonl fuit les avances pour l'inipi\ ::i-ii n do dciix volumes do lu Po/ilique j^osiUve ; et la veule

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des livres et des meubles d'Auguste Comte devint àirisi inévitable.

On procéda à l'inventaire judiciaire des papiers et objets mobiliers. J'ai dû, pendant quinze jours, comme président de l'exécution testamentaire, assister à celte opération.

L'inventaire terminé, surgissait l'importante question de la garde du mobilier et des papiers.

L'exécution testamentaire devait demander la garde du mobilier et de l'appartement d'Auguste Comte pour plusieurs raisons :

En premier lieu, la volonté formelle du testateur, exprimée directement, était d'empêcher la présence, même momentanée, de Madame Comte, dans l'appartement.

En second lieu, il résultait du testament qu'Auguste Comte avait eu l'intention de laisser à ses exécuteurs testamentaires la garde de son mobilier;

Enfin, si madame Comte n'avait pas surtout été préoccupée de s'opposer autant qu'elle le pouvait aux, dernières volontés de son mari, elle eût respecté l'exécution d'une volonté qui ne nuisait en rien à ses ifitérêts.

D'après tout cela, nous introdaisîmes un référé pour demander :

1° La garde de l'appartement et du mobilier jusqu'au moment de la vente;

2" La garde des papiers, ou du moins leur dépôt, a l'exclusion de madame Comte, entre les mains de M° Aubry, notaire, jusqu'à ce que la question de leur possession définitive eût été légalement vidée.

Une ordonnance de référé intervenue sur cette demande, déclara :

1° Que madame Comte serait gardienne de l'appartement et du mobilier jusqu'à la vente;

2° Que W Aubry, notaire , resterait dépositaire des papiers d'Auguste Comte jusqu'à qu'il eût été statué au fond sur la propriété.

Je vais transcrire le résumé exact et succinct de cette doulouteuse séance, tel qtie je le rédigeais, le jour mémo :

« Séance des référés, le jeudi îi novembre 18;i7.

« Madame Comte a fait soutenir par son avoué, dcvanl M. le président des référés (M. Prudhoinme), en son cabinet, ellepnsenlc :

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« r Que M. Comte était athée; 2° qu'il était Ibu, et qu'elle se proposait de faire attaquer son testament comme émanant d'un fou.

« L'avoué a ajouté ensuite :

« M. Comte a trois anges :

« 1° Madame de Vaux ; 2° sa gouvernante, ou plutôt sa cuisinière; 3° je n'ose, a-t-il dit, monsieur le président, ajouter que Comte a compris sa mère dans une telle compagnie.

« (Rédigé le jeudi soir, 5 novembre.) »

Ainsi donc, voilà les tristes calomnies où le plus grand et le plus pur des hommes était accusé a la fois de libertinage et de folie; du reste, ces déplorables accusations ont été de nouveau répétées par madame Comte, devant moi et d'autres témoins.

U résulte de là pour nous plus d'un enseignement.

Ceux qui, même en respectant notre vénéré maître, auraient pu le soupçonner de trop de sévérité dans sa justice envers sa femme, peuvent voir par là combien était modérée au fond et exacte sa ferme appréciation.

On remarquera sans doute dans quels termes méprisants est appréciée la noble affection , si justement méritée , d'Auguste Comte pour sa fille adoptive.

Certes, il est consolant de voir l'énergique et austère philosophe, dont la mission était surtout l'établissement de la véritable hiérarchie, pouvoir donner dans sa vie privée le noble exemple de l'appréciation du mérite, indépendamment de la situation ; situation qu'il respectait scrupuleusement.

Juger et estimer les hommes par ce qu'ils valent , sans les pousser à un anarchique déclassement, tel est le vrai caractère social de la nouvelle religion. Auguste Comte nous en a fourni un digne modèle.

On peut voir en même temps le mépris profond pour les classes inférieures qui se cache dans le soi-disant amour de tant de gens pour une absurde égalité; et nous avons vu quelque temps après, dans une soi-disant appréciation de la philosophie positive , par un lettré directement étranger à toute connaissance réelle, le naïf étonnement qu'inspirait à un tel sophiste le juste respect d'Auguste Comte pour un ouvrier menuisier.

Du reste, par circonstance caractéristique, une telle apprécia-

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tion a paru dans un célèbre journal rédigé surtout par des lettrés soi-disant organes des idées libérales , mais au fond partisans exclusifs d'une dégradante pédaniocraiie.

