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soa effet, le traité de lien-tsin étant ratifié ce même jour (24 oct.) ; la fgcmde Ghousan devait être évacuée, enfin, Tien-tsin, Ta-kou et la côte Nord du Chan-toung, devaient être occupés par les alliés jusqu'au paiement de Findemnité. Le lendemaîn (25 oct.), une convention semblable en dix articles était signée par le baron Gros d'une part, et le prince de Kong de Tautre. L'indemnité de la France était la même que celle de TAngleterre, et Tien-tsin était ouvert au commerce étranger. L'expédition de Chine était terminée dans un temps extraordinairement court, et avec un plein succès pour nos armes et notre diplomatie. Lord Elgin était de retour à Tien-tsin le 14 nov., à Chans-haï le 3 déc. 1860, et en Angleterre le 11 avr. L'art. 6 de la (Convention française de Peking: stipulait crue conformément à l'édit impérial rendu le 20 mars 1846, par l'empereur Tao-kouang, les établissements religieux et de bienfaisance qui avaient été confisqués aux chrétiens pendant les persécutions dont ils avaient été les victimes, devaient être rendus à leurs propriétaires par l'entremise du ministre de France en Chine, auquel le gouvernement impérial devait les faire délivrer avec les cimetières et autres édifices qui en dépendaient. Par suite, le baron Gros romit ces établissements entre les mains du chef de la mission des Lazaristes, Joseph-Martial Mouly, évêque de Fussulan, vicaire apostolique du Pe Tche-U septentrional, qui célébra en l'honneur du succès de l'armée bnmçaise un Te Deum solennel.
i3° La Chine depuis i860, La situation était, en vérité, bien difficile en Chine au moment des signatures des conventions de Peking (oct. 1860). L'empereur était en fuite; dans le nord-ouest et dans le sud-ouest de la Chine, les musulmans étaient en rébellion; au centre, les Taï-ping, avec Nan-king comme capitale, se répandaient sur les bords du Kiang et occupaient les principales villes du Kiang-sou et du Tche-kiang, les étrangers n'avaient pas encore évacué les ports du Nord, ni Chang-haï, et ils tenaient (Canton; le trésor impérial était vide. 11 eût suffi qu'une puissance occidentale le désirât pour que le trône mandchou, ébranlé depuis Tao-kouang, croulât dans l'ignominie avec Hienfoung. Heureusement pour sa dynastie, ce malheureux empereur mourut à propos le 22 août 1861 ; une longue régence se préparait, il fallait faire face au présent et préparer l'avenir : ce fut le frère même de 1 empereur, le prince de Kong, qui eut à prendre la terrible responsabihté du pouvoir. Dès le 21 oct. 1861, (Canton fut rendu officiellement par les alliés aux Chinois ; le 7 nov., Yi-sin, prince de Kong, sixième fils de l'empereur Tao-kouang, frère de l'empereur Hien-foung, est nommé récent, conjointement avec les impératrices douairières; le fils de HiQnfpimg, Tsai^tchoun, qui a rempUicé son père sous
le Nien-hao de Tsi-tchiaDg (bonne chance), le chanjge en celui de Toung-tche (union dans Tordre) ; le mois suivant, un coup d'Etat met le prince de Kong en possession du pouvoir. En effet, le 2 déc. 1861, un décret dénonçait les crimes des huit conseillers institués par Hien-foung, et ordonnait un rapport sur le châtiment oui devait être infligé à Tsai-yuan, prince de I, Tuan-hua, prince de Tcben, et à Su-Chuen, membre du grand secrétariat; le mémo jour, ordre était donné de dégrader les deux premiers et d'arrêter le troisième; le 10 déc, ces trois ministres étaient condamnés à mort, et tous les autres membres du conseil de Hien-ioung dégradés. Tsai et Tuan purent, par faveur, se suicider ; auant à Su, il marcha bravement au supplice. Gomme corollaire à ce tragique événement, il convient d'ajouter que le 31 août 1864 la Gazette de Peking annonçait qu'en raison des services rendus par les ancêtres de Tsai et de Tuan, leur titre de prince serait ressuscité et donné à des membres éloignés de leur famille.
