‹ Notice sur la GuyaneChapitre 12 sur 35 · BOIS DURS ET INCORRUPTIBLES · texte numérisé non relu

BOIS DURS ET INCORRUPTIBLES

Wcicapou ( Andir a Aubletii Légumineuses). — C'est le meilleur de nos bois durs ; il se travaille cependant facilement. Ce bois se conserve indéfiniment, se durcit en vieillissant ; ses fibres sont droites, et il présente dans tous les sens une grande résistance. L’arbre est assez rare dans le voisinage immédiat du littoral ; il ne se rencontre guère qu’à partir des premiers sauts des rivières. Le bois est employé de préférence à tout autre pour la charpente et la fabrication des bardeaux. Sa densité est de 0.900 à l’état sec et de 1,113 à l’état vert. Sa force de résistance égale 304 kilôg. 11 est désigné à Surinam Sous le nom de bruin-hart .

Cœur-dehors (Diplotropis guianensis. Légumineuses). — Cette essence, également très précieuse, s’emploie moins que la précédente, étant plus rare. Les fibres du bois sont flexueuses et croisées, et par suite il ne se fend que difficilement et de travers. Densité à l'état sec : 0,991, à l'état vert : 1,224 ; force, 283 liilog; convient particulièrement à la confection des traverses de chemins de fer.

Gaïac (Coumarouna odorata , Légumineuses). — Le bois pourrait servir à faire des charpentes aussi solides et durables que celles en wacapou, mais il n’est pas employé à cause de sa dureté considérable, qui rend le travail difficile. Il est très lourd, sa densité étant de 1,153 à l’état sec et de 1,213 à l’état vert. Les fibres sont floxueuses et croisées, ce qui le rend

très cohésif et également résistant clans tous les sens (force : 385kilog.). Bien que légèrement imprégné de gommerésine, il se travaille bien au tour et convient parfaitement pour la confection des engrenages en bois. Il est importé en Europe du Brésil. Ses amandes (fèves cle Tonha) sont très recherchés dans le commerce. L’arbre est du reste assez commun dans nos forêts.

Mora excelsa (sans nom créole). — Donne des pièces de grande dimension d’un bois qui se travaille bien et dont la pesanteur n’est pas excessive. Il est très estimé à Demerari et en Angleterre pour les constructions navales.

Balata franc (Mimusops balata Sapotacées). — Bois de charpente très employé à Cayenne. Plus compact et plus lourd que le wacapou (D ; 1,109 à l’état sec et 1,232 à l’état vert), il est également plus fort (Force ; 353 kilog.). On le nomme à Demerary Bullet-tree ou Bully. L’arbre assez commun dans certaines régions, donne une gutta-percha recherchée.

Ebène verte (Tecoma leucoxylon , Bignoniacées). — Arbre de grandes dimensions, dont le bois, très dur, très égal, est constitué par des fibres longues, serrées et très régulières. Il est employé à la confection de tables d’harmonie de pianos et de toute pièce de mécanique demandant à la fois beaucoup de dureté et de grandes dimensions. Sa densité est de 1,211 à l’état sec et 1,220 à l’état vert. Sa force égale 480 kilog.

L'ébène soufrée est une zygophyllée dont le bois a à peu près les mêmes qualités et par suite les mêmes usages que le précédent ; sa section paraît comme saupoudrée de petites tâches jaunes, auxquelles il doit son nom.

Bois violet (Peltogyne venosa. Légumineuses). — Ce bois est moins dur que les précédents, quoique durcissant beaucoup en vieillissant. A l’état frais il se travaille très aisément. Il constitue un bon bois de charpente; les fibres sont un peu flexueuses. Bien que compact, ce bois n'est pas d’un poids

excessif (D : 0,721); sa force n’est que de 231 kilog. L’arbre est commun dans l’intérieur de ia Colonie.

Wapa gras (Eperua falcata-Legumineuses). — Cet arbre très commun, à proximité de Cayenne, donne un bois qui est souvent employé en charpente dans la Colonie. 11 est d’une couleur rouge foncé, d’une dureté moyenne et renferme une substance gommo-résineuse, d’apparence grasse, à laquelle il doit son nom. Son poids est relativement modéré (D. : 0,930) et sa conversation bonne, bien qu’inférieure à celle des précédents. Sa force égale 224 kilog. Il est employé en pièces de charpente, palissades et bardeaux, et pourrait l’être également en construction navale. 11 se prête enfin très bien au sciage.

Angélique (Licorenia paraensis 1 Légumineuses). — Bois plus léger que le précédent ; sa densité est de 0,746 à l’état sec et 0,851 à l'état vert; bonne conservation, durée moyenne, facile à travailler. S’emploie relativement peu, malgré sa grande abondance, parce que, dit-on, il fait rouiller les clous.

Il s’est cependant révélé autrefois, aux essais de Brest, comme un des bois de la Guyane qui sont le plus propres aux constructions navales, se conservant parfaitement dans l’eau de mer; s’emploie également en charpente, en pilotis et pour les travaux d’écluses et de coffres de dessèchement. Il n’est pas d’un sciage commode, et émousse les outils; il donnerait cependant d’excellents madriers. L’arbre est de grandes dimensions et porte, à sa cime, de fortes courbes. On en connaît trois variétés : l'angélique noire, la rouge et la blanche. Le bois est rouge pâle; ses fruits sont oléagineux. La force du bois est de 215 kilog.

Courbaril (Hymenea courba ril , Légumineuses) . — Bois d’une dureté moyenne, homogène, liant, se travaillant bien et offrant une résistance suffisante en tous sens : sa cime présente de fort belles courbes. Encore peu employé quoique

très commun. Il conviendrait cependant à de nombreux usages : charpente, menuiserie, ébénisterie, mécanique. Par le sciage, il donnerait de magnifiques madriers, mais avec un peu plus de travail que d’autres essences, à cause du grand diamètre du tronc et de la dureté du bois. Conviendrait sans doute aux constructions navales. Ce bois est brun rougeâtre, d'une couleur plus vive au cœur et devenant plus foncé à mesure qu’il vieillit. Il donne par exsudation une variété de résine-copal. Sa densité est de 0,904.

Rose mâle ( Licaria guianensis , Laurinêes). — C’est un des meilleurs bois de la Colonie, d’une grande durée et d’une dureté moyenne. Son grain est serré et compact, et son poids n'est pas très considérable (D. 1,108 à l’état sec et 1,226 à l’état vert). Ce bois est jaune pâle, légèrement odorant et se travaille parfaitement. Sa force égale 360 kilog.

Bagasse ( Bagassa guianensis , Artyocarpées). — Possède une bonne force (215 kilog.), une bonne conservation, sans être trop lourd (D. 0,745 à l’état vert et 0,730 à l’état sec). On en fait souvent des coques de pirogue, usage dans lequel il montre une durée remarquable. Il présente également de belles courbes et son tronc scié donnerait des madriers d’une grande valeur. 11 est enfin excellent pour la confection de lames de parquet.