De telles gens ne peuvent comprendre, en effet, qu'il puisse y avoir, non-seulement plus de capacité intrinsèque, mais même infiniment plus de connaissances réelles, dans beaucoup de prolétaires, que dans de célèbres professeurs exclusivement nourris de mots et d'entités.

Il faut espérer que si les étranges sentiments qu'inspire la conduite d'Auguste Comte, sachant apprécier et estimer le mérite indépendamment de la situation, surgissent encore, ils auront au moins la pudeur de ne pas se produire extérieurement.

Madame Comte devint donc, d'après l'ordonnance de référé, gardienne du mobilier.

La vente du mobilier et des livres fut fixée au 30 novembre. Cette annonce, faite subitement et nous prenant au dépourvu, je dus introduire un second référé pour obtenir quinzaine. La vente fut renvoyée au lundi 14 et mardi 15 décembre.

Pendant cette quinzaine , il fut possible de se préparer a l'exacte exécution de la volonté sacrée de notre maître.

Un de nos confrères, prévenu par moi, m'écrivit immédiatement :

« Si vous jugez, comme je le crois, qu'il faut posséder tout ce qui a appartenu à notre vénéré maître, vous devez avoir besoin d'une avance sur le subside, ou à tout autre titre, pour arriver à ce but. Je vous envoie une lettre de mon banquier sur l'un de ses correspondants de Paris, qui vous ouvre en mon nom un crédit a concurrence de 4,000 fr. Usez-en sans crainte ; quoiquepeu riche, je sais le prix de l'argent, et ce n'est point sans y avoir réfléchi que je mets cette somme à votre disposition. Cette avance ne me gênera en aucune façon , et l'usage que vous en ferez demanderait que je la portasse à un chiffre plus élevé si cela m'était possible. »

Un jeune positiviste anglais fit l'avance d'une pareille somme.

Enfin, nos confrères hollandais, fidèles à leur munificence habituelle, me firent parvenir aussi 4,000 fr.

Grâce a ces secours, nous avons pu racheter :

1» A peu près tout ce qui avait appartenu ;i notre vénéré maître ;

2" Tous ses ouvrages {Politique positive, Catéchisme, Appel] Synthèse subjective, à peu près 4,000 volumes).

Mais madame Comte restait gardienne du domicile jusqu'au 45 janvier 1858, et nous astreignait ainsi à un déménagement Elle consentit enfin a nous céder, pour la somme de2b0 1r., 16 droit d'entrer en jouissance de l'appartement quelques jours avant le 15 janvier. Nous évitions ainsi un pénible déplacement momentané du mobilier d'Auguste Comte.

Nous avons donc pu reconstituer le saint domicile dans le même état où il se trouvait a la mort de notre maître, et nous avons rétabli le fonds typographique au moyen des mêmes ouvrages qui l'ont institué.

Cette première partie de la tâche de l'exécution testamentaire a donc été remplie; remplie, parce que nous avons été soutenus par tous les vrais positivistes, qui ne pouvaient que sympathiser avec ceux qui étaient au fond les organes de leurs sentiments.

Mais madame Comte a trouvé, conformément aux prévisions consignées par Auguste Comte dans son testament, un uniqué défenseur, un champion, dans M. Littré.

Les exécuteurs testamentaires se sentent trop profondément honorés de la confiance que leur a témoignée l'incomparable rénovateur, ils sentent trop quels devoirs sacrés elle leur a imposés, ils sentent trop ce qu'ils doivent au positivisme et aux positivistes pour ne pas repousser énergiquement les tristes in.çinuations qui résultent de la conduite de M. Littré.

