‹ Notice sur la GuyaneChapitre 10 sur 35 · GO · texte numérisé non relu

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cultures exercées sur notre sol depuis les origines de la colonisation jusqu’à nos jours. Ces terres sont, pour la plupart, d’une admirable fertilité, et produisent longtemps, sans engrais, sans labours, sans aucune préparation, des récoltes magnifiques en toute denrée. Ce fait, nous l’enregistrons sans vouloir en tirer des conclusions par trop optimistes. Nous savons que nos terres ne peuvent offrir une composition parfaite, étant pour la plupart des sols neufs, s’attardant encore, après trois siècles d’une colonisation stationnaire, aux toutes premières phases de l’évolution constitutive des terres.

Elles ont évidemment besoin d’amendements et d’engrais, pour convenir à une culture quelque peu intensive et variée, et l’on peut admettre comme démontré qu’elles manquent généralement de l’élément calcaire. Mais il faut reconnaître qu’elles présentent, à 1’lieure actuelle, et dans leur état d'origine. des qualités remarquables, qui répondent d’ores et déjà de l'immense développement réservé en Guyane à la production agricole, et en particulier aux cultures arbustives tropicales, dont les exigences en matières fertilisantes sont, du reste, loin d’être excessives.

Les plantes de culture. — Les plantes cultivées ou cultivables dans la colonie participent, dans une large mesure, de la richesse et de la variété de la flore naturelle du pays.

Nous allons passer en revue les principales d’entre elles, que nous classerons dans cinq groupes distincts, correspondant ;i leurs diverses utilisations industrielles.

A. — Plantes fécule uses

Le \ manioc (Jcdrojjha manihot. Euphorb iacêes ) . — Les racines tuberculeuses des diverses variétés de manioc produisent une farine qui. en dehors de ses usages alimentaires, a reçu de nombreuses applications industrielles. Les tubercules renferment en moyenne : 0 0/0 de: déchets (écorce, etc.),

48 0/0 de pulpe séchée, 12 0/0 de fécule et 30 0/0 d'eau de végétation.

La pulpe râpée, lavée, pressée, puis séchée, sert à la fabrication du couac et de la cassave , qui remplacent le pain dans l’alimentation des indigènes. La fécule s'extrait des eaux de lavage de la pulpe; c’est, en quelque sorte, un produit secon-

Ilabitation des environs de Cayenne

daire de cette fabrication. Elle donne X amidon de manioc du commerce, et sert également dans le pays à préparer le cispa , galette sucrée, le tapioca , et la moussache , rivale de la poudre de riz. Les déchets et les résidus de l’utilisation de la pulpe peuvent servir à la fabrication de l’alcool. Le tubercule renferme environ 0,00012 du poids de sa matière sèche d’acide cyanhydrique, substance qui en rend l'usage dangereux à l’état cru. mais qui se volatilise facilement à la chaleur et est même

entraînée en grande partie par les eaux de lavage de la pulpe.

Un hectare fournit de 30 à -40,000 kilog. de tubercules, donnant environ 5,000 kilog. de fécule, plus 2,000 kilog. de couac inférieur, ou bien 12,000 kilog. de cassaves et 2,000 kilog. de fécule. Celle-ci est jaunâtre, fade au goût, assez douce au toucher, bien qu’un peu granuleuse. Elle donne de 0 à 10 0/0 de son poids en tapioca. Les tubercules entiers ont donné une moyenne de 10 d’alcool pur pour 100 de leur poids, soit 20 0/0 environ d’alcool à 45°. Le manioc rapporte au bout de quinze mois; sa culture est simple et sa récolte facile et sûre.

La patate douce (Convolvulus b citât as. Convolvulacées). — La patate rapporte au bout de trois mois et peut ainsi fournir trois récoltes par an. Chaque récolte donne, par hectare, environ 15,000 kilog. de tubercules, soit au total, 45.000 kilog. Les tubercules, qui sont chacun d’un poids moyen de 200 à 300 grammes, donnent environ 15 0/0 de fécule ou 10 0/0 d'alcool. Cette fécule est blanche, line, douce, pouvant servir à de nombreux usages domestiques. Les diverses variétés sont plus ou moins riches en matière sucrée et en fécule.

La variété rouge , d’après Payen, est la plus riche; elle contient : fécule amylacée, 16,05 0/0; sucre, 10,20 0/0; matières azotées, 1,5 0/0; matières grasses, 0,3 0/0. La variété qui cpntient le moins de principes nutritifs est la patate ignamejaune. qui renferme : fécule amylacée, 9,42 0/0; sucrée, 3,5 0/0; albumine et matières azotées, 1.10 0/0; matières grasses, 0.25 0/0.

L' Igname (Dioscorea (sp.) Dioscorées). — Cette plante rapporte au bout de dix mois de culture. L’hectare donne de 12 à 15,000 kilog. de tubercules, suivant les variétés, produit pouvant fournir de 2,400 à 2.700 kilog. de fécule. Il existe un grand nombre d’espèces et de variétés. La Z», bulbifera donne environ 18 0/0 d’une fécule assez difficile à extraire à cause

<te la dureté du tubercule, qu il est nécessaire de l'aire séjourner un certain temps dans 1 eau avant le râpage. Ce tubercule contient un principe âcre, qu’on fait volatiliser par une légère torréfaction, et qui peut même disparaître complètement après des lavages répétés. L espèce cultivée â la Guyane est la Z), cilatci qui est aussi la plus connue et celle qui renferme le plus de I écule. La composition des tubercules frais, d’après Lépine, est la suivante : gluten, 0,51 0/0; eau, 28 0/0; fécule, 19,32 0/0; mucilage, 1.24 0/0; fibres amylacées, 49,22 0/0... Ils ont de 0m 40 à 0m 50 de largeur, sur un diamètre variant entre O"1 10 et O"1 20. On en a trouvé de monstrueux, qui avaient la taille et le poids d un homme. Une autre variété, cultivée en Algérie, a donné, d’après Payen, 16,79 d'amidon et de substances mucilagineuses.

