‹ Notice sur l'œuvre et la vie d'Auguste ComteChapitre 54 sur 65 · DOUZIÈME CIRCULAIRE · texte numérisé non relu

DOUZIÈME CIRCULAIRE

Paris, 28 Moïse 72 (22 janvier 1860),

k La formation du sacerdoce positif flevient

la première condition d'une régénération non moins indispensulile à l'ordre qu'au progrès.

Auguste Comte.

Avant d'indiquer les mesures propres à étendre et consolider l'action du Positivisme, je dois résumer sommairement les prin-' cipaùx événements accomplis dans le courant de l'année qui vient de finir.

Ainsi que je l'avais promis dans ma précédente circulaire, j'ai publié le discours d'ouverture du cours que je professe gratuitement sur l'histoire générale de l'Humanité, et par lequel j'ai inauguré le véritable enseignement positiviste. Ce cours, que j'ai recommencé depuis le mois de novembre 1859, est le début du système général d'enseignement public et gratuit que doit instituer en Occident le sacerdoce positiviste, et qui constitue sa fonction spéciale.

M. Audiffrent, membre du Co7iseil posilivisie, a complété finalement cette année sa préparation intellectuelle en terminant le cours de ses études médicales, ce qui va lui permettre d'aborder directement sa fonction sociale d'une systématique propagande positiviste.

M. Audiffrent, après avoir accompli a l'École polytechnique son initiation cosmologique surtout mathématique, entreprit, d'après le conseil d'Auguste Comte, les études médicales, ii la fois comme

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complément biologique d'une éducation vraiment encyclopédique, et aussi comme préparation directe à sa fonction philosophique. ^

Le caractère essentiel du sacerdoce positiviste étant la systématisation de la vie humaine sous la prépondérance de la morale une préparation encyclopédique est la condition de son installation; préparation qui doit être dirigée d'après la hiérarchie des conceptions abstraites (mathématique, astronomie, physique chimie, biologie, sociologie, morale).

Mais l'enseignement n'est pas la seule fonction du sacerdoce positiviste, il la complète par le conseil public et privé. Par suite, les fonctions médicales rentrent nécessairement dans ses attributions. C'est pour satisfaire à ces difficiles conditions que M. Audiffrent a complété son éducation polytechnique par des études médicales terminées par l'obtention du doctorat.

On doit justement signaler au public les sérieuses garanties qu'offre a l'ordre la nouvelle corporation philosophique en s'assujettissant a de difficiles études encyclopédiques comme préliminaire indispensable de son action privée et publique. On peut aussi signaler le juste respect que montre la nouvelle école pour la continuité sociale, puisqu'elle fait constater l'accomplissement de telles études d'après les procédés adoptés par la société actuelle. C'est pourquoi on doit justement approuver M. Audiffrent d'avoir complété le cours de ses études médicales par l'obtention du titre officiel qui les constate.

^ Mais outre l'importance de l'acte en lui-même pour la consolidation du Positivisme, je dois indiquer rapidement le vrai mérite de la thèse de M. Audiffrent (1).

Parmi les dernières conceptions d'Auguste Comte pour le perfectionnement des études biologiques et médicales, et finalement pour la connaissance systématique et réelle de la nature humaine, on doit justement signaler sa théorie des ganglions sensitifs et sa conception générale de la maladie.

C'est sur ce double objet que porte la thèse de M. Audiff"rent, et surtout sur la théorie de la sensibilité et des perturbations pathologiques qu'elle manifeste. Il a pu, dans un cas intéressant d'observation clinique, mettre en lumière la distinction du sens

(1) Réflexions stir un cas de névrose de la cinquième poiVe et sur les névroses en (jènéral, par M. AudiCfrenl^ ancien él^ve dç l'É,colo polj;lechiiique, doclcur-nié-. decia^

