‹ Notice sur la GuyaneChapitre 9 sur 35 · II. — LMg’rieiillure · texte numérisé non relu

II. — LMg’rieiillure

Par quels moyens, la Guyane peut-elle arriver à ce développement agricole, d’où dépend son avenir? C’est ce que nous essaierons d’indiquer dans le chapitre relatif à la colonisation.

Pour le moment, contentons-nous d’étudier les conditions spéciales d'installation des entreprises agricoles et de donner par quelques chiffres une idée à peu près exacte de l’état actuel de la production.

1 ii t at des cultures.. — Sur les dix à douze millions d’hectares qui composent la superficie de la Guyane, à peine 3,500 hectares sont actuellement en culture!... Ces 3,500 hectares se trouvent répartis entre 1,500 exploitations rurales environ, d'étendue extrêmement variée, lesquelles emploient à peu près 6,000 travailleurs, soit une moyenne de moins de deux hectares et demi et quatre ouvriers par exploitation. Naturellement, ces moyennes n’ont aucune signification au point de vue de l'amodiation du sol. Cependant, on peut dire que les grands domaines ont presque tous été entièrement abandonnés. Les propriétés actuellement en culture sont de moyenne et surtout de petite étendue. Elles sont uniquement consacrées à la petite culture vivrière; les denrées d’exportation, qui faisaient autrefois l’objet de la grande culture, sont aujourd’hui presque toutes entièrement négligées.

La somme des capitaux actuellement afi'ectés à l’industrie agricole est insignifiante. La valeur des terres en culture est d’environ un million de francs, celle des bâtiments et du matériel d’exploitation de deux millions, celle des animaux de trait et du bétail d’environ un million, soit un total de quatre millions de francs, ce qui donne une affectation moyenne de 1 ,143 francs par hectare cultivé (bâtiments et matériel compris). La valeur de l’hectare de terre cultivée ressort à 281) francs environ. Les terres incultes se vendent, en fait, à un prix très abordable, ainsi que nous le verrons plus loin.

Les statistiques officielles montrent que l’importance' des diverses cultures n’a fait que décroître rapidement depuisjine cinquantaine d’années. A quelques exceptions près, elles ont disparu une â une.

En ce qui concerne d’abord la ccinnc à .sacre, la surface plantée, qui était, en 1836, de 1,571 hectares, en 1841 de 1,315 hectares, n’est plus, en 1879, que de 685 hectares et en 1883 que de 15 hectares. En 1836, le nombre d’habitations plantées en cannes était de 51, et celui des travailleurs y affectés de 4,932. En 1841, ces chiffres sont réduits à 26 et 3,312. En 1879, nous ne trouvons plus que deux plantations de cannes. Cependant, de 1883 à 1885, la surface plantée s’est élevée de 15 à 27 hectares, bien que le nombre de plantations n’ait pas augmenté. Et si nous avions pu nous procurer les chiffres exacts à partir de 1885, nous aurions certainement en à noter une recrudescence bien plus sensible pour ces dernières années.

Cette réaction n'a pas eu d’effet sur la production du sucre , qui a été uniformément rétrograde, De 1832 à 1836, elle est, en effet, de deux millions de kilogrammes en moyenne par an; et de 1837 à 1841, de 1,700,000 ldlog. Or, tandis qu’en 1836 nous en avions exporté 2,514.796 kilog., déjà, en 1853, nous n’en exportons plus que 331,144 kilog. ; en 1854, que 184,053 kilog. En 1856, ce chiffre monte à 213,684 kilog. ; en 1863, il s’élève encore à 237,932 kilog. Mais, en 1879, la production est de 118,016 kilog., et il n’en est exporté que 107,288 kilog., chiffre qui s’abaisse encore, en 1883, à 61,284 kilog., sur une production de 87.443 kilog. En 1885, la production n’est plus que de 52,000 kilog., et aucune quantité n’est plus exportée. Les quantités produites sont désormais consommées intégralement dans la colonie ; d’autre part, les nouvelles plantations de cannes n’ont plus pour objet que la fabrication du tafia. La fabrication du sucre implique, en effet, un outillage, un train d’exploitation qui ne sont plus en rapport ni avec les ressources pécuniaires dont disposent actuellement les rares planteurs de ce pays, ni avec la situation économique générale de la colonie.