Voici, en effet, ce qu'a fait M. Littré. Il a d'abord, dans la Revue philosophique et religieuse (numéro du 1" décembre 1857, publié une circulaire où, après une convenable appréciation d'Auguste Comte, il termine ainsi :

« Pour tout cela, il faut que la fin de celui qui fut notre maître ne nous sépare pas. Un devoir à remplir est le premier lien que nous ayons et le meilleur que nous puissions avoir a notre début. M. Comte laisse une veuve, madame Comte recevait de son mari une pension annuelle de 2,000 fr. Nous succédons de droit k cette obligation. De même que nous nous sommes crus moralement obligés de fournir à M- Comte les moyens de vivre qui lui avaient été successivement enlevés, de même nous sommes tenus de remplir sa place a l'égard di^ sa veuve. Ces deux obligations sont connexes, et celle qui vient de s'éteindre ne fait que fortifier celle qui demeure. Ainsi, unis par unenu''îue doctrine, unis par le désir de la faire prospérei-, et peut-être aussi bientôt par des moyens directs d'y travailler, nous sommes unis tout d'abord par une œuvre qui caractérise nôtre ffalernitc entre nous. »

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Ainsi, M. Litlré ne daigne pas même dire qu'Auguste Comte laisse un testament; et en présence des appréciations de cet acte suprême de ses dernières volontés, il ne craint pas d'oser proposer aux positivistes pour ainsi dire de se grouper autour de celle qu'Auguste Comte avait appréciée dans le quatrième volume de la Politique posidve. Enfin , par un dernier acte inexplicable, cette circulaire, qui n'a pas été envoyée au plus grand nombre des positivistes, n'arrive a leur connaissance que par sa publication dans un recueil périodique.

M. Littré répondant quelque temps après [Journal des Débats du 29 décembre 1837) et d'une manière extrêmement digne assurément (1), aux attaques d'un sophiste (2), a ajouté à sa lettre la note suivante :

« J'ajoute (et l'on comprendra quel intérêt me dicte cette note) qu'en effet M. Comte a prescrit par son testament de servir une pension à sa veuve; mais que cette pension n'a pu être honorablement acceptée ; qu'on vient de tout vendre chez lui afin de payer quelques dettes qui ne font aucun tort à sa mémoire, et que la veuve, dénuée d'ailleurs de ressources, a renoncé à toutes reprises légales pour payer les créanciers, qui absorbent et au delà le produit de la vente. »

Ainsi donc, M. Littré ne parle même pas des exécuteurs testamentaires; bien loin de raconter tous les efforts faits par eux, il demande directement pour madame Comte une pension de 2,000 fr., et il la représente comme faisant vendre avec dévouement tout ce qui a appartenu à Auguste Comte, afin de pouvoir payer ses dettes, même celles qu'il avait contractées envers ses plus dévoués disciples.

(1) Cette approbaiion de M. Laffilte ne concerne, bien entendu, que les passages de l'article où M. Lillr6 reprend le sopliisle en question , mais nullement celui où il insinue que la folio avait reparu chez Auguste Comte dans ses dernières années; — fXole du biographe, approuvée par le dii erlcur du iiosilivismc.)

[i) Il est diftiio de remarque qiio ces Boi-disnnts aiipréoialeurs dfi Positivisme si!ii!, l'n };é;ié:a!, tout à fait étrangers aux c.innais-^,ii;ce:î réelles. Ils savent loiiles b'S eli-fcs siji' lesqu. Iles on ne peut rien savoir, . 1 vmnmksciil v'ivùùlemeiil les o,un„ms d,: ,e>,x,,id ci ont ,n svrde jHnciU snjcls. d'après un. telle prépara- 1.00 qu'iU piel. ndent jupT une pliilosophio fondée sur la sj stomatisalion do la sc.ence. Du reste . en voyant de l. lles gens se glorifier d'émaner de Descartes, qu'ils ne sont pas ...Cnic en étal de //>,.. dans la plus grande partie de son œiivre (eut bomn.oscnseetimparlialapprécicra,ctdolclle? intclligcnccB, el do telles moralités

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Il resuite donc de là que les exécuteurs testamentaires qu'Auguste Comte avait honorés d'une noble confiance, s'en sont montres radicalement indignes, qu'ils ont même manqué aux plus vulgaires obligations que s'imposent ceux qui acceptent d'exécuter les volontés d'un mort, et surtout d'un tel mort; il en résulte enfin que les disciples d'Auguste Comte n'auraient pas même eu le simple dévouement de payer ses dettes !

Ce serait donc sur les disciples d'Auguste Comte que devrait retomber la responsabilité d'une vente, qu'ils ont tous considérée comme la plus douloureuse des profanations!

Ah ! le récit de notre conduite proteste énergiquement contre de telles insinuations. Nous avons accompli autant qu'il était en nous la mission confiée.

