RELIGIONS ÉTRANGÈRES
1® Christianisme. La tradition fait remonter Fintroduction du christianisme en Chine à saint Thomas, Tapùtre des Indes. Aucune preuve sérieuse ne vient à Tappui de cette hypothèse; il est très probable que les Nestoriens dispersés à travers TAsie après la condamnation de leur chef au concile d^Ephèse (43i) ont été les instruments de la projïagande du christianisme en Asie, et particulièrement en Chine ; Finscription célèbre de Si-ngan fou, en chinois et en caractères cstranghelo, qui date du viii* siècle de notre ère et de la dynastie des Tang, découverte en i625, n*est qu'une des nombreuses traces de la grande influence des Nestoriens qui laissent leur empreinte sur le bouddhisme même local, ainsi que j'ai pu le constater moi-même dans rile sacrée de Poutou; ils sont extrêmement florissants sous la dynastie mongole, et pendant qu'ils ont des sièges métropolitains à Khan-bâlia (Pcking), et dans le Tansout, nous voyons un nestorien chinois, né en i245, Mar Jabalaha, élève d'un autre Chinois, né à Peking, Rabban Çauma, devenir, malgré son ignorance de la langue syriaque, patriarche en Perse.
t* Missions catholiques. A la suite du grand mouvement inauguré au concile de Lyon par Innocent IV, du voyage de Jean du Plan de Carpin (i!245-1247), des missions d'Ascelin, d*Albéric, d'Alexandre et de Simon de Saint-Quentin, d'André de Lonjumel (i!249), etc., un archevêché fut créé à Khan-bâliq (Peking), pour Jean de Monte Comno, franciscain, mort en i333, et qui avait à Zeitoun, dans le Fou-kien, un suffragant, mais leurs efibrts aussi bien que ceux des nestoriens, ont été paralysés dans la seconde moitié du XIV® siècle, dans l'empire dû Milieu, par la chute de la dynastie mongole des Youen, et l'avènement de la dynastie chinoise des Ming. On peut dire que pendant deux siècles la propagande évangélique resta stérile. Les grandes missions catholiques de l'extrême Orient ont été établies au XVI® siècle par les jésuites. On en trouvera l'histoire aux articles Jésuites et Missions. Le nombre des chrétiens en Chine est évalué à 630,000 environ dont près de 600,000 catholi(^ues et 32,000 protestants. Les détails relatifs aux missions, à leurs oiidnes respectives et à leurs progrès, aux difficultés qu'elles rencontrent et à leurs moyens d'action seront donnés à l'art. Missions.
3® Judaïsme. Au commencement du xvn® siècle, le célèbre père Matteo Ricci, le foodateur de la mission dçs
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jésuites à Peking, reçut la visite d'un jeune juif : celui-ci lui déclara qu'il n'adorait qu'un seul Dieu, prit à la mission rimage de la Vierge avec Tenfant Jésus pour celle de Rebecca avec Esau ou Jacob, dit qu'il venait de Kaïfoung-fou, dans la province du Ho-nan, où séjournaient dix ou douze familles de sa religion, ayant leur synagogue, dans laquelle étaient renfermés des livres écrits dans une langue semblable à celle d'une Bible que lui montra Ricci : c'était de l'hébreu. Ricci, retenu à Peking par l'âge et les besoins de sa mission, ne put se rendre à Kaï-foung-fou ; mais il y envoya à sa place un jésuite chinois; dans le manuscrit du Pentateuque en possession de la colonie juive, toutes les sections furent trouvées, après l'examen du commencement et de la fin, « parfaitement conformes à la Bible hébraique de Plantin, excepté qu'il n'y avait pas de points voyelles dans l'exemplaire chinois ». Plus tard, les jésuites Âleni (1613), bon hébraïsant, mais qui ne put voir* aucun livre, Gozani (1704), Gaubil et Domenge, visitèrent Kaï-foung-fou, d'oti ils rapportèrent quelques renseignements. Les Juifs appelaient leur synagoeue Lipai-Sé, lieu des cérémonies, dont l'entrée était à l'Orient ; ils conservaient un grand nombre de livres, parmi lesquels se trouvaient ceux de Josué et des Juges, Samuel, David, Isaïe, Jérémie; ils n'avaient rien d'Ezéchiel. Parmi les petits prophètes, ils possédaient Jonas, Michée, Nahum, Habacuc et Zacharie. Depuis