Cayenne. — La rue Lallouette, extrémité ouest

Le sirop et la mélasse ont suivi la même progression décroissante que le sucre. Tandis que la production moyenne se chiffrait, de 183:3 à 1836, à 599,703 kilog., et de 1837 à 1841, à 510,350 kilog., elle n’est plus, en 1880, que de 1.112 litres et en 1883. que de 837 litres. Depuis 1850, nous n’en exportons plus. Aujourd’hui, on fait venir à grands frais des colonies voisines, principalement de Demerary, de la mauvaise mélasse, qui sert à alimenter les nombreuses distilleries de la ville.

En 1836. nous avons produit environ 80,000 litres de rhum . el. en 1883, c’est à peine si cette production s’élève à 1,800 ou 2.000 litres; en 1885, où elle atteint son minimum, l’exportalion n’est que de 134 litres. Mais dès 1886. elle se relève brusquement à 42.191 litres ; en 1891, elle atteint 260,834 litres; en 1895. elle n’est que de 222,224 litres; en 1896, de 534 litres seulement et en 1897, de 23,495 litres.

Ainsi, tandis que la culture de la canne disparaît du sol de la colonie, l’industrie guildivière tend, au contraire, à y prendre un développement inusité. C est que, ainsi que nous le verrons plus loin, il n’existe plus aucun rapport entre la culture de cette denrée et la fabrication du tafia.

Le cacaoyer est peut-être la seule culture qui semble avoir surnagé, dans une certaine mesure, dans ce naufrage des cultures guyanaises. La production moyenne annuelle, de 1832 à 1836, était de 40.327 kilog. de cacao marchand ; de 1837 à 1841, de 44,087 kilog. 11 en a été exporté, en 1836. 23.340 kilog.; en 1854, 19.796 kilog.; en 1871, 32,929 kilog.; en 1883, 25,966 kilog. ; en 1895, 14,894 kilog. et en 1897. seulement 2,059 kilog. En 1879, la surface plantée était de 241 hectares et la production lotalc de 21,260 kilog. En 1885. la surface plantée est de [245 hectares et la production de 26,000 kilog.

Depuis, la situation de celle culture n’a fait que s’améliorer :

de nouvelles plantations ont été créées, et d’anciennes, qui avaient été longtemps abandonnées, ont été nettoyées et remises en état.

Le caféier , au contraire, a subi, dans sa culture, une sensible décroissance. En 1835, on comptait 440 hectares plantés; en 1870, 533 hectares; mais en 1880, celte superficie n’est que de 400 hectares, et s’abaisse encore, en 1885, à 349 hectares. Les quantités produites en café ont été: en 1835, de 46,400 kilog. ; en 1875, de 38,600 kilog. ; en 1879. de 25.930 kilog. ; en 1880, elle monte à 77,331 kilog. pour redescendre, en 1883, à 21,251 kilog., et en 1885, à 17,000 kilog. Enfin, les quantités exportées ont été: en 1836, 20,328 kilog. ; en 1853, 3,163 kilog. ; en 1871, 1,610 kilog. ; en 1885, 331 kilog. ;en 1891, 86 kilog. et en 1897, 289 kilog.

Le rocouyer figure, en 1879, pour une surface plantée de 896 hectares; en 1883, il n’occupe plus que 420 hectares; 342 hectares en 1884 et seulement 335 hectares en 1885.

La production de la pâte de rocou a baissé, de 567.000 kilog. qu’elle était en 1875, à 66,350 kilog. en 1883, après être passée par les intermédiaires de 268,623 kilog. en 1879 et 112,000 kilog. en 1880.