Cependant, le principal effort du gouvernement tendait à rétablir l'ordre dans les provinces ; nous avons vu déjà que les deux Ma, en faisant leur soumission en 1860, avaient porté un coup fatal à l'influence musulmane dans le Yunnan, mais c'était surtout contre les rebelles Tai-ping oui occupaient les plus riches provinces de l'empire, qu'U fallait employer le plus de vigueur ; la prise de Ning-po (9 déc. 1861) achevait de leur livrer le Tche-kiang. Les Chinois s'adressèrent aux étrangers pour les aider à se débarrasser de ces ennemis intérieurs ; un corps d'armée, qui reçut le nom d'armée toujours victorieuse (ever victorious army), avait été placé sous le commandement de l'Américain Ward, qui, après des succès dans le Kiang-sou, particulièrement à Soun^-kiang, fut tué à Tsu-tchi, dans le Tche-kiang (20 sept. 1862). Ward fut remplacé successivement par Burgevine, le capitaine HoUand, et enfin par Li fou-taï (Li Hong-tchang) et le major Gordon (Gordon Pacha). Leurs opérations, conduites dans les environs de Chang-haï, prise de Fou-chan (6 avr. 1863), de Tai-tsan (2 mai 1863), de Quin-san (30 mai 1863), de Wo-kong (29 juil. 1863), de Fong-tching (26 août 1863), dégagèrent la route de la grande ville de Sou-tcheou, qui tomba enfin au pouvoir des troupes impériales le 4 déc. 1863. C'est à la prise de cette ville que six chefs rebelles, qui s'étaient rendus sur la parole donnée par Gordon
au'ils auraient la vie sauve, furent exécutés sur les ordres e Li, lequel échappa avec peine à la colère vengeresse de son collègue. D'autre part, un corps franco-chinois opérait vers le Sud; malheureusement, l'amiral Protêt était tué devant Nan-jao (17 mai 1862); son successeur Tardif subit le même sort dans le Tche-kiang à Chao-sing (19 févr.
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1863). Les oflBciers, Pierre d'Aiguebelle et Prosper Giquel terminèrent cette campasne en i 864, par la prise de la capitale du Tche-kian^, Uang-tcheou (3i mars i864), et de Hou-tcheou, ville importante de cette même province (28 août 1864). Il ne restait plus de rebelle oue la capitale même de leur empire éphémère : Nanking tomba entre les mains du célèbre Tseng Kouo-fan lel9juil. 1864. Les bandes Taï-ping, décimées, privées de leurs chefs, redescendirent vers leur pays d*ongine, le Kouang-si, d*où quelques-unes pénétrèrent dans le Tonkin, où nous les avons retrouvées en les nommant Pavillons Noirs et Patnllons Jaunes (V. Annam).
Nous avons vu plus haut que Torigine des douanes impériales maritimes remonte à 1854 ; des mains des trois premiers commissaires, ce service était passé sous la direction d*un seul ins|)ecteurgénéral,Horatio Nelson Lay. Le gouvernement chinois, désireux d'assurer la défense de ses côtes, chargea ce haut fonctionnaire, par un document daté de Peking du 24 oct. 1862, d'acheter des vaisseaux et des canons et d'engajger des officiers anglais pour créer une flotte. Lay fit choix pour commander cette flotte du capitaine Sherard Osbome. Les difficultés que Sherard Osoome rencontra de la part des Chinois en arrivant en Chine amenèrent rapidement la démission de cet officier distingué ; cet incident donna lieu à une longue cQrres[)ondance entre TÂn^leterre et la Chine, et cette dernière
Îmissanre, attribuant à la maladresse de Lay les difficultés, e remplaça en nov. 1863 par Robert Hart, qui occupe encore aujourd'hui le poste d'inspecteur général des douanes.
