‹ Notice sur la GuyaneChapitre 6 sur 35 · VI. Climatologie · texte numérisé non relu

VI. Climatologie

Saisons. — En Guyane, deux saisons se partagent l’année : la saison sèche . ou été. et la saison des plaies . ou hivernage. La température étant à peu près constante pendant toute, l’année, ce sont, en effet, les variations barométriques, bien plus que les variations thermométriques, qui règlent ici les saisons. Certains auteurs vont jusqu’à admettre l’existence en Guyane de quatre saisons distinctes, deux étés et deux hivers, alternant entre eux. Cette thèse parait difficilement soutenable.

Température. — En réalité, la température en Guyane varie normalement entre 20° et 32°, limites extrêmes. Mais,

d’après les observations continuées depuis un grand nombred’années à l’hôpital militaire de Cayenne, la température moyenne du mois le plus frais de la saison pluvieuse est voisine de 25° et celle du mois le plus chaud de l’été de 27°. La variation n’est ainsi que de 2° en moyenne : le climat de la Guyane habitée, qui est essentiellement marin , est donc, en outre, l'un des plus doux qu’il y ait au monde, dans le sensmétéorologique du mot. Les mois les plus chauds de l’année sont août et septembre ; ceux de janvier et de février sont lesplus frais. Par la faible variation de ses températures moyennes extrêmes, la Guyane se trouve être voisine de la ligne imaginaire ipie les météorologistes appellent Equateur anallother- ! nique.

On voit ainsi qu’en réalité, le climat de la colonie est loin d’être aussi chaud el inhabitable qu’on l’a si souvent dit. Cela tient à ce que, en dehors de la latitude, il faut compter diverses influences, telles que l’altitude, le voisinage ou l’éloignement des mers, le régime des vents et courants marins, l’exposition, le revêtement des sols, etc.... qui agissent diversement sur la température d’un lieu. Or, la Guyane se développe sur une longueur d’environ quatre-vingts lieues de côtes (non compris le contesté); elle est en outre, pendant les trois quarts de l’année, exposée aux vents humides et frais du Nord et du Nord-Est; enfin, son sol est presque entièrement couvert d’épaisses forêts- Toutes ces circonstances concourent à y adoucir les moyennes thermométriques et à y abaisser le passage des lignes isothermes. On sait d’ailleurs que, d’une façon générale, le climat des Amériques est bien moins chaud, à latitudes égales, que celui de l’Ancien Continent.

Vents et pluies. — De juillet à décembre les vents dominants sont les vents du S. E. (Alizés Sud-Est). Venant de l’Atlantique méridional, ils traversent le Brésil Oriental et les monts Tumuc-Humac, où ils abandonnent leur excès d’hurni-

dite, et arrivent à la Guyane dans un état hygrométrique voisin du minimum. C’est la saison de la sécheresse, ce qu’on appelle le Grand Eté. Vers la fin de cette saison, les vents secs du S. E. commencent à être contrariés par ceux du N. E. (alizés Nord-Est) qui vont prédominer dans la période suivante ; il en résulte un mouvement ascensionnel, d’où refroidissement et chûte de pluies légères et irrégulières. De décembre à avril, les vents du N. E. s’accentuent et bientôt prédominent. Mais les montagnes guyanaises, peu élevées, sont d’abord impuissantes à exercer sur les masses humides de l’atmosphère une action condensatrice suffisamment énergique. Aussi, les pluies de cette période, bien que sensiblement plus abondantes que celles des mois immédiatement précédents, sont encore faibles et rares. Vers les mois de février, mars, où le soleil passe au zénith de la colonie, elles sont même ordinairement interrompues par deux ou trois semaines de beau temps. C’est ce qu’on appelle le Petit été. La saison pluvieuse s’établit franchement dès que, "avec le mois d’avril, les vents humides du N. E. continuant à prédominer, ceux du S. E. commencent à souffler, forçant les premiers à s’élever et à abandonner, par le refroidissement qui résulte de cette ascension, leur excès d’humidité, sous forme de pluies abondantes et très fréquentes. C’est V Hivernage , qui dure jusqu’en juin, juillet.

Il tombe ainsi à Cayenne, année moyenne, de 3 mètres à 3™5ü d’eau, et dans les forêts de l’intérieur, jusqu’à 4 mètres et 4m50. La Guyane est donc un des pays du monde où il pleut le plus abondamment (1). Les mois les plus pluvieux sont mai et juin, qui donnent en moyenne une hauteur de 0m400 à 0m600 d’eau, puis février et avril. Les mois les plus secs sont

(1) Près de l’embouchure de l’Amazone, il tombe jusqu’à 7 mètres d’eau par an, et jusqu’à 16 mètres sur le littoral du golfe de Bengale.

août, septembre et octobre, qui ne donnent qu’une moyenne de 0m020 à 0m040 d’eau.

La pluie tombe ordinairement d'une manière irrégulière, tantôt le jour, tantôt la nuit, à des heures quelconques. Cependant on observe quelquefois une certaine périodicité qui dure quelques jours. D’autres fois, pendant plusieurs jours, il ne pleut que la nuit et le matin, jusqu’à 8 ou 9 heures. Enfin il arrive aussi que, dans certaines périodes, les averses coïncident avec le flux des marées de sizygies. Mais ordinairement les pluies d’orage de la saison humide tombent de préférence de midi jusqu’au soir, quelquefois pendant la nuit.

