CHAPITRE VII
Histoire.
§ i. — HISTOIRE intehikl:uk.
La question de l'origine des Chinois est disculée depuis longtemps, au triple point de vue de l'histoire, de la philosophie et de la philologie. Nous rappellerons le travail si remarquable du P. de Pi'émare sur les temps antérieurs au Chou- King que de Guignes imprima dans son édition de ce livre classique (i770). Los études de philologie comparée ont fait naître des ouvrages très attaqués, très attaquables, mais fort intéressants ; l'un, du D*" Edkins, China's Place in Philology, a pour but de « montrer que les langues d'Europe et a Asie peuvent être ramenées à une seule origine en Arménie ou en Mésopotamie » ; l'autre est du D"" Schlegel et son titre indique son objet : « Sinico-Aryaca^ ou recherches sur les racines primitives dans les langues chinoises et aryennes ». Dans une autre branche de recherches, le D"" Schlegel a essayé de prouver que l'astronomie primitive est originaire de la Chine, et que les noms des constellations sur la sphère chinoise indiquent une antiquité d'environ dix-sept mille ans avant l'ère chrétienne, napprocher les Chinois des Egyptiens a été, depuis le milieu du dernier siècle, l'une des théories qui ont le plus séduit ceux qui se sont occupés du Céleste Empire.
Sans remonter au P. Kircher, Mairan parait être des premiers à avoir eu l'idée que les Chinois pourraient bien être une colonie égyptienne, hypothèse combattue immédiatement par le P. Parennin dans sa lettre du 1 8 sept. 1735. De Guignes surtout étudia la question, et il a donné dans le recueil de l'Académie des inscriptions un mémoire dont le texte explique parfaitement le but : Mémoire dans lequel, après avoir examiné l'origine des lettres phéniciennes, hébraïques, etc., on essaye d'établir qtie le
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caractère épistolique, hiéroglyphique et symbolique des Egyptiens se retrouve dans tes caractères des Chinois, et que la nation chinoise est une colonie égyptienne. De Guignes trou\a un adversaire en Le Roux Deshauterayes qui fit une réponse sous le titre de Doutes sur la dissertation de M. de Guignes, à laquelle ce dernier riposta. Vers la même époque (4764), un membre de la Société royale de Londres, Needham, étant à Turin, crut trouver une ressemblance entre certains caractères marqués sur la figure et la poitrine d'un ancien buste d'Isis et les caractères chinois; il ne lui en fallut pas davantage pour publier un mémoire qui, adressé aux missionnaires de Chine, reçut une réponse sous forme d'une Lettre de Pékin sur le génie de la langue chinoise, et la nature de leur écriture symbolique, comparée avec celle des anciens Egyptiens, qui est du P. Cibot, et non pas du P. Amiot, comme on Ta dit parfois à la l^ère. De nos jours, M. Pauthier a repris le problème dans son mémoire sur Torigine et la formation similaire des écritures figuratives égyptienne et chinoise ; enfin, la découverte de bouteilles en porcelaine dans des tombeaux égyptiens a donné lieu à plusieurs dissertations, notamment de M. Medhurst Jun., et de M. Harry Parkes dans les Transactions de la Société asiatique de Hong-Kong, desquelles il résulterait que ces objets relativement peu anciens, tout en indiquant des relations entre la Chine et TEgypte, ne fournissent aucun argument aux partisans d'une origine commune des deux nations. De nos jours, M. Terrien de Lacouperie, de Londres, cherche les origines de la nation chinoise dans la Babylonie et il appuie sa théorie sur un certain nombre de propositions qu'il a développées d'une façon intéressante dans le Babutonian et Oriental Record. Sans entrer dans le vif de la question, et sans nier la haute antiquité de la nation cliinoise, nous devons avouer que les documents sur lesquels on se base généralement pour l'affirmer, ne sont rien moins que probants. L'étude de la Chine n'est pas encore entrée dans cette période de critique scientifique à laquelle on est arrivé pour d'autres pays de l'antiquité; on n'approche même pas de ce moment de recueillement où les matériaux déjà acquis sont analysés, discutés, acceptés, classés, pour servir de point de départ à de nouvelles découvertes. Nous trouvons bien chez les Chinois les éléments de nos recherches, mais c'est tout; ils ne possèdent pas cet esprit de critique et cette sagacité persévérante qui sont la caractéristique des études contemporaines en Europe. La Chine possède assez d'inscriptions pour former un véritable corpus, mais Tépigraphie ne se compose pas dans cet empire, comme dans d'autres pays, de monuments d'une antiquité indiscutable. D'ailleurs, les matériaux souvent employés,
le papier et le bois, sont éminemment périssables, et des inscriptions gravées sur la pierre ou le marbre, fort peu remontent à une époaue reculée, ^râce aux désastres des révolutions. L'une des plus anciennes, sinon la plus ancienne, celle que l'empereur Yu fit graver en souvenir de ses travaux, sur un rocher du Heng chan (Hou pé), n'est rien moins qu'authentique. On sait qu'elle a été étudiée jadis par Hager, puis par Klaproth, et de nos jours par MM. Medhurst et Gardner. Un monument authentique et autrement important, mais beaucoup plus récent que le pi^édent, qui se compose de dix tambours (il y en a neuf aujourd'hui) de pierre portant des inscriptions, conservés dans le temple de Confucius à Peking, remonte seulement à la dynastie des Tcheou. Ils ont été l'objet d'un mémoire remarquable du D*" Bushell. L'histoire ancienne de la Cliine s'est perpétuée plutôt par h. tradition recueillie par Confucius, qui vivait au v« et au vi® siècles avant l'ère chrétienne, et par les disciples de ce sage. Cette tradition a même failli être interrompue au m*' siècle av. J.-C. par l'empereur Chi Hoang-ti qui ordonna la destruction de tous les livres. Sans admettre que cet ordre ait été exécuté à la lettre et que tous les livres aient été détruits, sans admettre surtout que tous ceux qui sont restés nous soient parvenus soit par l'intermédiaire du vieillard Fang qui les connaissait par cœur et put les dicter, soit par d'autres moyens non moins ingénieux mais aussi peu probables, il est bien certain que nous ne nous trouvons pas en présence d'une histoire tracée d'une manière indélébile dans la pierre comme en Egypte et en Assyrie, ou fournissant des documents authentiques remontant à une époque aussi ancienne que les livres religieux de l'Inde.
Revenons donc à la tradition purement chinoise. Sans remonter à l'origine de l'univers, nous noterons que le premier homme Pau Kou est suivi des San Houang-ki, trois souverains, trois puissances, le Ciel lien, la Terre Ti et l'Homme /^n. Cette période foirae ce que l'on appelle dans l'histoire de la Chine, le premier des dix Ki, Après les dix périodes Ki, commence l'histoire légendaire avec Fou-hi, dont le règne est placé en 2852 av. J.-C. Fou-hiest le premier des cinq souverains qui sont, avec lui, Chin-nong, Hoang-ti, Chao-hao et Tchuen-hiu. En 2356, le grand empereur (8®) Yao monte sur le trône ; c'est l'épooue du déluge chinois; il est remplacé en 2255, par Cliun. Enfin, le grand Yu fonde en 2205 la première dynastie chinoise des Hia.
Dynasties, I. Hia (2205?.4766?, 47 empereurs). II. Chang ou Yin (4766-1122, 28 empereurs). UI. Tcheou (H22?-249, 35 empereurs). IV. Tsin (249-202, 4 empereurs). V. Han (202 av. J.-C. — 25 ap. J.-C, 25 empereurs, appelés aussi Han antérieurs ou Han occidentaux.