Les Français ne rencontrèrent pas ces difficultés; le corps franco-chinois qui avait contribué dans une si large mesure à écraser la rébellion des Tai-ping, dans le Tche- Kiang, avait à sa tète deux officiers de marine français distingués, d'Aiguebelle et Giquel. Le vice-roi du Fou-kien, Tso Tsong-tan^, leur confia le soin de créer entre la capitale du l'ou-kien et la mer, sur la rivière Min, un établissement dans lequel pourraient être fabriquées lés armes, etc., nécessau'es à l'armée et à la manne. C'est ainsi que fut créé en 1867 l'arsenal dit de Fou-tcheou, qui, tout en ayant cessé d'être dirigé directement par les Euro-
Ï^éens, continue néanmoins à rendre de grands senices; 'éducation des jeunes gens, attachés à l'arsenal de Foutcheou et destinés à devenir- des ingénieurs ou des officiers de marine, est complétée en Europe par une mission dite d'instruction, qui, dirigée d'abord par Prosper Giquel (1876) et Li Fong-pao, a aujourd'hui à sa tète L. Dunoyer de Segonzac et Tche Meou-xi. Les jeunes gens, répartis, soit sur les navires de la marine britannique, soit dans les usines du Creusot ou de Saint-Chamond, dans les
Ëcoles du génie maritime, de maistrance, des arts et métiers, des mines, etc., retomrnent instruits dans les sciences européennes, après un séjour de trois ou quatre ans en Europe.
L'année 1865 marque en quelque sorte la fin de la nouvelle période qui commençait à l'expédition de 4860 ; c'est en effet, cette année, au mois de juillet, que les troupes alliées sont définitivement retirées de Ta-kou et de Chang-hai; il semble même que pour mieux marquer le nouvel état de choses, le ministre d'Angleterre sir Frederick Bruce, nommé à Washington, est remplacé à Peking par son collègue du Japon, Rutherford Alcock, Comme après le traité de Nanking de 4842, après les traités de Tien-tsin de 4858 et les conventions de Peking de 4860, les nations étrangères s'empressèrent de profiter des avantages obtenus par la France et l'Angleterre, en signant des traités particuliers. La Russie et les Etats-Unis d'Amérique avaient suivi d'une manière spéciale les opérations des alliés, aussi, au ti*aité de Tientsin du 4/43 juin 4858 (comte Poutiatine) vient s'adi oindre le traité additionnel, conclu à Peking pour la lussie, le 2/44 nov. 4860, par le général Ignatiev et le prince de Kong (ratifié à Pétersbourg le 20 déc, promulgué le 26 déc. 4860). Ce traité rectifiait la frontière orientale des deux empires ; le territoire N. de l'Amour appartenait à la Russie, le territoire S. à la Chine. Les négociants russes de Kiakhta pouvaient se rendre à Peking, et pouvaient faire le commerce à Kalgan et à Ourga, où les Russes avaient le droit d'établir un consul, etc. ; le 20 févr./4 mars 4862, une convention relative au commerce par terre était signée à Pckins par le ministre russe, M. de Balliouzek, et complétée dans la même ville par le général Vlangaly, le 45/27 avr. 4869. Les Etats-Unis qui avaient signé le 48 juin 4858 à Tientsin, par l'intermédiaire de leur ministre William B. Reed, un traité, le complétaient par des articles additionnels, à Washington, le 28 juil. 48 j8, ratifiés à Peking le 23 nov. 4869. A la remorque des quatre grandes puissances, vinrent les autres nations. Le roi de Prusse, au nom du ZoUvercin, des grands-duchés de Mccklembourg- Schwerin et de Mecklembourg-Strelitz, et des villes Hanséatiaues, envoyait dans l'Asie orientale (4859-4862) une expédition dont un des actes principaux fut la signature, par le comte d'Eulenbourg, d'un traité à Tien-tsin le 2 sept. 4864, ratifié à Chang-hai le 44 janv. 4863. Le gouverneur général de Macao, Isidoro Francisco Guimaraés, signait un traité le 43 août 4862 à Tien-tsin, dont la ratification fut refusée par le gouvernement chinois, par suite de la clause relative à Macao, diversement interprétée dans les textes portugais et chinois. Le traité danois, signé par
Waldemar Rudolph de Raasioff, est de Tien-tsio, 43 joil. 4863, ratifié à Chang-hai, 29 juii. 4864. Le traité espa-
