RADE DE CAYENNE
Vue du fort GépéroU
de limons qui, ail contact des eaux de la mer, se déposent et exhaussent lentement le fond de la rade, dont on a en effet remarqué la surélévation progressive.
D’autre part, les courants marins jettent périodiquement sur la côte des Guy an es des dépôts sableux, dont nous avons indiqué précédemment la formation et les divers aspects. Un de ces atterrissements, le grand banc de Macouria , parait suivre une marche progressive du rivage continental vers le chenal du port, qu'il tend à obstruer.
Le port de Cayenne, soumis aux fluctuations des marées, est ce qu’on nomme un port d'êcliouage. Les eaux s’v abaissent sensiblement aux basses marées, à tel point que les navires d’un certain tonnage s’y échouent: d’où la nécessité d’une construction spéciale des coques, en vue d’éviter des avaries qui, dans certains cas, peuvent être importantes. Ce port est, d'autre part, bien protégé contre les vents violents assez rares d’ailleurs sur celte côte. Mais il ne l’est qu’insuflisamment contre les effets des fortes marées de syzvgies, quelquefois, mais rarement renforcées par les raz-de-marées, qui ne surviennent d’ailleurs qu’à certaines époques de l’année (hivernage).
En ce qui concerne la barre qui ferme périodiquement le port, nous ne saurions mieux faire que de transcrire les explications de M. le lieutenant de vaisseau L. Boyer : « Les limons, entraînés à la mer par les fleuves et par les rivières, forment, devant les embouchures, des dépôts qui s’amassent et donnent naissance à des bancs : ces bancs s’accroissent peu à peu juspu'au jour où, à la suite d’un hivernage exceptionnellement pluvieux, le courant des rivières atteint une assez grande force pour les refouler plus loin. Us tombent alors dans le courant équatorial qui longe la côte à quelques milles de distance et qui les emporte pour les laisser se reformer plus loin. Mais les actions de ce courant
étant continues, les bancs de vase molle sont continuellement rongés dans leur côté oriental, tandis qu'ils s’accroissent, sur leur bord nord-ouest; ils paraissent de la sorte marcher tout d'une pièce et d'un mouvement continu du Sud-Est vers le Nord-Ouest. On compte ainsi sept grands bancs de vase
CAYENNE
Le Village de pécheurs chinois à l’embouchure du canal Laussat
(Au fond dj la rade, les montagnes de Matoury)
molle sur la côte de la Guyane française, depuis le cap d'Orange jusqu’au Maroni.
« On conçoit que ces bancs, qui se promènent sur la côte d un mouvement continu et en conservant assez régulièrement leurs distances, les uns par rapport aux autres, viennent se présenter successivement devant toutes les embouchures,
les obstruent pendant le temps qu'ils mettent à passer et les dégagent ensuite. C’est donc le Sort commun à tous les estuaires d’être tantôt bouchés par ces vases, tantôt ouverts... »
« Il résulte, côntinue-t-il plus loin, des observations faites depuis la fin du siècle dernier, que les vases molles arrivent devant la rivière de Cayenne environ tous les quinze ans. L’entrée se bouche peu à peu. à mesure que les vases s’accumulent et au bout de trois années, les navires de moyen tirant d’eau ne peuvent venir devant la ville sans s’être en partie délestés, à grands frais, à l'extérieur du banc. L’entrée reste bouchée pendant quatre ans environ, puis les vases molles disparaissent progressivement et l'embouchure est complètement dégagée trois ans plus tard. Elle reste ainsi praticable pendant cinq ansjenviron, puis un autre banc de vase se présente devant l’entrée, le même phénomène se reproduit, traversant les mêmes phases, séparées sensiblement parles mêmes intervalles. »
Ajoutons que cette barre qui a le gros inconvénient de ne permettre l’accès facile du port qu’à certains moments, offre par contre un avantage, celui de servir dans une certaine mesure de brise-lames pour protéger la rade contre les vagues profondes du large et en même temps de digue de retenue pour l’empêcher de se vider complètement aux basses mers.
Les navires ne sont point amarrés à quai; par suite, on est obligé de laisser à chacun d’eux, pour l'évitage, un espace au moins égal au cercle de son rayon.
Il en résulte une perte considérable de place; le port actuel ne peut guère contenir dans de bonnes conditions de sécurité que 20 à 23 grands navires.
La question de l’amélioration du port de Cayenne est à étude a 1 heure actuelle. La construction de nouveaux quais, de môles et de warfs parait indispensable.
Mouvement de la navigation. — Il est entré dans le port de Cayenne pendant l'année 1897, 204 navires jaugeant ensemble 37,179 tonnes, montés par 2,925 hommes d’équipage et portant pour 9,427,279 francs de marchandises. Il en est sorti 189, jaugeant 38,113 tonneaux, montés par 2,897 hommes d’équipage et portant pour 7,232,314 francs de marchandises. Les navires entrés se répartissent ainsi : 123 français et 81 étrangers; on compte pour la sortie : 112 navires français et 77 navires étrangers, de nationalité danoise, anglaise, norwégienne, mais surtout italienne et autrichienne.
Les navires entrés provenaient : 34 de France, 43 des Colonies françaises et 127 de l'étranger; ceux sortis se dirigèrent : il sur France, 38 sur différentes Colonies françaises et 140 sur l’étranger. Ainsi, bien que nos relations commerciales soient, au point de vue de la valeur des chargements, plus importantes avec la France qu'avec l’étranger, nos relations maritimes sont bien plus actives et plus fréquentes avec l’étranger qu’avec la France. Cela lient essentiellement à ce que les marchandises qui font l'objet de notre commerce avec la France sont toutes d’une valeur élevée par rapport à leur poids ou volume, tandis que celles qui constituent la base de nos échanges avec les pays étrangers sont encombrantes et de valeur généralement faible. De plus, les bâtiments provenant de l’étranger sont généralement d'un faible tonnage.
C O U M U X I C ATIONS EXTÉ MEURES
Le port de Cayenne est relié par de nombreuses lignes de navigation . avec : la France, Jes Etats-Unis d’Amérique, le Vénézuéla et les Colonies voisines, françaises et étrangères.
Les ports français avec lesquels nous entretenons les relations commerciales les plus, suivies sont, par ordre décroissant d'importance : Nantes, Saint-Nazaire, Marseille, le Havre, Bordeaux et Dunkerque.
Les ports étrangers avec lesquels nous sommes en affaires sont, dans le même ordre : Bridgetown (Barbade), Demerara (Guyane anglaise), Paramaribo (Guyane hollandaise), Boston et New-York (États-Unis), Bolivar (Vénézuéla), Port-Castries (Sainte-Lucie), Albina (rive hollandaise du Maroni), Berbice (Guyane anglaise), Santa-Cruz (Ténériffe) et Philipsbourg (Saint-Martin).
Communications avec la France. — La Guyane est reliée à la France par plusieurs lignes de communication se rattachant aux différents ports français que nous venons d'énumérer. Cette navigation est presque exclusivement assurée par des navires à voiles. Il n'existe qu'une seule ligne de navigation à vapeur, la ligne de la Compagnie Générale Transatlantique. subventionnée par l’État et qui, depuis 1865, relie indirectement Cayenne à Saint-Nazaire, par Surinam, Demerari, Trinidad (Port-of-Spain), Sainte-Lucie, la Martinique et la Guadeloupe, avec transbordement à Fort-de-France. Entre ce dernier port et Saint-Nazaire, le service esUassuré par de grands vapeurs de 3 à 6,000 tonneaux, aménagés pour le transport des passagers et des marchandises. Le prix des passagers est ainsi fixé :