La Taye ou tayove [Arum esculentum Aroïdêes). — Les tubercules de cette plante donnent par le râpage et le lavage une forte proportion d’une fécule très nutritive et agréable au goût, le taro. Il y existe un principe âcre et corrosif, qui est entraîné par les lavages. Le poids moyen de ces racines est de un kilogramme. Leur composition est la suivante : cellulose 6.78 0/0, fécule 33.33 0/0. La récolte se fait au bout de neuf â dix mois, et l’hectare de bonne terre peut produire jusqu’à 150.000 kilog. de tubercules.

L'a roic-root ( Maranta arundinacea-Marantacêes). — A la Guyane, cette plante croît à l’état sauvage. Elle est récoltée après douze mois de culture. L’hectare produit environ 2.500 kilog. de tubercules, donnant 500 kilog. de fécule. Les drageons souterrains sont écailleux, charnus, comprimés, allongés et ont ordinairement de 20 â 25 centimètres de long sur 4 à 5 centimètres de diamètre; ils renferment au moins 20 0/0 d’une fécule cl’un blanc nacré, très appétissante, appelée aussi moussache et recommandée par les médecins pour la nourriture des enfants et des convalescents; elle est moins

blanche que celle de pomme de terre, mais plus onctueuse et plus riche en matières nutritives. Elle se prépare comme celle du manioc, c’est le sagou du pays. Des essais ont donné à Cayenne un rendement moyen de 25 0/0 de fécule pour cent de tubercules frais (E. Hayes). Mais ordinairement on n’obtient quel5 et 160/0. La composition des tubercules est la suivante : huile volatile 0.07 0/0, amidon 26 0/0. On falsifie la fécule dans le commerce à l’aide du plâtre, de la farine de manioc, de froment, de riz. de gruau. La culture est simple.

Le riz [Oriza saliva. Graminées). — Cette céréale donne en Guyane, en cinq mois, une récolte de 2,000 kilog. de grains en paille à l’hectare, pour le riz blanc, et de 1,000 kilog. pour le riz rouge. Les terres à rizières sont très communes dans la colonie. Les grains écrasés et lavés donnent un amidon fin, blanc, doux au toucher, onctueux et très employé en parfumerie (poudre de riz). Le riz est l’aliment qui nourrit sur le globe Je plus grand nombre d’individus. La France seule en importe plus de 100 millions de kilogrammes par an.

Le mais ( Zea mays , Graminées). — Les grains du maïs contiennent une moyenne de 70 0/0 de farine, 12 0/0 de matières azotées, 9 0/0 de matières grasses et 0,05 0/0 de dextrine et sucre. Par fermentation, ils donnent une liqueur alcoolique appelée chicha. La. proportion de farine peut varier beaucoup avec les pays et les espèces. Elle est légèrement jaunâtre et s’obtient par le broyage et le lavage des grains, comme pour le riz. Mélangée â celle de froment, et même seule, elle peut se panifier et donner un pain nourrissant, mais un peu lourd et moisissant assez rapidement. A la Guyane, le maïs mûrit son grain en trois ou quatre mois et donne trois récoltes par an. Le produit par hectare est d’environ 1,000 à 1,200 kilos de grains pouvant rendre 700 â 800 kilog. de farine. Celle-ci sert â la préparation d’un grand nombre de mets et de desserts très prisés.

L'arbre à pain (Artoca rpus incisa Urticacees). — Les fruits de cet arbre, très commun à la Guyane, sont globuleux et pèsent de un à cinq kilog. La chair en est blanche, fibreuse, jaunâtre a la maturité. Il donne trois récoltes par an. Les fruits ne contiennent que 17 0/0 de farine : le gluten manque complètement, ce qui. constitue un obstacle à la panification. Cette farine est blanche, douce au toucher, d’une saveur agréable. Le suc qui découle des incisions de l’arbre donne une glu qui, dissoute dans l’essence de térébenthine, produit un vernis hyclrofuge qui, appliqué à chaud sur les étoffes, les rend imperméables. Le rendement à l’hectare est évalué à 12,000 kilog. de fruits par an, pouvant donner 2,000 kilog. de farine.

Le bananier (Musa paradisiacci , Musacées). Le fruit vert du bananier est riche en fécule, laquelle, à la maturité, se trouve transformée en sucre incristallisable. La fécule s’extrait parle râpage des bananes vertes non desséchées. Celles de la variété de Tahiti en renferment 15.7 0/0 avant la maturité et seulement 6.5 0/0 dans le fruit mûr, tandis que le sucre incristallisable renfermé est dans le premier cas de 0.75 0/0 et de 9.04 dans le second. Le sucre cristallisé absent avant la maturité se présente après dans la proportion de 4.10 0/0. Le gluten, contenu dans le fruit vert, disparaît au contraire, tandis que le mucilage et l’albumine augmentent et que l’acide pectique apparaît. Un régime de bananes peut atteindre le poids de 25 à 30 kilog. Les bananeries des Etats-Unis fournissent depuis quelque temps au commerce des quantités considérables d’une fécule très recherchée et considérée comme une nourriture très substantielle. Les fruits mûrs peuvent donner par la distillation une eau-de-vie très appréciée. Le produit à l’hectare d’une bananerie est évalué à environ 24.000 kilog. de fruits, donnant 5.800 kilog. de farine.

La Guyane française fournit encore de nombreuses plantes à fécule, par exemple :

Le poids de sept ans (Pliaseolus lunatus).

Le jacquier (Arlocarpus integrifolia).

Le châtaignier de la Guyane (Artocarpus Muet fera).

La citrouille (Cucurbita pepo).

Le topinambour (Maranta allouia). etc...

Cette catégorie de cultures est, on le voit, très intéressante et peut assurer d’importants bénéfices. La France importe annuellement environ 5 millions de kilog. de fécules exotiques diverses.