La grande abondance des pluies à la Guyane n’est pas sans relation avec la situation littorale du pays et l’évaporation considérable réalisée à la surface de la mer voisine par les hautes températures de l’année. 11 est, d’autre part, à peu près démontré que les surfaces boisées reçoivent plus de pluies que les sols dénudés. Ce qui laisse à supposer que les quelques inconvénients attachés à cette surabondance des précipitations atmosphériques iront s’affaiblissant, en Guyane, au fur et à mesure de l’extension des défrichements et du développement des cultures.

Pression atmosphérique. — Le baromètre se maintient pendant toute la saison des pluies presque constamment entre 764 et 768 m/m ; il peut monter exceptionnellement à 772 et 773,n/m, pendant la saison sèche.

Humidité. — L’humidité est extrême toute l’année, mais principalement pendant la saison des pluies, où 1 hygromètre marque fréquemment 95° et 97°. Cette circonstance est éminemment favorable à la végétation, et c est beaucoup à elle que nous devons la rare vigueur et l’extraordinaire variété de notre flore.

Marées. — Pour compléter ces quelques données astrono-

iniques, disons que les marées atteignent en Guyane une hauteur maximum de 3m17 et minimum de 2m17, soit une moyenne de 2m67. Elles se font sentir dans les rivières, jusqu’à sept et huit lieues de la côte, circonstance qui découle naturellement de la faible inclinaison affectée par le relief général •du pays.

Durées des jours. — Le jour le plus long de l’année, le 22 juin, à une durée de 12 h. 18 ni., tandis que le jour le plus court, le 22 décembre, a une durée de 11 h. 42 m. soit une différence insignifiante de 30 minutes.

Accidents météorologiques. — Les accidents météorologipues, foudre, ouragans, sont fort rares en Guyane. Les gelées et les grêles y sont naturellement inconnues. Les sécheresses exceptionnelles ou les pluies trop abondantes et trop prolongées causent seules, à de longs intervalles, quelques dommages à la culture.

De la salubrité. — Quant à la salubrité, on peut dire que jamais climat n’a été plus calomnié que celui de notre colonie. « La Guyane, s’écriait-on, est le tombeau des Européens ! » Et l’on en donnait pour preuve l’insuccès des essais de colonisation, tant anciens que récents, qui y ont été tentés, et en première ligne la catastrophe de Kourou.

Mais il est aujourd’hui démontré, chiffres à l’appui, que la ■Guyane est la colonie française où la mortalité est le moins élevée. Le taux n’y est, en effet, d’après les documents officiels les plus récents, que de 2,53 0/0, tandis qu’il est de 3,05 0/0 à la Réunion, 6,17 0/0 au Sénégal, 8.9 0/0 à la Guadeloupe et 0,04 0/0 à la Martinique.

L’on sait d’autre part que ce n’est point à l’insalubrité du climat qu’il faut attribuer les désastres de Kourou, de Sinnamary et tant d’autres, mais à l’incapacité et à la cupidité des chefs et des organisateurs, au mauvais choix des colons, au

défaut de plan et d’esprit de suite qui a toujours présidé à la formation, comme a la réalisation de ces entreprises.

Ce qui prouve Lien que la responsabilité de ces insuccès doit peser sur les hommes et non sur la nature, c’est la parfaite réussite de la colonisation dans les possessions hollandaise et anglaise voisines, où les conditions climatériques et géologiques sont identiquement les mêmes qu’à Cayenne. « La nature, dit Malte-Brun, n’a pas traité Cayenne avec moins de faveur que Surinam; mais les puissances combinées de l'intrigue et de la routine ont toujours enchaîné les hommes éclairés et entreprenants qui ont proposé les vrais moyens pour faire sortir cette colonie de sa trop longue enfance. » — Au surplus, tandis que certains hommes, rendus injustes par des infortunes pécuniaires ou politiques dont la colonie ne pouvait être responsable, se faisaient comme une obligation, une fois rentrés en Europe, de grandir et de forlilier cette légende de l’insalubrité de la Guyane, s’y fussent-ils mieux portés qu’ailleurs, — d’autres hommes, voyageurs consciencieux, historiens éclairés, dont la parole a toute autorité et dont la bonne foi ne saurait être mise en doute, se sont plu, au contraire, en grand nombre, à rendre hommage à la douceur du climat, aux beautés et aux richesses naturelles de notre splendide Colonie. Nous nous contenterons d’en nommer Jes principaux, regrettant que l’étendue de notre cadre ne nous permette pas d’en rapporter ici quelques citations. Ce sont : W. Raleigh (1596), Barshire (1632), Pagan (1655), les pères jésuites Grillet et Brun, Lefèbre d’Albon (1710), Desmarchais (1730), le baron de Milhau (1732), Barrère (1743), Mentelle (1782), Le Blond (1788), Mongrolle (1802), Giraud (1803), Yignal (1823), de Gaze (1826), Leprieur (1832), Roux (1837), Vidal (1862), Crevaux (1878), et combien d’autres, tout récents : Boyer. Mourié, Hüe, Goudreau!... On trouvera à la bibliographie qui termine ce livre

des indications relatives aux ouvrages de quelques-uns de ces auteurs.

A la vérité, la Guyane n’esl pas sans présenter quelques points malsains. Mais quel pays en est exempt? Aucun, pas même notre belle France, dont les marais de la Sologne, de la Saintonge ou de la Camargue, n’ont jamais pu ternir la réputation climatérique. Mais en Guyane comme en France, comme en Italie, comme en Algérie, les marais ne sont que l’exception : et l'on peut dire qu’ils sont ici presque tous facilement desséchai îles. Dix ans d’une colonisation persévérante et pratique suffiraient pour les remplacer tous par des plantations aussi saines que prospères.

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