En 1884, elle se relève à 75,090 kilog. et figure, en 1885, pour 74,500 kilog. Quant aux quantités exportées, elles ont été, en 1836, de 313,000 kilog. ;’ en 1856, de 455,457 kilog.; en 1871, de 411,277 kilog. ; en 1885, de 75,065 kilog. ; en 1895, de 2.033 kilog. et en 1897, de 1.912 kilog.

Les fourrages verts (herbe du Para) occupent, en 1879, 66 hectares de terrain, superficie qui se trouve réduite, en 1883. à 15 hectares, pour remonter, en 1884. à 23 hectares, eta26 hectares en 1885. La production est de 85.000 kilog. en 1879 et de 89,000 kilog. en 1880. Mais elle descend à 79,000 kilog. en 1883, pour se relever de nouveauà 82,000 kilog. en 1884 et à 100,000 kilog. en 1885. Depuis, elle n’a fait que s’accroître rapidement.

Enfin, les cultures (bananes, ignames, manioc, etc.),

dont la valeur marchande s’élevait, en 1835, à 1,400,000 francs, occupent, en 1879, une superficie de 2,944 hectares; en 1880, 2.227 hectares de plantation produisent 129,000 francs de denrées. La production en poids est, en 1879, de 1,443,715 kilog. et de 1,778,351 kilog. en 1880. Mais elle s’abaisse à 597.000 kilog. en 1883, pour se relever à 815,112 kilog. en 1884, et à 820,000 kilog. en 1885.

Il serait du plus haul intérêt de discuter ces chiffres et de rechercher les causes qui, directement ou indirectement, ont déterminé ces hausses el ces baisses dans la production, ces augmentations et ces diminutions des surfaces cultivées. Malheureusement, les documents nous font défaut. Les statistiques mêmes que nous venons de présenter et que nous avons puisées dans les Annuaires de la colonie, sont loin de présenter la continuité el l’exactilude désirables. C’est ainsi qu’à partir de l’année 1885. nous y avons relevé les indices d’une telle imperfection, que nous n’avons pas cru devoir en faire état. Quoi qu’il en soit, cette courte étude peut facilement se résumer en quelques mots : Depuis une cinquantaine d’années, l’agriculture à la Guyane n’a fait que glisser rapidement sur la pente de la décadence, dont elle semble aujourd’hui avoir atteint le dernier degré.

Systèmes de culture. — An point de vue particulier de l’agriculture américaine, on admet deux systèmes bien tranchés : le système granifère et le système tropical. Le premier comprend les procédés de culture suivis dans les régions du continent nord américain, où les conditions climatériques se rapprochent de celles des pays froids ou tempérés de l’Europe, et dont la température moyenne annuelle est comprise entre 8° et 16°. C’est le système des cultures européennes (céréales, fourrages, etc...). Le second système particulier aux régions dont la température moyenne varie entre 19° el 30°, est celui

suivi dans les pays du centre américain, les Antilles, les Guyanes et le Brésil septentrional, où domine la culture des plantes coloniales proprement dites.

Les pays où règne ce dernier système de culture présentent trois aspects différents, suivant qu’on s’v trouve en présence de cultures exclusivement alimentaires , ou exclusivement industrielles, ou en présence d’exploitations mixtes , où les deux espèces de cultures sont réunies.

D’une manière générale, on peut dire que, lorsqu’on ne considère que des exploitations isolées, il est toujours à désirer qu’elles soient de ce dernier type, et qu’il soit réservé aux cultures vivrières, à côté des denrées commerciales qui peuvent en constituer le fond même, une place proportionnelle à l’importance de l’exploitation. On ne peut guère concevoir, en effet, dans nos colonies, un grand domaine agricole qui ne produirait pas les vivres nécessaires à l’alimentation de son personnel. D’autre part, les cultures exclusivement alimentaires 11e sauraient convenir qu’aux petites exploitations, à la 'petite culture , en raison de la nécessité de leur développement dans le voisinage plus ou moins immédiat des centres habités.