B. — Plantes aromatiques et condimentaires

Le Vaniller (. Epidendrum vanilla , Orchidées). — Cette orchidée est indigène à la Guyane, où on en connaît trois variétés : la grosse vanille, la petite et la longue, qui donnent à la préparation une odeur également suave. Le fruit afïecie la forme d’une baie à trois côtes, oblongue, verdâtre, charnue, succulente et remplie d’une menue semence brune. La gousse de la petite vanille a environ 6 centimètres de long sur 2 centimètres de large; celle de la vanille longue a de 15 à 20 centimètres de long sur 1 centimètre de large. La vanille produit au bout de deux ou trois ans une moyenne de 200 à 500 kilog. de gousses préparées et marchandes, par hectare et par an. Elle vaut sur les marchés de France de 30 à 70 francs le kilog., suivant la longueur et la qualité. L’hectare donne donc un produit brut annuel de 6 à 35,000 francs, il est étonnant que cette culture, qui n’exige ni une main-d’œuvre considérable, ni de grands capitaux, ne soit pas pratiquée en grand à la Guyane. Le végétal sauvage seulement donnerait un produit (vanillon) qui ne vaut pas moins de 25 à 30 francs le kilog. La France a importé en 1896, 95,800 kilog. de vanille.

Le Cannellier (Cinnamomum zeylanicum , Laurinêes) . —

Acclimaté à la Guyane depuis de longues années, le cannell'ier y donne des produits supérieurs, qui ont autrefois contribué pour une large part à la fortune agricole de celle colonie. C’est un végétal peu délicat, au point de vue du sol. d’une culture facile et peu onéreuse. L’hectare peut en porter 600 à 1,000 pieds. La première récolte a lieu au bout de sept à huit ans, en coupant 2 à 3 pieds par touffe, puis écorçant les troncs et les branches. L’écorce se vend à Cayenne de 6 à 12 francs le kilo, suivant la qualité. Les déchets d’écorces et de feuilles donnent par distillation une huile essentielle, et les racines un camphre. L’huile essentielle est très recherchée en Europe, où elle atteint dans le commerce un prix très élevé ; elle vaut, en effet, en pharmacie, de 80 à 100 francs le kilog.

Elle a une odeur suave, une densité variant de 1,025 à 1,050 et bout vers 220°. L’écorce rend en huile 4 0/0 de son poids. Celle retirée par la distillation des feuilles est très inférieure à celle extraite des écorces, et ressemble à celle de girofle. Lorsque l’huile d’écorces valait 5 à 6,000 francs le kilo (1820), celle de feuilles n’en valait que 150.

Le Poivrier ( Piper nigrum, Pipércicées). — Cette plante sannenteuse produit dès l'âge de trois ans; mais la production maxima n’est atteinte que vers huit ou dix ans ; ensuite, elle diminue progressivement. Un pied peut donner une moyenne de 250 grammes de graines sèches ; certains pieds en ont donné jusqu’à 15 kilog., par exception. A la distance de deux mètres en carré, l’hectare produit par an environ 625 kilog. de poivre marchand. Cette épice trouve facilement preneur (sorte de Saigon) à raison de 80 francs à 100 francs les 50 kilog., sur les marchés de France. Le poivre donne par distillation une essence hydrogénée incolore, de densité 0,864, bouillant à 167° et se transformant en camphre solide. Elle vaut 50 francs le kilog. La France en importe annuellement environ 5 millions de kilogr.

Le Giroflier (Eugenia aromaticcL Myrlacées). — Introduit également depuis «le longues années, dans la colonie, le giroflier s’y est parfaitement acclimaté. Il commence à produire à quatre ans, mais n'est en pleine production que vers six ou sept ans. La plantation se fait à raison de 150 à 200 arbres par hectare. Un pied produit, année moyenne, environ

1 kilog. 750 de clous, dont le prix courant était, en 1842, de

2 fr. 10 le kilog., qui ne vaut plus aujourd’hui que 1 franc à Cayenne ; sa valeur sur les marchés français varie de 90 francs à 150 francs les 100 kilog., suivant les provenances et l'importance des stocks. Le rendement de l'hectare est donc de 260 à 350 kilog. de clous par an, valant de 250 francs à 400 francs. On retire des clous, par la distillation, une huile essentielle très aromatique, d'une couleur d’abord brun doré, mais qui rougit en vieillissant. Elle a une odeur forte, une saveur âcre et brûlante et un effet carminatif plus actif que celle de cannelle. C’est une essence oxygénée brute, mélange d'une substance acide, l'acide eugénique, et d'un carbure d’hydrogène isomérique de l'essence de térébenthine. Elle sert à de nombreux usages dans la parfumerie, la pharmacie, la pâtisserie et la cuisine, et vaut environ 10 francs Je kilog.

Le Muscadier (Myristica moscfiata , Myristicées). — Cet arbuste commence à fleurir vers l'âge de six à sept ans et mûrit son fruit neuf mois après. Il est naturellement dioïque. Dans la culture, on greffe ensemble, par approche, un pied mâle et un pied femelle. La plantation, â sept mètres de distance, contient 200 pieds â l’hectare, dont chacun produit de 1,500 â 2,000 noix par an ; soit, â raison de 250 noix au kilog., un total de 6 â 8 kilog. par arbre et de 1,200 à 1,600 kilog. par hectare. Les noix valent environ 200 francs les 50 kilog. Elles renferment, à l'état sec, environ 32 0/0 d'huile grasse concrète et 6 0/0 d’une huile essentielle hydrogénée (macène) qui bout â 160°, de densité 0.853 â 17° et dont l’odeur rappelle celle du

th\m. L arille qui enveloppe la noix et qu’on en sépare avant le séchage pi end le nom de mcicts et donne une huile essentielle oxygénée très aromatique, de densité 0,92. La noix et le macis constituent deux produits commerciaux distincts ; la production de celui-ci est d’environ le cinquième en poids de celle de la noix; de sorte que, sur 1,800 fruits, il y aura emiion 8 kilog. de noix et 1 kilog. 500 de macis. Ce dernier vaut environ 8 francs le kilog.