Schawari ( Cargo car sp.,Rhizobolées). — Très remarquable par ses fibres flexueuses et entrecroisées, sa dureté moyenne et son poids modéré. Recherché, principalement pour les constructions navales (courbes). C/est un excellent bois de charronnage. Sa denssité moyenne est de 0,820 et sa force de 211 kilog.

Parcouri ( Clusia insignis , Clusiacées). — Se place comme intermédiaire entre les bois durs et les bois légers. Son grain est assez fin et compact, sans une pesanteur excessive (D. 0,816 pour la variété noire et 0,784 pour la variété jaune), ni une

résistance trop grande aux outils de travail. Ses fibres sont régulières et assez serrées. Il est quelquefois employé en charpente, mais son usage est modéré dans la Colonie, bien qu'il soit classé parmi les bons bois. Cette essence porte à Demerari les noms de coopa , cowcissa , toild mammey.

Laugoussi (Terminalia tanibouea , Combrêtacêes). — Bois employé très communément pour la confection des coques de pirogue et donnant de belles courbes pour les constructions navales. Sa densité égale 0,922 à l’état sec et 1,226 à l’état vert, et sa force est de 250 kilog.

2° Bois durs, mais de conservation médiocre a la Guyane

Ces bois sont utilisables dans les pays moins chauds, surtout moins humides que la Guyane, dans la charpente, la menuiserie, la mécanique, le charronnage, la gravure sur bois, les constructions navales, etc...

Bois de fer \Mouriria , (Mélastomaeées) et Siredoxylon ( Sapotacées)\ . — Ces deux espèces, désignées sous le même nom vulgaire, possèdent un tissu extrêmement serré, compact et résistant. Leur dureté est excessive, mais ils sont réputés de mauvaise conservation.

Cayxari macaque (Lecytliis grandiflora , Myrtacées). — Cette essence, ainsi que plusieurs autres du même genre lecytliis , est dure ou de consistance moyenne, d’une teinte plus on moins claire ou gris-brunâtre.

Les bois macaque (Pithecolobium sp ., Légumineuses ) ont une forte résistance à la hache, mais presque pas d’emploi dans la Colonie, bien à tort, pensons-nous. Us pourraient servir à la charpente et à la construction navale, dans les climats un peu moins humides.

Le Coupi (Acioa) et divers Bois rouges tisanes (Ilumirium) appartiennent également à cette section.

3° Bois de consistance moyenne, piiopp.es au sciage

Grignon ( Bucida augustifolia, Combrétacées). — C’est un très grand arbre, au tronc gros et droit. Le bois est très homogène et très sain, d’une couleur rouge très pâle; ses fibres sont longues et droites. Employé frais, sa dureté est un peu inférieure à celle du chêne d’Europe. Se prête très bien au sciage et donne des planches et des madriers fréquemment employés dans la Colonie et réellement remarquables par leur résistance aux intempéries. Il convient parfaitement pour bordages de navires et dans la menuiserie intérieure pour encadrements et pièces principales devant offrir de la longueur et de la force. Sa densité est de 0,714. Il se nomme, à Surinam, icane ; on l'y emploie pour la mâture.

Grignon fou (Qualea cœrulea , Vochysiacées). — Encore appelé couaïe , cet arbre est très commun dans nos forêts. Le bois bien inférieur au précédent est cependant assez employé : l’arbre est grand, droit et donne d’excellents mâts. Le bois rougeâtre, presque tendre, se scie bien en planches. Sa densité est de 0,800.

Cèdres (Laurinées). — Les cèdres sont en général de parfaits bois de sciage, offrant toutes les qualités désirables. On

en rencontre à profusion dans l'intérieur de la Colonie.

D’une dureté moyenne, médiocre ou même faible, ils présentent cependant une résistance homogène dans tous les sens et se scient parfaitement. La densité est généralement faible. Le cèdre jaune (Aniba guianensis) est l’espèce la plus estimée. Son bois est très fort, très durable et se travaille facilement. Plusieurs espèces différentes sont désignées sous le nom de cèdre noir. La plus généralement connue est le Nectandra pisi , dont la densité varie de 0,531 à 0,818 et la force de 130 à 159 kilog., suivant que le bois est vert ou sec

et que l’arbre a poussé eu montagne ou en marécage. Il est d’une couleur brun foncé et se travaille facilement.

Le cèdre gris est moins durable et plus mou que les précédents. Le cèdre blanc ou cèdre bagasse ( Icica altissirna , Bursêracêes) . d’une densité variant de 0,842 à 1,036 et d’une force de 226 kilog., est également un bois mou.

Sassafras ou Rose femelle (Acrodiclidium cïirysophyllum, Laurinêes). — C’est un excellent bois pour la construction navale et la menuiserie, employé souvent pour la confection de coques de pirogue ; il est très durable et se travaille bien. Sa couleur est jaune et il contient dans ses tissus une huile essentielle appelée essence de rose , qu’on extrait par la distillation. Sa densité est de 0,688-0,806 et sa force de 184 kilog. seulement.

Le T aoub (Laurinêes) est un bois léger (D. = 0,848-1,130) de bonne conservation, propre aux constructions navales, très estimé au Para; sa force est de 199 kilog.

L'acajou (Cedrela guianensis , Méliacées ), est un excellent bois de sciage et de menuiserie. Quoique tendre, il se conserve longtemps, grâce au principe amer dont il est imprégné et qui éloigne les insectes. Il est très homogène, sans défauts, se travaille bien en tous sens et ne se crevasse pas. L'arbre esl très grand et assez disséminé dans la forêt. Ce bois tendre, mais peu flexible, est très recherché dans la Colonie pour la confection des meubles, les termites ne l’attaquant jamais. Aussi son prix est-il très élevé dans la Colonie. Il ne faut pas confondre cette essence avec X acajou du commerce , qui provient des Grandes Antilles (Haïti) et du Honduras (Swietenia mahogany , Swiêtênièes ), plus dur, plus compact, d’un coloris plus riche et qui s’est propagé à la Guyane depuis quelque temps, avec une rapidité suprenante. L’acajou de Cayenne sert, en Europe, à la fabrication des boites de cigares ; sa densité est de 0,577.

Le Carapa ( Carapa gulanensis , Mêliacées) possède à un moindre degré toutes les qualités du précédent. Il est tendre et léger (D X 0,659 — 0,882) et se travaille facilement. Les insectes l’attaquent peu et il donne par le sciage de très belles planches. L’arbre est assez élevé, mais le tronc est d’un diamètre faible. Il est dénommé crab woocl à Demerari et lirapa à Surinam.

Sont encore susceptibles de fournir par le sciage de très bonnes planches et de forts madriers :

Parmi les bois durs : le rose mâle, le bagasse, le schawari, le courbaril. l’angélique, le parcouri et le wapa ;

Parmi les bois mous : le bois rouge, le mouchico, le simarouba, le yayamadou. Ces bois, les moins précieux de nos forêts, présentent cependant des qualitésbien supérieures aux bois blancs d’Europe ; dans les pays secs et tempérés leur emploi donnerait d’excellents résultats.