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capitale : Tchang-ngan). VI. Heou Han (^5-221, Hao postérieurs ou Han orientaux, capitale Lo-^ang) ; la Chine se trouve divisée en trois royaumes, San Kouo tchi ; i^les petits Han (224-264, 2 empereurs, capitale Tching-tou dans le Se-tchouan) ; 2» les Wei (220-264), capitale Lo-yang; 3° les Wou (222-277, capitale Kien-kanc ou le Nan-king actuel). VIÎ. Les Tsin occidentaux (265-347) et Tsin orientaux (347-449 , 45 empereurs), capitale Lo-yang puis (317) Kien-kang (Nan-king). VHI. Soung (420-478, 8 empereurs), capitale Hang-tcheou dans le Tche- Kiang). IX. Tsi (479-502, 5 empereurs, capitale Nan-King). X. Liang (502-556, 4 empereurs). XI. Tchin (557-589, 5 empereurs). XII. Soui (589-648, 4 empereurs, capitale Tchang-ngan). XHI. Tang (648-907, 20 empereurs, capitale Lo-yang). Période anarchique des cinq dynasties ou dix états 907-960 : 4° XIV. Heou Liang ou Han postérieurs (907-923, 2 empereurs); 2° XV. Heou Tang (923- 936, 4 empereurs) ; 3° XVI. Heou-Tsin (936-946, 2 empereurs); 4* XVII. Heou Han (947-954, 2 empereurs) et 5» XVni. Heou Tcheou (954-960, 3 empereurs). XIX. Soung (960-4279, 48 empereurs, capitale Pien-liang ou Kaï-fong-fou, puis Hang-tcheou). XX. Youen (1280-4 068, 9 empereurs, capitale Pekin^). XXI. Ming (4368-4644, 46 empereurs, capitale Nanking, puis Peking)-. XXU. Tsing (\ 644 ? dynastie régnante, 9 empereurs jusqu*à ce jour) ; cette dernière dynastie comprend les empereurs Chuen Tchi (4644-4662); Rang Hi (4662-4722) ; Young-Tching (4723-4736); Kien Loung (4736-4796); Kia King(4796- 4820); Tao Kouang (4820-4854); Hien Foung (4851- 4862J; Toung Tche (4862-4875) ; et Kouang Siu (4875). Yu le Grand, le fondateur de la dynastie des Hia, partagea son empire en neuf provinces où tcheou, s'occupa de Tagricultiire, exécuta de grands travaux, donna des instructions aux princes dans le Chou-King et laissa la réputation d'un des meilleurs souverains de la Chine. D'ailleurs la Chine était loin d'avoir la cohésion qui la caractérise aujourd'hui ; les différents Etats qui la composaient étaient en lutte les uns contre les autres et en réalité, ce sont plutôt des chefs d'Etats particuliers, ou de grands seigneurs oui portent le titre d'empereurs, suivant les hasards de la fortune ou de la guerre, que de véritables souverains avec une autorité bien établie. Les débauches et les cruautés du 47* empereur Hia, Kie Kouei, le réduisirent à la fuite et il fut remplacé par Tching-tang (4766), le chef de l'Etat de Chang qui donna son nom à la seconde dynastie. A son tour, la pnndpauté de Tcheou fournit une 3® dynastie à l'Empire dont le premier prince est Wou-wan^ (4422), fils de Wen-wang, la véritable tète de cette lignée. Les neuf provinces des Hia, des Cliang et des Tcheou avaient ^té réduites à sept en 405 et 443 avant l'ère chrétienne,
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par la suppression des états de Soung et de Wei. Il fallait une main de fer nour détruire le système féodal qui divisait et affaiblissait la Chine : cette tâche incomba au grand empereur de la 4* dynastie Tsin, Ghi Hoang-ti ou Hoan^- Tching (259-2i0 av. J.-C). Cet empereur, après avoir écrasé les principaux chefs, divise le pays en 36 provinces et s'étend fort loin vers le Midi ; c'est lui encore qui, pour arrêter les incursions des Tartares dans le Nord, particulièrement dans le Tche-li, le Chen-si et le Chan-si, fit construire la Grande Muraille ; enfin, pour rompre toute tradition avec le passé, il ordonna de détruire tous les livres, les rituels plus particulièrement.
C'est également à 1 époque de Ghi Hoang-ti que le nom de la Chine pénètre au delà des frontières de cet empire ; ce souverain, comparable à Louis XI par sa politique et à Charlemagne par ses conquêtes, est, en réalité, le véritable fondateur de l'empire chinois. Sa dynastie dure peu entre les mains de ses successeurs faibles; le pouvoir central périclite, une réaction se produit et Lieou Pang, fondateur de la dynastie des Han, monte sur le trône sous le nom de Kao-ti (202). L'époque des Han est une des plus célèbres de l'histoire de la Chine, époque de reconstitution des livres classic^ues, des premières relations avec l'empire romain, de l'mti'oduction officielle des livres bouddhistes, de l'arrivée des Juifs ; puis aux Han succède une époque troublée, connue sous le nom des trois royaumes qui a été l'objet d'un roman, encore célèbre aujourd'hui, le San Kouo-tchi^ dont nous avons parlé ailleurs. La Chine retrouve toute sa grandeur sous la dynastie des Tang (618-907). Cette grande époque littéraire est en même temps une grande période politique ; c'est l'époque de l'assimilation des peuples méridionaux de l'empire, des grands voyageurs arabes, de l'arrivée des Nestoriens en Chine; le plus célèbre des souverains de cette dynastie, après les fondateurs Kao-tsou et Tai-t$oung, est la célèbre impératrice Wou-heou ou Wou Tsi-tien (684-705). Nouvelle période d'anarchie après la chute des Tang, causée par l'incapacité de souverains menés par des ministres égoïstes et ambitieux. Nouvelle période de troubles, connue sous le nom des cinq dynasties. Les Tartares menacent déjà le nord de l£i Chine, fondent sous le nom de Liao (Ki-tan), un royaume quidurede907àii2D, époque à laquelle ils sont soumis par les Niou-tchi, qui fondent l'empire de Kin, qui dure jusqu'en d234, et qui ont d'abord pour capitale Liao-yang, puis vers 920, Yen-King (Peking). Cependant la dynastie des Soung (960-4279), malgré la présence du royaume tartare du Nord, centralise à nouveau le pouvoir à Kai-foung-f ou, leur capitale, mais obligés de fuir devant les Tartares, les Soung se rendent au S. du Kiang et la Chine se trouve divisée en deux empires ;
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au N. les Tartans Kin, an S. les SooDf; méaridionaux à Hang-tcheou, dansIeTche-kiang; enfin Tinvasion mongole renverse ces dynasties ; les Kin , qui occupaient la Mandchourie, y compris la province actuelle de Kirin, retournent vers le Zoungari et les Soung sont également dépossédés. L*Asie orientale était échue à Tun des petits-fils de Gengis Khan, Kouhilaî, qui monta sur le trône en 1280, Quoique son avènement soit marqué en 4260. La dynastie oe Koubilaï porte le nom chinois de Youen et lui-même porte les deux noms de règne de Tchoung-tuns (4260) et de Tche Youen (4264) et le nom de temple de Ghi-tsou. Les historiens chinois comprennent comme ancêtres de cette dynastie mongole Gengis-Khan (4206|,Ogotaï(4229), Gayouk (4246) et Mangou (4254), avec les noms chinois de temple (ils n'ont pas 'de nom de règne, nien-hao)^ Taitsou, Tai-tsoung, Ting-tsoung, Hien-tsoung. Ces Mongc^, grice à leur vaste empire asiatique, | à leur grande tolérance, è leur esprit d'entreprise, attirent de nombreux étrangers dans TAsie orientale et c'est sous cette dynastie
Îue nous trouvons ces grands voyageurs comme Marco olo, dont nous parlons ailleurs. La faiblesse des derniers Khans permit à une dynastie purement chinoise de les chasser jusqu'en Tartane et leur chef, montant sur le trùne sous le nom de Houng-wou (4368), donna à sa dynastie le nom de Mine.