Î;do1, négocié par don Sinibaldo de Mas, à Tien-tsin iO oct. 1864), a été ratifié par la reine d'Espagne le 44 mai '4866, et les ratifications ont été échangées à Tientsin le 40 mai 4867. Le traité hollandais, négocié par J. des Amorie van der Hoeven, a été signé à Tien-tsin le 6 oct. 4863 ; le traité belffe, négocié par Auguste T'Kint, signé à Peking le 2 nov. 4865, a été ratifié à Chang-haï le 27 oct. 1866; le traité italien, négocié par le capitaine de frégate Vittorio Arminjon, signé le 26 oct. 1866, à Peking, a été ratifié à Chan^-haï le 42 nov. 4867 ; l'Autriche, qui avait déjà visité les mers de TAsie orientale, lors de la circumnavigation de la frégate Nouara (30 a\T. 4857- 26 août 1859) envoyait une nouvelle mission en Chine en 4869, à la tête de laquelle était placé le contre-amiral baron de Petz, qui concluait un traité à Peking le 2 sept. 4869, ratifié à Chang-haï le 27 nov. 4874 . Ajoutons que dans les derniers traités beaucoup des clauses du traité danois, admirablement rédigé, faisaient précédent et étaient adoptées. Le gouvernement chinois ne se rendait pas trop compte toutefois du mouvement considérable et irrésistible qui avait amené l'intervention des étrangers en Chine, et rétablissement définitif de légations à Peking. De temps à autre, des attaques contre les Européens établis à Tintérieur, par exemple l'affaire de la mission protestante de Yang-tcheou (4868), montrait que les autorités provinciales n'avaient pas une notion exacte de la situation. La bonne volonté ne manquait pas d'ailleurs à la capitale, de la part surtout du nouveau chef des douanes, Robert Ilart : il avait créé un collège, 1867 (Tuna'Wen Kouan) oii devaient être enseignées aux indigènes les langues et les sciences de l'Occident ; pensant aussi qu'il était nécessaire de faire connaître aux pays d'Europe et d'Amérique les nouveaux sentiments du gouvernement impérial, Hart fut le promoteur d'une ambassade chinoise à travers le monde, à la tète de laquelle il plaça Anson Burlinsame, ministre des Etats-Unis, dont les pouvoirs venaient d expirer, avec MM. J. Mac Leavy Brown (anglais) et de Champ (français) comme secrétaires, et deux délégués chinois, Soun et Tchi (1868). Burlingame se rendit d'abord aux Etats- Unis, où il signa avec le secrétaire d'Etat William H. Seward les articles additionnels de Washington (28 juil. 1868) et où il prononça avec une rare éloquence, une série de discours, dans lesquels il représentait « la croix brillant sur toutes les montagnes » de l'empire du Milieu. Burlingame visita successivement Londres, Paris, Berlin, oii il fut reçu moins chaudement qu'aux Etats-Unis, et il mourut à Péterebourg, au moment même oU la nouvelle de la plus épouvantable catastrophe venait donner le i^us atroce
démenti à ses théories de Chine libérale : c'était le massacre de Tien-tsin.
Le !2i juin 1870, le consul de France à Tien-tsin, M. de Fontanier, lo chancelier du consulat, M. Simon, rinterprète de la légation de France, M. Thomassin et sa femme, un prêtre lazariste, Tabbé Chevrier, un négociant français, M. Chalmaison et sa femme, trois Russes, Barov, Protopov et sa femme, et neuf sœurs de Saint- Vincent de Paul, dont quatre Françaises, deux Belges, deux Italiennes, une Irlandaise, en tout, vingt étrangei-s étaient massacrés de la façon la plus barbare à Tien-tsin. La légation de Franco était alors gérée par le comte Julien de Rochcchouart, qui avait remplacé le 6 nov. 1868 le ministre comte Laliemand ; une escadre française, commandée par Famiral Dupré, vint jeter l'ancre à Tientsin; des négociations furent entamées : le vice-roi du Tche-li, Tseng Kouo-fan, fut déplacé, le commissaire des ports du Nord, Tchoung-heou, qui avait été assez faible, pour ne pas dire plus, dans les circonstances, fut chargé de présenter des excuses, au nom du gouvernement chinois ; le massacre de. Tien-tsin parait, au reste, avoir été le résultat général d'un complot contre les étrangers, dont le contre-coup se fit sentir dans presque tous les ports ouverts, et auquel se rattache l'assassinat de Ma, vice-roi des