4° Bois d’ébénisterie ou de couleurs

Bois cle lettres. — Bois excessivement durs, compacts et lourds, capables de prendre le plus beau poli, mais difficiles à travailler, étant très noueux, pleins de crevasses et de défauts. Employés autrefois pour sculpter les lettres d’imprimerie. Il en existe deux espèces : le Lettre moucheté ( Piratineo-guia nensis , Artocarpêes ), d’un beau brun rougeâtre foncé, tout parsemé de mouchetures noires, et le Lettre rouge ou rubannê (Amanoa guianensis-Euph osbiacées) , d’un brun rouge plus clair, avec des veines noirâtres plus ou moins fortement accusées (cœur) ; l'aubier est blanchâtre ou au moins pâle. Le bois de lettre moucheté aune densité vaiiant de 1,049 à 1,162 et une force de 340 kilog.

Le bois de lettre rubanné a une densité qui varie de 1,038

à 1,175 et une force de 317 kilog.

Le Satiné ou bois de fé rôles (Ferolia guianensis, Artocar-

pées). — Très beau bois qui présente aussi deux variétés, appartenant, il est vrai, à la même espèce botanique : le satiné rouge , uni, d’une belle couleur rouge brun, et le satiné rubanné , plus pâle, veiné et remarquable par un miroitement agréable à l’œil. Le bois de satiné est dur, susceptible d’un très beau poli et se travaille bien; il est ordinairement sain et se débite sans déchets. On en fait des meubles magnifiques; il est appelé à jouir en France de la plus grande faveur. Il est dénommé washiba à Demerari. Sa densité varie de 0,825 à 0,877, suivant la variété.

Le Boco (Bocoa prouacensis, Légumineuses) est un bois très lourd (D. 1,208), très sain, se travaillant bien en tous sens. Sa couleur est jaune, comme le buis, avec un cœur brun noir très foncé. Les billes sont ordinairement saines, de diamètre médiocre. L’aubier, extrêmement dur et compact, ne diffère du cœur que par sa nuance. Ce bois est très beau et excellent pour l’ébénisterie, la sculpture en bois, l’art du luthier et les travaux de tour (cannes, etc.). Il est connu à Demerari sous le nom de Etaballi.

Le bois Bagot (Légumineuse) a l’aubier d’un blanc pur et le cœur du plus beau pourpre; sa densité est de 1,052.

Le Bois violet., déjà étudié comme bois dur. D’un violet très franc quand il vient d’être travaillé, il s’assombrit en vieillissant et devient presque noir. Ce nom est du reste appliqué à deux espèces de la même famille des légumineuses : Peltogyne venosa et Copaifera bractrata.

Le Moutouchi (Moutouchi suberosa , Légumineuses). — Le tissu de ce bois est veiné de longues lignes de violet pâle, de brun clair et de blanc; sa densité varie entre 0,875 et 1,018, et sa force est de 255 kilog.; se débite très bien en planches et madriers et se laisse facilement travailler.

Le Panacoco (Robinia panacoco. Légumineuses) ale cœur noir et l'aubier blanc; mais la coloration noire du cœur est

moins franche et moins belle que celle de l’ébène du commerce. Le diamètre de l’arbre est considérable. Le bois, du reste, est très compact (D. 1,181 à 1,231) et très employé en ébénisterie. Sa force égale 400 kilog.

Citons encore :

L 'acajou de Cayenne (déjà étudié), de couleur un peu plus claire et moins beau de dessin que le suivant :

L 'acajou du Honduras ou de Saint-Dominique , étudié plus haut ;

Le courbant dont le cœur, d’un brun rougeâtre assez clair, rappelle la nuance du précédent;

L 'ébène verte , qui est poli et verni, est d’un brun noir foncé, très différent de la nuance qu'il présente à l’état brut.

Le patawa (Œnocarpus patawa, Palmiers) dont les veines parallèles, alternativement noires et blanches, sont d’un magnifique aspect; convient particulièrement pour la confection de cannes, de manches de parapluies, et de bandes étroites ou filets droits dans les meubles incrustés.

Le commerce des bois. — Malgré le développement rapide de l’industrie du fer, l'usage du bois, loin de diminuer, ne fait que s’accroître. C’est ainsi que la France qui n’avait importé, en 1886, que 14,500,000 kilog. de bois de construction et d’ébénisterie, en a introduit, en 1896, 30,862,000 kilog.; c’est-à-dire qu’en l’espace de dix années, le chiffre de ce commerce a plus que doublé.

Nous verrons, dans la partie commerciale de cet ouvrage, que la Guyane a autrefois exporté de fortes quantités de bois. Sans la crise économique qu’elle traverse depuis cinquante ans, sa production, en cette matière, comme en tant d’autres, atteindrait aujourd'hui, sans nul doute, une valeur importante.

L’exploitation. — 1 1 est hors de doute que la plupart,

. presque toutes les essences de nos forêts, réunissent au plus

haut degré les qualités recherchées dans les diverses industries du h ois, et que l’exploitation, à la condition d’être rationnelle, peut donner de gros bénéfices. On a beau dire que ces essences ne vivent pas en familles, qu’elles ont souvent des vices cachés, quelles se déjettent et se gercent après l’abatage et que leurs tissus sont tellement durs qu’ils émoussent rapidement les meilleurs outils, il est facile de prévoir que, du jour où elles seraient suffisamment connues dans le commerce, toutes ces objections tomberaient d’elles-mêmes et qu elles obtiendraient sur les marchés un écoulement régulier et rémunérateur.

11 n’est, en effet, pas nécessaire que, dans nos forêts, les essences soient invariablement réunies en groupe de même espèce, puisque toutes sont utilisables, chacune à sa manière, les unes donnant des bois à brûler et du bois de charbonnette, d'autres, des pièces de construction marine, d’autres encore des planches et des madriers ou du bois de charbonnage, de menuiserie ou d’ébénisterie. D’autre part, par des soins entendus dans la coupe et par des procédés de conservation judicieux (immersion, refentes, etc.), on arrivera facilement à éviter les défauts et les vices qu’on signale chez certaines essences. Enfin, il n est pas douteux que, du moment où ces bois seraient entrés dans la consommation industrielle, l’on ne tarderait pas à confectionner des outils appropriés à leur contexture spéciale.

Quant à l’économie de l'exploitation en elle-même, elle dépend uniquement de la valeur professionnelle des exploiteurs. 11 faut, en effet, reconnaître que si, jusqu’à ce jour,

1 industrie forestière n'a pas donné les résultats financiers qu’on était en droit d en attendre, cela est dû en grande partie a ce double fait, que dans cette branche de l’industrie guyanaise comme dans bien d’autres, il n’y a presque jamais, à la tête de 1 entreprise, l’homme compétent. Les opérations sont

Le Cortège du Gouverneur de la Guyane

(A la sortie d'une inesse dite pour le repos de l’âme des soldats français morts le 15 mai 1895, au coruLat de Mapa)

presque toujours engagées sans méthode, sans plan et surtout avec des capitaux insuffisants. Tout le monde, indistinctement, croit pouvoir, avec quelques milliers, ou même quelques centaines de francs, et trois bûcherons, entreprendre l’exploitation d’un chantier de bois. Dans de telles conditions, le prix de revient est forcément très élevé et les résultats ne peuvent être que nuis ou insignifiants.