La capitale des Ming est transférée deNanking à Peking par Yong-lo, le second successeur de Houng-wou. C'est l'époque de Tamerlan (mort en 4405) et de l'arrivée des Portugais en Chine (4514). Cependant, les Tartares Kin ou Niou-tchi, ancêtres des Mandchous, qui avaient été chassés par Gengis-khan en 4235, menacent à nouveau les frontières Nord ; la faiblesse des derniers Ming encourage les rébellions. Devant l'attaque de Peking par Li Tseu-king, le 46* et dernier empereur Ming, Hoai-tsoung se pend en 4643; un autre général chinois, Wou San-kouei, refuse de reconnaître l'usurpateur Li, et appelle à son secours les Tartares mandchous, qui s'emparent de Peking et établissent à leur tour une nouvelle dynastie (4644) sous le nom de Tsing. Le premier prince effectif de cette dynastie est Chuen Tchi (4644-4662), qui continue Tœuvre de conquèto. Son second fils, Kan^-Hi (4662-4722), termine la lutte contre Wou San--kouei, la pacification de Formose, la guerre contre les Tartares Eleuths qui menacent le Fleuve Jaune, signe le premier traité russe, celui de Nertchinsk (4689), reçoit à sa cour les missionnaires de Louis XIV, est mêlé à la question des Rites, meurt, laissant la réputation d'un grand prince et d'un lettré, le 20 déc. 4722, à soixanteneuf ans. n est remplacé par son quatrième fils Youngtching (4723-4736). Celui-ci, très intelligent, a donné le commentaire du Saint Mit, écrit par son père, et s'est
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signalé par ses persécutions contre les chrétiens. Le règne de son fils Kien-Loung (4736-1796) est avec celui de Kang-hi un des plus longs de la Chine. Son rè^e est mar-
Îué par la conquête des Eleuths, la transmigration des ourgouts de la Caspienne dans TAsie centrale ('1770), la guerre contre la Birmanie (1768), la pacification du Tibet, la réduction desMiao-tseu (1775). Sous son règne, les difficultés continuent à Canton avec les étrangers, les Anglais envoient en Chine l'ambassade Macartney et les jésuites, dont Tordre est supprimé par le pape, représentent encore la France à Peking avec le père Amiot (V. ce nom) et ses compagnons. Kien-Loung, qui avait abdiqué le 8 févr. 1796, meurtàquatre-vin^-sept ans, le 7 févr. 1799; il est remplacé par son dix-septième fils, Kia-king (1796-1820), né en 17o9. Période troublée par les conspirations des sociétés secrètes et en particulier par celle du Nénuphar blanc (Pei-lien-kiao) dont les adeptes réussirent à occuper le palais impérial à Peking le 18 juil. 1813. Wei- Youen, dans son célèbre ouvrage sur les guerres de la dynastie actuelle, le Cheng vou Ki^ a consacré les livres IX et X à rhistoire de leurs rébellions. En 1816, arriva Tambassade de lord Amherst. C'est sous le règne du successeur de Kia-king, Tao-kouang (1820-1851), aue commencent les désastres de la Chine ; à la suite de la guerre d'opium et du traité de Nankin^ de 1842, les étrangers s'établissent définitivement en Chine ; c'est également sous ce règne (1849) que commence la révolution desTaïpin^. L'existence des sociétés secrètes est marquée dans l'histoire de ce siècle par différents édits ou faits intéressants. Ainsi en 1801, dans le chapitre Rébellions du code pénal, on note que les membres de la société dite des Triades seront décapités, ceux qui les auront accompagnés seront étranglés; en 1817, le gouverneur de Canton arrête deux ou trois mille adhérents de cette société; en 1819, le gouverneur du Hou-nan se plaint de l'accroissement des membres des sociétés secrètes; des rapports de censeurs, l'un de 1829 dans le Kiang-si, l'autre de 1841 dans le Hou-kouang, en marquent également le développement.
(^e dernier constate que la société des Triades a cinq loges : 10 Grande loge, Fou-kien; 2® Kouang-toung ; 3<> Yun-nan ; 4® Hou-kouang ; 5® Tche-kiang. Les sociétés se représentent sous différents noms et sous différente^ formes, mais la plus importante est sans contredit celle des Triades (San^ho-hoei)^ ou du Ciel et de la Terre {lien-tihoei), qui a pour objet le renversement de la dynastie actuelle ; elle a d'ailleurs failli réussir. Les Taï-ping ou Tchang-mao étaient d'origine triade ; partis du Kouang-si avec leur chef Hontj Siu-tsouen, les Taï-ping traversèrent le Kouei-tcheou et le Hou-nan, et remontèrent jusqu'au Kiang; ils s'emparent successivement de Han-keou
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m déc.. 185â) et de Wou-tchang (12 janv. 1853); ils aescendireot le Kiang, prirent Kiou-kians (18 févr. 1853) et^C^Q-kin (24 fév. 1853) et enfin, la grande ville de Nanking tomba en leur pouvoir (19 mars 1853). Cette année même, ils continuèrent leur marche vers le Nord ; après un assaut malheureux de Kai-foung-fou (22 juin 1853), ils traversèrent le Fleuve Jaune, parcoururent le Chen-si, pénétrèrent dans le Tche-li et envoyèrent leurs éclaireurs devant Tien-tsin (30 oct. 1853). Us auraient pu prendre Peking ; ils battirent en retraite sur le Kiang dont ils firent leur base d'opérations pendant plus de dix ans (1864). Tao-kouang mourut le 25 févr. 1850, laissant à son quatrième fils et successeur Hien-foung une terrible succession. L'histoire de Hien-foung et des deux empereurs Toung-tche et Kouang-su (luttes contre les Taïpingetles musulmans, guerres avec la France et TAn^eterre, nouveaux traités, etc.), se confond désormais avec celle des relations étrangères et on la retrouvera plus loin.
i 2. — RELATIONS ÉTRANGÈRES.
i° Temps anciens et moyen âge. Un passage d'Isaïe (XUX, 12), dans lequel il est parlé de Sinim, a mi croire à quelques commentateurs que par ce pays le prophète désignait la Chine ; historiquement, rien ne s'oppose à ce qu'un auteur hébreu, vivant à Bab^lone, ou près de cette ville dans la seconde moitié du vi* siècle, ait entendu parler de Tempiro chinois comme d'un pays fort éloigné. Peut-être même quelques colonies juives s'étaient-elles déjà dirigées de ce côté, quoique l'entrée des Juifs en Cliine soit généralement considérée comme ayant eu lieu au i^' siècle de notre ère. Le nom de Chme est venu vers TO. par les Indes et la Perse et nous voyons dans Ptolémée, à l'extrême E., au delà de la Scythie, la Sérijpie, pays des Seres, au S. de laquelle se trouve la nation des Sinae. Les auteurs anciens, Strabon, Virgile, Horace, Pomponius Mêla, Pline, Ammien Marcellin, parlent des Seres ; Florus les énumère parmi les nations qui envoyèrent des missions à Rome au temps d'Auguste. Les relations des Romains avec l'Asie onentale paraissent remonter à l'époque de Marc-Antoine qui s'était mis en rapport avec le célèbre Kanichka. (}es relations durèrent plusieurs siècles et une ambassade romaine se rendit en Qune à l'époque de Marc- Aurèle, en 166 de notre ère. Les contrées de l'extrême 0. étaient désignées à cette époque par les noms de Ta-tsing et de Fo-lin. Le moine Cosmas nous parle du commerce de l'Ile de Taprobane avec les Chinois ; un grand commerce ne tarda d ailleurs pas à se développer par mer entre la Chine et l'Asie occidentale ; sous la grande dynastie des
Tang (vii'-x*' siècles de notre ère), les navires chinois allaient jusqu'à la côte de Malabar, et poussaient même juscfu'au golfe Persique, à Sirai ; la principale escale des Chinois sur la côte de Malabar était Quilon (Goulam) ; les navires arabes, de jour en jour plus nombreux, suivaient une route à peu près semblable, ils longeaient la côte du golfe Persique, transportaient les marchandises de Bassora et de Bagdad, s'arrêtaient en Chine, soit à Canton^ qu'ils appelaient Sin-kilan, soit à Zeitoun dans le Foukien, et surtout à Khan-fou dans le Tche-kiang. A la suite d'une grande révolte, qui éclata au ix<^ siècle au N.-Ë. de l'empire et dont eurent à souffrir beaucoup les colonies arabes, celles-ci transférèrent leur principal établissement dans la presqu'île de Malacca, à Kalah, qui suivant Aboulféda, était le port de toutes les régions situées entre l'Oman et la Chine. Au xii^ siècle, le célèbre Benjamin de Tudèle raconte d'une façon invraisemblable la manière de se rendre en Chine ; des relations s'établirent plus tard entre les princes chrétiens et les Khans mongols. Le grand mouvement inauguré par le concile de Lyon eut pour résultat l'envoi de nombreux légats en Tartarie, dont le premier fut Jean du Plan de Carpin (i 245-1 247); puis vint l'ambassade composée d'Ascelin, d'Albéric, d'Alexandre et de Simon de Saint-Quentin, envoyés par Innocent IV vers Batchou. Le point culminant de ces missions fut la fondation de l'archevêché de Peking par Jean de Monte- Corvino (né en 4247, mort en 1333) et de l'évêché de Zeitoun. On nous a conservé les relations et les lettres de quelques-uns des missionnaires, par exemple d'André do Pérouse, évêque de Zeitoun, et d'Odoric de Pordenone (mort le 14 janv. 1331), missionnaire à Peking ; le cordelier florentin, Jean dei Marignoli di San Lorenzo, lé^at du pape à Peking (1342-1346), nous donne le dernier récit de missions ecclésiastiques que la chute de la dynastie mongole des Youen allait arrêter. D'autre part, les rois de France entretenaient des relations satisfaisantes avec les khans mongols. Nous avons encore les lettres d'Argoun et d'Oeldjaïtou à Phili[)pe le Bel; auparavant, saint Louis envoyait le cordelier Guillaume de Rubrouck en ambassade en Tartarie (1253). Les mai'chands génois et vénitiens visitaient d'ailleurs la Chine ; on nous a conservé les noms de Lucalongo, compagnon de Monte-Corvino, parti de Tauris en 1291, d'Andalo di Savignone, et surtout des célèbres Vénitiens, Polo, dont le plus jeune, Marco, né en 1254, fils et neveu des deux autres, résida j)endant dix-sept ans à la cour du grand khan, et nous a laissé la description la plus importante de l'Asie au moyen âge. Ces marchands allaient surtout chercher en Chine la soie et les soieries ; ils en rapportaient également les brocarts d'or, le musc, la rhubarbe. Nous mentionnerons
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encore les notices sur la Chine de Jean de Mandeville, plagiaire d'Odoric, du célèbre voyageur arabe Ibn-Batoutah, de Tambassadeur du roi ifenri lU de CastiUe, Ruy Gonçalez de Clavijo, à la cour de Tamerlan, du Vénitien Nicole di Gonti, et enfin le récit de Tambassade envoyée par Scbah-rokh, fds de Tamerlan, à la cour de Chine (i44d-i422). Nous arrivons maintenant à la période des découvertes des Portugais et de la révolution apportée dans le commerce de TAsie par la nouvelle route du cap de Bonne-Espérance. Nous allons étudier successivement rhistoire des différents peuples avec la Chine jusqu'au traité de Nanking (1842) qui marque véritablement le commencement des relations diplomatiques de Tempire do Milieu avec les puissances d*Occident.