lors, de nouveaux documents furent envoyés en Europe, particulièrement par le jésuite Ignace Kœgler, président du tribunal des mathématiques à Peking, et ils furent l'objet, à la fin du xvin® siècle et au commencement du xix«, d'intéressantes publications faites par le célèbre érudit Christophe-Théophile de Murr. D'ailleurs, les Français n'étaient pas restés indifférents à ces études, et l'abbé Brotier avait donné, dans son édition de Tacite, publiée en 1771, une dissertation sur les juifs établis en Chine; de Guignes avait repris le sujet en 1808, et nous retrouvons, plus tard, Silvestrc de Sacy s'occupant de la même question dans des mémoires insérés dans les Notices et Extraits des Manuscrits de la bibliothèque du Roi. L'importance attachée à la revision de la Bible par les sociétés protestantes devait forcément attirer leur attention sur les livres conservés à Kaïfoung-fou ; aussi une mission d'enquête fut-elle envoyée dans cette ville en 1850, par la London Society for promoting Christianity among ihe Jews; les résultats de cette enquête furent publiés à Changhaï en 1851, par George Smith, lord-évèque de Victoria (Hong-Kong). A la suite de cette enquête, deux juifs de Kaï-foung-fou vinrent à Changhaï et l'on donna — je les possède — des facsimilés des manuscrits de la synagogue, dont les plus importants sont des portions de l'Exode. Il est très inté-
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ressant de noter le peu d'attention que les juifs d'Europe, malgré les renseignements fournis par catholiques et protestants, ont accordée à leurs coreligionnaires de Chine ; cependant, en 1760, dans une lettre écrite en hébreu et en anglais, que j*ai publiée ailleurs, les marchands juifs de Londnss essayèrent de se mettre en rapport avec les israélites du Ho-nan. Le seul juif qui se soit rendu à Kaïioung-fou est un négociant de Vienne, J.-L. Liebermann, qui y est allé en 18d7, mais qui n'a pas rapporté grand chose d'intéressant. L'évêque protestant Scherechewsky, juif converti, qui a voulu les visiter depuis, n'a pas obtenu des Chinois 1 autorisation de résider parmi ses anciens frères. Après cet historique des efforts tentés pour connaître quelque chose des juifs en Chine, en voici le résultat : les jwfs arrivèrent en Chine par la Perse, après la prise de Jérusalem par Titus, au premier siècle de notre ère, sous la dynastie des Han et sous l'empereur Min|[-ti. On les a confondus, quelquefois, avec ceux qui pratiquaient les religions de l'Inde (TicTt-tchau-Kiao), mais surtout et depuis des siècles d'une façon presque absolue, avec les mahométans (Houeirhouei ou Hoiiei-tseu) ; entre eux, ils s'appellent Tiao-Kin-Kiao (la religion qui extirpe les nens). Comme nous l'avons vu, ces juifs possédaient des livres ; mais ils ne savaient pas plus l'hébreu que les musulmans chinois l'arabe du Coran, dont ils récitent les versets sans en comprendre le sens, comme d'ailleurs, beaucoup de gens chez nous, disent leurs prières en latin, dont ils n'entendent pas un mot. Lorsque tes rebelles Taï-
f»ing, venus du Kiang, remontèrent vers le Nord en 1857, a colonie juive de Kaï-foung-fou fut, avec le reste de la population, dispersée, et ses membres se réfugièrent dans plusieurs villes jusque sur le littoral ; ils avaient, comme les deux qui étaient venus à Changhaï en 1851, les traits caractéristiques de leur race, quoiqu'ils fussent vêtus comme les autres Chinois et portassent la natte. La plupart sont retournés à Kaï-foune-fou, et le D^ W.-A.-P. Martin, qui les a visités en 1866, dit qu'ils n'étaient plus oue trois ou quatre cents, tous puvres. Quelques-uns d'entre eux étaient venus à Pekmg vers 1870, pour chercher des secours d'argent; mais n'obtenant pas grande aide, ils durent repartir. D'ailleurs ils finiront, comme toutes les autres races, par être absorbés par les Chinois; deux d'entre eux sont des mandarins, partant confucianistes, au moins pour la forme; un autre est prêtre bouddhiste.
