RELIGIONS ET MOEURS
sénéral, quelle que soit celle des trois doctrines à laquelle u appartienne, est basée sur le culte des ancêtres, qui a son origine dans les préceptes de Confucius, et sur le Foung-chouiy mélange de superstitions grossières, dont une étude incomplète des phénomènes de la nature est la source et des pratiques dénuées de sens commun le résultat. Le culte des ancêtres a pour point de départ la piété filiale, qui a pour les Chinois une telle importance qu'un livre entier lui a été consacré ; le Hiao-king, Le Hiao^ king dé l'empereur Youen-tsoung comprend les dix-huit chapitres suivants: i. Etendue et signification du livre. II. Piété filiale du fils du cîel(rËmpereur). m. Piété filiale des princes, iv. Piété filiale des grands, v. Piété filiale des lettrés. VI. Piété filiale du peuple, vu. Les trois puissances (ciel, terre, homme), viii. Le gouvernement par la piété filiale. IX. Gouvernement des sages, x. Exemples de la piété filiale. XI. La piété fihale et les cinq sortes de supphces. XII. Le grand art de régner, xiii. La vertu absolue. XIV. Rendre son nom célèbre, xv. La piété filiale et les reproches, xvi. De Tinfluence de la piété filiale, xvii. Le service du souverain, xviu. La piété filiale et le deuil des parents. C'est, on le voit, une étude complète de la piété filiale; mais cette étude n'est nullement envisagée à un point de vue élevé ; elle est terre à terre, sans grandeur ; si le Hiao-king n'a pas été écrit par Confucius, ni même par Tseng-tseu, il n'en porte pas moins l'inspiration du célèbre moraliste chinois ; si le style même de ce livre permet d'hésiter sur le nom de son auteur, son caractère pratique le fait classer avec juste raison parmi les écrits de l'école de ce sage, dont le système a eu le plus de durée, parce qu'il était une morale simple plutôt qu'une philosophie quintessenciée. La piété filiale n'est plus un sentiment naturel, spontané, élevé; c'est un devoir parfaitement défini, envers les parents et le souverain. C*est la source même de toutes les vertys, et la première des vertus est la conservation de soi-même. « Tout notre corps, jusqu'au plus mince épiderme et aux cheveux, nous vient de nos parents; se faire une conscience de le respecter et de le conserver, est le commencement de la piété filiale. Pour atteindre la perfection de cette vertu, il faut prendre l'essor et exceller dans la pratique de ses devoirs ; illustrer son nom et s'immortaliser, afin que la gloire en rejaillisse éternellement sur son père et sur sa mère. La piété filiale se divise en trois sphères immenses : la première est celle des soins et des respects qu'il faut rendre à ses parents; la seconde embrasse tout ce qui regarde le service du prince et de la patrie; la dernière et plus élevée, est celle de l'acquisition des vertus, et de ce qui fait notre perfection. » (Hiao-king, chap. i.) Cette piété filiale n'est nullement la même pour tous; elle
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varie suivant la classe ; elle n^est pas chez Tempereur ce qu'elle est chez les princes, les grands, les lettrés ou le peuple. Car la piété filiale n'est plus ce sentiment simple d*amour de Tentant pour ses parents, c'est un sentiment complexe qui comprend tous les sentiments, une vertu multiple qui renferme toutes les vertus, universelle « embrassant tout depuis l'empereur jusqu'au dernier de ses sujets, ne commençant ni ne finissant à personne. » « immensité de la piété filiale, s'écrie Tseng-tseu, que tu es admirable! Ce qu est la régularité des mouvements des astres pour le firmament, la fertilité des campagnes pour la terre, la piété filiale l'est constamment pour les peuples. » (/^., chap. VII.) Dans son intérêt même, l'empereur devra honorer ses parents pour que ses sujets imitent son exemple. D devra être sans orgueil et dépenser avec économie. Les grands ne devront pas s'émanciper jusqu'à porter d'autres habits que ceux que permettent les ordonnances des anciens empereurs, ni se hasarder à rien dire qui ne soit conforme aux lois qu'ils ont faites ; quant à la multitude elle devra « mettre à profit toutes les saisons, tirer parti de toutes les terres, s'appliquer à ses devoirs et économiser avec sagesse pour nourrir le père et la mère. » Rien de plus précis que les devoirs de la piété filiale ; et ce n'est pas seulement dans le Hiao-king qu'on les trouve énumérés. Le Li-ki, à côté d'une pensée délicate : € Un fils rempli de piété filiale entend