deux Kiang, en juil. 1870. D'ailleurs, nous étions à l'époque de la terrible tourmente de la guerre 1870-1871, et la nouvelle du massacre arrivait en France trop tard pour que l'on pût en tirer la vengeance éclatante (ju'il méritait. Tchoung-heou s'était transporté de Marseille à Bordeaux, de Bordeaux à Tours, de Tours à Versailles, puis effrayé par les horreurs de la guerre et fatigué des lenteurs que mettait le gouvernement à le recevoir, il s'enfuyait aux Etats-Unis, d'où il était ramené en France à grand'peine. Grâce surtout aux efforts des secrétaires français, MM. Novion et Imbert, qui l'accompagnaient, Tchoung-heou fut reçu par M. Thiers et lui présenta les lettres d'excuses. ï^ France put craindre de nouvelles difficultés avec la Chine à la fin de 1871, lorsqu'un mémorandum en huit articles fut dirigé par le gouvernement chinois contre les missionnaires catholiques. Tout se passa heureusement en pourparlers diplomatiques et en polémique de presse. Une question fort importante allait surgir : la longue régence prenait fin, lo jeune empereur Toung-tche, qui s'était marié au mois d'octobre 1872, prenait en main le 23 févr. 1873 lo gouvernement effectif de son empire. Le jour suivant (24 févr. 1873), les ministres ou chargés d'affaires à Peking, de France, de Grande-Bretagne, de Russie, d'Allemagne et des Etats-Unis, envoyèrent au prince Kong une lettre-circulaire pour féliciter le jeune souverain de
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sa prise effective da trône. Les ministres étrangers désiraient qu*une audience leur fut accordée, et après de nombreux pourpalers, on leur apprit, le 27 juin, que le jeune souverain les recevrait en audience solennelle le 29 iuin à cinq heures et demie du matin. Le ministre d*AUemagne, qui avait été forcé de rentrer en Europe, à cause du mauvais état de sa santé, n'y assistait pas. Etaient présents : pour la France, Louis de Geofroy ; Frederick Low pour les Etats-Unis; Thomas Francis Wade pour la urande-Bretagne ; le général Vlan^y pour la Russie et J.-H. Ferguson pour les Pays-Bas, avec M. Bismarck, secrétaire interprète de la légation d'Allemagne. Quelques instants après cette audience solennelle, une audience privée était accordée au ministre de France, M. de Geofroy, avec l'interprète de la légation, Gabriel Devéria, pour la remise de la lettre adressée par le gouvernement de la République française, en réponse à la mission de Tchoung-heou. Ces audiences qui devaient être le point de départ de relations nouvelles, n eurent de lendemain que pour les ministres de Belgique Serruys, de Russie, E. de Butzov, et du Japon. Toung-tche mourait le 42 janv. i875, et sa jeune femme quelques jours plus tard : une nouvelle régence allait commencer. Quelque temps avant la mort de Toung-tche, de graves difficultés avaient éclaté entre la Chine et le Japon. En i874, quelques sujets japonais, originaires des Lou-tchou, ayant été massacrés par les aborigènes de Formose, et les Chinois ayant refusé d'intervenir pour donner satisfaction aux réclamations du Japon, celui-ci résolut de se faire justice lui-même, et envoya un cuirassé et des troupes sous les ordres de Tamiral Saigo, pour tirer une vengeance éclatante des meurtriers. Les Japonais débarquèrent sur la côte sud-est de Formose, et une guerre devenait imminente entre eux et Tcmpire du Milieu, lorsque TAngleterre intervint et fit signer à Peking un arrangement, le 3i oct. i874,
Sir lequel le prince Kong accordait au ministre japonais kubo pleine et entière satisfaction. Un traité avait déjà été signé par Ita pour le Japon avec la Chine, représentée par Li Hong-tchang à Tien-tsin, le 43 sept. 4871; ce traité a été ratifié par l'empereur de la Chine, le même mois et par le Mikado, avec quelques modifications, le 4^ nov. suivant. Le premier traité péruvien est également de la fin du règne de Toun^-tche, négocié avec Li Hong-tchang, à Tien-tsin, le 26 juin 1874, par le capitaine de vaisseau Aurelio Garcia y Garcia ; il fut ratifié dans cette même ville le 7 août 4875.