Le Gingembre (Zinziber offîcinala.Zinzibêracées). — Cette plante fournit des feuilles aromatiques dont on fait un thé très agréable, et un rhizome épais et charnu, riche en fécule, qui donne une huile essentielle très aromatique. Ces racines sont ovoïdes ou obovoïdes, comprimées, articulées, recouvertes <1 un épiderme gris ou gris jaunâtre, marquées d’anneaux peu visibles, et irrégulièrement ridées. Les fragments sont longs de 4 à 10 centimètres sur 0,01 à 0,015 d’épaisseur. Sous l'épiderme est une couche brun-rougeâtre peu épaisse. L’intérieur du rhizome est blanchâtre ou jaunâtre. La saveur en est chaude et piquante ; l’odeur très aromatique provoque des éternuements. Il est employé comme condiment, surtout en Angleterre et dans les colonies anglaises, où l’on en fait de très nombreux usages. Par la distillation des rhizomes, on obtient environ 1/4 0/0 en poids d'une huile essentielle jaune à saveur brûlante et aromatique, à odeur agréable, qui bout â 246° et dont la densité est de 0,893. Le gingembre vaut environ 1 franc le kilog. en France, et son essence 50 francs le kilog. Le commerce de cette racine parait prendre une importance énorme. Elle entre, en effet, dans la composition d'une foule de mets, desserts ou boissons, dont les Anglais font une très grande consommation. On prétend qu'en certains pays le produit net par hectare peut s’élever jusqu'à 3.000 francs par an. le rendement étant, en bonne moyenne, de 3,500 kilog. environ.

Le Safran des Indes (Curcuma long a . ZinzibéracéeS). — Est plutôt considéré comme une plante tinctoriale, bien que ses rhizomes possèdent une saveur et une odeur très aromatiques ; l’essence qu’ils contiennent vaut, en France, 50 francs le kilogramme.

Le Vetiver (Andropogon squarrosus , Graminées). — Les rhizomes de cette graminée sont très parfumés et contiennent une huile essentielle très aromatique, plus légère que l’eau, d’une odeur très agréable, et qui bout à 147 0 ; elle est employée en parfumerie et en pharmacie, où elle vaut en France 450 fr. le kilogj amine,

Le Quatre-épices ( Myrcia acris Myrtacêes). — Encore appelé bois d'Inde . cet arbre a des feuilles épaisses qui sont très employées en cuisine, à cause de l’huile essentielle qu’elles contiennent, et qu’on en extrait pour les besoins de la pharmacie et de la parfumerie. Cette essence est très agréable, malgré son arrière-odeur poivrée ; sa saveur est chaude et brûlante. Les feuilles distillées avec du rhum donnent une liqueur aromatique connue aux Etats-Unis sous le nom de Bay-rum. Cette essence vaut en France 50 francs le kilo.

La Citronnelle (Andropogon citriodorum , G ruminées). — - Renferme comme le vétiver, dans ses feuilles et dans ses racines, une huile essentielle très parfumée, employée en parfumerie et dans la pharmacie, où elle vaut, en France, de 6 à 7 francs le kilogramme.

Un grand nombre d’autres plantes domestiques présentent des propriétés aromatiques. Citons :

Le Citronnier ( Ci/ ras aeida , Rutacées). dont l'essence jaune et trouble, à l’état brut, incolore et transparente quand est purifiée, vaut en France de 10 à 12 francs le kilo.

L'Oranger ( Cil rus aurantiaca-Rutaeées ), dont l’essence, .somérique de la précédente, vaut de 20 à 25 francs.

Le Bergamotier (C. lirnel ! a-Rutacées) dont l'essence vaut également de 20 à 25 francs.

Le Cerisier de Caverne (. Eugenia onicheln-Myrtacées ), plante très commune à la Guyane el dont les feuilles contiennent une forte proportion d’une huile essentielle très aromatique.

Le Mandarinier (Cil rus sinensis), dont l'essence très aromatique. présente le phénomène de la diffusion épipolique. etc...

G. — Plantes tinctoriales

Le Rocouyer (Bixa orellana „ Bixacées). — Les cabosses épineuses des fruits renferment un grand nombre de graines recouvertes d’une belle matière colorante sous forme de granules jaune-rougeâtres. L’arbuste tleurit au bout de 18 mois, et les fruits mûrissent en 50 à 60 jours . La durée moyenne de la plante est de 6 à 7 ans, au terme desquels il faut renouveler la plantation ; cependant dans de bonnes conditions celle-ci peut durer plus de 12 ans. L’espacement moyen des plants est de 6] mètres, ce qui donne environ 280 pieds à l’hectare, dont chacun rapporte une moyenne de 5 à 6 kilog. de rocou marchand ; soi I à l’hectare un produit moyen de 1,400 à J, 600 kilog. Le rocou de Cayenne vaut actuellement sur les marchés français de 1 fr. 40 à 1 fr. 60 le kilog. La consommation industrielle en absorbe annuellement un total de 300 à 400,000 j kilog., sur lesquels la France seule entre pour environ 150.000 kilog. La bixine esl la matière colorante obtenue 'absolument pure de toute 'matière étrangère ; elle a valu jusqu’à"20 et et 22 francs le kilo (1853). La demi-bixine est un produit tenant le milieu entré le rocou ordinaire et la bixine ; se vend plus cher que le rocou, étant sensiblement plus pur, el rapporte davantage pouvant être transporté sous un petit volume. (Pour les détails relatifs à

cette substance, et aux autres produits d'exportation qui sont examinés ici, Voir le chapitre du commerce).

L' Indigotier (Indigo fera tinctoria. Légumineuses). — Cette plante pousse en abondance et sans culture, partout à la Guyane, et en particulier dans les plaines sablonneuses de Macouria, Kourou et Sinnamary. Un hectare peut donner jusqu’à 20,000 kilog. de feuilles vertes par an, en trois coupes : la première, après 3 mois de végétation, la seconde, environ 45 jours après, et la dernière, après un égal intervalle. Un indigofère végète en général dix années. Mais la proportion d'indigo fourni diminue chaque année, ce qui fait qu on a pris l’habitude de renouveler la plantation tous les ans ou tous les deux ans. Le produit à l'hectare peut atteindre 125 kilog. d'indigo marchand par an. A raison de 10 francs le kilog, prix de vente moyen sur les marchés français, cela fait un produit brut de 1,250 francs. Mais les indigos peuvent obtenir un prix plus élevé : ainsi ceux de la Martinique ont été vendus tout récemment jusqu'à 14 francs le kilog. L’indigo de Cayenne est très apprécié; il renferme environ 600/0 d’indigotine. (Voir produits d’exportation). La France en consomme annuellement 12 à 18 millions de francs.