^ Portugal. Le voyage de Vasco de Gama. (4497) avait indiqué aux Portugais la route des Indes : la prise de Malacca (24 juil. 1544) par le grand Albu^uerque, leur ouvrit les portes de Textrème Orient. Ds débarquent en Chine dès 1514, ainsi qu'il appert d'une lettre écrite de Cochin aux Indes (6 janv. 1515) par le Florentin Andréa Corsali au duc Julien de Médicis. Le premier Portugais qui soit allé à Canton dans une jonque et dont le nom nous ait été conservé (1 516) est Raphaël Perestrello ; l'année suivante (1517), s'organise une expédition composée de quatre navires portu^is et de quatre navires malais, sous les ordres de FernSo Pares de Andrade, et avec Thomas Pires comme ambassadeur ; pendant oue Pires se rendait à Peking, on il arrivait vers 1521, le frère d' Andrade, Simon, débarquait à Canton (1518), où son caractère hautain le fit prendre en haine par les autorités chinoises ; il fut ooligé de fuir (1521), et Tannée suivante, un nouvel envoyé, Martin Alfonso de Mello O)utinho, eut son escorte massacrée en grande partie. Les Portugais qui s'étaient installés à Ning-po, dans le Tche-kiang, à une époque indéterminée, et dont l'établissement était en pleine prospérité en 1523, virent, par suite de leur insolence, leur colonie complètement détruite en 1545, douze mille chrétiens, dont huit cents Portugais, massacrés, et trentecinq navires et deux jon^es brûlées ; en 1549, le gouverneur du Fou-kien détruisit pour les mêmes raisons l'établissement des Portugais à Tchin-tcheou. Obligés de fuir la côte orientale de Chine, les Portugais virent leur commerce réduit aux lies du Kouang-toung, et ils créèrent deux comptoirs à Chang-tchuan (Sancian) et à Lam-pacao. Ils s'installèrent à Macao dans le district de Hiangchan, sous Kia-tsing, le douzième empereur de la dynastie Ming, à une date qui est marquée tantôt 1553, tantôt 1557. En 1573, sous le règne de Wan-li, une barrière fut construite à travers l'isthme qui sépare l'établissement portugais du reste du territoire chinois de Hiang-chan.
L'influence portagaise périclitait, d'ailleurs, depuis que la métropole était passée entre les mains de TEspagne ; ce ne fut que sous la maison de Bi^ance que les Portugais renouvelèrent leurs relations officielles avec Peking. Une seconde ambassade portugaise arriva à Peking à la fin de 4667 ; elle obtint de l'empereur Kang-hi sa protection pour Macao ; elle fut suivie d'une troisième et d'une quatrième ambassades : Alexandre Metello de Souza Menezes, envoyé par Jean V (arrivé à Peking le 48 mai 4727, parti le 46 juil. 4727), et Francisco de Assis Pacheco de Sampaiao envoyé par Joseph-Emmanuel (arrivé à Peking le 4®' mai 4753, parti le 8 juin 4753). Pendant toute cette période, le monopole commercial du Portugal, au lieu d être confié à des compagnies, resta, jusqu'en 4752, époque de son abandon, entre les mains de la couronne. Cependant les Chinois conservaient leur suzeraineté sur Macao et ils affirmaient leurs droits, non seulement par nne rente de 500 taëls que leur payaient les Portugais depuis 4582, mais aussi en empêchant le débarquement des AngUis en 4802, et surtout en 4808, quand ils reçurent à coups de canon l'amiral Drury, lorsqu'après avoir échoué à Macao, il voulut remonter à Canton. Outre la douane portugaise, il y avait aussi une douane chinoise à Macao, et les Portugais n'étaient dans le port exempts ni du droit d'ancrage ni du droit de mesurage. Le seul avantage qu'ils avaient était d'être taxés comme les Chinois. L occupation de Hong«kong par les Anglais porta un coup funeste à Macao, et partant à l'influence portugaise en Chine. Le gouverneur Joâo-Maria-Ferreira do Amaral essaya de contre balancer l'influence anglaise, en abolissant la douane portugaise ; m lutte avec les Chinois, il fut assassiné le 22 août 4849. A la suite de ce crime, le mandarin qui était à Macao, ainsi que la garde chinoise, furent chassés; la douane chinoise et la redevance annuelle furent supprimées. Un traité, négocié en 4862 entre le Portugal et la Chine, ne fut pas ratifié par cette dernière puissance, et les relations entre les deux pays ne furent rétablies d'une façon régulière que par un traité signé à Lisbonne en 4887, par lequel la Chine reconnaît iWupation perpétuelle de Macao par les Portugais, à la condition que cette puissance ne cédera jamais ses droits sur cette colonie et ses dépendances, sans l'autorisation de l'empire du Milieu.
3<^» Espagne. Les relations des Espagnols avec l'extrême Orient ont eu surtout les Philippines pour théâtre ; ils créèrent en 4733 la Compagnie royale des îles Philippines ; les voyages de leurs premiers missionnaires en Chine, à la fin du xvi® siècle, ont laissé une trace durable par l'établissement définitif de la mission dominicaine du Fou-kien ; ils eurent en outre des privilèges locaux corn-
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mereiaux : ainsi^ par exemple, a^ant le traité de Nankiog de 4842, ils étaient les seuls étraoffers ayant le droit de faire le Gommeroeà Amoy; pendantlongtemps, leur consul dans œ port a été le principal intermédiaire de Témigration chinoise en Amérique. Au xviii* siéde, aucun navire étranger, saut ceux des Espa^ols de Manille, n'était autorisé par les Chinois et les Portugais à venir fiiire le commerce de la Chine à Macao.