ses père et mère sans qu'ils lui parlent, et il les voit sans être en leur présence », nous donne les renseignements les plus circonstanciés sur le deuil par exemple : « La rigueur du deuil ne doit pas aller jusqu'à trop s amaigrir ou jusqu'à affaiblir ni la vue, ni l'ouïe... Si on a une blessure à la tête,* on peut la laver ; si on est échauffé, on peut prendre le bain ; si on est malade, on peut manger de la viande et boire du vin ; mais on reprend les observances du deuil dès qu'on est remis ; les négliger, ce serait outrager la nature et abjurer la piété filiale. » Le dernier chapitre même du Hiaa-king donne les renseignements les plus méticuleux sur la manière d'ensevelir les parents ; la conclusion de ce livre de préceptes, de ce guide de la vie quotidienne, est élevée et se rapproche de nos idées sur la piété filiale : « Honorer et auner ses parents pendant leur vie, les pleurer et les regretter après leur mort, est le grand accomplissement des lois fondamentales de la société humaine. Qui a rempli envers eux toute justice pendant leur vie et après leur mort, a fourni en entier la grande carrière de la piété filiale. » La piété filiale, telle que nous la dépeint le Hiao-king, n est plus le sentiment naturel qui se retrouve chez tous les peuples, le peuple chinois compris ; c'est une doctrine officielle. La piété filiale comme nous l'entendons est affaire individuelle ; elle
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n'a d'influence ni sur notre [politique générale, ni sur nos croyances religieuses. En Chine, au contraire, elle a transformé la nation en une vaste famille dont le chef est Tempereur ; elle est devenue la base d'un gouvernement qui n'a rien de chimériaue, qui est réel et durable puisqu'il existe depuis des siècles. On ne peut, dès à présent, prévoir le terme d'un système oui a eu l'avantage de s'appuyer sur un sentiment simple et naturel à l'origine au heu d'avoir pour point de départ des théories creuses et artificielles, mais qui ne semble pas pouvoir tenir devant les idées nouvelles que les relations toujours croissantes avec les étrangers apporteront nécessairement. Ce do^e de la piété miale, pivot de la machine sociale qui, dans l'ordre politique, a donné à la Chine son mode ae gouvernement, devait forcément dans l'ordre religieux créer un culte spécial. Ce respect protond envers les parents, ces devoirs incessants, ces conseils sévères, ont nécessairement créé entre les parents et les enfants, toujours en théorie, une barrière immense. Les soins rendus aux morts se sont facilement transformés en un culte qui, perfectionné avec le temps, multipliant ses cérémonies, est devenu le culte des ancêtres. Et de même que dans le gouvernement, le système a continué son fonctionnement, quoique son origine soit aujourd'hui un peu oubliée, dans la religion, le dogme a fait place au cérémonial, et la pratique de la piété filiale s'est peu à peu restreinte au culte rendu aux ancêtres. Ce culte réunit également toutes les classes de la société, toutes les sectes religieuses de l'empire, qu'elles soient confucianistes, boudonistes ou taoïstes; nous avons donc raison de dire qu'il est la principale religion de la Chine. C'est le plus sérieux ennemi que rencontre le prosélytisme chrétien ; car le culte des ancêtres étant la base même de la société, le christianisme présente, en dehors du principe religieux, un aspect rjèvolutionnaire et subversif. On a essayé de tourner la difficulté en disant que le culte des ancêtres ne consistait qu'en hommages rendus à la mémoire des parents défunts : le culte des ancêtres est une religion, avec des cérémonies parfaitement précises.
Qu'est-ce que le Foung-choui que l'on traduit littéralement vent et eau? Un Chinois lui-même ne répondra pas à cette question. Demandez-lui pourquoi il choisit tel site pour construire son habitation ? Foung-choui ! Pour-
?uoi part-il en voyage à une heure plutôt qu'à une autre ? bung-choui î Pourquoi fixe-t-il cette visite à aujourd'hui et non à demain ? Foung-choui! C'est donc un guide de la vie de l'homme, infaillible, sûr? Non. C'est tout et ce n'est rien. Basé sur quelques notions d'astrologie puisées dans les enseignements de Tchou hi, le Foung-choui que consulte le Chinois avant de se lancer daqs une entre-
prise est une aspiration yen la connaissance des choses de la nature qui, n*étant pas satisfaite, se tourne vers la pratique des superstitions grossières, la sorcellerie, etc.