Le Safran ( Curcuma longa-Zinzibéracées) . — La racine de cette plante contient une matière résineuse colorante jaune appelée curcumine , qu’on obtient en traitant par l’alcool et reprenant l’extrait alcoolique par l'éther. Cette substance, qui est aussi extraite par d’autres procédés, entres autres le procédé Lepage, se lixe sur les tissus sans l’aide des mordants. Un pied peut fournir environ 0 kilog. 500 de racines fraîches, soit 250 grammes de racines sèches. Une bonne plantation peut porter jusqu'àOpieds par mètre carré, soit 90,000 par hectare, mais on n'en compte en moyenne que 20à30, 000 pieds par hectare, ce qui représente un produit brut annnelde 5,000 à 7,500 kilog. de curcuma marchand à l’hectare. Le kilo vaut en France 0 fr. 50

en moyenne. Nombreux usages en chimie (teinture et papier réactifs), en médecine (excellent antiscorbutique et contrepoison du manceniller), en cuisine (carry et divers mets créoles) et en teinturerie (en particulier, calandage des mouchoirs madras).

Nous verrons plus loin (industrie forestière) qu’en dehors de ces plantes tinctoriales cultivées, la forêt guyanaise renferme un grand nombre de végétaux tinctoriaux d’une certaine valeur. — Disons toujours que la Fance importe annuellement, à son commerce spécial seulement, pour une moyenne de 18 à 20 millions de francs de teintures et tannins (autres que Rocou, Indigo et Cachou).

D. — - Plantes Oléagineuses

Arachide (Avachis liypogea Légumineuses) . — Plante aujourd’huipar faitement acclimatée à la Guyane. L’amande du fruit donne 45 à 50 0/0 d’une huile grasse d’un beau jaune d’or, limpide, obtenue par pression à froid ou à chaud, douce, comestible, mais rancissant assez vite. L’huile à froid est de qualité supérieure à celle extraite à chaud. Elle sert beaucoup en parfumerie, principalement pour la fabrication des savons, et peut également servir à l’éclairage, bien que son pouvoir éclairant soit relativement faible ; on l’emploie aussi pour gra isser les machines et dans un grand nombre d'autres industries. Le rendement d’une plantation est évalué à 3,000 kilog. de graines par hectare et par an. La côte d’Afrique vend annuellement pour plus de 80 millions d’arachides (Sénégal et Guinée), dont le cours sur les marchés français varie entre 18 et 25 francs les 100 kilos. Le produit brut moyen de l'hectare est donc d’environ 600 francs. L’huile d’arachide obtient ordinairement en France de 65 à 72 francs les 100 kilos. La France importe annuellement plus de 100 millions de kilog. d’arachides.

Cocotier (Cocos nuclfera , Palm iers). — Les noix au cocotier donnent une huile lixe, pâteuse à la température ordinaire en Europe, appelée beurre de coco. Ce beurre est blanc, légèrement jaunâtre, fondant entre 15 et 20°, rancissant facilement et présentant une odeur faible, mais caractéristique, devenant désagréable â la longue et rappelant alors celle du fromage fort. 11 est opaque et feuilleté, et sert â l’alimentation quand il est frais. 11 sert aussi â l’éclairage, à la fabrication des bougies et surtout des savons. Cette substance a une grande importance commerciale. L’amande fraîche contient de 20 a 30 0/0 d’huile, et la noix desséchée {coprah) de 55 à 70 0/0. Le produit moyen d’un arbre est évalué â 50 noix par an. L'hectare, planté â 8 mètres d’espacement, contient environ 150 pieds et rapporte 7,500 noix; mais la plantation peut porter hisqu’à 250 et 300 arbres, â un espacement moindre. On admet généralement que 1,000 noix donnent 200 kilog. de coprali rendant 120 kilog. d’huile, soit un rendement de 900 â L800 kilog. d’huile marchande. Elle vaut de 55 â (30 francs les 100 kilog., fûts perdus. La bourre du fruit est utilisée comme lexlile, et surtout pour la garniture des parois étanches des navires de guerre.

Ricin ( Ricinus co mm unis. Euphorbiacées). — Le végétal pousse à l’état sauvage et en grande abondance, à la Guyane. Dans cet état, il produit de 1 à 2 kilog. de graines par an. Ce rendement double â peu près par la culture. On peut alors compter de 3 â 4,000 pieds par hectare. Le produit brut moyen est donc de 8,000 kilog. de graines. Ces graines décortiquées contiennent 03 0/0 d’huile, dont l'industrie ne retire que 40 â 45 0/0. Le rendement en huile est donc, par hectare et par an, de 3.200 à 3.000 kilog. d'une huile qui vaut environ 80 francs les 100 kilog. Cette huile est purgative ; par des procédés spéciaux, on peut éviter l'immixtion de la substance résineuse purgative, et l'on obtient alors une huile douce et

comestible qu’emploient les Chinois. Elle ne s’emploie guère qu’en médecine et aussi pour l’éclairage.

Parépou (Guielma excelsa , Palmiers). — Palmier qui est cultivé pour ses fruits, dont on mange en hors-d’œuvre la pulpe bouillie à l’eau et au sel. L'amande de la graine donne 31,40 0/0 d'une huile comestible de 0,945 à 15° de densité.

Muscadier (Myristica moschata , Myristicées) . — L'amande du fruit renferme environ 31,6 0/0 d’huile grasse (Bonastre), ou beurre de muscade , qui s’extrait par expression des noix à chaud. Cette huile est formée d’une matière solide, blanche, et d’une matière liquide, jaunâtre, indéterminée. Elle contient, en outre, une faible quantité d’une huile volatile qui lui communique l’odeur agréable de la muscade.

Cacaoyer (T/ieobroma cacao , Malvacées). — Les graines de cacao donnent 44 0/0 d'une matière grasse appelée beurre de cacao, qui est blanche, demi-transparente, insoluble dans l'eau, d’une odeur et d’une saveur agréables, et qui paraît être une combinaison définie d’oléine et de stéarine.