La succession de Toung-tche était assez difficile à recueillir, car il fallait que le nouvel empereur fût plus jeune que son prédécesseur pour pouvoir rendre à sa mémoire les hommages accoutumés, suivant les rites du
culte des ancêtres,, basés sur la piété filiale dont nous avons déjà parlé. L'empereur Tao-kouang avait laissé neuf fils, et c'était Toung-tche, l'héritier de Hien-foung, le quatrième de ces fils qui venait de mourir. Le huitième prince, Yi-ho, prince de Tchoun, mort avant son neveu Toung-tche, avait adopté Tsai-ying, fils de son frère, le prince Kong ; il ne restait donc à la mort de Toung-tche que quatre fils de Tao-kouang : le cinquième, Yi-tsoune, prince de Toun, le sixième, Yi-sin, prince de Kong, le septième, Yi-houan, prince de Tchoun, et le neuvième, Yihouei, prince de Fou. U aurait été facile alors au prince Kong, qui avait la toute-puissance, de donner l'empire à son fils Tsaï-tcheng, né vers 1856, mais cet excès d'honneur l'eût empêché de prendre une part très active dans le gouvernement. U était en assez mauvais termes avec le septième prince, son frère, le prince de Tchoun ; pour se débarrasser d'un rival, il prit le fils de ce dernier, Tsaï-tien, âgé de quatre ans, qui monta sur le trône sous le nom de Kouan^-siu (succession brillante). De nouvelles difiicultés allaient, d'ailleurs, surgir en Chine ; l'Angleterre, désireuse de développer son commerce avec l'extrême Orient, avait rejeté comme insuflisant un nouveau traité signé à Peking le 24 oct. d869, par son ministre sir Rutheriord Alcock, et elle cherchait à frayer à ses produits une nouvelle route de la Birmanie dans le Yunnan. Une expédition entreprise par le colonel Horace Browne, sur l'ordre du gouvernement des Indes, et autorisée par les autorités chinoises, fut attaquée à la frontière du Yun-nan et l'interprète Augustus Raymond Margary, qui était allé en avant comme éclaireur, fut assassiné à Manwyne ; les négociations traînèrent en longueur entre l'Angleterre et la Chine, et la guerre était sur le point d'éclater, lorsque le gouvernement impérial se décida à traiter. Sir Thomas Wade, ministre d'Angleterre et Li Hong-tchang, gouverneur du Tche-li, signèrent à Tche-fou, le lîsept. 4876, une convention ratifiée par l'empereur de la Chine quatre jours plus tard. Cette convention est extrêmement importante : elle se divise en trois sections : l'une, relative au règlement de l'affaire Margary (excuses et indemnité de 200,000 taëls); la seconde, aux relations diplomatiques et consulaires, et la dernière, au commerce (ouverture des ports de I-tchang et de Wouhou, sur le Kiang, de Wcn-tcheou dans le Tche-kiang et de Pak-hoi dans le Kouang-toung, avec l'autorisation d'envoyer des fonctionnaires anglais à Tchoung-king, dans le Se-tchouan ; enfin, un article additionnel autorisait le gouvernement anglais à envoyer l'année suivante une mission d'exploration de Peking au Tibet et aux Indes, soit par le Kan-sou et le Kokonor, soit par le Se- ^chouan. Une mission spéciale, composée de T. Grosvenor,
secrétaire de la légation britannioue à Peking, et des consuls Arthur Davenport et E. Colt)ome Baber, se rendit dans le Yun-nan pour assister au jugement des meurtriers de Mar^ary, et fit un rapport remarquable sur les débouches commerciaux du sud-ouest de la Chine. Cette convention de Tche-fou a une importance considérable, car elle est le point de départ des légations chinoises en Europe : le premier agent accrédité en 1876 fut Kouo Song-tao avec Lieou, comme second ministre, accrédité à Londres et à Paris. Kouo a eu le marquis Tseng comme successeur.