4® Hollande. Les renseignements puisés par Corneille Houtman, d'Alkmar, prisonnier des Espa^ols k Lisbonne, permirent aux HoUandais, qui avaient jusqu'alors dirigé leurs efforts vers le N.-Ë., de chercher à prendre leur part du commerce dans Tocéan Indien, de créer la Cornpagnie des Pays-Lointains^ suivie bientôt des concurrences de Zélande et de Rotterdam. A la suite d'une réunion des directeurs des différentes compagnies à la Haye, le 20 mars 4602 , une compagnie générale des Indes Orientales fut formée. Nous rappellerons ici que c'est de Batavia que les Hollandais dirigèrent leurs entreprises sur la cote chinoise ; le gouverneur général Jean Pietersz Coen organisa une expédition sous les ordres de Comélis Reyersz j[i 622-24) ; après un siège inutile de Macao, les HoUandais s'établirent dans le détroit de Formose, aux Pescadores ; en 4624, ils transfèrent leur établissement à Tai-ouan (Formose). On trouvera sur cette période de l'histoire des Hollandais en Chine' des détails intéressants dans les relations du capitaine Willem Ijsbrantsz Bontekoe et de l'aumônier Seyger van Rechteren. La conquête de la Chine par les Mandchous et la chute des Ming refoulèrent vers les côtes et particulièrement dans le Fou-kien les partisans de ces derniers. Leur chef Tcheng Tcheng-kong, plus connu des Européens sous le nom de Koxinga, après une vigoureuse défense de Frédéric Cojet, Suédois d origine, gouverneur de l'Ile, chassa, en 4661, les HoUandais de Taï-ouan. Cependant le P. Martini, qui était passé à Batavia, avait annoncé au grand conseil crue les Mandchous, qui venaient de se rendre maîtres de l'empire, autorisaient tous les étrangers à trafiquer librement à Canton. Cette nouveUe, puis le désir plus tard de compenser la perte de Formose, fiit l'origine des ambassades successives des Hollandais en Chine : Frédéric Schedel(4653), Pieter van Gover et Jacob van Keyser (4655-57), Pieter van Hoom (4666), Jan van Campen et Constantin Nobel. Entre temps, le conseU de Batavia envoya en 4663 l'amiral Bort à U Chme avec une flotte de seize vaisseaux et des troupes nombreuses qui, de concert avec les Mandchous, devaient attaquer (ormose que la mort récente de Koxinga laissait sans grand chef. Les exigences des Hol-. landais ne permirent pas aux Chinois d'aider jusqu'au bout leurs alliés dans leur entreprise, et après la rentrée
de Bort à Batavia, les Chinois de Koxinga firent leur soumission aux Mandchous. Le xvm^ siècle est stérile pour les Hollandais en Chine ; mais à la suite de l'ambassade de Macartney, leà Néerlandais envoient une nouvelle ambassade sous la conduite d'isaac Titsingh qui arriva à Péking le 10 janv. 4795, qu'elle quitta le 15 févr. suivant. Cette ambassade a été racontée par le second de l'ambassade, André Ëverard van Braam Houckgeest. Les Pays-Bas, dont nous retrouvons le traité plus tard, n'ont plus de relations importantes avec la Chine, où ils ne sont plus représentés que par trente-six sujets, et dans les Retums of Trade de 1889, rien n'est marqué sous pavillon hollandais.
5® Russie. Lors du récit de la conquête sibérienne (V. Amour et Albâsine), nous avons vu que les Russes rencontrèrent pour la première lois les Chinois, lorsqu'on 1684 Stepanov remonta pour la première fois le Zoungari. Antérieurement, le tsar Alexis Mihaïlovitch avait envoyé en Chine diverses ambassades : en 1670, Daniel Artchinsk, avec Antoine Filev et Grégoire Kobjanov; en 1674, le boïar Ivan Portchennikov avec deux négociants Eustache Filatjev et Gabriel Romanov, enfin, en d675, Nicolas Spatar Milescu. Dèsl653, Teodor Isakovitch Baïkovavait fait le voyage de Chine. La mort de Stepanov, tué avec deux cent soixante-dix Russes par les Chinois à l'embouchure du Zoungari, les sièges d'Albasine, la signature d'un traité à Nertchinsk (27 août 1689) dont nous avons signalé l'im-
• por tance précédemment (V. Amour), ruinèrent l'influence des Russes aans le bassin du He-loung kiang ; les nombreuses ambassades envoyées par les Russes aux xvii®, xviii® et au commencement du xix° siècle, n'eurent vraiment pas de résultats pratiques ; il nous suflira de citer celles d'Evert Isbrand Icles (1693-1695), de L.-V. Ismailov, entré à Peking le 19 nov. 1720, qui resta jusqu'au 2 mai 1721 ; auparavant, une mission chinoise, sous la conduite de Tou-li-chen, avait, en 1712-13-14, traversé la Sibérie, oii elle fut bien accueillie par les autorités, pour visiter une tribu tartare-tourgoute établie près de la Caspienne ; en 1725, ambassade du conseiller d'Etat, comte Sava Vladislavitch (traité du 20 août 1727 et 21 oct. 1727). Le Suédois Lange, qui avait accompagné Ismaïlov lors d'un troisième voyage en 1736, conduit une nouvelle caravane qui fit d'assez bonnes aflaires à Peking. Le 18 oct. 1768, Kropotov signa un traité supplémentaire de celui du 21 oct. 1727. Les missions subséquentes de Golovkin (1805) et de Egor Fedorovitch Timkovsky (1820-1821), n'eurent aucun résultat important. Les Russes ne reprennent d'influence que lorsqu'ils signent l'arrangement de Kouldja (25 juil. 4851) et que Mouraviev, ayant descendu l'Amour, eut signé le 16 mai 1858 un traité à Aïgoun(\. ce mot).
• &^ France f^o^ relations avec la Chine ne sont pas fort
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anciennes. Une compagnie de Chine, créée en 4660, fat réunie à la compagnie Ses Indes en 1664 ; cette dernière céda son privil»Ee pour la Chine à une société Jourdan, de ]9i Coulange et O^ (i697-i698), qui installa le commerce de la France à Canton. Une troisième compagnie de 17i3 ne fit aucun usage de son privilège ; lors ae la réunion de toutes les compagnies en une seule, en i719, notre commerce en Chine, sans être très important, eat un peu plus d'extension. Lors de la suspension du privilège de la compagnie des Indes orientales, un consulat de France fut créé à Canton le 3 févr. 1776 ; il ne dura que jusqu'à la fin du siècle (V. Canton) ; pendant cette période, Tinfluence de la France ne s'exerce guère que par les missions catholiques, et surtout à Peking (V. plus haut). Le gouvernement de la Restauration accrédite un agent à Canton en 1829, et enfin, M. de Lagrené signe en 1844 (V. plus loin) le point de départ de nos relations régulières.
7® Pays divers.Fiimï les nations dont nous ne parlons pas d'une manière spéciale et qui étaient représentées dans l'ancien commerce de la Chine, nous citerons les Danois oui eurent deux compagnies, l'une de 1612, l'autre de 1670. Os créèrent, en 1616, les établissements de Tranquebar et de Sérampour, qu'ils vendirent à l'Angleterre en 1845. L'Autriche fut représentée par deux compagnies impériales, celle d'Ostende incorporée le 17 déc. 1722, dont la charte fut suspendue pour sept ans, en 1727, et aux dépens de laquelle s'établit en partie h compagnie de Suède ; cette compagnie d'Ostende éprouva d'ailleurs toutes sortes de malheurs, fit fidllite en 1784 et termina enfin son existence accidentée en 1793. L'autre compagnie impériale était celle de Trieste, qui fit beaucoup moins parler d'elle. La Prusse, avec la compagnie d'Emden, eut moins d'importance encore. De bonne heure, au xvii® siècle, les Suédois visitèrent les pays d'extrême Orient, mais leurs voyages n'étaient pas faits sous le pavillon de leur nation ; ils sentaient des compagnies étrangères et en particulier la compagnie néerlandaise des Indes orientales. Cependant, en 1627, le roi de Suède avait déjà établi une compagnie des Indes orientales. Nils Matson Kiœping, mort en 1667, qui avait servi tour à tour la Hollande, le chah de Perse et enfin son propre pays, en qualité de lieutenant de vaisseau du roi Charl<^ustave, visita la Chine en 1655. La suspension du privilège de la compagnie d'Ostende, en 1727, laissa disponibles un grand nombre de marins de nationalités différentes, particulièrement des Flamands et des Anglais. Ce noyau d'hommes de mer expérimentés donna l'idée à un habitant entreprenant de Stockholm, Henry Konig, de l'employer à créer une compagnie de commerce au nom de la Suède. Le roi Frédéric, à la demande de Konig et de ses associés, consentit à accorder, en datç d«
Stockholm, 14 juin 1731, une charte à h compagnie que ceux-ci se proposaient de formera Gothembours. Cette charte, renouvelée quatre fois, et en particulier en 1806, ne fut plus continuée après 1814.
8° Etats-Unis. Le commerce des Etats-Unis avec la Chine commença très peu de temps après la guerre de Tlndépendance. Leur première expédition commerciale est celle de VEmpress of China, commandée par John Green, qui mit à la voile de New- York le 22 févr. 1784. Depuis lors, les intérêts américains ont été grandissant de jour en jour et des maisons comme Russell, Heard, ûlyphant font ou ont fait une concurrence redoutable aux grands établissements anglais de Jardine Matlieson, Dent, etc. Lejpremier traité américain est signé par Caleb Cushing en 1844 (V. plus loin).
