V. — Exportation
Nous étudierons, dans cet article, les produits et denrées du cru de la Colonie, qui sont actuellement ou ont été, à une époque quelconque, l’oLjet d'un commerce d’exportation, quelle qu en soit 1 importance. Cette étude ne comporte, pour chaque produit, que des denrées purement commerciales, tous les renseignements relatifs à la production ou à la préparation industrielle ayant déjà été fournis précédemment.
Produits d’origine animale
Plumes de parure. — Les plumes d’oiseaux sont depuis un assez grand nombre d’années l’objet d’un commerce assez actif. La quantité maxima exportée annuellement arrive à 189 kilos (1888) et la quantité minima ne dépasse pas 11 kilos (1894). On utilise généralement les plumes de rapapa, ibis rouge, honoré et surtout les plumes d’aigrette blanche. Ces dernières sont longues, droites, blanches, effilées, garnies de 2 rangs de barbes flexibles : elles ornent le dos du héron blanc mâle appelé ici aigrette, et servent pour confectionner des parures de dames et les aigrettes des képis d’officiers. La France reçoit cet article de la Sibérie, de l’Inde, du Sénégal et de la Guyane. Elle a importé, en 1887, 264,000 kilos de plumes de parure ; en 1890, 351,000 kilos et, en 1898, 778,000 kilos ; la consommation va donc croissant rapidement. Nos envois sont dirigés sur Bordeaux, et renfermés dans des caisses d’emballage de retour, quelquefois garnies simplement à l’intérieur de papier ou de toile goudronnée, ou cirée, le plus souvent de zinc. Pour assurer la conservation des pièces on saupoudre d’un mélange de poivre moulu et de camphre en poudre qui éloigne les insectes. A Cayenne, ces plumes sont mercurialisées à raison de 28 à 30 francs le kilogramme net. En France, elles se cotent à raison de 36 francs le kilo en moyenne. Mais le plus souvent elles se vendent à la pièce, à raison de 5 et 6 francs pour les aigrettes et l’ibis rouge et 1 fr. 25 à 1 fr. 50 en moyenne pour les plumages de honoré, rapapa, etc. On admet qu’une belle peau pèse de 150 à 200 grammes en moyenne.
Peaux de bœufs. — La Guyane exporte annuellement une moyenne de 1,500 à 2,000 peaux, pesant chacune de 7 à 12 kilogrammes. En 1856, la Colonie en a expédié près de 4,000 (maximum), en 1885, 1,372 seulement (minimum), en 1897,
2,479 pièces. La Guyane expédie deux sortes de peaux : les peaux vertes, salées simplement an sel marin, et les cuirs salés et desséchés. Ces envois sont presque tous dirigés sur 1 Angleterre (Londres-Hambourg), par la voie de Surinam et de Demerari. En France, le principal marché est Bordeaux. — Le prix à Cayenne est suivant les mercuriales d'exportation de 10 francs la pièce. Mais en réalité eltes se vendent au kilo à des prix différents, suivant les sortes, les dimensions et les provenances. On cote à Bordeaux 45 à G5 francs les 50 kilos, pour les peaux vertes, dont le poids varie entre 7 et 12 kilos la pièce. La France a importé sons la rubrique « Peaux brutes et pelleteries» : en 1887, 77 millions de kilogrammes, en 1892, 68 millions de kilogrammes et en 1896, 54 millions 600 mille. Ces peaux sont utilisées par les tanneries, qui les transforment en cuirs tannes pour la cordonnerie, la sellerie, la pelleterie, etc... Elles sont expédiées empilées dans des futailles de retour et paient à 1 entrée en France 3 francs les 100 kilos brut, quand elles proviennent de l’étranger; celles des Colonies françaises sont exemptes de droits.
Vessies natatoires de poissons. — Elles proviennent d’un Poisson commun sur les côtes guyanaises, le macboiran jaune (silurus felis). Après avoir été extraites du corps de ces animaux, elles sont simplement desséchées au soleil. La colonie en exporte annuellement de 1,000 kilos (minimum) à 4,000 kilos (maximum), empilées dans des barriques à vin vides, du poids moyen de 100 kilos net, — à destination de Bordeaux où elles trouvent actuellement acheteur à raison de 5 à 6 francs le kilogramme, le prix de la mercuriale à Cayenne étant de 3 francs. Ce produit secondaire de J industrie des pêcheries, dont l'exportation pourrait augmenter énormément avec le développement de cette industrie, se trouve en concurrence sur les marchés d’Europe avec les vessies desséchées d’esturgeon provenant de Bussie (Acipenser huso et Ac.
Sturio ) qui lui sont un peu supérieures en qualité, mais d’un prix bien plus élevé. Ces vessies servent à fabriquer de la colle de poisson ou ichtyocolle, substance gélatineuse, qu’on obtient en faisant bouillir dans de l’eau les vessies desséchées et dépouillées de leur peau extérieure. Après cette préparation la colle est livrée au commerce sous forme de plaques minces, sèches, difficiles à casser ou à couper, ou sous forme de tablettes ou de lyres. Pour lui conserver ou lui rendre sa couleur blanche, on l’expose souvent aux vapeurs d’acide sulfureux, dont elle garde du reste longtemps l’odeur. Réduite par le rabot en copeaux minces, elle est soluble dans l’eau et jouit de la propriété de se combiner avec le tanin, l'acide gallique et plusieurs oxydes métalliques, en formant des précipités insolubles (laques) ; elle est coagulée par les acides et entraîne alors les substances tenues en suspension dans le liquide, propriété utilisée pour la clarification des vins blancs, de la bière, etc... Elle est employée aussi pour certaines impressions de tissus, pour la préparation du carmin et pour la clarification des liqueurs. Gomme colle, elle e.st 1res employée dans la menuiserie (usage général à Cayenne), pour les apprêts des tissus, la peinture, la préparation du papier, la confection des capsules pharmaceutiques, des perles fausses, du papier glacé, des fleurs artificielles, des [tains à cacheter, du taffetas adhésif, des rouleaux d'imprimerie, dans le moulage des pierreries et des écailles factices et dans le raccommodage des porcelaines (en dissolution dans l’acide acétique cristallisa ble).
Cornes de bœufs et de vaches. — - Nous en exportons annuellement de 1,500 à 2,000 kilos, en vrac. Les cornes de vaches sont ordinairement plus petites et moins estimées. Le prix courant est de 0 fr. 10 la pièce. La vente a lieu le plus souvent au nombre, à raison de 104 pour 100 ; quelquefois au poids. Elles servent à la fabrication des objets en corne
coutellerie, porte-monnaie, tabatières, manches de poi gnards, etc.,.)
Les sabots, cornillons et onglons , se vendent comme matière organique, utilisable, soit comme engrais, soit pour la fabrication du bleu de Prusse et des produits ammoniacaux. Ils s’expédient en vrac et se vendent au poids. Leur valeur est à peu près égale à celle du sang desséché et autres matières de même nature employées comme engrais organiques azotés.