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de la musculation et du sens de Véleciriction établis par Auguste Comte dans sa théorie générale de la sensibilité , d'après les aperçus de Blainville. En examinant, a propos de ce cas spécial, la question générale des névroses et de leur traitement, il a pu, dans un travail vraiment remarquable, faire sentir l'importance de ne jamais séparer l'étude des perturbations spéciales de la sensibilité et de la locomotion, de la considération de l'unité cérébrale qui doit être toujours la notion prépondérante; enfin M. Audiffrent a su faire comprendre comment le Positivisme rallie la grande tradition des médecins praticiens dont Ilippocrate est le vrai type. — Ainsi donc la constitution de la corporation philosophique, besoin essentiel de la situation occidentale, a accompli ainsi en France un véritable progrès. : En Angleterre et en Amérique, les deux membres du Conseil positiviste, noyau fondamental du sacerdoce, ont continué avec autant de dévouement que d'énergie leur action sociale.

M. Congreve a publié le discours par lequel il a inauguré a Londres le culte positiviste par la célébration de la naissance d'Auguste Comte (1), célébration qui prépare la fête de l'Humanité, et qui, dans un avenir plus ou moins éloigné , se fondra avec elle.

M. Congreve, avec sa ferme et prudente initiative, est intervenu comme ministre de la Religion de l'Humanité dans la grève des ouvriers du bâtiment , par une lettre publique adressée au secrétaire de la Conférence des états du bâtiment associés. M. Congreve a nettement rappelé dans cette circonstance les notions décisives que le Positivisme établit pour le règlement de ces grandes relations entre les entrepreneurs et les travailleurs, règlement qui constitue l'un des problèmes essentiels de la situation occidentale et que la Religion de l'Humanité Ue a la réorganisation intellectuelle et morale qu'elle vient accomplir.

« Pour arriver a la solution de ce problème (l'incorporation sociale du prolétariat), dit M. Congreve dans sa lettre, la Religion de l'Humanité prescrit des mesures pacifiques en interdisant toute violence ; elle préfère de même en tous les cas les moyens moraux d'action, aux moyens purement matériels. Elle parle librement

(1) The new Religion in ils aililude iowards ihcold, a sermon preached at Soullifields, Wandsworlh, on Iheanniversary of the birtli of Auguste Comte, by nichard Congreve.— John Clinpman, 8, King-william strccl, Strand, London, 1859.

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aux deux partis aux entrepreneurs aussi bien qu'aux ouvriers. Pour ce qui est de la lutte actuelle, elle prescrirait aux ouvriers comme un devoir des plus solennels, de bien employer le loisiiplus grand quds reclament, c'est-à-dire de s'en servir pour mieux remplir leurs fonctions sociales; elle avertirait d'un autre côté les entrepreneurs qu'ils ne sont que les dépositaires de la richesse sociale, richesse qui doit servir surtout à mieux garantir la plus haute efficacité en tous genres, de l'agent principal qui la produit, c est-a-dire de l'ouvrier lui-même sans le secours duquel tout autre agent serait impuissant. C'est, monsieur, en ministre de la Religion de l'Humanité, que je vous adresse ces paroles. »

L'urgence d'un pouvoir spirituel indépendant, qui puisse intervenir au nom de la morale démontrée dans de telles luttes, se fera sentir chaque jour davantage; et chaque vrai croyant comprendra l'importance de cette première intervention dans les conflits de l'organisme industriel,

M. Congreve commencera cette année a Londres un cours public et gratuit essentiellement destiné aux prolétaires, sur les conceptions fondamentales du Positivisme, surtout en sociologie et en morale.

C'est ainsi que par le culte, le conseil et l'enseignement, commence en Angleterre, sur une échelle faible encore mais décisive, rélal)lissement et la fondation du pouvoir spirituel, organe de la doctrine qui vient terminer pacifiquement la révolution occidentale commencée depuis cinq siècles.

Notre digne apôtre américain, M. Edger, continue son active propagande, et je dois rapidement signaler les pas accomplis pendant l'année 1859, sous son intervention dévouée. Le 24 Guttemberg71 (5 septembre 1859), il a fait la célébration commémorative de la mort d'Auguste Comte : « J'ai donc en fait, dit-il justement, inauguré le culte public de l'Humanité sur le sol américain. »

Mais outre cette installation du culte public, M. Edger développant noblement son office sacerdotal, a administré, le 26 Gutteniberg 71, le sacrement àe la Prése7itatio7i, et le 28 Guttemberg71, celui du Mariage à un digne prolétaire qui a su montrer, par une prolongation exceptionnelle du chaste préambule, la puissance modificatrice de la Religion de l'Humanité sur les natures vraiment énergiques et réellement élevées.