9° Angleterre. Le commerce anglais avec la Chine commence en réalité le 16 juil. 1596, époque à laquelle la reine Elisabeth écrit à Tempereur de la Chine une lettre en faveur des deux négociants Richard Allen et Thomas Broomfield. Cette lettre devait être portée par le capitaine Benjamin Wood, qui commandait trois navires, the Bear, the Bear*s Whelp et le Benjamin , équipés aux frais de sir Robert Dudley. Les trois navires disparurent en route. La première compagnie anglaise des Indes orientales obtint sa charte de ia reine Elisabeth le 31 déc. 1600, sous le nom de the Governor and Company of Marchants of London trading to the East Indies. En 1606, Jacgues I®*" accorda la permission de faire le commerce au « Lathay, Chine, Japon, Corée et Cambodge » à sir Edward Michelborne ; les efforts des Anglais avaient d'ailleurs pour objectif les Indes et les Moluques. Une autre compagnie connue sous le nom de Courten's Association ou de the Assada Merchants, créée en 1635, fut réunie à la compagnie de Londres en 1650. En -1654-1655, Olivier Cromwell accorda une charte à la Company of Merchants Adventurers, qui fusionna également avec la compagnie de Londres en 1655-1657. En 1698, une concurrence formidable fut faite par the General Society trading to the East Indies ou English company.
En Cliine, nous notons qu'en 1634, le capitaine Weddell explora la rivière de Canton, où il fut mal reçu, grâce aux agiss<>!ments des Portugais, mais il obtint par son énergie pleine satisfaction. En 1644, les Anglais envoient à Macao le navire Hinde, qui est obligé de payer des droits énormes ; en 1672, on donne l'ordre d'établir des factoreries au Tonkin, à Tai-ouan, au Japon et en Chine ; ils ne réussirent d'ailleurs à étaiblir aucun commerce avec Formose. Enfin, en 1702-8-9, les compagnies rivales de Londres et Anglaise des Indes orientales sont réunies en une seule sous le nom de the United Company of Mer""
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chants trading to the East Indies ; à cette époque, les Anglais avaient cherché à établir des factoreries au Tonkin, à Poulo-Condor, à Macao, à Amoy, aux Chousan, à Tai-ouan, à Canton et à Magindanao ; les deux premières seulement sont indiauées dans Tacte de constitution des compagnies comme étant en activité. Nous avons, à Fart. Canton, marqué les difficultés des Anglais en Chine au xviu" siècle et la manière dont le commerce était conduit dans cette ville à la même époque. Nous ne rappellerons ici que les dates principales : 1742, arrivée à Canton du Commodore Anson, qui obtient avec peine Tautorisation de faire réparer son navire; 1754, les Anglais, fati^és des exigences des autorités locales, veulent s'établir à Ningpo ; 1762, TAnglais Flint est emprisonné pendant trois ans pour avoir essayé d'aller en ambassade à Pcking; 1 773, un autre Anglais, Scott, est exécuté par les Chinob pour un crime imaginaire ; 1784, un canonnier de la Lady Hughes, cause involontaire de la mort d'un Chinois, est également mis à mort. Enfin, les Anglais, espérant régulariser une situation de jour en jour plus intolérable, se décidèrent à envoyer une ambassade à Peking, sur l'avis de lord Melville ; l'ambassade était chargée de demander l'autorisation de faire le commerce aux Chousan, à Ningpo et à Tien-tsin et d'avoir un entrepôt à Peking, l'abolition des droits de transit entre Canton et Macao ou au moins une ^ande réduction ; enfin, qu'aucun droit vexatoire ne soit prélevé en dehors de ceux prescrits par le tarif officiel. Une première ambassade envoyée par le colonel Cathcart à bord de la Vestale avait péri en mer (1788). On mit à la tète de l'ambassade George Macartney ; Macartney, nommé le 3 mai 1792, quittait Portsmouth le 26 sept, de la même année. D avait nour second sir George Léonard Staunton et un personnel assez considérable, parmi lequel se trouvaient John Iku'row, qui devait être un des historiens de cette ambassade, et deux interprètes chinois, venus du collège de Naples. Le Lion, commandant sir Erasmus Gower, et VHindoustan, capitaine Macintosh, portaient l'ambassade, qui visita tour à tour Madère, Ténériffe, Rio de Janeiro, Batavia, Poulo-Condor et Tourane ; des Ladroncs, ils se rendirent à Formose, aux Chousan et à Tien-tsin ; l'ambassade débarqua près de Toungtcheou, alla à Peking, fut çhligée d'aller à la résidence d'été de l'empereur, en Mongolie, à Je-hol, où elle n'obtint d'ailleurs aucun avantage. Arrivée à Peking le 21 août 1793, l'ambassade quittait cette ville le 7 oct. suivant et reprenait la route du Sud, en partie par le grand canal jusqu'à Hang-tcheou, de là aux Chousan, et enfin à Canton et à Macao. Macartney quittait la Chine le 17 mars 1794 et débarquait à Portsmouth le 5 sept, de la même année. Son voyage avait coûté 80,000 livres sterling et n'avait
rien rapporté à son pays. Au commencement du siècle, à sisnaler les efforts malheureux des Anglais en 1802 et 1808 à cause de Macao, et la déconfiture de Tamiral Drury déjà notés. En 1816, nouvelle ambassade anglaise, sous la conduite de lord Amhcrst, qui s'embarqua sur VAlceste le 8 févr. ; la guerre du Népal, pays tributaire de la Chine, et la maladresse des négociateurs firent de cette ambassade, à Tépoque de Kia-king, un véritable désastre diplomatique. D'année en année, les difficultés surgissent à Canton entre Anglais et Chinois (Y. Canton) ; une mission spéciale de lord Napier, envoyée à Canton par Guillaume IV (1833-34), ne réussit pas et se termine par la retraite et la mort par épuisement de lord Napier (en oct. 1834) ; enfin, la destruction de 20,283 caisses d'opium au mois de juin 1839 amena définitivement l'intervention armée de l'Angleterre.
1Ô° Guerre d*opiiim. Le 9 juin 1840, sir John Gordon Bremer proclamait le blocus de la rivière de Canton et le 30 juin les forces anglaises arrivaient, formées de quinze navires de guerre, quatre vapeurs, vingt-cinq transports et environ quatre mille hommes de débarquement. Ce ne fut que Tannée suivante que les hostilités turent poussées avec vigueur. Le 26 tévr. 1841, sir J.-G. Bremer s'emparait des forts de Boca Tigris, mais c'était au centre de la Chine que les opérations devaient être surtout dirigées. Le 7 juil., Bremer s'emparait de Ting-haï dans la grande Chousan, puis les plénipotentiaires anglais, l'amiral G. EUiot et Capt-Elliot se rendirent à l'embouchure du Pci-ho (11 août), où ils se mirent en rapport avec Ki-yinç, gouverneur général du Tche-li. Après de longues négociations, les hostilités furent reprises. Sir Henry Pottinger arriva comme plénipotentiaire et l'amiral sir William Parker comme commandant des troupes de l'expédition. L'expédition anglaise se dirigeait vers le Nord le 21 août, sous le commandement de sir Hugh Gough et de l'amiral Parker ; Amoy était pris le 27 août, la fiolte anglaise pénétrait de nouveau à Ting-haï le 29 sept., forçait l'entrée de la rivière de Ning-po à ïchin-haï le 10 oct. et s'emparait enfin de Ning-po le 13. La prise de Chang-hai et enfin la flotte remontant le Kiang pour attaquer Nanking obligèrent les Chinois, malgré leur entêtement, à signer dans cette dernière ville un traité. Le traité de Nanking du 29 août 1842 et ratifié à Hong-kong le 26 juin 1843, signé d'une part par le major général, sir Heniy Pottinger, et de l'autre par les hauts commissaires Ki-ying et Ilipou à bord du navire de guerre anglais le Cormvallis, se compose de treize articles, dont le second est le plus important ; il marque que les cinq ports de Canton, Amoy, Foutcheou, Ning-po et Chang-haï, sont ouverts au commerce britannicpe et que des consuls y seront installés ; par le
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troisième, l'Ile de Hong-konff est cédée à rAngletem, nne indemnité totale de fi ,000,000 de dollars, tant pour Topium saisi que pour les dépenses de guerre, devait être payée à TAngleterre et la coiporation des marchands hannistes cessait d'exister. On ne peut exagérer Timportance de ce traité, qui est le point de départ de nouvelles relations des étrangers avec la Chine. Sir John Francis Davis est le premier gouverneur de Hong-kong, mais ce port, reconnu colonie anglaise par un ordre du conseil le 5 avr. 1843, est déclaré libre ; Macao et Canton perdent ainsi beaucoup de leur importance. D'autre part, les Anglais organisent leurs autres établissements consulaires et particulièrement celui de Chang-hai (V. ce mot).