Sésame (Sesamum orientale, Gesnéracêes). — Cette plante pousse spontanément à la Guyane, où on l’appelle ouangue. La graine donne en pratique 40 à 45 0/0 d’une huile ayant une couleur jaune citron, une saveur un peu amère et une odeur légèrement aromatique ; quand elle est épurée, ou obtenue de première pression, elle est comestible, d'une couleur jaune doré, sans odeur et presque sans saveur, et se mélange alors à l'huile d’arachides, pour être livrée à la consommation. Elle est utilisée pour la cuisine, mais surtout dans la fabrication des savons, et vaut environ 90 francs les 100 kilos.

Pignon d'Inde (Jatroplia car cas, Euphorh lacées). — Cette plante,- qui est cultivée à la Guyane dans tous les jardins et .pii croit spontanément un peu partout dans la Colonie, est appelée mèdicinie r . Ses grains donnent une huile jaune iuu\ e, d’une saveur d’abord fade, puis âcre, sans odeur, d une den-

si té 0,915. A la température de 25°, elle laisse déposer de la stéarine. Elle purge à la dose de 8 à 10 gouttes ; prise en plus grande quantité, c'est un violent cathartique. Elle s'emploie également en frictions dans les rhumatismes, et s’utilise encore comme huile à brûler dans l’Inde. Les Chinois s’en servent comme vernis, après l’avoir fait bouillir avec de l’oxyde de fer. Les graines, connues en Europe sous le nom de pignons d'Inde , mangées au nombre de deux ou trois, produisent un effet purgatif très sensible. Un kilogramme de semences fournit 464 grammes d’épisperme et 536 grammes d’amandes, lesquelles donnent 27 0/0 d’huile, sur une richesse théorique de 55,85 0/0 à l’état frais et 58,70 0/0 à l’état sec. Cette huile sert à fabriquer d’excellents savons durs.

Comme nous le verrons en traitant des produits secondaires de l'industrie forestière, la question des huiles et des graines oléagineuses est excessivement importante à la Guyane, où elles sont appelées à faire l’objet d’un très grand commerce..

E. — Plantes textiles

Coton (Gossypiurn arboresçens , Malvacées). — Les cotons longue-soie, que produisait autrefois la Colonie, jouissaient de la meilleure réputation et étaient très recherchés sur les marchés français, où ils trouvaient un prix élevé et étaient classés parmi les meilleures sortes du commerce. On a constaté, en 1862, au Havre, leur bonne qualité et leur parfaite convenance, en mélange avec la laine, pour la fabrication du drap. Le végétal produit de fortes récoltes vers l'âge de trois, quatre ou cinq ans; après quoi, la production baisse progressivement. Mais par le recouvrage , la plantation peut durer dix ans. Il y a deux récoltes par an, donnant un rendement total annuel qui est en moyenne de 300 kilog. de coton marchand par hectare et par an. La graine sert à la fabrication de Yhüile de coton.

Ramie ( Bœhmeria utilis , Urticées). — Cette plante pré-

cieuse se développe à la Guyane avec une rare facilité ; elle y donne trois coupes par an et produit à l'hectare, d’après les expériences positives qui ont été faites, environ 60,000 kilos de tiges fraîches, soit 30,000 kilog. de tiges sèches effeuillées, qui produisent 5,000 kilos d'écorce, lesquels rendent environ 3,750 kilos de filasse blanchie ayant une longueur exceptionnelle de lm85. La fibre est fort belle et classée parmi les meil-

L Église de Mana

leures qualités. Les usages de la ramie sont aujourd'hui considérables et vont toujours croissant. La France à elle seule en consomme annuellement pour 300 millions de francs, représentant environ un million de tonnes de lanières. C’est, sans contredit, une des cultures qui offrent le plus d’avenir.

Bananier* (Musa paradisiaca , sapientium , etc..., Musacées). — Le tronc des diverses espèces et variétés de bananier cultivées dans la Colonie est très riche en fibres utilisables et utilisées dans l'industrie pour la fabrication de certains tissus, du papier, des cordages, etc... Le rendement est d'environ

50 0/0 en fibres, en poids. Dans une plantation, on peut abattre chaque année, après la récolte, environ 3,000 bananiers par hectare, lesquels peuvent produire 6,000 kilog. de fibres brutes, argentées et souples, donnant malheureusement au peignage un déchet assez considérable.

Agave ou pite (Agave americana Amaryllidées). — Les feuilles, très longues, de cette plante peuvent atteindre lm50 et 2 mètres : on les coupe au moment de la floraison. On peu 1 compter 3,000 pieds par hectare, ce qui donne, à raison de 50 kilog. de feuilles par pied, au minimum, un total de 150.000 kilog. par hectare pouvant fournir, après rouissage, environ 5 0/0, soit 7,500 kilog. de fibres brutes rendant 2,500 kilog. de fibres peignées. D’après Devez, ce produitserail environ trois fois plus élevé ; cet auteur évalue en efiet à 160 kilog. le poids des feuilles brutes fournies par pied. En faisant rouir dans une eau savonneuse bouillante, puis, en lavant à l’eau courante et séchant à l’ombre, on obtient une filasse blanche, brillante, très nerveuse et se teignant facilement en rouge, bleu, vert et jaune. Les usages en sont très nombreux : on en fait des cordages et des cordons de luxe, des filets, des bourses, des tapis, des pantoufles, etc.

Yoaquois ( Pandanus utilis Pandanées). — - Celte plante, introduite dans la Colonie, s'y est parfaitement acclimatée>t v pousse avec une rare vigueur. Les feuilles, fendues en lanières et desséchées, servent à fabriquer des chapeaux, des nattes, des sacs d’emballage pour denrées coloniales, etc... Elles constituent également une excellente ligature pour les les greffes, usage pour lequel elles pourraient remplacer avantageusement le raphia. On compte qu un hectare peut en porter environ 4 à 5,000 pieds, susceptibles de donner par an. en trois ou quatre coupes, environ 3 kilog. de lenilles sèches chacun, soit un produit brut à l'hectare de 12 à 15,000 kilog. de voaquois sec par an.