La Religion de l'Humanité s'installe donc en fait par l'épreuve la plus décisive, celle qui consiste a modifier la vie privée. C'est par cette moralisation personnelle que la Religion positive mon-

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Irera enfin sa puissante apliliulo à la direction effective des natures énergiques sur lesquelles le théologisme n'exerce plus depuis longtemps aucune action quelconque.

M. PZdger a consacré, le 2 Shakespeare 71, une séance publique a l'exposition de quelques-unes des solutions principales du Positivisme pour la régénération industrielle. Ce dévouement continu, et cette énergique persistance de notre apôtre américain, et les résultats incontestables d'une telle action, consolident nos espérances sur une mission qui doit être dignement appuyée.

Le sacerdoce positiviste a donc pris cette année une plus grande consistance en étendant davantage son action.

Mais outre un sacerdoce, le Positivisme fera surgir un Patriciat destiné à diriger la vie pratique sous la suprématie d'une morale démontrée qui règle à l'abri de tout arbitraire les devoirs propres a toutes les situations de la vie privée et publique; le double résultat à atteindre sera l'incorporation sociale du prolétariat occidental et la consolidation de la digne influence domestique de la femme.

Un pas décisif a été accompli à cet égard cette année, de manière à caractériser à la fois la possibilité d'une réelle régénération pratique sous l'influence de la Religion positive, et de manière aussi a montrer par une application décisive la nature de la solution positiviste pour les grandes questions de l'ordre industriel.

Je dois un récit sommaire de ce pas, nouveau et important pour l'installation sociale de la Religion démontrée.

Auguste Comte, en 1854, dans le tome IV de la Politique positive, après avoir expliqué la nécessité de la formation de riches artificiels par de convenables dotations industrielles, afin de fournir de dignes types de la régénération pratique, écrivait les lignes suivantes :

« Le Positivisme s'honore d'un éminent praticien qui, d'après une forte préparation théorique, lutte, avec autant de dévouement que de sagesse, contre les difficultés résultées de l'insufRsance de ses capitaux envers l'amélioration décisive de son domaine rural. De pareils cas sont assez multipliés déjà pour indiquer combien l'intervention systématique peut seconder la régénération spontanée de l'existence industrielle en faisant surgir les mœurs sociocraliques chez les praticiens d'élite avant la fin de la transition. »

Le Positivisme comptait donc dans son sein un homme vrai-

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ment digne, par sa nature intellectuelle et morale, ses connaissances théoriques, sa forte préparation pratique, de fournir un premier type du patriciat industriel; mais une extension de son capital était nécessaire pour cela. Cette indispensable extension s'est réalisée grâce a la généreuse intervention d'un jeune patricien anglais. Je ne puis mieux faire connaître cette intervention qu'en citant quelques passages de la lettre de notre jeune confrère a M. Hadery.

« J'ai un projet que d'après mûres réflexions j'ose soumettre à votre bonne considération.

« Ce que je veux faire donc, c'est simplement de vous faire don de ces 130,000 fr. (1) qu'il vous faudra pour organiser votre ferme sur une échelle suffisante. Je vous fais remarquer d'abord que le don est un moyen très-normal dans de pareils cas : notre incomparable fondateur l'a pleinement réhabilité, surtout au deuxième volume de la Politique positive, en traitant de la propriété. D'ailleurs un pareil don dans votre cas, noble confrère, se fait si pleinement à l'Humanité, et non pas a un individu, que toute idée d'obligation personnelle s'exclut naturellement. Je suis convaincu que rien n'est plus opportun, pour ne pas dire nécessaire, qu'une expérience positiviste pratique; et aujourd'hui il n'y a que la vôtre, et la vôtre doit, sous peine d'insuffisance, s'étendre hors des étroites limites qu'y a imposées votre situation. Mais en s'étendant votre exploitation doit devenir de plus en plus normale, et il est delà dernière importance, pour une exploitation agricole qui vise à une pleine normalité, que l'entrepreneur soit aussi propriétaire. Or pour que vous puissiez devenir propriétaire du terrain qu'il vous faut, il n'y a que le don qui a le mérite d'être pai'faitement, mais parfaitement normal. Pour l'acceptation de votre part du don que j'ose vous offrir, j'espère que vous n'y verrez qu'un simple devoir, comme je ne vois de ma part qu'un simple devoir à vous l'offrir. »