Nous ne pouvons entrer ici dans les détails techniques de l’exploitation forestière. Disons cependant que pour réussir pleinement elle doit, comme en général, toute entreprise en pays neuf, où l’homme, à tout instant, se trouve en face de forces naturelles considérables, elle doit être engagée sur une grande échelle. C’est le seul moyen d’arriver à surmonter des difficultés contre lesquelles les initiatives et les ressources individuelles ne peuvent que s’émietter inutilement, et de diminuer les frais généraux, en les répartissant sur une production étendue. D’autre part, la grande entreprise seule peut offrir des ressources suffisantes pour pouvoir s’assurer les garanties d’une bonne direction technique. Car l’avenir de l’industrie forestière à la Guyane réside tout entier dans l’emploi des procédés d’exploitation perfectionnés et dans l’application d’un mode rationnel de traitement et d’assiette, propre à sauvegarder l’avenir tout en assurant le présent.

Les productions secondaires de la forêt. — Nous avons dit précédemment que les productions secondaires de la forêt guyanaise étaient excessivement nombreuses et que certaines d’entre elles pouvaient à elles seules constituer des richesses énormes. Nous allons les examiner avec quelques détails.

A. — Plantes oléagineuses

Aouara (Astrocaryum vulgare , Palmiers). — Les fruits de ce palmier donnent deux huiles et un beurre : 1° Yhuile de pulpe , obtenue en faisant bouillir, puis pressant la pâte de

pulpe; elle est grasse, épaisse, tl’un jaune doré; décolorée par les procédés de raffinage, elle devient claire, limpide, légèrement dorée, comme l'huile d’olive;. elle est comestible et d’un goût agréable; mais elle rancit assez vite. Son rendement est égal à 7 0/0 à peu près du poids total; 2° huile et beurre (V amciades : l’amande contient 39,22 0/0 d’une matière grasse semi-solide, semi-liquide, à température ordinaire en Guyane (28°). Les amandes broyées, torréfiées et pressées à chaud donnent une substance qui se solidifie en partie par le refroidissement. La partie liquide ou huile est limpide, de couleur ambrée, comestible, d’un goût agréable. La partie solide, beurre appelé quio-quio , reste brune ou légèrement jaunâtre ; elle est très adoucissante et sert beaucoup dans la médecine créole, ainsi que dans la cuisine locale. L’arbre est très commun dans les forêts de la Colonie. Ses produits peuvent être exploités sur une grande échelle et san$ beaucoup de frais. On en trouve à l’état sauvage environ 100 pieds à l’hectare en moyenne. Mais, par la plantation, on peut en obtenir 625 à l’hectare, à raison de 4 mètres de distance. Chaque pied rapporte annuellement quatre régimes dont chacun rend environ 1 litre d’huile. Le produit de l’hectare s’évalue donc à 400 litres pour la forêt naturelle et 2,500 litres pour la plantation régulière. L’hectolitre de fruits frais pèse environ 62 kilog.

Acajou ou Anacardier (Anacardium occidentale , Térêbinthacées). — Les fruits de l’arbuste offrent un péricarpe qui renferme 29,5 0/0 d’une huile essentielle jaune, caustique et vésicante, et une amande qui contient 40,5 0/0 d’une huile douce très fine, comestible et d’une saveur agréable, qui ne rancit que difficilement, peu colorée, appelée huile des caraïbes.

Aouara d' Af ricque (Œleis g uianensis , Palmiers). — Les fruits bouillis donnent Y huile de palme si connue. Le végétal n’est pas indigène, mais s’est parfaitement acclimaté dans la Golo-

nie, où il a été introduit, en 1806, par M. Kerkove. Chaque pied donne, d’après le général Bernard, un maximum de 86 litres d'huile par an. Un hectare de plantation peut en porter environ 400 (distance de 5 mètres), soit un produit annuel maximum de 14,400 litres et moyen de 8,000 litres, à raison de 20 litres par pied.

Carapa (Carapa guianensis. Mélictcées). — Les amandes fraîches renferment 80,208 0/0 d'une huile excellente pour la fabrication des savons, épaisse, très amère, éloignant les insectes. Les Indiens s'en servent pour fixer leurs peintures. Elle a, par ailleurs, de nombreux usages dans la pharmacopée créole. L'huile de carapa se vendait, vers 1875, à raison de 2 francs le kilog. Le litre pèse 900 grammes environ. Les noix ne pouvant supporter un long transport et se pourrissant avant d'arriver en Europe, doivent être traitées sur place. L'industrie de celte huile avait pris, vers 1875, une certaine importance; des presses perfectionnées, à vapeur et hydrauliques, ont même été introduites à Cayenne à cette époque. On estime qu'un pied de carapa donne 30 litres d’huile par an, soit environ 60 kilog. de graines; le rendement industriel étant de 40 à 50 0/0 en poids et le litre de graines pesant 0,950 kilog. L’arbre est un des rares qui vivent en famille à la Guyane. On en rencontre des forêts immenses à Kourou, à l'Oyapock, au Ouanary et au Ouassa.

Coupi (Acioa guianensis, Rosacées). ■ — Les amandes des fruits donnent une huile comestible qui rappelle, par sa saveur et son odeur, l'huile de coco et, mieux encore, l’huile d’amandes douces.

Y ay amadou ( Virola sebifera , Myristicées). — Les graines, broyées et pressées à chaud, donnent 26 0/0 d’une graisse entièrement soluble dans l’eau de potasse, fusible à 34° et composée de deux corps gras, l’un neutre, l'autre acide, ce dernier composant les trois quarts de la masse.

La partie neutre, à base de glycérine, rofme, avec la soude, un savon soluble. Ce produit, agréablement parfumé, peut servir à la fabrication des bougies. La matière grasse de cet arbre se rapproche, en somme, beaucoup plus de la cire que de la graisse proprement dite. Sa couleur est généralement jaunâtre, son odeur rappelle celle de la cire ; elle est sans saveur. A 36°, elle prend une consistance pâteuse et, â 48°, devient entièrement liquide. Les bougies fabriquées avec cette pâte donnent une belle lumière et répandent, en brûlant, une odeur douce. Le végétal abonde en Guyane dans les lieux bas et marécageux. Un arbre donne environ25kilog.de cirepar an.

Marina (Attalea excelsci , Palmiers). — L’amande, broyée et brouillée avec l’eau, donne un beurre blanc, légèrement parfumé, rappelant le beurre de coco.