Ananas (Bromelia ananas Broméliacées). — Les feuilles île cette plante, dont les fruits sont si universellement recherchés, contiennent des libres d’une grande finesse, malheureusement assez difficiles à isoler. Elles sont, après le rouissage, entremêlées et difficiles à peigner; aussi donnent-elles au teillage un déchet considérable, de plus de 50 0/0. Un hectare peut porter de 20 à 25,000 pieds d’ananas, fournissant par an, en dehors des fruits, de 100 à 120,000 kilog. de feuilles brutes, dont le rendement en fibres de choix ne s’élève qu'à environ 3 à 4 0/0 de ce poids, soit 3,000 à 4.800 kilog. Ces fibres sont d’un beau blanc nacré, extrêmement solides. Les indigènes en font des cordages, des hamacs, etc...

Rose de Chine ( Hibiscus rosa-sinensis Malracées). — Celte plante ornementale, qui est cultivée dans tous les jardins, donne des fibres soyeuses aussi longues que ses figes elles-mêmes (2,n50 à 3m) et qui ont servi à fabriquer des cordages d’une grande solidité. M. Trillet a obtenu 8,000 kilog. de filasse marchande par hectare, à raison de deux coupes par an.

Ouadé-ouadê (Malva americana Malvacées). — Plante qui croit à l’état sauvage dans tous les jardins de la Colonie, où elle peut atteindre 1 mètre de hauteur. L'écorce de la tige donne des libres qui fournissent une belle filasse, avec laquelle M. Hayes a fabriqué des cordelettes très fortes et d’exeellentes lignes.

Calalou ou gombo (Hibiscus esculentus Malvacées). — Elle donne également une belle filasse, dont on fait aux Etats-Unis des toiles grossières, du papier, etc...

Arbre à pain (Artocarpus incisa Urticées ). — La fibre de la plante est utilisée à f ile de Rahits pour la fabrication d’étoffes (tapa) qui servent à confectionner les vêtements des indigènes.

La forêt guyanaise fournit également un grand nombre de végétaux textiles que nous aurons bientôt l’occasion de passer

en revue. L'industrie textile, ainsi qu'on Je verra, est appelée à prendre dans cette Colonie une importance au moins égale à celle qui semble réservée à l’industrie des huiles et à celle des gommes et résines.

F. Plantes diverses

Canne à sucre (Saccharum officinarum , Graminées). — La canne à sucre a été longtemps considérée comme la culture coloniale par excellence ; si bien que, dans certaines colonies, toutes les autres cultures sont dites secondaires. C'est qu’en effet, pour des Colonies comme la Martinique, la Guadeloupe, la Réunion, le sucre était et est encore la production principale, on peut presque dire unique. Mais il n’en est pas de même de toutes les possessions françaises, et on ne peut que déplorer la tendance générale qui, à un moment donné, les poussait à se faire toutes productrices de sucre. Le développement extraordinairement rapide de l’industrie sucrière en Europe, et en France en particulier, nous montre assez, en effet, quel avenir restreint est désormais réservé à cette industrie dans nos Colonies. Celles-là même, à qui leur état avancé de prospérité agricole a permis de résister dans une certaine mesure au choc terrible de la protection des sucres, celles-là même ne luttent qu’avec infiniment de peine, sur les marchés français, contre les sucres indigènes. Elles ont pourtant des capitaux, des bras à bon marché, un outillage existant... Peut-on en dire autant de la Guyane? — Cette Colonie, s’étant faite, dans les débuts, productrice de sucre, comme les autres, en produisit autrefois des quantités considérables, elle aussi. Ainsi, en 1836, elle n’en exportait pas moins de 2,120,119 kilog. et, en 1879, le chiffre en était encore de 107,288 kilog. Mais aujourd’hui, cette denrée a totalement disparu du tableau de nos exportations. Nous ne croyons pas, au surplus, que dans l'état des choses, il soit utile de chercher à l'y replacer,

l’industrie sucrière étant peut-être de toutes les industries coloniales, celle qui exige le plus de main-d’œuvre et les plus grands capitaux. En revanche, l’industrie rhumière offre pour nous un intérêt assez considérable, pour que la culture de la canne puisse néanmoins être fortement conseillée. Les tafias du pays ne valent, en effet, pas moins de G5 à 70 francs l’hectolitre, et font fort bonne figure à côté de ceux des Antilles, sur les marchés de Nantes et de Bordeaux.

La culture rationnelle de la canne à sucre est aujourd’hui fort bien connue, principalement aux Antilles et à la Réunion, où l'on obtient des récoltes de 70, 80 et 100,000 kilog. A la Guyane, où la culture est infiniment moins intensive, le rendement moyen est de 50,000 kilog. environ de tiges prêtes à passer au moulin. D’après M. Hayes (1), une telle récolte donne, par la pression, environ 33,000 kilog. de vésou. Cette masse de jus renferme de 15 à 16 0/0 de sucre fermentescible, et peut donner par conséquent, après fermentation, de 45 à 50 hectolitres de tafia à 60°. — Au contraire, si on cherche quel peut être le rendement en sucre, on trouve que, toujours d’après les chiffres de M. Hayes, les 33,000 kilog. neproduisent que 3,0Ü0kilog. de sucre brut égoutté, plus 1,600 à 2,000 kilog. de mélasse, correspondant en moyenne à 600 litres d’alcool à90°,soitl0 hectolitres de tafia à 60°. — En prenant les prix de 65 fr. l’hectolitre de tafia et de 45 fr. les 100 kilog. de sucre, — chiffres des mercuriales locales, — on arrive à un produit brut moyen de 3,000 fr., dans le cas de la transformation totale en alcool, et de 2,000 fr., dans le cas de la fabrication du sucre. Si, en outre, on tient compte de ce fait, que nos tafias trouveront toujours un placement beaucoup plus facile et assuré que les médiocres sucres bruts que nous pourrions produire, on doit être convaincu de l'avantage manifeste qu'il y a pour

(1) E. Hayes : Cours d' Agrmullure, publiés in Moniteur officiel cle la Guyane, 1892-1893.

les planteurs guyanais, en l’état actuel des choses, à transformer directement tout leur vesou en tafia, abandonnant entièrement, pour le moment du moins, la fabrication du sucre. La canne à sucre parvient à maturation de douze à quatorze mois après la plantation des boutures.