Les puissances étrangères ne devaient pas tarder à suivre l'exemple de l*Angleten*e et à obtenir râr voie diplomatique les mêmes avantages. Les Etats-Unis et la France lurent les premières nations qui ouvrirent les négociations. Le gouvernement du roi Louis-Philippe fit choix, pour le représenter, de M. Théodose-Marie*Melchior-Joseph de Lt^né (né en Picardie le 14 mars 1800, mort le 27 avr.
La mission comprenait, outre le personnel diplomatique, des délégués des chambres de commerce de Reims, Mulhouse, Saint-Etienne, Lyon et Paris, pour les cotons, les laines, les soies, les articles dits de Paris; et des représentants du ministère des finances, pour étudier la Question des tarifs et de la navigation. Le traité conclu à Wam-pou avec Ki-ying, gouverneur général des deux Kouang, le 24 oct. 18m, à bord de la corvette à vapeur VArchimède^ a été ratifié à Macao le 25 août 1845 ; il se compose de trente-six articles à peu près les mêmes, y compris rouverture des cino ports du Sud, que ceux du traité anglais, mais dans lart. 22, il est particulièrement stipulé que les Français peuvent « établir des églises, des hôpitaux, des hospices, des écoles et des cimetières, et que si des Chinois violaient ou détruisaient des églises ou des cimetières français, les coupables seraient punis suivant toute la rigueur des lois du pays ». Cette clause, extrêmement importante, était une nouvelle confirmation du protectorat exercé sur les missions par la France et devait servir de précédent au baron Gros à Peking en 1860. Les Etats-Unis avaient précédé la France dans la voie diplomatioue ; le ministre Caleb Cushing signait à Wanghia, près ae Macao, un traité (3 juil. 1844) ratifié à Canton (31 déc. 1845). Puis vinrent Tarrangement belge signé à Canton le 25 juil. 1845 par le consul général Lanoy, autorisant ce royaume à faire le commerce avec la Chine, puis le traité suédois-norvégien, sisné par Charles-Frédéric Liljevalch à Canton (20 mars 1847), accepté et confinné par la Suède le 28 oct. 1847.
Comme rAngleterre, la France et les Etats-Unis établi-
rent des consulats dans les nouveaux ports qui leur étaient ouverts (Y. Chang-HaI). Cependant d'une part les difficultés suscitées par la Chine pour entraver Tinfluence grandissante des étrangers, et le désir des nations européennes d'avoir accès aux ports du Nord et à la capitale de Tempire ; d'une autre, la ccrnuunauté des intérêts de la France et de rAn(;leterre après la guerre de Crimée permettaient et préparaient une action commune de ces deux puissances contre l'empire du Milieu ; il était facile de trouver des prétextes à l'intervention soit diplomatique, soit militaire.
W Traités de Tierir-tsin, Le 29 févr. 1856, un prêtre des missions étrangères, le P. Auguste Chapdelaine, était mis à mort de la façon la plus cruelle dans le sud de la Chine. Le prétexte était bon pour la France : il fut moins bon pour l'Angleterre. Le lortcha Arrow était saisi à Canton le 8 oct. 1856 (on appelle lortcha un bâtiment à coque européenne, généralement commandé par un Européen, avec une mâture et un équipage indigènes). Les Chinois prétendaient que, depuis un mois, le terme de l'enregistrement de VArrow était expiré. L'occasion était excellente (jour obtenir de la Chine de nouvelles concessions. H^ tiles à tout projet de guerre, Cobden et Gladstone obtinrent seize voix de majorité au Parlement, le 26 févr. 1857. Lord Palmerston n'hésita pas à faire dissoudre le Parlement; les élections générales donnèrent raison à sa politique extérieure. La France et l'Angleterre d'accord, firent choix pour diriger leurs négociations en Chine, de Jean- Baptiste-Louis, baron Gros, et de James, comte d'Elgin et de Kincardine. Les troupes, mises à la disposition de ces derniers sous les oidres du général Ashbumham, furent détournées de leur destination primitive à Singapour, en juin 18«H7, et envoyées aux Indes pour aider à la répression de la grande rébellion qui venait d'éclater le 11 mai, rébellion dont Thistoii'e trouvera place ailleurs dans cette Encyclopédie, Lord Elgin, qui était allé à Calcutta voir lord Canning, retourna en sept. 1857 à Hong-kon^, où arrivait le baron Gros le 16 oct. Les plénipotentiaires adressèrent une lettre au gouverneur de Canton, Yeh (9 déc.), pour obtenir réparation. Le résultat des négociations n'étant pas satisfaisant, Canton bombardé (28 déc. 1858), fut pris (29 déc). Yeh, lait prisonnier, fut envoyé à Calcutta où il mourut. Les alliés, qui devaient occuper Canton jusqu'en 1861, installèrent un gouvernement provisoire de la ville, composé du fou-taï, du général tartare, et de trois commissaires étrangers : le commandant Martineau, de la marine française, Harry Parkes, consul d'Angleterre, et le colonel HoUoway, de l'infanterie de marine anglaise. Cependant, les plénipotentiaires se dirigeaient vers le Nord, et la barre du Pei-ho à Ta-kou avant été forcée (20 mai 1858) par sir Michael Seymour, les Q^-
nob, représentés par Koaei-liang et Houa Cha-na, se déterminèrent à signer à Tien-tsin des traités avec TAngleterre et la France. Le traité anglais (!26 juin ^858) comprend cinquante-six articles; le traité français (27 juin 4858) en renferme qujfrante--deux. Les principales clauses de ces traités sont rétablissement d'ambassades française et anglaise à Pcking, Touverture au commerce étranger de Kioung-tcheou, dans l'Ile de Haï-nan, de Tchao-tcheou, dans la province de Kouang-toung, de Tai-onan et de Tamsoui, dans Tile de Formose, de Tang-tcheou (Tche-fou), dans le Chan-toung, et de Nanking (Nanking, qui est stipulé seulement dans le traité français, n'a pas été ouvert au commerce étranger) ; Niou-tchouan^ est marqué dans le traité anglais. Dans un article séparé, il a été convenu que les forces anglaises se retireraient de Canton après paiement d'une indemnité de deux millions de taëls pour dommages et intérêts, et de deux millions de taëls pour les frais d'expédition; même indemnité doit être donnée à la France pour frais de guerre ; en outre, une indemnité doit être donnée aux Français et aux protégés de la France dont les propriétés ont été pillées ou incendiées par la populace de 6inton avant la prise de cette ville par les troupes alliées. En outre, le mandarin, auteur du meurtre de Chapdelaine, était dégradé. Cependant, lord El^in et le baron Gros, rentrant en France, laissaient aux ministres désignés pour la Chine, de Bourboulon et Frederick Bruce, le soin d'échanger les ratifications des traités de Tien-tsin ; ces derniers, en remplissant leur mission en juin 1859, sur les bâtiments commandés pour l'Angleterre par l'amiral Hope, pour la France par le capitaine Tricot, turent reçus à coups de canon à Ta-kou (25 juin), dontraccès avait été fortifié depuis Tannée précédente. Les pertes des alliés étaient assez considérables; cette grave infraction au droit des gens devait forcément amener une nouvelle intervention militaire, lorsque la nouvelle en fut reçue en Europe en septembre. Les puissances alliées se décidèrent donc à faire conjointement une expédition.