Ouabé (Umphalea cl ian d ru . Eaph orbia c ëes ) . — Le fruit est une baie jaune, arrondie, charnue, succulente, s’ouvrant à la maturité en trois portions portant chacune une amande, dont la coque est enveloppée d’une substance molle et filandreuse. L’amande est renfermée dans une substance blanche ferme huileuse, bonne â manger, à la condition d’enlever la radicule et les deux cotylédons, qui renferment un principe purgatif très actif. Cette amande donne 64,58 0/0 d’huile â l'état frais et 66,008 0/0 â l’état sec. Cette huile, après filtration, est claire, limpide, légèrement douce, d’une teinte ambrée, transparente, propre â b alimentation et rappelant, par son goût, l’huile d’olive. Elle est excellente pour le graissage des machines délicates (montres, etc.). Elle produit également un éclairage brillant et se saponifie facilement.

Pataoua (Œnocarpus patawa , Palmiers). — Les fruits rappellent ceux du comou, mais ils sont plus gros. Autour de la graine est une matière butyreuse, semblable à celle dû comou ; ils donnent une huile plus colorée, mais non moins utile. Leur rendement est de 15 0/0.

Pehea (Pehea butirosa , Ternstrémicicées). — On admet généralement que douze fruits de cet arbre donnent un litre d’une huile excellente pour l’éclairage, la savonnerie, le graissage des machines, et même la cuisine. Cette huile, dont la pulpe produit 7 0/0 environ, est limpide et jaunâtre et se solidifie par le refroidissement; mais elle redevient facilement liquide, même à la simple chaleur de la main : c’est, en somme, un beurre, plutôt qu’une huile proprement dite. Par le raffinage, elle procure une huile toujours liquide, d’un goût agréable, pouvant rivaliser, pour la cuisine, avec l’huile d’olive. Les noyaux des fruits contiennent une amande grasse d’un goût agréable rappelant la noix, l’amande ou la noisette, et qui donne à son tour environ 62 0/0 d'une huile très fine. L’arbre produit des fruits vers l’âge de 15 à IG ans. Le rendement moyen par arbre paraît devoir être évalué à 50 ou 60 litres d’huile par an. L’hectare pourrait porter un minimum de 100 arbres, qui produiraient ainsi au moins 5.000 litres d’huile.

Comou (Œnocarpus comou. Palmiers). — Les fruits si communs de ce palmier donnent 18 0/0 d'une huile de saveur fort agréable, parfaitement transparente, d’une teinte un peu verdâtre, comestible et pouvant aussi servir à l’éclairage.

Pinot ( Euterpe oleracea , Palmiers). — L’amande, qui se rapproche de celles du comou et du patawa, donne une huile claire, d’un goût agréable, légèrement parfumée.

Palmiste ( oredoxa oleracea , Palmiers). — L’amande des graines donne une huile de densité 0,924, qui convient parfaitement à la fabrication des savons.

Bancoulier (Aleurites triloba. Euphorbiacèes). — L’amande du fruit renferme théoriquement 62 0/0 d’huile, dont elle livre industriellement environ 25 0/0. Cette huile est comestible et peut servir â un grand nombre d’usages,

Savonnier ( Sapindus saponaria, Sapinda cées) . — Le péri-

carpe charnu donne un suc visqueux, propre au nettoyage du linge, grâce à la saponine qu’il contient en forte proportion. L’amande de la graine donne une huile qu’on dit comestible.

Myrica cerifera. — Cet arbre, qu’on nomme le cirier d' Amérique, produit des baies qui contiennent jusqu’à 2G 0/0 d’une cire de couleur jaune-verdâtre, de densité 0,976, fondant à 47°5, et qui s’obtient par l’ébullition dans l’eau. Elle porte commercialement le nom de cire végétale.

Sablier (Kura crepitans , Eupliorbiacèes) . — Les amandes donnent par expression à chaud ou à froid, une huile visqueuse, possédant des propriétés drastiques violentes: une ou deux gouttes suffisent pour une forte purgation ; à plus forte dose, elle occasionne de violents accidents.

Touha (Bertholletia excelsa , Myrtacèes). — Les fruits de cet arbre, connus dans le commerce sous le nom de noix du Brésil , renferment 66,74 0/0 d’une huile comestible, rancissant assez rapidement, mais parfumée et agréable au goût; sa densité à 15° égale 0,917.

Carnaübe (Ceroxylon? Palmiers). — Les feuilles donnent, par l’ébullition dans l’eau, une cire blanche, abondante, fondant à 83°5, et dont on fait des bougies.

Les Myristica ocuba et bicuhiba donnent aussi de la cire végétale.

Badamier (Terminalia kalappa , Combrétacées). — Les fruits renferment une amande qui peut rivaliser avec celle de l’amandier, à laquelle elle ressemble par la forme et par le goût, et dont on peut retirer une huile grasse qui ne rancit pas et qui est propre à tous les usages.

Bâches ( Mauritia flexuosa , M. speciosa, Palmiers). — Les fruits de l’une et de l’autre espèces renferment une amande arrondie, dure comme celle de l’aouara, et oléagineuse, qui, à la suite d’une préparation analogue, livre une huile fine, abondante, rappelant par ses propriétés celle d’amandes d'aouara

Arouman (Ischnosiphon arouma , Marantacées). — - Les graines donnent une huile employée par les indigènes comme cosmétique pour les cheveux.

Lilas du Japon (Melia azedaracli , menacées). — Les graines de cet arbre, qui s’est parfaitement acclimaté dans la colonie, renferment de 49 à 54 0/0 d’une huile fine, bonne pour l’éclairage, le graissage des machines et la savonnerie.

Les fèves odorantes du gaïac de Cayenne (Coumarouna) donnent une huile grasse, comestible, très fine, recherchée en Angleterre pour la parfumerie..

On lire aussi une substance grasse des graines du jaune d'œuf (Lucuma rivicoa , Sapotacées).

Les fruits du Conana (Astrocaryum acaule , Palmiers) donnent une huile bonne pour la savonnerie. Il en est de même d’un grand nombre de végétaux, des palmiers surtout, dont les graines sont presque toutes oléagineuses. M. le Dr Heckel, l’éminent professeur et fondateur du Musée colonial de Marseille , a entrepris, il y a déjà quelques années, une étude méthodique, patiemment poursuivie, des corps gras fournis par les végétaux de notre Colonie, en vue de leur utilisation par les industries de la bougie et du savon. Par ce qui précède, on voit que l’industrie des huiles et le commerce des graines oléagineuses sont susceptibles de prendre à la Guyane une importance réellement exceptionnelle.

B. - — Plantes aromatiques

Bois de rose (Lie aria y ui anens is., L a urinées ) . — Le bois jaune de cet arbre renferme une huile essentielle qui rappelle, par son odeur, le parfum de la rose, et qui en est extraite par la distillation. Cette essence est jaune, d'une saveur âcre, et se vend 25 francs le litre. La Colonie exporte en France et l’essence et le bois en billes.

Bois de crcive (DicypeUium caryopliyllatum) ou bois de

sassafras. -Le bois de celte essence forestière est également très aromatique et constitue une épice analogue à la cannelle.