4^ Mahométisme, L'islamisme est connu en Chine sous le nom de Houei houeirkiao. Les musulmans sont venus de bonne heure en Chine, grâce aux marchands arabes et persans qui fréquentaient les ports ; les Arabes connaissaient la Chine sous le nom de Tchirij Mahor-tchin;
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ils connaissaient Canton sous le nom de Sin Kîldn, ZaïtouTiy Hang-Tcheou, la Quinsay de Marco Polo ; ils désipaient Tempereur de la Chine sous le nom de Faghfoûr^ altération du mot persan Baghpoûr « Fils de Dieu » qui est l'équivalent du « Fils du ciel » des Chinois ; leurs voyageurs ou leurs géographes, Maçoudi, Ahoulfeda, Ihn Batoutah, etc., décrivent les villes qu'ils ont parcourues; une rue de Ning-po porte encore le nom de rue des Persans ; les mosquées étaient nombreuses et importantes. L'introduction de Tislamisme fut plus lente ; répandu dans le Turkestan dès l'époque des Soui et des Tang^ il a fini insensiblement, après la mort de Djenghis-Khan, par s'emparer de tout le domaine de Djagataï, prenant la place du bouddhisme ; au milieu du xvn* siècle, c.-à-d. vers la fin de la dynastie chinoise des Ming^ un certain Mohammed (Ma mo tô) descendant du Prophète à la vingt-sixième génération, devint le premier roi de Kachgar ; deux de ses descendants, Boronidou et K'odzidchan, eurent à lutter en 4755 contre l'empereur Kien-loung (guerre des deux Kodjas). Le petit-fils de Boronidou, Djihanguir, renouvela la lutte (1820-1828) ; le fils de ce dernier, Bourzouk, entreprit, avec l'aide de Yakoub, de nouveaux efforts en 1862. En dehors des musulmans nombreux répandus dans toute la Giine, leurs deux principaux centres sont les Tien-chan et le Yun-nan et ils ont été le lieu de rébellions, dont l'une a mis la Chine à deux doigts de sa perte.
5° Rébellion du Yun-nan, La rébellion commença au Yun-nan par une querelle entre mineurs, les uns musulmans, les autres Chinois. Vers 1855, des gisements de ^lène argentifère situés à cinq jours de marche de Ta-litou, étaient en pleine voie d'exploitation ; ils étaient ioi*t riches ; musulmans et Chinois les exploitaient en commun. Cependant le Chinois, âpre au gain, chercha de bonne heure à écarter son compatriote musulman ; celui-ci, d'abord peu heureux dans ses efforts, les avait vus devenir prospères, tandis que le contraire avait lieu pour son concurrent qui, lui ayant demandé du travail, éprouva un refus. Des nxes eurent lieu, quelques hommes furent tués, les Chinois furent repoussés, un mandarin incapable ne réussit pas à calmer l'effervescence, eut peur, quitta son poste, et retourna à Yun-nan-fou, capitale de la province, où il rédigea un rapport foudroyant contre les mahométans. Les musulmans, craignant une nouvelle attaque, se fortifièrent ; les Chinois revinrent en effet en nombre, battirent leurs adversaires, les poursuivirent jusque dans les villages voisins ou ils massacrèrent tous ceux qu'ils purent saisir. Cependant les mandarins apaisèrent les combattants, les travaux furent repris, les troubles cessèrent, mais pour recommencer bientôt. Un certain Houangchung, vice-président du ministère de la guerre et ennemi
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mortel des musulmans, organisa un massacre irânéral qui eut lieu le 19 mai 1856. Mais cette Saint-Barthélémy n*eut ({u*un médiocre succès. Les musulmans prévenus se défendirent ; leur grand-prétre, Ma Teb-sinji;, vieillard de soixante-cinq ans, organisa la défense et aidé d'un jeune bachelier, Ton Wen-sieou, très considéré de ses coreliffionnaires, qui se mit à la tête du mouvement, s^empara de Ta-li-fou, désormais la capitale et la forteresse des mahométans dans le Yun-nan. Né en 1793 de commerçants établis non loin de Ta-li, le grand-prêtre musulman Ma Teh-sing fut mis à Técole dès son enfance; après avoir obtenu une teinture suffisante de la littérature chinoise, il alla dans une mosquée suivre un cours de langue arabe. Plus tard (1839), il se joignit aux caravanes de marchands qui font le négoce entre le Yun-nan et la Birmanie, descendit jusqu'à Rangoun, oU il s'embarqua à bord d'un voiUer chargé de pèlerins qui se rendirent avec lui à la Mecoue pour y célébrer les fêtes du Ramadan. Après avoir tait queloue séjour dans la ville sainte où il continua l'étude de la langue arabe, il parcourut toute l'Egypte et alla jusqu'à Constantinople ; il s'arrêta deux ans dans cette ville. Sa double qualité de Chinois et de prêtre musulman l'y avait fait bien accueillir ; mais ses ressources touchant à leur fin, il lui fallut retourner dans son pays. D'Alexandrie, où il s'arrêta peu de temps, il partit directement pour Singapour. Il demeura un an dans cette colonie, afin, dit M. Rocher, de s'assurer que les jours y sont égaux toute l'année, ainsi qu'un astronome de Constantinople le lui avait affirmé. Son retour eut lieu en 1846 