Si madame Comte prétendait que son honneur l'obligeait de refuser nos offres, il fallait dire que des offres avaient été faites, renouvelées sous toutes les formes ; il fallait dire que nous avions offert de payer les dettes ; il fallait dire enfin que c'est avec l'argent des positivistes qu'elles ont été payées, puisqu'on définitive c'est nous qui avons tout racheté pour tout conserver.

Il eût été digne de dire que les exécuteurs testamentaires, appuyés par les positivistes, n'avaient pas failli à leur devoir, et que leur dévouement ni leur énergie n'avaient manqué dans l'exécution d'un testament auquel s'est opposée, même dans les circonstances indifférentes, la seule personne qu'Auguste Comte avait prévue devoir y mettre obstacle.

Je dois observer, avant de terminer ce triste sujet, que la circulaire de M. Littré était précédée des quelques mots suivants dus a la rédaction de la Revue philosophique et religieuse (1) :

« L'auteur du Cours de philosophie positive et de la Politique positive est mort pauvre. Ce qu'il a laissé suffira a peine pour payer les dettes qu'il a contractées.

« Ceux de ses disciples qui s'étaient associés a sa tentative religieuse, et qui constituent ce qu'on peut appeler désormais l'église positiviste, ont fait un appel de fonds qu'ils ont adressé uniquement aux positivistes. Mais dans la distribution du subside qu'ils

'■' (1) Rien ne prouve que celte iiilroduclion soil de la rédaction, et tout porte à penser, au contraire, qu'elle est de M. Littré. On peut donc admettre que M. LaDittc s'est généreusement abusé à ret égard. (Note du biographe.)

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sollicitent, ne se trouve pas comprise la veuve d'Auguste Comte, qui ne vivait que de la pension annuelle que lui faisait son mari, et qui se trouve, lui mort, dénuée de tout moyen d'existence.

« Peut-être est-il convenable, en effet, que la femme d'Auguste Comte ne reçoive pas d'un groupe de disciples, réunis en vue de pratiques cultuelles, le témoignage d'intérêt et de gratitude que la société tout entière doit au nom qu'elle porte.

« Ce n'est donc pas seulement aux positivistes que s'adresse l'appel que l'on va lire, c'est a tous ceux qui pensent qu'Auguste Comte a fait quelque chose pour l'humanité. »

Un simple rapprochement permettra d'apprécier l'inexactitude de telles observations en ce qui concerne notre conduite envers madame Comte, et fera d'autant mieux comprendre combien a été coupable envers les exécuteurs testamentaires le silence de M. Littré.

A la suite d'un article nécrologique sur Auguste Comte, inséré dans le numéro du 1" octobre 1857 de la Revue philosophique et religieuse, la rédaction a ajouté le post-scriptum suivant :

« Au moment de mettre sous presse, on nous communique une circulaire faite au nom des treize exécuteurs testamentaires d'Auguste Comte. Cette circulaire a pour but de faire connaître aux positivistes les dernières volontés du maître ; elle leur adresse un appel de fonds dont la destination estl'acquittement du legs fait à madame Sophie (la domestique qu'Auguste Comte appelait sa fille adoptive), la constitution d'une somme annuelle affectée à cette même personne et au payement du loyer de l'appartement d'Auguste Comte, qui doit être conservé; enfin la constitution d'une pension pour la veuve d'Auguste Comte. Nous sommes autorisés à déclarer que cette dernière n'a chargé personne de faire un appel en son nom aux amis et disciples de son mari. Madame Auguste Comte n'a pas été consultée par les auteurs de cette circulaire, et la désavoue positivement en ce qui la concerne. »

La circulaire dont il est ici question était du 9 septembre 1857.

En résumé, nous avons pu, grâce à de généreuses avances, exécuter, par une dépense approximative de 15,000 fr., une partie du testament d'Auguste Comte :

1° Construction de son tombeau ; 2° achat et conservation de ses livres et de son mobilier dans le saint domicile; 3° établissement du fonds typographique par l'acquisition des quatre mille volumes à peu près qui forment l'œuvre imprimée d'Auguste

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Comte (sauf la Philosophie positive, la Géométrie analytique et i-Asironomie populaire.)

Mais, à cet égard, voici ce qui nous reste encore à faire

Madame Comte a la garde clu tableau où un éminent artiste a reproduit le grand rénovateur pensant sous l'inspiration de ses anges gardiens; elle prétend à la possession de ce tableau

Elle a, en outre, un grand nombre de souvenirs ayant appartenu a madame de Vaux. Nous ne comprenons guère, nous devons l'avouer, comment son honneur se trouve ainsi intéressé a priver les positivistes de la possession de tels objets.