Couguericou ( Xilopia frutescens, Anouacées). — Le fruit de cette plante pilé, donne une poudre aromatique, à laquelle on attribue de puissantes vertus carminatives, toniques et même aphrodisiaques ; sa saveur est chaude et brûlante, et rappelle le poivre.

La liane ail ( Bignonia sp.) dont toutes les parties dégagent une forte odeur d’ail, pourrait servir d’épice et est employée comme fébrifuge.

L'ambrette ou calou-diable ( Hibiscus moschatus) donne des graines très aromatiques susceptibles d’être avantageusement employées dans la parfumerie.

Les fruits du noyau (Prunus splierocarpus) donnent une huile essentielle, très aromatique, d’un usage courant en pharmacie, dans la pâtisserie et la parfumerie.

L’écorce du couchiri est employée comme épice par les indigènes. L'écorce du pareira-brava ( Abuta rufescens ) infusée dans l’alcool, donne une absinthe agréable au goût, employée contre les maladies du foie et de la vessie.

Le ga’iac de Cayenne (Coumarouna odorata , Légumineuses), dont le fruit, la fève de Tonka, contient une amande employée à divers usages, en pharmarcie et en parfumerie, où elle très recherchée et se vend à un prix élevé. Elle a une odeur très agréable, line et délicate, qui la fait rechercher pour aromatiser le linge, le tabac (tabac à la fève). En traitant par l’alcool, on en extrait la coumarine , substance cristalline blanche, fondant à 50 0 et bouillant à 270° ; elle a une forte odeur aromatique très agréable, et est soluble dans l’eau, surtout bouillante. Un kilogramme de fèves donne en moyenne 1 1 grammes de coumarine, qui vaut en pharmacie de 80 à 90 francs le kilog. Les fèves se vendent à raison de

9 à 10 francs le kilog. en moyenne. Le Lois et l’écorce sont employés comme succédanés du gaïac officinal.

Maniguette ( Amomum malaguetta , Anouctcées) — Le fruit est une capsule, qui contient des graines de couleur rouge brun à l'extérieur et blanches à l'intérieur, lisses, anguleuses, et perdant vite leur arôme hors de la capsule. Ces graines sont employées comme excitant et tonique.

G. — Plantes tinctoriales et tannantes

Campêche{Hcematoxylon campechianum, Légu mineuses) .

■ — Le bois de cette essence, rougeâtre à l'extérieur, jaunâtre à 1 intérieur, est très dense, d’une odeur douce, rappelant celle de la violette.

il renferme une matière colorante rouge, Yhématoxyline, qui est contenue pour une proportion d’environ 12 0/0 dans 1 extrait du commerce. Le bois de campêche, réduit en poudre donne par l’épuisement â l'eau bouillante et l’évaporation, environ 25 à 30 0/0 en poids d’extrait coloré du commerce, lequel n'est, en réalité, qu’une solution aqueuse d’hématoxvline évaporée jusqu’à consistance sirupeuse.

Par le procédé de la stratification, on obient un rendement un peu moindre (19 0/0 seulement), mais un produit presque complètement exempt des matières étrangères qui accompagnent ordinairement l'hématoxyline et altèrent souvent la blancheur des parties réservées du tissu à teindre.

Bois du Brésil (Cœsalpinig christa , sappan , échinai a , etc., Légumineuses ). — Ces bois, qui se rencontrent assez communément dans les forêts de la Guyane, renferment une matière colorante, rouge, appelée brésiline , qu’on extrait par les mêmes procédés que la précédente.

Grignon (Buceda buceras , Combrelaeées), — L’écorce de cette essence renferme une forte proportion de matières tan-

liantes et est employée aux Antilles anglaises et à la Guadeloupe, au tannage des cuirs.

La noix cle V aréquier ( Areca col celui. Palmiers) contient un excellent mordant pour la teinturerie.

Palétuviers. — 11 en existe à la Guyane deux espèces : le palévier blanc ( Avicennia nitida , Verbenacées) et le palétuvier rouge (Rhyzophora manglc , RhyzopJiorées), l’une et l’autre très communes sur les bords de nos rivières et de la mer, et dont l’écorce tannante est employée pour le tannage des cuirs. Dans les tanneries du Brésil et de la Guadeloupe, on emploie généralement l'écorce de palétuvier. La P l'ata en exporte en France ainsi que la Guadeloupe. Des envois d’essai de celte colonie ont trouvé à Bordeaux acheteurs à 27 et 28 francs les 100 kilog., à raison de 1 franc le degré d’extrait tannique par 100 kilog. Le manglier rouge de Cayenne a donné à l’essai une moyenne de 39 0/0 de tanin pur.

Carnaübe. — On a retiré de l’acide picriquepar distillation de la cire de carnaübe.

L’écorce de badamier ou amandier de Cayenne contient une forte proportion de matières tannantes.

Gomme-gutte ( Hypericum bacciferum , Hypèricacèes. — L’écorce et le bois de cet arbre donnent, dissous dans 1 eau, une belle couleur jaune, propre à la teinture de la soie.

Caraguérou ( Bignonia tinctoria , Bignoniacées). ■ Les feuilles de cette plante donnent une teinture rouge, qui a été très remarquée à l’Exposition de 1867, et dont les indigènes se teignent le corps et le visage.

Bougouni (Inga bourghoni , Légumineuses) . Le suc de l’arbre contient une belle couleur foncée, tirant sur le noir, et qui sert dans la Colonie à vernir divers ustensiles de ménagé (couis, goligos, etc.).

Les racines et les fruits du Beslerc donnent une belle couleur violette.

us -

L écorce du Sim ira (Simira linctovia) donne une teinture d’une couleur rouge vif.

Les copeaux bouillis du bois de mincoart ( Minquartia guiancnsis) donnent une belle teinture noire.

L écorce du goyavier savane (Guavia pommiferum) est très riche en tanin.

Les racines et les fruits du Lacée teignent en violet.

Le bois violet (Copaïfera brade ata) donne des violets que l’on a jugé préférables à ceux de l’orseille.

Le balourou ( Ileliconia caribœa , Soit aminées) donne des graines qui teignent en pourpre.

Les écorces de yayamodou ci <V anacardier sont employées comme tan.

L'acacia dealbata a des frutis légumineux qui donnent environ 42 0/0 de tanin pur (d’après M. Hayes).

Le génipa (Genipa ame ricana , Rnbiacêes), le jamblon (sizigium, jambolanum), et divers autres végétaux indigènes peuvent fournir à 1 industrie une grand variété de matières colorantes, tinctoriales et tannantes.