Cacaoyer ( Theobrema cacao , Malvacées). — Les fruits ou cabosses du cacaoyer renferment un nombre variable de graines, qui, fermentées puis séchées, prennent le nom de cacao. La première récolte a lieu après cinq ans de végétation; ensuite, la plante donne deux récoltes par an. On estime que chaque arbre produit par an une moyenne de 1 à 2 kilog. de cacao sec et marchand. Une plantation faite à la distance de 4 mètres, contient 625 arbres par hectare, ce qui représente un produit annuel moyen de 1,000 kilog. de cacao. Ce produit vaut à Cayenne 0 fr. 90 le kilog. et sur les marchés français de 100 à 120 francs les 50 kilog. La France en consomme chaque année environ 14 millions de kilog., qui proviennent du Vénézuela, du Brésil, de la Guadeloupe, de la Martinique et de Haïti. Les provenances des Colonies françaises se sont élevées en 1896 à 28 millions de kilog. On évalue les frais de mise en culture à un minimum par hectare de 3,000 francs, pour les cinq années qui précèdent les premiers produits. Puis les frais de culture et de préparation sont évalués à peu près au tiers de la production brute, soit à environ 500 francs par hectare, ce qui donnerait un bénéfice net annuel d’environ 1,000 francs, en moyenne. Ajoutons que le végétal est indigène à la Guyane, où il pousse avec une rare facilité et donne des produits de qualité tout à fait supérieure lorsqu’ils sont bien préparés. Para en exporte pour 5 millions de francs par an.

Caféier (Co/fea sp ., Rubiacées). — Trois espèces de caféiers sont indigènes à la Guyane, parmi lesquelles la C. guyanensis est la plus connue; il a été en outre introduit

depuis longtemps dans la colonie la C. arabica (café moka) qui y a parfaitement prospéré et y a donné des produits supérieurs. Tout récemment la C. Liberica (café de Libéria) a été introduite au jardin d’essai de Cayenne où elle semble offrir tous les caractères d'une parfaite acclimation. L’arbre est en plein rapport vers l'âge de cinq ans, reste productif pendait vingt ans, puis s’affaiblit. L’hectare peut en porter er moyenne 1,500 pieds qui donnent environ 0 kilog. 5CG pax pied et par an, soit 750 kilog. de café par hectare. Le café en parclie vaut à Cayenne 1 fr. 50 le kilog. L'hectare fournit donc une moyenne de 1,125 francs par an. Le rendement du café en parche est de 10 à 15 0/0 du poids des cerises pour les gros grains (Libéria) et 25 à 30 0/0 pour les petits grains (San-Thomé, Moka, Guyane, etc.). Comme pour le cacao, les frais de culture et de préparation du produit sont évalués au liers environ du produit brut, soit en moyenne de 350 à 400 francs par hectare.

Tabac ( Nicotiana tabacum. Salariées). — Le tabac est également indigène à la Guyane; il donne de grandes feuilles souples d’une belle couleur, aux côtes et aux nervures peuiêtre un peu trop accentuées, mais au parenchyme fin, gommeux et assez résistant. Fdles brûlent facilement en produisant une cendre blanche fondant sur le fil de platine. Le goût en est doux et agréable. Telles sont du moins les appréciations du jury d’examen à l’Exposition de 1867. Suivant une note de la manufacture impériale, vers la même époque, ces feuilles seraient propres à la fabrication des cigares et du tabac scaferlati ; elle en offrait 130 francs les J 00 kilogrammes. L’hectare peut porter 33,000 plants comme à la Havane, et même jusqu’à 45,000, sans inconvénients; le produit est estimé à 3,000 kilog. de feuilles sèches et marchandes par hectare et par an. Dès 1840, le tabac de Macouria avait été estimé par la régie assimilable aux meilleures sortes de

France. La France importe annuellement, au commerc spécial, de 16 à 20 millions de kilog. de tabac en feuilles. La Guyane seule en consomme 80,000 kilog. provenant uniquement de l’importation, celle culture étant depuis longtemps abandonnée, comme toutes les autres. C’est en tout cas une des cultures les plus rémunératrices qu'on puisse entreprendre dans la colonie.

Conditions d’exploitation. — Sans entrer dans les détails relatifs aux procédés d'exploitation propres à la fois aux sols et aux plantes que nous venons de décrire, — détails qu’on trouvera à leur place dans les Traités d'agriculture coloniale , nous allons cependant donner, sur ce sujet, quelques indications qui pourront êlre utiles à nos colons présents et futurs.

Tout d’abord, rappelons que l’agriculture coloniale a toujours été essentiellement routinière. Cela tient à ce que, ainsi que le dit M. P. Madinier, « les Colonies, grâce à l’esclavage, qui leur fournissait l’élément principal de l’exploitation du sol, le travail, ont pu longtemps s’affranchir de toutes préoccupations d’amélioration. )> Mais, aujourd’hui qu’il faut payer la main-d’œuvre, et même, dans certains cas, la payer très cher, il devient nécessaire- d’augmenter le produit brui des exploitations. Or, le seul moyen d’atteindre ce résultat consiste dans l’emploi des méthodes rationnelles de culture, parce qu’elles sont en même temps les plus économiques et les plus favorables à la qualité des produits. Tout dépend donc, ici comme ailleurs, de la direction de l’exploitation. Nos exploitations rurales coloniales — il faut le déplorer — sont rarement dirigées par des hommes spéciaux, réunissant réellement les solides qualités morales, intellectuelles et pratiques de l’agriculteur moderne. Si l’on recherchait l’origine de la plupart des gérants d'habitations, on trouverait d’anciens militaires ou marins, d’anciens- négociants, des charpentiers, des maçons, etc... jamais, ou trop rarement, des cultivateurs de

profession. Là, sans doute, réside la cause principale de la stérilité relative de notre production coloniale. Dans l’état actuel des choses, aucune de nos exploitations ne produit plus du cinquième ou du quart de ce qu’elle pourrait produire. L’on ne s’improvise pas plus agriculteur que médecin, chimiste ou mécanicien. La profession d'agriculteur exige partout, aujourd’hui, un ensemble de connaissances spéciales et cette variété de connaissances est surtout indispensable. dans la direction des grandes plantations coloniales, que compliquent singulièrement les conditions économiques et techniques spéciales tant à la culture tropicale en général qu’à chaque colonie en particulier.

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