‹ Notice sur la GuyaneChapitre 14 sur 35 · VII. — Au! res industries · texte numérisé non relu

VII. — Au! res industries

La (lia tille rie. — Si l’industrie du sucre peut être considérée comme irrémédiablement ruinée dans les Colonie», il n’en est pas de même de sa sœur, l’industrie du tafia et du rhum , et nous avons vu précédemment qu’en ce qui concerne particulièrement la Guyane, tandis que la culture de la canne à sucre tend à disparaître complètement, la guildiverie acquiert chaque jour plus d’importance. Cette anomalie apparente tient à ce fait qu’en général les alambics de la place consomment, non pas du vesou , ou jus de canne, mais de la mélasse, résidu de la fabrication du sucre, que les distillateurs font venir principalement de Demerari, de la Trinidad et de Sainte-Lucie. Cette mélasse dose ordinairement de 40 a 60 0/0 de sucre et revient, en moyenne, à 0 fr. 25 le kilog. Elle est traitée dans des appareils qui olirent, en général, un certain degré de perfectionnement et dont le fonctionnement est continu. Ces alambics, provenant des meilleures maisons de Paris, sont généralement chauffés par la vapeur, munis de chauffe-vin, d’un chapiteau lenticulaire et de lentilles de rectification, qui leur permettent de donner au premier jet un fort degré d’alcool (jusqu’à 70 et 80°). Ils sont, du reste, conduits, la plupart du temps, avec la compétence nécessaire.

Par contre, la fermentation elle-même est entièrement négligée; on semble ignorer l’importance primordiale de cette opération par rapport an rendement et à la qualité du produit final. Le moût à traiter ou grappe , une fois composé et placé dans les cuves, n'est plus l’objet d’aucun soin. La fermentation se produit spontanément, plus ou moins tôt, plus ou moins tard, avance à son gré et s’arrête quand bon lui semble. Aussi arrive-t-il souvent que la marche en est compromise par des fermentations secondaires ou par une température exagérée, et que l’alcoolisation cesse, tandis que la grappe pèse encore 3, 4° B et plus, — d’où une perte sensible sur le rendement en alcool. — Quoi qu’il en soit, on obtient ordinairement un rendement en tafia variant de 5U à 60 0/0 du poids de la mélasse employée. Le rhum est, comme on le sait, du tafia vieilli. Or, ce vieillissement peut être naturel ou artificiel. Dans le premier cas, il s’obtient en conservant simplement, plus ou moins longtemps, le tafia dans des tonneaux de chêne blanc, placés en lieu chaud. Au bout de quelques années, la liqueur a pris une couleur brun rosé, une saveur fine et un arôme caractéristique. Mais elle a sensiblement diminué de volume et son titre s’est abaissé de 55 à 56° environ. Il y a là une perte matérielle que l’industriel est obligé de rattraper par une surélévation du prix de vente. Par le veillissement artificiel, on tourne la difficulté et on peut livrer du rhum à bon marché. On trouve toutes préparées, dans le commerce, des liqueurs qu’il suffit d’introduire dans les fûts de tafia pour obtenir instantanément une modification avantageuse de la couleur, et des bouquets factices plus ou moins agréables.

En dehors des alcools de mélasse, il se fabrique à Cayenne, mais sur une petite échelle, des eaux-de-vie de fruits et des alcools amers ou aromatisés (tafia de mombins, de pommes d’acajou, tafias aupareira-brava ou aucoachi, tafia anisé, etc.).

Ce commerce est susceptible de prendre une certaine extension.

Il existe aussi dans la Colonie des usines distillant le bois de rose (licaria guianensis) pour en extraire Y essence de bois de rose, dont nous dirons quelques mots au chapitre du commerce. Cette industrie est très rémunératrice et tend à progresser.

Citons encore, comme appelée à un certain avenir, la préparation des confitures et conserves de fruits (goyaves, cerises, tamarins, citrons, etc.), et aussi celle des achards ou pickles.

Un grand nombre de plantes, que nous avons examinées précédemment peuvent être distillées et produire des essences d'une grande variété, toutes très recherchées pour la médecine et la parfumerie.

Briquette ries. - - Il existe dans la Colonie plusieurs établissements affectés à la fabrication des briques moulées. Ces produits sont, en général, de bonne qualité et font une concurrence avantageuse aux briques importées. Il existe, en effet, à la Guyane, de très nombreux et très importants gisements d’argile rouge ou terre à briques. On trouve, du reste, dans les sédiments géologiques, toutes les variétés de dépôts argileux, depuis les argiles ferrugineuses (ocres jaunes et rouges), jusqu’aux argiles réfractaires ou terres de pipe, dont le kaolin, qui se rencontre un peu partout dans la Colonie, est la variété la plus pure, en passant par les argiles smectiques ou terres à foulon. Toutes les industries dont ces dépôts constituent les matières premières (poteries, fabrication de tuyaux de drainage, art statuaire, fabrication de pipes, de faïences et porcelaines, etc.) sont donc appelées à un certain développement.

Fours à chaux. — Des fours pourraient être établis pour la fabrication de la chaux qu on extrairait des coquillages qui pullulent sur les plages. Le prix de cette substance dont on fait une importante consommation est actuellement assez

élevé (0 fr. 10 le kilo), car elle provient exclusivement de l’importation.

J/auti s fourneaux. — Les terrainsferrugineux de la Guyane, nous 1‘ avons vu, sont des plus étendus et offrent à l'industrie des hauts-fourneaux une immense quantité de minerais riches. Les limonites des montagnes de la Gabrielle et de l'Oyac, de l’Approuague, de Baduel, dosent en moyenne de 50 à 70 0/0 de peroxyde de fer. Quant à l’importance quantitative de ces mines, on peut dire qu’elle est considérable, presque inépuisable. La possibilité de leur exploitation a été et est encore très discutée, les uns soutenant que celte industrie offrirait, tant au point de vue technique qu’au point de vue économique des difficultés insurmontables, les autres y voyant au contraire la source de gros bénéfices. Nous optons pour l’opinion intermédiaire, persuadé de la possibilité technique de celle exploitation mais ne nous dissimulant nullement les difficultés et les frais, à coup sûr élevés, qu’elle ne manquera pas d’occasionner. Le résultat définitif, impossible à prévoir d’une façon certaine, dépendra tant du lieu choisi que des moyens d’action et de la valeur personnelle des directeurs de l’entreprise.

Plusieurs autres industries sont susceptibles d’être entreprises avec avantage à la Guyane. 11 suffit, pour s'en rendre compte, de parcourir les chapitres de ce livre qui traitent, soit des richesses géologiques, végétales ou animales du pays, soit des productions de son sol et de son sous-sol, soit enfin des articles qui font l’objet de son commerce, d'importation et exportation.

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