par la rivière de Canton. L'intéressant voyage de sept années cru'il venait d'accomplir, les objets qu il avait rapportés de l'étranger, les connaissances qu'il avait acquises, le renom de sainteté qui s'attache aux pèlerins de la Mecque, ne firent ou'accrottre le prestige dont il jouissait avant son départ. Un certain Ma Hsien, dont le frère avait été tué dans une des premières échauffourées de mineurs, fut le chef militaire qui seconda Ma Teh-sing, son maître, dans cette guerre. Ma Hsien qui, par ses connaissances, ses talents, son énergie poussée jusqu'à la témérité, avait mérité l'estime de ses coreligionnaires, fut, par la force même des choses, appelé au commandement des troupes que la révolution naissante se proposait de lancer contre ses persécuteurs. Les vingt mille hommes qui suivirent sa fortune se mirent bientôt en marche, et, sans entrer dans le détail de leur campagne, non plus que dans celui des opérations des troupes réunies sous les ordres de Ton Weu-sieou, on peut du*e qu'en 1860, les musulmans étaient vainqueurs sur tous les points. Ma Tdi-sing et Ma-Hsien, qui auraient pu dicter aux troupes impériales les plus dures conditions, consen-
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tirent à traiter sur des bases dérisoires. Le grade de général de brigade accordé à Ma-Hsien, dont le nom est changé en Ma Jou-lung, des grades correspondants dans Tarmee impériale donnés aux chefs subalternes, de larges gratifications réservées aux soldats amenèrent entre les partis belligérants une entente que la rébellion des Taï-ping et autres luttes intestines firent approuver sans enquête par le gouvernement de Peking. La soumission des deux Ma- (1860) fut une faute irréparable, car elle causa la ruine du parti musulman ; les succès temporaires de Tou Wensieou montrèrent que si les sectateurs de Mahomet, au lieu de se diviser, étaient restés unis, rien ne leur eût été plus facile que de rétablir à leur profit dans le sud-ouest de la Chine les deux anciens royaumes de Ta-li et de TËst. Les conséquences d'un établissement musulman dans cette partie de la Chine eussent été incalculables pour Tlnde et ta Kachgarie, et la théorie avancée il y a quelques années, avant que les deux grands groupes musulmans dirigés par Tou Wen-sieou et Yakoub beg eussent été écrasés 1 un après l'autre, théorie d'après laquelle la prochaine dynastie chinoise serait mahométane, pouvait être défendue avec quelque apparence de raison. La soumission des deux chefs n'amena en aucune façon celle de leur parti ; ils entraînèrent leur armée à leur suite, mais ils ne purent obtenir que les troupes de Tou Wen-sieou imitassent leur exemple. Leur défection, en même temps qu'elle diminuait la force de leur parti, augmentait celle des Chinois : c'était prolonger la guerre avec des chances moindres de succès pour leurs frères dont ils avaient espéré servir les intérêts, et qu'ils allaient se trouver obligés de traiter en ennemis. Chinois eux-mêmes. Ma Jou-lung et Ma Teh-sing, auraient dû savoir, malgré leur loyauté et leur désintéressement personnels, que la Chine n'oublie rien, ne pardonne rien, et qu'assurer sa victoire, c'était en même temps préparer le massacre des musulmans dans le Yun-nan. Ma Jou-lung, dorénavant chargé par les impériaux de la pacification de la province, se trouva placé dans une position fort difficile. A la tête des troupes où l'avait mis la confiance des Chinois, il allait être obligé d'agir contre ses propres coreligionnaires. Tou Wen-sieou, de son côté, n'avait pas perdu son temps; ses campagnes furent désastreuses pour ses adversaires; son ancien allié le grand-prêtre, qui avait rempli temporairement les fonctions de vice-roi de la province, essaya, mais en vain, de le ramener à ses idées (1863). La guerre continua donc; Ma Jou-lung fut battu; des peuplades autochtones, les Miao-tseu et les Man-tseu, s'étant révoltées, ajoutèrent aux embarras des troupes impériales, et les musulmans victorieux se répandirent dans tout le Yun-nan. En 1868, Tou Wen-sieou, qui avait pris le titre de Sultan, marche sur la capitale de la pro-
\inc3, dont il fait le siège après s'ètro emparé des puits à sel, principale source du revenu du pays. Les deux Ma refusent de passer aux musulmans ; Ma Jou4ung même est blessé ; rien n'ébranle sa loyauté. Heureusement fjour les Chinois, le siège traîne en longueur, des relations s'établissent entre assiégeants et assiégés, enfin, Tou Wen-sieou, découragé par de nombreuses défections dans son armée, se décide à lever le sièjçe. Sa retraite est le signal des revers : le sultan Tou Wen-sieou, enfermé dans sa capitale Ta-li, se rend aux Chinois après s'être empoisonne le 15 janv. i873. Le 19, les Chinois étouffent par un massacre épouvantable les dernières traces de la rébellion : ils peuvent désormais s'occuper du Kan-sou.