Ainsi a commencé l'institution d'un premier type du patriciat industriel par une intervention aussi généreusement faite que dignement acceptée.

Mais une telle institution devait être complétée par une consécration religieuse consistant a accorder a M. Hadery le sacrement de la Destination. C'est ce qui a eu lieu le 25 Guttemberg 71 (6 septembre 1859). Pour la première fois dans l'histoire de l'Hu-

(1) Le don a été ultérieurement porté à la somme de 250,000 fr.

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manité, les fonctions industrielles recevaient une consécration religieuse de manière k indiquer la transformation finale qui donnera aux chefs industriels comme aux prolétaires un caractère vraiment civique, et fera disparaître chez les uns comme chez les autres les traces trop sensibles encore de l'esclave émancipé. Je publierai , dans le courant dé cette année , le discours prononcé dans cette importante occasion. Je dois seulement, pour caractériser l'esprit d'un tel acte, reproduire ici la formule fondamentale que tout patricien positiviste doit jurer avant de recevoir la consécration religieuse au nom de l'Humanité :

•1° Vous reconnaissez que la richesse, sociale dans sa source et sa desLination^ doit néanmoins recevoir une appropriation personnelle^ de manière à être employée avec une digne indépendance au service de l'Humanité.

2° Vous promettez de prélever sur le revenu avec une sage économie pour votre entretien personnel, de manière à l'employer surtout à la digne amélioration des agents et au convenable perfectionnement de Vinsirument.

3" Vous promettez d'instituer autant que possible une digne hérédité sociocratique du capital que vous allez administrer.

Grâce a l'intelligence et au dévouement habituels de M. Lonchampt, nous avons pu commencer cette année la réalisation du plan conçu depuis longtemps pour faire concourir à l'éducation positive du peuple, en les groupant autour du sacerdoce, les praticiens ayant une éducation scientifique convenable-.

L'éducation est la fonction spéciale du sacerdoce , mais pendant la transition on peut convenablement utiliser les connaissances scientifiques réelles d'un grand nombre de praticiens. II existe, surtout en France, grâce à l'École polytechnique ou à ses aboutissants, un grand nombre d'esprits voués à la vie pratique, mais ayant néanmoins reçu une forte éducation cosmologique. Ils i)ouvent dès lors faire des cours complémentaires, mais uniquement sur la science profane (mathématique, astronomie, physique, chimie), la science sacrée (biologie, sociologie, morale) devant être, même pendant la transition, l'apanage exclusif de la corporation philosophique. En résumé, ces cours doivent être conçus, 1° comme purement relatifs à la transition, 2° comme portant exclusivement sur la cosmologie, 3° comme institués sous l'action directrice du sacerdoce. De cette manière , de dignes praticiens pourront utiliser leurs connaissances et leur dévouement pour l'in.struction positive du peuple, se rattacheront ii une

l'IÈCKS .lUSTlFICATlVES.

grande causo sociale, cl prépareront l'avènement définitif de la foi démontrée.

Ce projet, susceptible d'un immense développement ultérieur, a déjà reçu un commencement d'exécution par le cours public d'astronomie populaire que professe gratuitement M. Lonchampt.

Je dois faire connaître maintenant, parce qu'il va avoir un commencement d'exécution , un projet important :

L'institution systématique du conseil médical gratuit.