De plus, jusqu’à ce jour, ces cultures ne semblent pas promises. faute de débouché, à un assez grand avenir, pour faire l’objet d’exploitations d’une certaine importance. Quant aux cultures industrielles ou commerciales, elles doivent constituer au contraire, ainsi que nous le verrons bientôt, la portion la plus importante et comme la base même de notre production locale, et, à ce titre, elles demandent un développement considérable, que la grande culture seule peut, momentanément du moins, permettre de réaliser. Elle seule est capable, par l’emploi des moyens mécaniques, de s’affranchir, dans une certaine mesure, des difficultés et des frais de main-d’œuvre ; elle seule peut disposer des ressources pécuniaires nécessaires à la mise en train et à l’entretien, dans les conditions voulues,

d'une exploitation de denrées coloniales. O11 sait, en effet, que l’agriculture, comme toute industrie, exige des capitaux proportionnés à l’envergure de ses opérations. Or, les circonstances économiques particulières à la Guyane, d’une part, et, d’autre part, les conditions techniques communes à tous les pays de cultures tropicales, sont telles que les entreprises agricoles demandent, pour fournir des résultats sérieux, à être établies sur des hases quelque peu larges et solides. Les difficultés résultant, dans la colonie, de la pénurie de la maind’œuvre, de l’insuffisance des voies de communication, etc., sont de nature à déterminer des frais généraux que seules les grandes exploitations sont en mesure de supporter. D’un autre côté, les cultures arhustives, qui y prédominent, exigent, par elles-mêmes et surtout par les industries, parfois complexes, qui y sont inhérentes, une mise de fonds et un train d’exploitation en rapport avec les puissants bénéfices qu’elles sont appelées à produire. Ces bénéfices eux-mêmes sont d’autant plus élevés que les surfaces exploitées sont plus considérables, en vertu de ce principe d’économie politique qui veut que les frais d’une production industrielle quelconque diminuent proportionnellement à l’étendue de cette production. La petite culture ne nous semble donc pas présenter à la Guyane, en l’état actuel des choses, des garanties suffisantes de prospérité. Toutefois, il 11e faut pas perdre de vue que c’est elle qui, tout naturellement et par le morcellement progressif des terres, qui est une conséquence voulue de notre législation civile, devra prédominer le jour où la population aura tellement augmenté qu’il sera devenu nécessaire d’accroître le rendement par hectare; car, si la petite culture produit moins de bénéfices nets que la grande, par suite de ses frais proportionnellement plus élevés, elle jouit, en revanche, de la faculté de donner un produit brut plus considérable.

La moxocultt'ke. — Dans tous les cas, un écueil est a éviter,

dans les grandes comme dans les petites exploitations : c’est la spécialisation des cultures. On sait, en effet, qu’aucune denrée ne peut être considérée comme ayant un cours commercial absolument constant et invariable. Or, il suffit d'une variation, souvent peu considérable, dans ces cours, pour compromettre l’économie d’une culture. D’autre part, quelques-unes des plantes coloniales sont sujettes à des maladies graves qui, dans l’état rudimentaire de nos moyens de défense, pourraient, en peu de temps, ruiner une plantation même importante ( borer de la canne à sucre, hemileia vastatrix du caféier, etc..). 11 est donc de toute prudence, dans les colonies en général, que chaque exploitation cultive eu même temps au moins deux ou trois espèces différentes.

Les débouchés. — Mais, quelles sont, parmi les nombreuses denrées que produit la Guyane, celles qu'il serait, à 1 heure actuelle, le plus avantageux de cultiver'?

Dans les pays où l’industrie agricole est depuis de longues années normalement installée, le nouvel exploitant qui s établit trouve la question toute résolue, et n'a qu’à suivre sur ce point l’exemple de ses voisins. Mais tel n est pas le cas a la Guyane où tout est à faire, ou plutôt à refaire.