L). — Plantes a gommes et résines

Bcdata (Mimusops balata , Sapotacées). — Végétal d’un grand avenir industriel, qui donne un bois de construction de toute première qualité, et une gomme-résine analogue, sinon identique, chimiquementpaiiant,à \à.gutta-percha de la Malaisie. Cette substance encore peu connue, est très appréciée dans le commerce et vivement recherchée par l’industrie européenne, de préférence à, la gutta malaise, dont la production tend d’ailleurs à diminuer rapidement, et dont les propriétés mêmes semblent quelque peu inférieures à celles de la balata , au point de vue des utilisations industrielles (galvanoplastie, fabrication des instruments de chirurgie et des câbles télégraphiques sous-marins). Le produit annuel d’un

arbre est évalué au maximum à 5 ou (3 kilog. de gutta marchande (procédé Rousseau) et au minimum à 1 kilogramme (procédé ordinaire par incision). Dans lesconditions actuelles du peuplement naturel de nos forêts, on ne compte qu’un maximum de 10 arbres par hectare. Mais par la plantation régulière, on pourrait obtenir 100 arbres par hectare. Le prix moyen du kilog. de balata de Cayenne, bonne qualité, étant évalué à 5 francs, on voit que le produit brut d’un hectare de habitas peut varier de SOkilog. à 2,500 kilog. suivant qu'il s’agid'une plantation méthodiquement établie et exploitée intent sivement par les meilleurs procédés, ou simplement d’une exploitation extensive de la forêt naturelle.

Caoutchouc ( Hevea guianensis , Euphorbiacées) , arbre des forêts guyanaises, voisin de V hevea brasüiensis du Para, et produisant un caoutchouc moins connu, mais de qualité équivalente. L’arbre est en pleine production dès l’âge de 16 à 18 ans et peut donner annuellement 2 kilog. de caoutchouc marchand. Mais il est préférable de ne gemmer le même végétal qu’une fois toutes les deux ans. Le kilog. de caoutchouc est mercurialisé à Cayenne, à raison de 4 francs. La première qualité du crû a récemment été cotée au Havre à 12 francs le kilog. et classée comme « parafine et pure ». Un hectare de plantation peut porter KL) arbres, soit un produit brut de 200 kilog. par an = 2,000 francs en moyenne.

Poirier de la Guyane (Cou ma guianensis , Apocynëes). — - Arbre assez commun à la Guyane et sur lequel on peut recueillir à l’incision, un lail qui, coagulé donne une gommerésine encore mal connue, au point de vue de sa valeur industrielle réelle. On peut tirer d’un arbre adulte, par un gemmage raisonné et modéré, une moyenne de 1 kilog. de gomme marchande, dont les propriétés physiques et chimiques, n’ont pas encore fait l'objet d’études approfondies.

C opalin (Copctifera of/'udnaUs , Légumineuses). — Le suc

oléorésinèux de la plante donne le baume de c opalin. Ce sue s’obtient par incision de l’écorce. Il existe dans le commerce trois espèces de copahu : le copahu du Brésil, le copahu de Cayenne et le copahu de la Colombie. Le premier a une couleur jaune foncé, une odeur désagréable et une saveur repoussante. La sorte de Cayenne, plus visqueuse et plus claire, dégage au contraire une odeur agréable de bois d’aloès. Le copahu de Colombie dépose au fond des tonneaux une résine acide et cristallisable.

Encens de Cayenne ( Icica guianensis , Térébinthacées). — Celle plante donne par incision un latex épais et blanchâtre qui ne tarde pas à se prendre en petites masses ou grains opaques d’un blanc jaunâtre, d’une odeur balsamique très agréable. 11 brûle avec une flamme rouge et produit une épaisse fumée blanche répandant un parfum suave et persistant d'encens : c'est la résine-icica de la Guyane ou encens de Cayenne. Celte résine est insoluble dans l’eau, peu soluble dans l’alcool, un peu plus dans l'essence de térébenthine. C'est un mélange de trois résines: bréane , icicane et colophane , dont la solubilité dans l'alcool dilfère sensiblement. L'arbre se rencontre le pins souvent par groupes. On peut en compter 50 environ par hectare. Chacun donne annuellement de 1 kilog. 500 à 2 kilog. de résine utilisée dans les cérémonies religieuses, où on la brûle en guise d'encens.

La résine andira se retire de YAndirci anthelmintica. Elle a une saveur amère, est soluble dans l'alcool, les liqueurs alcalines, les acides nitrique et sulfurique et dans les huiles essentielles et les corps gras. Usages pharmaceutiques.

La résine antiar est retirée de l’arbre de ce nom, peu connu au point de vue botanique ; elle est blanche, fusible à G0°, insoluble dans l’eau, soluble dans l'alcool, l'éther et les huiles essentielles. Le suc végétal dont on l’extrait est vénéneux et sert aux indigènes pour empoisonner leurs flèches

mais la résine elle-même n’est pas vénéneuse ; elle est employée en pharmacie.

L'houmiri , bois rouge (Rumirium balsamiferum) , bel arbre qui donne un bois de construction de bonne qualité et laisse couler à 1 incision une oléorésine épaisse, rouge, balsamique d'abord, puis sous l’action de l’air, concrète et cassante : c’est le baume houmiri, qui brûle avec une odeur désagréable et peut remplacer la colophane et le baume du Pérou.

Le satiné rubané ( ferolia guianensis), dont le bois est si recherché pour l’ébénisterie, donne une résine dont l’utilisation industrielle est encore mal définie.

Le mani ( Moronobeci coccinea.. Cl usictèêes) donne par incision une oléorésine, le mani , suc jaune, qui devient noir en se desséchant au contact de l’air et qui est employé par les indigènes pour calfater leurs pirogues, rendre imputrescibles les cordages et le fil à voile, fixer les fers de leurs flèches. Cette résine rendrait à l’industrie et à la pharmacie les mêmes services que le goudron et le brai du commerce. L’arbre est très commun à la Guyane.

L 'anacardier (Anacardium occidentale) donne une gomme jaune-rougeâtre extraite par incision, qui est soluble dans l’eau et jouit d’une manière générale de propriétés analogues à celles de la gomme arabique.

La côte de Guinée en exporte annuellement pour 20 millions de francs. Il n’est pas douteux qu’à la Guyane, cette gomme pourrait également faire l’objet d’un commerce important.

La sève du mapa donne une qualité de caoutchouc qui était autrefois confondue avec celle du caoutchouctier ou boissiringue.

Le figuier indigène donne une résine extensible rappelant par l’aspect la gutta-percha. En réalité, c’est le mancenillier

(. Hippornane rnancc ailla ,Eupho rbiacëes) dont le fruit est un terrible poison.

Des cèdres blanc et gris on extrait un suc balsamique, résineux, blanchâtre, qui jaunit en se desséchant et qui découle sans incision.

Le grignon et le fromager donnent une gomme mordante.

L’ acacia de Cayenne produit une gomme que les luthiers utilisent comme colle.

Le jacquier (Artocarpus integ ri folia),

Le manguier ( Mangifera indica ),

Du comnatè (Vis t nia guianensis), on tire un vernis indélébile noir,

Le wapa ( Wapa bi folia), au suc oléorésineux, donnent, comme les précédents, des gommes, des baumes et des résines dont l’utilité est reconnue, mais dont les propriétés précises et l'utilisation positive n’ont pu encore être bien déterminées.

