‹ Notice sur la GuyaneChapitre 7 sur 35 · VII. - I>< ‘iiiog-rapliie · texte numérisé non relu

VII. - I>< ‘iiiog-rapliie

Le chiffre de la population de la Guyane s’élève, d'après le dernier recensement, qui a eu lieu le 30 décembre 1895, à 30,310 habitants, se répartissent de la manière suivante :

Population \ Hommes . 11.937

civile ( Femmes . 10.218

Troupe. . . . Garnison et station navale . 559 J

Population ( Indiens aborigènes (approx.). . . 1.500 \ 30.310

sauvage ' Tribus Bosclis et Bonis . 300 l

Population * Relégués collectifs . 1.817

pénale ( Transportésencoursdepeine. . . 3.979 j

Population civile. — Ainsi, la population civile ne s’élève qu’à 22.155 habitants, sur lesquels il y a environ 12 hommes pour 10 femmes, situation absolument anormale, puisqu’on sait que les agglomérations comportent au contraire, en général, sensiblement plus de femmes que d’hommes. 11 n’y a que trois communes, où ce renversement de la proportion des sexes ne se soit pas révélé; ce sont celles de Macouria, Kourou et Iracoubo. Dans toutes les autres, ce phénomène est constant. A Cayenne le chiffre des hommes est de plus

de 3 0[0 plus élevé que celui des femmes. A Mana, le premier est plus que double du second : il y a un peu plus de deux hommes par femme.

Le nombre des enfants et célibataires des deux sexes s’élève à 17.901 personnes, ainsi réparties :

Sexe masculin . 9.969 l

Sexe féminin . 7.932 ^ ‘

Les hommes mariés sont au nombre de 1.580 et les femmes mariées seulement de 1 .321. ce qui indique la. présence parmi la population flottante clé plus d'hommes que de femmes, les hommes qui viennenl travailler dans la colonie laissant leurs femmes dans leur pays.

D’autre part, les veufs sont au nombre de 387, et les veuves de 965. Cette fois, le sexe féminin prédomine dans une large proportion : il y a deux fois et demie plus de veuves que de veufs, d’où il suit que le mariage est plus souvent fatal à l’homme qu’à la femme, chaque homme marié ayant deux fois et demie plus de chances de mourir que sa femme.

La commune la plus peuplée est celle de Cayenne, dont la population civile est de 11.896 habitants, sur un total de 22.155 : elle renferme donc plus de la moitié de la population civile totale de la colonie. Après elle, viennent par oïdie décroissant :

Oo

hJ

Mana avec .

habitants

Sinnamarv .

Maroni .

Oyapock .

Kourou .

Macouria .

Roura .

Iracoubo .

Rémire .

Approuague .

Matou rv .

Montsinérv .

Tonnégrande .

Kaw .

Population militaire. — La garnison et J a station navale réunies représentent, à la date du 30 décembre 1896, un total de 559 personnes, réparti comme suit :

Cavenne .

Kourou .

Maroni .

Population sauvage.

- A la date du

recensement, cette

population était évaluée à un total de 1.800 individus, se répartissant ainsi :

Indiens aborigènes (Peaux-Rouges).... 1.500 Tribus noires (Boschs, Bonis, etc.) . 300

Il est évident que cette évaluation est inférieure à la réalité. Nous ignorons sur quelles données elle a pu être ainsi officiellement réduite. Cette population était, en effet, vers 1875, évaluée à 7.000 individus environ, pour la portion de la Guyane comprise entre l’Oyapock, le Maroni, l’Atlantique et les Tumuc-Humac. Coudreau (1887), les évalue, à l’époque de son exploration, au chiffre de 10.000.

Les tribus indiennes sont répandues sur divers points de la colonie. Plusieurs d’entre elles, complètement sauvages, les Oyacoulets, les Trios et les Aramichaux, sont établies sur le Tapanaliony et l’Awa.

Dans l’intérieur des terres, il en existe une foule d’autres, dont les Emerillons et les Roucouyennes sont les principales et les plus nombreuses. Les premiers s’étendent, du bourg d’Approuague au Maroni; ils communiquent avec les Bonisde l’Awa par la crique Inini. Les seconds s’étendent entre l’embouchure de l’Oyapock et le Maroni. Ils communiquent avec les Indiens et les nègres Boschs de l’Awa, par la crique Araoua.

D’autres Indiens, les Gai ibis, habitaient les régions voisines des cotes, sur les bords des rivières de Kaw, du Mahury, de l’Orapu, de Laeomté, de Cayenne et de Tonnegrande. Ils ont presque totalement disparu. «A vrai dire, — dit M. Mourié, —

il n’y a plus que quelques familles éparses vers les sources de chacune de ces rivières. Les plus nombreuses se trouvent entre Sinnainary et Iracouba. La rivière de Mana nourrit aussi nue certaine quantité d’indiens ».