On ne saurait évidemment trancher la question d une façon invariable, puisque les besoins qui dictent les demandes de la consommation varient suivant des lois que la science économique est encore impuissante à formuler d’une manière rigoureuse. 11 existe cependant des bases sur lesquelles on peut s’appuyer avec quelque sécurité. Ainsi l'on peut dire que les denrées qui n’ont point de similaiies aux lieux de consommation, sont toujours assurées d’un placement avantageux. Car pour nous, colonie française, avec le régime commercial inauguré par la loi du 11 janvier 1892, il n est plus question de rechercher les lieux où nos produits peuvent être écoulés; ils sont déterminés par avance : c’est la

France et les colonies françaises, nos voisines (Martinique, Guadeloupe).

Nous voyons par les tableaux d’importation publiés par le service des douanes que la Guyane trouverait en France des débouchés importants pour les denrées suivantes : cacao, café, vanille, thé, poivre, muscade, cannelle, girolle, fécules exotiques, graines oléagineuses, coton brut, huiles de palmiers, gommes diverses (caoutchouc, gutta-percha). arachides, riz, tabac en feuilles, bois de teinture, d’ébénisterie, de construction, teintures et tannins, indigo, rocou, textiles divers, peaux et pelleteries brutes, plumes de parure, etc...

La Guadeloupe et la Martinique nous achèteraient de fortes quantités de bois de construction et d’ébénisterie et des animaux de boucherie et de trait.

Quant aux besoins de la consommation alimentaire de la colonie elle-même, si nous consultons également les tableaux d’importation, nous voyons qu'il y a pour plus de deux millions de francs de marchandises importées qui pourraient être produites sur place : animaux de boucherie, viandes salées ou diversement apprêtées, riz en grains et en paille, café, tabac en feuilles, fourrage sec, eaux-de-vie, légumes secs, volailles, maïs en grains, etc., etc. Pour les chiffres, nous renvoyons au chapitre relatif au commerce.

Disons cependant que notre exportation en produits agricoles est actuellement dérisoire, mais qu’elle peut, d’un moment à l’autre, prendre une importance considérable. En dehors des denrées communes, telles que les cafés, les cacaos, les épices, qui jouissent, on le sait, d’une grande faveur sur les marchés européens, nous possédons certaines denrées spéciales, comme le rocou, le habita, le caoutchouc, dont nous ne partageons le monopole qu’avec un très petit nombre de contrées privilégiées ; d’autres, comme les huiles, les essences

oo

forestières, quoique plus communes, nous assurent cependant la priorité sur les marchés, autant par les quantités colossales qu’il nous est possible d'en produire, que par les qualités spéciales qu’on se plaît à leur reconnaître.

Nous avons enfin une source pour ainsi dire intarissable de richesse dans l’élevage du bétail, qui est appelé à prendre dans notre colonie une importance considérable.

Etudions maintenant ce qu’on peut appeler les facteurs techniques de la production agricole : le sol et les plantes.

Le sol arable; a urologie. — Nous avons vu, au début de cet ouvrage, que la formation qui domine dans la constitution géologique de la Guyane et qui présente le pins d’intérêt an point de la composition du sol arable, c’est la formation primitive gneissique. Suivant qu’elle s’est décomposée surplace ou que les débris de sa désagrégation ont été transportés par les eaux, elle a donné naissance à ce qu’on appelle communément ici les terres hautes et les terres basses. Quoique l’origine minéralogique de ces deux espèces de terres soit la même, ou à peu près, la différence de leurs modes de formation géologique établit entre elles une différence dans leur constitution physique, qu’il est essentiel de noter. Géologiquement et topographiquement parlant, on peut donc diviser la Guyane en haute et basse Guyane , se limitant entre elles au niveau des premiers sauts des rivières.