E. — Plantes textiles

Le balourou ( Musa bilan ), qui croît très abondamment à létal sauvage, dans nos forêts, donne un excellent papier et des cordes d'une grande solidité.

Malios. — On remarque à la Guyane deux espèces de mahos le mctlio blanc ( Hibiscus tiliaceus) et le malio maman {II. malvaceus ), celui-ci donnant des cordages trois fois plus forts que le premier. De l’écorce intérieure de ces plantes on lire environ 40 U/0 de libres généralement très longues, se séparant par un simple rouissage, mais ne rendant au teillage que la moitié environ de leur poids en filasse peignée; on en fait des cordages très souples et très résistants.

Le moucou-moucou ( Caladium giganleurn) , également abondant sur les bords noyés de toutes nos rivières et criques, donne des liges atteignant 2 mètres et 3 mètres de hauteur et

fournissant une écorce à fibres longues et, soyeuses, faciles à isoler par le rouissage et propres à la fabrication du papier, des cordages, etc... O11 a atteint, dans des essais, un rendement de 25 à 30 0/0 de pâte à papier sans transparence.

Le carata ( Bromelia karatas), espèce voisine de l’ananas comestible, fournit des feuilles beaucoup plus longues et plus larges et par conséquent un plus fort poids de fibres textiles ayant les mêmes qualités et par suite les mêmes usages. Cette plante croit à l'état sauvage et en grande abondance; elle sert, dans certains pays, à la confection des bas, des gants, des mitaines, de la dentelle, etc...

yucca (Yucca gloriosa) donne des feuilles plus longues et moins rigides que celle de l’ananas, plus faciles à travailler. On les traite par le rouissage à l’eau froide ou mieux à l'eau savonneuse bouillante. Le rendement est d’environ 10 0/0 en libres d’un blanc nacré, rappelant celles de l’ananas.

L ' arouman (Ischnosiphon arouma ) a des feuilles larges disposées en éventail. La forte côte qui les partage est utilisée comme textile. On découpe l'écorce avec un instrument tranchant en lanières très longues, solides, flexibles, rouges ou blanches, suivant la variété. Ce sont ces lanières qui, prises plus ou moins larges, feudues et refendues, suivant l’ouvrage à confectionner, servent à fabriquer des objets de vannerie et de sparterie, d’une grande finesse, d’une solidité à toute épreuve, et d'une durée pour ainsi dire illimitée. Ces lanières sont teintes par les indigènes en rouge (par le rocou), ou en noir (par le genipa-balisier) couleurs qu'ils entremêlent, et avec lesquelles ils composent des dessins variés et intéressants. Y arouman pourrait remplacer avantageusement le rotin, pour le paillage des chaises, par exemple.

Le cacaoyer sauvage (Pacliiva aquatica), très commun sur les bords des rivières, fournit une écorce dont les fibres servent à fabriquer des cordages solides et d’une longue durée.

Le canari macaque (Lecythis grandi flora) donne également une écorce dont on pourrait faire une excellente pâte à papier. Les lanières d’écorce servent dans le pays à faire des paniers.

Une autre espèce du même genre (Lecythis zabucajo) a une écorce qui se détache par lamelles liues, très homogènes et souples, dont les indigènes se servent comme de papier à cigarettes; cette écorce dégage en brûlant un parfum très agréable

Les semences du fromager ( Bombax ceiba) sont envelop* pées d’un duvet brun, long, cotonneux, appelé soie de fromager et utilisé aux Antilles par les gens peu fortunés pour faire des matelas, des oreillers, et aux Etats-Unis pour la fabrication des chapeaux de soie.

Le piaçaba. — Grand arbre utilisé au Brésil comme textile ; ses racines tressées donnent de solides cordages.

Le liérètê et la bignone écarlate. — Les fibres de ces plantes sont utilisées pour confection de chapeaux, paniers, cordes, etc...

La feuille à polir ( Curatella americana). — Plante très commune dans les fourrés et dont les feuilles remplacent avantageusement le papier émeri, pour le polissage des bois. Ses fibres sont textiles.

Le bambou donne un papier aussi beau que le papier de Chine.

Le cocotier ( Cocos nucifera), Yaouara ( Astrocaryum cul g are), les bâches (Mauritia flexuora et M. speciosa), le tourlouri (Manicaria saccifera ), le zaguenette ( Bactris pectinata), le palmier-bambou (Sa gus raphia ), le rondier (Livistonia sinensis). le ouaye ( Geonoma baculifera). Yita. le chiqui-chiqu/i , et un grand nombre d’autres palmiers, indigènes ou importés, tous très abondants dans les forêts de la Colonie, fournissent des textiles précieux et les matières premières nécessaires à la fabrication d’objets très divers de van-

nerie, de sparterie (nattes, chapeaux, tapis, éventails, corbeilles, écrans, stores, pantoufles, paniers, etc...). Les bâches , en particulier, donnent, en outre, un liège qui a reçu déjà de nombreuses applications dans l’économie domestique et l'industrie.

La liane-panier ( Bignonia equinoxialis ), la liane-cliasseur^ la liane- franche, la liane-mousse , la liane-plate , la liane singe-rouge , la liane-guélingué , la liane-punaise et un grand nombre d’autres lianes servent communément de cordes, de liens grossiers, et pourraient être utilisées dans la fabrication des paniers, des manches de fouet, etc., etc...

F. — Plantes médicinales

Le bois piquant jaune ( Zanthoxylum fraxineum , Iiutacées). — Son écorce, astringente, à saveur âcre, est employée comme antirhumatismale, sudorifique, diurétique, vulnéraire et même odontalgique. Aux États-Unis, elle est aujourd’hui d'un usage courant.

U ipéca est fourni par un grand nombre de plantes. M. le D1' Heckel cite parmi les plus connues :

Psycliofria emetica (rubiacées), racines vomitives.

Boerhaavia paniculata ( nyctaginèes ), plante vomitive, astringente, antidysentérique.

Boerhaavia decumbens (nyctaginèes) , racines émétiques, antidysentériques, antispasmodiques et diurétiques.

Cephœlis evea (rubiacées), racines vomitives.

Ionidium parviftorum ( violacées ), contre le cocobé.

Viola, itoubou ( violacées) ou ipéca sauvage.

Le pareira brava (Cissampelos par cira, ménispermèes) a des racines amères, diurétiques, mucilagineuses, contenant de la pélosine et de la sangoline , nouveau principe amer découvert par MM. Heckel et Schlagdenhauffen. Les racines sont également employées comme expectorantes et aussi comme alexitères , contre la morsure des serpents. i

Le quachi ou coachi ( Quassia amara , rutacées ), plan te dont le bois, très amer, réduit en copeaux, remplace, d’après M. Heckel, le houblon dans la fabrication de la bière, surtout en Angleterre. L'infusion amère de ce bois et des racines fraîches est préconisée contre les fièvres intermittentes; c’est, de plus, un tonique et un apéritif énergique.

Le simarouba (Simciruba offlcinalis , rutacées ), propriétés analogues à celles du coachi.

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