La fonction médicale devant normalement se fondre dans la fonction sacerdotale , le prêtre de l'Humanité doit donc conseiller gratuitement sur l'état pathologique, comme sur tout autre sujet de la vie privée ou publique; le sacerdoce positiviste doit donc considérer le conseil médical gratuit comme un des attributs de sa fonction sociale. M. le docteur Audiffrent, membre du Conseil positiviste, va commencer ii Marseille, cette année, l'installation de cette fonction élémentaire du pouvoir spirituel; et j'espère pouvoir, dès l'année prochaine , l'instituer à Paris , au siège sacré de la foi démontrée. Le sacerdoce positiviste caractérisera ainsi sa vraie nature, en combinant à la fois les caractères du prêtre, du professeur, et du médecin , de manière à offrir a tous les hommes sensés d'aussi séineuses garanties a l'ordre qu'au progrès.

Ceux qui, parmi les médecins actuels , sentent d'un côté l'importance de relever la dignité médicale , et de l'autre désirent contribuer sérieusement au mouvement de rénovation intellectuelle et morale qu'inaugure en Occident le Positivisme, pourront se rattacher ainsi a la corporation directrice, en commençant sous sa direction a. établir le conseil médical gratuit.

Ainsi, la corporation philosophique rattachera bientôt autour d'elle et à la cause sacrée de l'Humanité, les natures les plus émincntcs émanées du milieu polytechnique et du milieu médical , en les liant à la grande œuvre de la régénération morale et sociale.

Mais pour que le Positivisme puisse ainsi installer graduellement l'enseignement et le conseil médical gratuits , il faut que ses deux institutions pratiques, le subside positivisle et le fonds typographique, reçoivent leur plein développement.

6,400 francs sont absolument indispensables pour correspondre aux besoins les plus immédiats, depuis Tinstitution d'une pension viagère de 1,200 francs pour la sœur de notre maître. Les 6,400 francs se répartissent de la manière suivante :

IMKCPIS JUSTIFICATIVES. 393

'1° Pour location du logement nio Hloiisiciir-le-Princc, 10. . . 2000 fr.

•2" Pension viagère à la fille adopiivo d'Auguste Cdmlo. . , . '1500

3" Frais divers . SOO

4° Subside saceidolal à M. Henri Edger 1200

o" Pension viagère à mademoiselle Comlc 1200

Total 6400 fr.

Mais une telle soiiiiiic ne correspond qu'aux dépenses tout îi fait indispensables; car, sauf la modeste annuité de M. Edger, je ne puis jusqu'ici disposer d'aucune somme pour la destination essentielle du subside, c'est-à-dire l'installation du pouvoir spirituel chargé d'établir l'enseignement et le conseil médical gratuits.

D'un autre côté, j'ai jusqu'ici pu appliquer au fonds typographique, en lui-même insuffisant, une portion du subside, de manière à payer l'impression de publications utiles ; mais si le subside positiviste ne dépassait pas le taux actuel, cela me deviendrait impossible, au grand détriment de notre sainte cause.

Le subside actuel est donc tout à fait insuffisant et au-dessous des besoins urgents de notre propagande.

Tous ceux qui, à un degré quelconque, adoptent les doctrines positivistes, tous ceux qui désirent l'incorporation sociale du prolétariat, tous ceux qui sentent qu'un enseignement public et gratuit, base de sa régénération intellectuelle et morale, est la condition préliminaire d'une telle incorporation, tous ceux-là, dis-je, ont le devoir inéludablc de concourir au subside positiviste. — Car, lors même que l'on ne partage pas l'ensemble des idées positives, n'est-il pas un point sur lequel tous les cœurs vraiment civiques sont d'accord? l'éducation du peuple par l'enseignement scientifique public et gratuit. — Or, le Positivisme a commencé et est en mesure de développer cet enseignement nécessaire. — D'un autre côté, pour la France surtout, le concours à l'établissement du système d'éducation populaire a une utilité spéciale pour combattre cette disposition inerte sous laquelle se cachent trop souvent la paresse et l'égoïsme, de tout attendre de l'initiative gouvernementale, sans rien exiger de l'activité et du dévouement individuels. Il est par trop commode de mettre au compte du gouvoi-nemcnt sa propre paresse, et sa personnelle insuffisance de sociabilité. Aucun gouvernement ne vous empêche ni d'être moraux ni d'être dévoués.