D'ailleurs, une. grosse question allait sur^ pour la Chine. Nous avons vu que les deux rébellions musulmanes avaient été écrasées : celle du Yun-nan par la prise de Ta-li (49 janv. 1873), celle des Tien-chan par la mort de Yakoub et la jprise de Khotan (4 janv. 1878). Par un traité en date du ^5 juil. 1851, les Russes avaient obtenu la permission d'établir à Kouldja des maisons de commerce. Ce traité, signé par le colonel des ingénieurs des mines Kovalevsky, fut ratifié à Pétersbourg le 13 nov. 1851 par Temi^ercur de Russie. En 1871, les Russes offrirent aux Chinois d'occuper le nord des Tienchan et Kouldja jusqu'à pacification complète du pays ; ils rendraient alors Kouldja conti'e reml)oursement des frais d'occupation. Les Chinois acceptèrent cette proposition. Lorsque l'empu'e de Yakoub eut été détruit, et qu'il fallut rentrer en possession du nord des Tien-chan, il fallut négocier avec la Russie. Tchoung-heou, que nous avons vu en Europe, après le massacre de Tien-tsin, fut choisi pour mener à bonne fin cette affaire épineuse; arrivé en Europe en 1878, Tchoung-heou signait avec les Russes, en oct. 1879, un traité à Livadia, dont les termes étaient dérisoires pour la Chine, qui, vaincue, les aurait à peine acceptés. Si les Russes s engageaient à rendre le territoire de Kouldja, ils en gardaient la partie la plus riche : h vallée de h Tekkes au pied des Tien-chan et les
Sasses, parmi lesquelles la plus importante, celle de [ouzarte qui conduit de Kouldja à Aksou, et coupe en deux la grande route militaire construite par Kien-loung pour mettre Kouldja en communication avec Kachgar. Immédiatement le censeur Tchang Tche-toung (aujourd hui vice-roi des deux Hou) fit un rapport terrible contre le malheureux diplomate. Tchoung-heou, de retour en Chine, fut condamné à mort, mais non exécuté, et ses biens confisqués ; le traité de Livadia rejeté : c'était un casus helli. Les Chinois n'évitèrent la guerre qu'en envoyant le marquis Tseng de Londres à Pétersbourg où, après de longues et pénibles négociations, il réussit à signer avec MM. Nicoks de Giers et Eugène Butzov, un traité le 12/24 févr. 1881, par lequel la Russie rendait aux
Chinois le territoire de Kouldja, sauf la partie occidentale, dans les limites que nous avons marquées au commencement de cet article.
Débarrassés des rébellions musulmanes, des Russes et des Anglais, les Chinois n*avaient plus à s*oc<îuper que des Français et de la frontière de l'Annam. Nous avons raconté (V. Annam) avec de grands détails Tintervention de la Chine au Tonkin; il ne nous reste donc plus qu'à citer les différents traités signés entre la France et la Chine pour le règlement de cette question : traité du 9 juin 4885 à Tien-tsin, par M. J. Patenôtre, qui avait été précédé d'une convention préliminaire, signée à Tien-tsin le 44 mai 4884; protocole du 4 avr. 4885, signé par MM. Billot et Lampbell ; convention commerciale signée par M. F.-G. Co^ordan à Tien-tsin le 25 avr. 4886 ; convention additionnelle signée par M. Ernest Constans à Peking, le 26 juin 4887. A la suite de ces différentes conventions, des consulats ont été établis dans le Kouang-si, à Long-tcheou, et à Mong-tseu dans le Yun-nan. On vient (4890) d'inaugurer la ligne télégraphique, qui relie la frontière annamite, Lao-kaï, à Mong-tseu.
Le grand inspirateur de la politique chinoise pendant le règne de Toung-tche, le prince Kong, avait vu peu à peu son influence compromise par un nouveau venu, Li Hongtchang que nous avons vu déjà jouer un rôle considérable dans la guerre des Taï-ping. Li est haut commissaire impérial, directeur général de la défense des frontières maritimes du Nord, surintendant du commerce, gouverneur du prince impérial, membre du conseil privé, gouverneur général de la province de Pe Tche-li, comte de l'empire avec l'appellation Sou y. C'est un Chinois de pur sang. Il est né la deuxième année du règne de l'empereur Tao-Kouang, c.-à-d. en 18:23, à Seu-chou, dans le district de Ho-Feî, dans la province de Nganhouei. On a cru un instant que le marquis Tseng, aujourd'hui mort, aurait contrebalancé l'influence de cet homme d'Etat : il n'en a rien été. D'ailleurs, les questions qui se sont posées à la majorité de Toung-tche se posent naturellement à celle de Kouang-siu, et après le mariage de l'empereur, nous aurons la difficulté de l'audience.