Ces terres sont, par le fait de leur unique origine, constituées les unes et les autres par des débris siliciques, feldspathiques, micacés et ampliiboliques. C’est dire que les éléments dominants de ces terrains sont les argiles et le sable silicieux. Les éléments secondaires sont des silicates de chaux, de soude, de potasse, de magnésie, qui, en réagissant les uns sur les autres, ont mis en liberté une assez forte proportion de potasse et de soude et des traces seulement de chaux. Sous l’influence des eaux d’infiltration ou même de ruissellement, plus ou moins

uG -

chargées d’acide carbonique, ces silicates se sont également transformés en carbonates alcalins et alcalino-terreux, en laissant un résidu kaoliniforme et des amas aréiiacés, composés de silice presque pure et de quartz indécomposé. En dehors de ces actions, il y a aussi, avec les roches basiques, plus ou moins riches en fer, formation de carbonates ferreux, ayant tendance à passer à l’état de limonite. G est là 1 origine probable de cette variété pétrographique que nous désignons sous le nom de roche à ravets , et dont la formation toute moderne paraît se continuer sous nos yeux.

Telle est la base géologique de la constitution de l’ensemble du sol arable guyanais. Mais cette constitution prend des aspects différents suivant que, par suite des conditions locales qui président à la formation des divers terroirs, 1 un ou 1 autie des éléments domine. Le sol arable de la Guyane affecte ainsi, au point de vue agrologique, trois aspects essentiels, savoir :

\o Argiles , appartenant à trois formations distinctes: a) argiles granitiques , occupant la majeure partie des terres cultivables, formées sur place sur presque toute l’étendue de la Haute-Guyane, pauvres en chaux et en acide phosphorique ; b) argiles schisteuses , également formées sur place et pauvres en chaux, acide phosphorique, et de plus en potasse, mais restreintes presque exclusivement au cours supérieur du Maroni ; c) argiles alluvionnaires , récemment formées par apport, ainsi que nous le verrons, dépourvues de calcaire, rappelant les Lelnn des côtes françaises, plus riches en acide phosphorique que les formes précédentes, et occupant, sans interruption, tout le littoral, de 1 Ovapock auMahury ;

2° Terrains sableux , comprenant: les sables granitiques , formés sur place, pauvres en chaux et acide phosphorique, pouvant constituer de bonnes terres par le chaulage et l'irrigation, et les sables quaternaires , manquant de calcaire et

formés par transport, s’étendant sur le littoral des quartiers Sous-le-Vent, de Macouria au Maroni ;

3° Sols liumif ères, provenant soit d’anciens marécages desséchés plus ou moins complètement (terres marécageuses), soit d’anciennes savanes humides (terres tourbeuses), soit de forêts ou bois défrichés (terre de bruyère), se trouvant un peu partout en Guyane, mais plus spécialement dans les quartiers du Vent et en général dans les vallées des rivières.

Par suite de leur mode de formation, les terres hautes sont ordinairement assez élevées au-dessus du niveau de la mer et hors de la portée des marées et des débordements des rivières ; tandis que les terres basses , généralement au-dessous du niveau de la haute mer, n’en sont le plus souvent défendues qu’à l’aide de travaux spéciaux. De la différence de formation et de situation, résulte une différence correspondante dans la constitution de ces terres. Ainsi les terres hau tes sont exclusivement constituées, suivant les localités, d’argiles granitiques ou schisteuses, de sables granitiques siliceux et de terres liumifères, — tous terrains formés sur place par la désagrégation des roches sous-jacentes. Les terres basses, au contraire, sont constituées, tantôt par des argiles alluvionnaires, tantôt par des sables quaternaires, formés par transports marins ou fluviaux.

On distingue les terres hautes de plaines et les terres hautes de montagnes. Celles-ci sont actuellement en grande partie couvertes de hautes futaies (forêts vierges) et sont particulièment propres à la culture des arbustes à épices (cannellici . o-irotlier. muscadier, etc...), du cacaoyer et du caféier. Les terres hautes de plaines constituent des savanes immenses, spécialement propres à être transformées, par un aménagement approprié, en de riches et vastes pâturages. Llles sont naturellement couvertes d’une herbe fine et abondante, pendant la saison des pluies, où elles reçoivent à satiété l’eau, qui

au contraire, leur fait défaut l’été. Elles s’étendent sur un immense espace (plus de 150 kilomètres), de Kourou à Iracoubo et à Organabo. Sur certains points, la couche végétale étant très profonde, permet l'évacuation des eaux: ce sont alors d’excellents terrains de culture. Ces terrains furent les premiers cultivés, surtout dans le voisinage des cours d’eau ; ils ont été plus tard délaissés pour les terres basses. Aujourd’hui ou pourrait reprendre, avec avantage, leur exploitation.