Elle réclame la possession des papiers d'Auguste Comte y compris ses cachets, dont il avait disposé, comme legs, par des articles spéciaux de son testament, papiers et cachets déposés, en vertu d'une ordonnance de référé, entre les mains de M' Aubry notaire. '

Enfin, elle prétend a la propriété littéraire des œuvres d'Auguste Comte. ^

Telles sont les questions qui restent encore à vider entre les exécuteurs testamentaires, madame Comte et le vénérable père de notre maître, qui, je dois le redire, nous a toujours manifesté la plus sympathique considération.

Les positivistes seront tenus au courant de tout ce qui sera fait pour l'accomplissement de cette partie de la tâche dont a bien voulu nous honorer un incomparable génie,

Après ce sommaire récit, qui permet sous ce rapport d'apprécier l'ensemble de la situation positiviste, je dois maintenant faire connaître les progrès accomplis dans notre situation intérieure, et les publications que nous allons très-prochainement effectuer. Je dois d'abord dire que le Comité positiviste se compose définitivement de MM. Audiffrent, Bazalgette, Congreve, Edger, tlsher, Papot, Robinet, Sabatier et Laffitte.

Le 19 janvier 1858, jour anniversaire de la grande naissance, nous avons inauguré le saint domicile par une respectueuse commémoration.

De plus, j'ai fait connaître dans cette réunion, que le culte positiviste se trouvait ainsi institué par la célébration de la naissance et de la mort de l'incomparable rénovateur. Ainsi, le 19 janvier et le 5 septembre de chaque année, les positivistes réunis sous la présidence, lorsque cela sera possible, d'un membre du Comité positiviste, viendront dans de telles réunions augmenter leur commune fraternité, par l'expression respectueuse de leur

commune vénération, de leur profonde gratitude et de leur inaltérable reconnaissance pour la mémoire de l'homme auquel ils doivent tant ; car par l'établissement de la nouvelle foi, il a fait cesser en eux : Veniiin, le doide, Vhrésoluiioii.

Quelques explications sont nécessaires sur un tel sujet.

Le culte est le ternie définitif de toute Religion, et le dernier domaine dont devait s'emparer l'esprit positif.

La science a conduit Auguste Comte à la Philosophie, la Philosophie a une Religion, laquelle doit définitivement se condenser dans un Culte.

Le Culte résume, en effet, la Philosophie, l'Art, la Morale.

Plusieurs raisons décisives rendent aussi inévitable qu'indispensable l'établissement du Culte de l'Humanité.

Le culte pourra seul rendre le dogme populaire, seul il pourra le rendre efficace, en touchant le cœur, l'améliorant et le poussant aux nobles dévouements.

Ce sera dans ces paisibles réunions que l'art, prêtant son concours à la science, fera goiiter familièrement a chacun de nous les charmes de la sociabilité. La se retrouveront ces profondes émotions qui résultent d'un sentiment commun collectivement exprimé. L'anarchie révolutionnaire peut seule méconnaître la haute efficacité morale de ces manifestations périodiques de nos plus nobles attributs.

On y puisera en même temps une sympathie plus sérieuse pour le catholicisme , qui seul représente régulièrement la satisfaction d'un tel besoin; service immense que tout vrai positiviste saura apprécier.

Enfin, cette conception du culte positif comme dernier aboutissant de l'évolution humaine, place, envers le passé, au point de vue de la plus convenable appréciation. Chaque état régulier de l'Humanité se caractérisant par un culte, la série de l'évolution humaine devient des lors complètement homogène. Chacun de nous doit voir alors des prédécesseurs dans tous ceux qui, dans les plus lointains souvenirs du passé, ont graduellement préparé par des ébauches préliminaires le culte de l'Humanité.

Mettre le culte au-dessus du dogme, c'est mettre la culture morale au-dessus de la culture intellectuelle.

Pour le culte intime, Auguste Comte n'a rien laissé a désirer dans ses explications. Chacun de nous à cet égard est juge du degré actuel d'extension et de consistance qu'il pont' lui accorder.

Pour le culte public, plusieurs conditions sont nécessaires pour

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éviter toute dégénération en des manifestations puériles, incapables dès lors de toute véritable efficacité.