Ainsi, le Positivisme a le droit de compter sur le concours de tous ceux qui, même indépendamment de toute doctrine, pensent: 1" que la régénération intellectuelle et morale est la ques-

•■jJ" PIÈCES JUSTIFICATIVES.

tion à l'ordre du jour; 2" que celtn régénération peut se caractériser en travaillant avec dévouement à l'établissement d'un système d'éducation publique et gratuite dans tout l'Occident.

Du reste, aucun prétexte quelconque de ne pas concourir, ne peut persister pour un subside qui admet les plus modestes offrandes, qui même, normalement, doivent le constituer. Auguste Comte avait émis l'espoir que le subside positiviste serait essentiellement alimenté par des souscriptions a un centime par jour (3 fr. 65 c. par an).

Outre les publications annoncées dans ma précédente circulaire, j'espère pouvoir publier bientôt les leçons professées dans mon cours public, sur la Chine, a propos de Confucius, leçons qui ont été recueillies par la sténographie, grâce a un dévouement exceptionnel (1).

M. Congreve publiera en même temps, en Angleterre, une brochure spéciale pour protester dignement contre une politique qui, sous prétexte de civilisation, organise l'empoisonnement systématique d'une grande population.

Nous avons pu installer au domicile sacré le remarquable buste en marbre de notre maître dû a un éminent artiste (M. A. Étex), et aussi, grâce au dévouement continu de M. Foucart, le portrait de Clotildc de Vaux.

Tel est donc l'ensemble de la situation actuelle de la doctrine sur laquelle reposent les destinées intellectuelles et morales de l'Occident et de l'Humanité tout entière.

C'est à l'actif dévouement de chacun, a l'énergique effort d'amélioration intellectuelle et morale, c'est enfin par un perfectionnement sérieux de notre conduite privée et publique, que nous pourrons faire surgir auprès du public occidental la notion capitale que le vrai caractère du Positiviste : c'est d'être un homme qui se reconnaît des devoirs.

Salut et fraternité.

P. LAFFITTE, 10, rue Monsieur-le-Prince.

(1) Considéra/ions sur l'ensemble de la cii ilisotion chinoise et sur les relations de l'Occident avec la Chine.

PIÈCES JUSTIFICATIVES

Résumé général des souscripUons pour la subside sacerdotal de 1859.

I j minimum. ... 5

124 françaises 1680 fr. (moyenne. ... 70

38 souscriptions ) ( maximum. ... 300

avouées. j [minimum. ... 25

| 'I4 antres occidentales. . 3663 fr. 50 c. < moyenne. . . . 260

l ( maximum. . . • 2500

4 anonymes 770 fr. 50 c.

Total. ... 42 souscriptions 6114 | moyenne. . . . 145

Subside pratique pour une eïploilalion agricole normale. . . . 250 000 fr.

N° 25 Dis.

Belevc général des soascrlptlons positivistes, de 18^9 à 1859.

Subside sacerdotal.

fr. c.

1849, 1" année 2928 30

1850, 2° année 3260 75

1851, 3' année 4205 50

1852, 4' année 5600 00

1853, 5' année 7400 00

1854, 6= année 7004 00

1855, 7" année 7056 00

1856, 8° année 8246 00

1857, 9' année (année de la mort

d'Auguste Comte.). . 15486 30

1858, 10« année 5486 70

1859, 11' année 6114 00

Total des 11 années. . . 72787 55

Dans cette somme ne se trouvent pas comprises les dépenses du fonds typographique, relatives à la publication des ouvrages positivistes, et qui s'élèvent à un total de 10,000 francs au moins.

PIÈCKS JUSTIFICATIVES.

Enlm, on ne doit pas oul)licr qu'onlre autres souscriptions spéciales, une donation de 2r,0,000 francs a été faite après la mort d'Auguste Comte, au directeur du positivisme, pour l'institution d'un patricien agricole.

Pendant la période considérée (de 1849 à 1859), l'ensemble des efforts matériels effectués pour assurer l'élaboration, l'organisation et la propagation de la religion finale, a donc produit une somme (minima) de 332,787 francs.

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