Les terres basses s’étendent sur le littoral de la mer, bordant la côte sur une profondeur moyenne de 40 kilomètres, et se développant sur un espace de 125 lieues, de l'Oyapock au Maroni, mais principalement aux embouchures des rivières. Elles affectent, suivant les régions, deux aspects différents, qui justifient la division de la Basse-Guyane en deux sections: la Section du Vent , de l’Oyapock à Cayenne, et la Section Sous-le-Vent , de Cayenne au Maroni.

Dans la Section du 1 ent, les terres basses sont constituées par des argiles alluvionnaires, de formation moderne, qui donnent lieu, au pied des premières montagnes, à de vastes plaines, a sol d origine feldspathique et, par suite, argileux et imperméable, presque toujours noyées, appelées pinotières et pripris , s’étendant jusqu’à la mer.

Dans cette section, entre Ivaw et le Mahury, ainsi du reste que dans le quartier de Sinnamary, on rencontre ce qu’on nomme ici des savanes tremblantes , sortes de tourbières en iormation, dont le sol est composé d’un assemblage d’herbes aquatiques reposant sur un fond de vase molle, de même origine que le sol des pinotières.

Dans la Section Sous-le-Vent , le terrain affecte un aspect tout autre. Quoique de même origine géologique que les précédentes, ces terres sont un peu plus élevées, plus sèches. Tout le long du littoral, on remarque d’abord un banc de sable, très fertile, tantôt en contact immédiat avec la mer, tantôt séparé

d’elle par un rideau de palétuviers portés par des dépôts alluviens encore en voie deformation. Ce banc de sable, qui s’étend sur une longueur de plus de 50 lieues de côte, sur une largeur de 1 à 3 kilomètres, parait n’être autre chose que la ligne des cordons littoraux fais nt suite à ceux de la Section du vent On y observe des passages naturels, des brèches qui rappellent les gratis de la région des étangs du littoral méditerranéen de la France. La mer s’y précipite au flux, et pénètre ainsi dans la ligne des pripris qui fait suite à ce dépôt. Ces marais seraient faciles à dessécher : leur fond ne descend guère, en effet, au-delà de 0“*80 de profondeur au-dessous du niveau des terres avoisinantes, lesquelles sont en général à 1 mètre au-dessus des plus hautes marées. C’est à la suite de ces pripris qu’on rencontre, en s’enfonçant dans l’intérieur, la région des savanes sèches (terres hautes), grandes plaines entrecoupées de bouquets d’arbres et de monticules boisés, et sillonnées de cours d’eau.

Au point de vue chimique, ces terres n’ont encore, ni les unes, ni les autres, été l’objet d’aucune étude sérieuse. Nous croyons que les seules analyses qui aient été faites jusqu’à ce jour sont dues à M. Roux, pharmacien de la Marine, dont les études ont porté exclusivement sur quelques sols des pénitenciers de Kourou et du Maroni (sables quaternaires). Les résultats qu’il donne ne sont malheureusement que qualitatifs, c’est-à-dire qu’ils manquent de précision. Quoi qu’il en soit, il serait utile de connaître exactement la composition physique et chimique des principaux types de terrains qui dominent en Guyane. Des études sérieuses devraient être entreprises dans ce but.

En attendant que l’analyse chimique nous éclaire complètement à ce sujet, nous pouvons demander du moins à l'expérimentation directe des présomptions sur la composition générale de nos terres. Or, voici le fait qui paraît ressortir des

Page 1