Il faut, a la fois, dans de telles réunions, des opinions communes et des sentiments véritablement partagés par tous. ^ Mais certes, de telles conditions sont remplies dans la célébration commémorative de la naissance et de la mort d'Auguste Comte. Peut-il être positiviste, celui qui ne se sent pas animé, non-seulement de la plus profonde admiration, mais surtout de la plus intime gratitude, de la plus inaltérable vénération pour le plus grand et le plus pur des hommes?

Je sais que sous le prétexte de progrès abstrait de l'Humanité, on a systématisé l'ingratitude, en méconnaissant la part indispensable des grandes natures a l'évolution collective de notre espèce. Mais les positivistes ne peuvent pas partager de vagues appréciations où des idées mal digérées par des tètes peu scientifiques cachent de mauvais sentiments.

Ces justes témoignages de notre reconnaissance pour ces organes vénérables de l'Humanité sont aussi fortifiants pour l'esprit que pour le cœur.

Tel est le premier pas du Positivisme dans l'installation de la foi nouvelle. Il me reste maintenant a dire succinctement les publications qui seront faites dans le courant de cette année.

Nous allons publier la traduction de l'opuscule de M. Congreve sur Vlnde.

Dans le courant de cette année paraîtra un volume contenant tout ce qui nous reste d'Auguste Comte sur la morale. On pourra voir ainsi les linéaments du grand édifice qu'il voulait construire. Je hâte autant que possible la réunion des matériaux de cette publication.

Je ferai connaître, plus tard, la nature des publications et des cours qui devront commencer l'année prochaine.

Mais nous n'organiserons aucune publication périodique. Nous resterons ainsi strictement assujettis aux principes posés par Auguste Comte, principes dont la réflexion et l'expérience nous démontrent chaque jour la réalité.

Voila ce qu'il écrivait dans sa huitième circulaire :

« Graduellement développée par le protestantisme, le déisme et le scepticisme, la maladie occidentale consiste dans une révolte continue de la raison individuelle contre l'ensemble des antécédents humains. Résultée de la décadence nécessaire des croyances propres au moyen âge, elle a pour siège primitif la ré-

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gion spéculative du cerveau. Mais sa principale gravité provient de son extension spontanée à la région affective, en surexcitant l'orgueil et la vanité, tandis qu'elle comprime la vénération, et, par suite, les deux autres instincts sympathiques. Déveloi^pant à la fois la présomption intérieure et la défiance extérieure, elle a pour résultats caractéristiques, dans les trois parties du cerveau, l'ennui, le doute et l'irrésolution, que la foi positive fait seule cesser. Loin de se borner aux vrais révolutionnaires, le mal s'étend jusqu'aux plus purs rétrogrades, qui, sans admettre le dogme de l'infaillibilité personnelle, sont involontairement conduits à le pratiquer envers les principales questions habituelles. Ils ont spécialement manifesté cette tendance d'après leur participation croissante au journalisme, qui, résulté de l'interrègne religieux, tend à le perpétuer. Seuls, les vrais positivistes s'abstiennent d'employer activement , et même d'alimenter passivement, une institution radicalement anarchique, dont ils apprécient les ravages intellectuels et moraux, en s'efforçant d'en délivrer l'Occident, d'après un digne usage de la liberté spirituelle. »

Que ces paroles nous servent de guide. Les vrais croyants, profondément pénétrés que la rénovation occidentale est surtout morale et non politique, convaincus que le règlement des forces privées, que les mesures matérielles ne peuvent atteindre, est la grande nécessité actuelle, porteront dans cette direction leurs efforts continus.

Que leur dévouement se mette réellement à la hauteur de leur mission, et ils trouveront estime et respect de la part de toutes les âmes honnêtes et sincères, qui ne pourront qu'honorer leurs efforts systématiques pour arriver à la prépondérance graduelle de la Morale, dans un temps où les préoccupations exclusivement matérielles tendent à dégrader l'Occident.

Salut et Fraternité.

P. Laffitte.

(10, rue Monsieur-lc-Prince.)

f'J°"® quelconques devront être adressés à

M. P. Laffitte, rue Monsieur-le-Princc, n" 10. Quoique nul ne doive occuper le domicile sacré, néanmoins c'est là que tout envoi doit arriver, comme au siège normal delà nouvelle foi.

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