l^o Expédition de Chine. Par décret impérial du il] nov. i 859, le général de division 0)usin-Montauban était nommé commandant en chef des forces de terre et de mér, avec le général Jamin, comme commandant en second. Le 2inov.,le corps expéditionnaire était composé d'une manière définitive, c.-à-d. de deux brigades d'infanterie avec des troupes de différentes armes, dont l'effectif dépassait huit mille hommes ; des détachements de gendarmes et du train des équipages, des infirmiers, cinquante cavaliers, et des troupes du quartier général complétaient le corps expéditionnaire. La première brigade (g,énéral Jamin) était formée du 2" bataillon de chasseurs à pied (8 compagnies), du i01«régiment d'infanterie de ligne (2 bataillons à 6 comp.),
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de la 7^ comp. an i^ bat. du 3^ rég* du génie, de la i'f section de la 4'® comp. d'ouvriers du génie; la 2* brigade (général Gollineau), était formée du 102^ rég. d'infanterie de ligne (2 bat. à 6 comp.), du ^^ rég. d'infanterie de marine (2 bat.), de la li® comp. du 6^ rég. de pontonniers, de la 10® batterie du ?• reg. d'art., de la 7® batterie du 8® rég. d'artillerie, de la i'® batterie du 9® rég. d'artillerie, de la 3® batterie du 10® rég. d'artillerie, d'une section de fuséens du 12® ré^. d'artillerie, d'une section de, la 2® comp. d'armuriers, d une section de la 5® comp. d'ouvriers d'artillerie ; dans la suite, 6 comp. (600 hommes) de marins débarqués furent adjointes à cette dernière brigade. D'autre part, les Anglais mettaient à la tête de leurs troupes, ayant le rang de lieutenant général, sir Hope Grant, avec les deux généraux de division sir John Michel et. sir Robert Napier, et les généraux de brigade Sutton, Jephson, Staveley et Reeves. Les forces anglaises se composaient de 13,116 hommes, dont 1,000 cavaliers environ, y compris un grand nombre de troupes indiennes, dont deux régiments de cavalerie irrégulière Sikh, commandés par les majors Fane et Probyn. Les forces navales d'Andéterre étaient placées sous les ordres de l'amiral James Hope avec l'amiral Lewis Jones comme second. Plus tard, les forces navales françaises furent détachées du commandement direct du général Montauban, et par décret impérial du 4 févr. 1860, le vice-amiral Charner était nommé commandant en chef des forces navales dans les mers de Chine. Montauban, embarc|ué à Marseille (4 2 janv. 1860), touchait à Hon^-kong où il conférait avec l'amiral Page et les chefs anglais (26 févr.), et arrivait à Chang-hai sur le Forbin (12 mars). Charner quittait Marseille (29 févr. 1860), arrivait à Hong-kong (12 avr.), où il rencontrait pour la première fois Montauban. Les bases d'opération des années alliées étaient donc d'une part, pour l'Angleterre, Hong-kong et Kao-loun en face ; de l'autre, pour la France, Chang-hai. Parallèlement à l'action militaii'e, se poursuivait une négociation diplomatique. Aux ministi'es de France et d'Angleterre en Chine, MM. de Bourboulon et Frederick Bruce, venaient s'adjoindre en seconde mission extraordinaire le baron Gros et lord Elgin. Le 8 mars 1860, MM. de Bourboulon et Bruce envoyaient à Peking un ultimatum qui était rejeté le 8 avr.; le 14 avr., après une conférence des chefs militaires à (^hang-haï, Ting-haï, dans la grande Chousan, fut occupé sans résistance, mais il fallait frapper un grand coup vers la capitale. Toute idée de blocus était abandonnée; les bases d'opération militaire furent reportées sur le Pei-ho ; le 8 juin, les Français occupaient Tche-fou dans le Chan-toung sans difficultés; les Anglais établissaient leurs troupes en face sur la côte Mandchourienne, à Ta-lien-ouan. Le 12 juil., une recon-
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naissanoe montrait que raocès direct du Pei-ho n^étant pas
Sraticable, le débarquement devait être opéré au N. de ce euTe, à Fembouchure du Pe-tang. Après un dernier conseil de guerre des alliés à Tche-fou, le 19 iuil. 1860, les flottes alliées miittaient Ta-lien-ouan et Tche-fou, pour se diriger vers Vembouchure du Pe-tang; Tamiral Charner sur la Renommée^ était suivi de la première escadre; le vice-amiral Page, sur la Némésù^ de la deuxième escadre, le contre-amiral Protêt, sur la Dryade, et le capitaine de vaisseau Bourgois, sur la Dragonne, L*état de la mer ne pennit rembarquement des troupes que le i^ août; le lendemain, les forts de Pe-tang étaient occupés. Par une longue chaussée qui sépare le Pe-tang du Pei-ho, les forts de Ta-kou furent tournés, et apra une violente attaque des forts du Nord, par Grant et Gollineau d*une part, et par les flottes d'une autre, ceux-ci tombaient entre les mains des alliés : les forts du Sud se rendirent incontinent sans combat. En quelques heures (24 août), nous étions maîtres des cinq forts qui défendent l'entrée duPeiho, et Téchec de juin 1859 était réparé. Au large, le ministre des Etats-Unis, Ward, et le ministre de Russie, le général Ignatiev, surveillaient les opérations. La route de iien-tsin était libre, et les plénipotentiaires y arrivèrent le 26 août. Des ouvertures de paix avaient été faites aux alliés, dès le débarquement au Pe-tang, mais les garanties n'étaient pas ?ssez suffisantes pour les prendre en considération. A Tien-tsin, Rouei-liang renouvela des offres de traité qui ne furent pas écoutées,* et les chefs de l'ar^ mée reçurent des {tlénipotentiaires l'ordre de marcher sur Peking. A la première étai>e, Yang-tsoun (10 sept.), Tsai, prince de I, et Hang-ki, ministre de la guerre, apportèrent de nouvelles propositions, qui ne furent acceptées que plus loin à Ho-Si-Wo; cependant, le parti de la guerre s'agitait auprès de l'empereur Hien-foung, et le général tartare San Ko-li-tsin, pendant que des communications s'établissaient entre Ho-Si-Wo et la ville de Toung-tdieou par Tchang-kia-houang, préparait un guet-apens dans lequel devaient tomber les plénipotentiaires. L alarme heureusement donnée pennit aux généraux Montauban et Grant (18 sept.) de refouler l'ennemi qui menaçait leur front, et de le poursuivre jusqu'au delà de Toung-tcheou. Malheureusement, les Qiinois avaient eu le temps de faire de trop nombreux prisonniers, dont quelques-uns seulement nous furent rendus vivants plus tara ; parmi ces victimes, on comptait 11 Français, dont le colonel d'artillerie FouUon- Grandchamps, l'agent comptable Ader, le chasseur Ouzouf, l'intendant militaire Dubut, l'interprète Abbé de Luc, M. d'Escayrac de Lauture, chargé a'une mission scientifique, et 26 Anglais, dont le lieutenant Andersen, de la cavalerie irréguhère de Fane avec son escorte de 18 sikhs
et 1 dragon, dt NonniiD, attaché au ministre Bruce, le, correspondant du Times Bowlby, le consul-interprète Harrj Parkes, le secrélaire Loch, le capitaine Brabazon, i|uartierraaltre général d'artillerie. Cependant, les armées alliées s'engouffraient i travers Toung-lcbeou. et s'engageaient sur la route empierrée qui conduit à Peldiig. San Ko-lî-tàn avait
Pont de Wang-dou.
organisé une dernière résislanee derrière le pont qui cfflipe celte route à huit li (Pa-li-kiao) de Toung-tcheoti, Malgré une rtsislance acharnée, la ca^lerie tartaro était dispersée et la route de Peking était libre; ce combat (27 sept.) a valu au général victorieux Montauban le titre de comte Palikao. Le 7 ocl., les Français arrivaient au Youen-mingyouen, palais d'été de l'empereur; dés le 8, les Chinois renvoyaient Parkes, Loch et un cavalier de Probyn, d'Escayrac de Laulure, et quatre soldats français, ces derniers dans quel état! Puis arrivèrent des séries de cercueils, contenant les restes de Bowlby et de la plupart des autres ■victimes. Le palais d'été fut livré au pillage, et lord Elgin qui occupait non le ïouen-ming-youen, mais le Wan-cheouchan, à côté, n'hésita pas, ainsi qu'il le dit dans sa correspondance (18 oct.) « à donner 1 ordre d'incendier cette propriété impériale, en représailles des cruautés exercées sur ses compatriotes par le souverain eliinois>.Hien-foung s'était enhii à le-hol en Tartarie, les alliés entrèrent à Peking, oii ils se trouvèrent, pour traiter, en face du frère de l'empereur, le prince de Kong. Le 24 oct. i860, lord Elgin d'une part, et lenrince de Kong de l'autre, signaient une convention en neuf articles, par laquelle la Chine faisait des excuses pour l'attaque de Ta-kou, en juin 1859; un ministre d'Angleterre résiderait à Peking; l'indemnité stipulée en 1858 était annulée, remplacée nar une autre de 8 millions de taëls; Kao-loun, en face de Hong-kong. était cédée à l'Angleterre ; le traité de 18S8 devait recevoir