6^ Rébellion des lien-chan. Comme nous aurons l'occasion de revenir sur cette rébellion, nous n'en donnerons ici qu'un aperçu sommaire ; l'àme en fut Yakoub. Né près de Tachkend, Yakoub fit son apprentissage de la guerre contre les Russes en défendant contre eux un fort sur le Syr-Daria (1853). Mêlé depuis à toutes les dissensions
3 m agitèrent l'Asie centrale, profitant, en 1 863, de l'état 'anarchie dans lequel se trouvait Kachgar, il aida Bourzouk khan à s'en emparer. Mais, lieutenant ambitieux d'un maître inactif, pou de temps après, Yakoub se mit à la place de son chef qu'il envoya en exil. Depuis lors, menacé d'un c6té par les Russes, d'un autre par les Chinois, il chercha des appuis. Constantinople, impuissante à se défendre, ne pouvait naturellement que lui accorder des honneurs stériles : on lui permit de prendre le titre d'émir El-Moumenin^ commandeur des Croyants ; son voisin, l'émir de Boukhara, le nomma Attalik-GhazU chef des champions de la Foi ; l'Angleterre, qui aurait vu avec plaisir s'affermir son pouvoir dans l'Asie centrale, n'accorda à Yakoub que des encouragements platoniques ; des montagnes infranchissables l'empêchaient d'être un allié vraiment utile dans le cas où les Indes seraient menacées. Sa meilleure défense était son ai*mée exercée à Teuropcenne, et Yakoub-khan, abandonné à ses propres ressources, dut s'en servir d'abord pour consolider sa puissance dans son propre pays, ensuite pour essayer de lutter contre la Clime. Le Céleste-Empire, qui ne considère l'Annam et la Corée que comme aes pays éloignés dont il ne demande qu'un vasselage nominal, réclamait comme sien le territoire du khan : il ne pardonnait pas à ce. principicule d'avoir profité de ses ombaiTas pour établir à ses dépens un nouvel Etat. I^ Ciiine, débarrassée de la rébellion du Yun-nan, par la prise de Ta-li, tourna tous ses efforts contre Yakoub. Tso Tsoung-tang, qui s'était distingué dans la campagne des Taï-ping, ancien vice-roi du Fou-kien, nommé vice-roi du Kan-sou et du Chen-si en 1867, fut fait généralissime des troupes chargées
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d'opérer contre Kachgar. Yakoub mourut épuisé par la maladie au moment où les Chinois, qui venaient de conquérir la ville de Manas, dont la prise fut signalée par un massacre horrible, se dirigeaient vers lui. Avec Yakoub finit son œuvre : ses successeurs étaient incapables de lutter contre les Chinois, qui s'emparaient le 49 oct. 4877 d'Aksou, capitale de Témir. Yarkand, le 24 déc, Kachgar, le 26 déc. 4877, et Khotan le 4 jany. 4878, tombaient entre leurs mains. La Kachgarie était reconquise. On verra ailleurs comment les difficultés qui surgirent entre la Russie et la Chine à la suite de cette reconquête furent aplanies par le traité signé à Saint-Pétersbourg le 42 fév. 4884. Suivant M. Dabry de Thiersant, on compte en Chine de 20 à 24 ,000,000 de musulmans, sur lesquels il faut compter 8,350,000 dans le Kan-sou, 6,500,000 dans le Chen-si, 3,500,000 à 4,000,000 dans le Yun-nan.