Quant aux tribus noires elles sont au nombre de trois, les Bosclis, les Bonis etles Saramakas, fixées sur les deux affluents du Maroni, l’Awa et le Tapanahony.

« Des fautes commises, dit M. Mourié, une mauvaise police, des abus commis par les maîtres, occasionnèrent à diverses reprises, la révolte de plusieurs troupes d'esclaves el leur fuite dans ces retraites inaccessibles du Maroni. On évaluait, ajoute l’auteur, en 1873. leur nombre à 3.000. »

Population pénale. — Elle s’élevait, à la date du recensement, au chiffre de 5.796 individus, répartis comme il suit :

Délégués collectifs . 1 .817 )

Transportés en cours de peine . 3.979 s

Cette population représente environ le cinquième de la population totale, sans compter les forçats libérés dont le nombre s’élève aujourd’hui à environ 1.500 individus.

Variations dans le temps. — Au 31 décembre 1879. la population de la Guyane était de 26.116 habitants. Au 31 décembre 1884, elle était de 26,656; au 31 décembre 1887, de 26,905; au 31 décembre 1891, de 26,839 et au 30 décembre 1895 de 30,310. En l’espace de seize années, la population ne s’est donc accrue que de deux quinzièmes, résultat qui a été atteint malgré la prédominance marquée des décès sur les naissances, et qui ne peut être attribuée à priori qu’au mouvement d’immigration chaque jour plus actif auquel nous assistons et dont la recherche de l’or est la cause principale.

Si l'on compare les chiffres accusés pa r le recensement de 1895 avec ceux de la population au 31 décembre 1891, l'on est surpris de ne plus retrouver aussi accentuées les anomalies de répartition (pie nous avons notées précédemment.

Ainsi, la population au 31 décembre 1891 se répartis, sait de la façon suivante :

Enfants au-dessous de y. Sexe masculin . 2.303 ,

14 ans / — féminin . 4.440 '

Célibataires au-dessus s Sexe masculin . 6.829 ,

de 14 ans / — féminin . 5.703 S

Hommes mariés .

Femmes mariées .

Veufs .

Veuves .

Total . 26.839

Donc, parmi les enfants au-dessous de quatorze ans, non seulement le sexe masculin ne prédomine pas, mais encore le sexe féminin est représenté par un chiflre presque double. Parmi les célibataires, la différence entre les sexes est dans le même sens et à peu près de même valeur qu’en 1895. Mais entre les hommes et les femmes mariées, de même qu’entre les veufs et les veuves, l’écart est. bien qu’encore de même sens, infiniment moins sensible en 1891 qu’en 1895.

Ces différences dans la répartition de la population dans ces deux années ne peuvent être attribuées qu’à l’influence des découvertes d’or faites en 1893 dans le territoire contesté franco-brésilien, et qui avaient attiré dans la colonie un nombre considérable d’éléments masculins dont la présence tendait et tend encore à fausser la constitution démographique normale de la colonie.

Naissances et décès. — Bien que l'état incomplet des statistiques locales ne nous permette pas de présenter ici, pour la colonie entière, un tableau exact du mouvement de la population dans ces dernières années; il est cependant possible, au simple examen des quelques documents épars, de relever comme un fait indiscutable la prédominance sensible des décès sur les naissances.

Ce fait ressort d’ailleurs d’une manière sensible des statistiques, en ce qui concerne la ville de Cayenne en particulier. La moyenne annuelle pour les dix dernières années (1888-97) est de 260 pour les naissances et 553 pour les décès, soit un excédent de 293 décès, c’est-à-dire de 53 0/0 environ.

L’exagération de cette différence provient moins d’une mortalité excessive (nous avons vu qu’elle est au contraire relativement faible), que de l’insuffisance manifeste des naissances. La nativité n’est en effet à Cayenne que de 21 0/0.

Ce fait a évidemment son origine : 1" dans la disproportion, constaté plus haut, entre le nombre des femmes et celui des hommes, celui-ci surpassant de beaucoup celui-là, contrairement à ce qui a lieu dans les agglomérations normalement constituées; 2° dans l’existence des industries aurifères et forestière, qui tiennent les hommes éloignés et isolés pendant une grande partie de leur existence, et nuisent ainsi à la formation des familles, en s’opposant aux mariages: la matrimonialitê n’est en effet que de 0.4 0/0 environ, et encore moindre pour les communes rurales. Ajoutons que le chiffre des décès relevé par les statistiques est. d’autre part, sensiblement faussé par ce fait qu’il comprend une proportion anormale d’éléments d’importation (militaires, religieux, immigrants mineurs, forçats et récidivistes), ne faisant pas souche dans la colonie, n’y contribuant, par conséquent, que peu ou point aux naissances, mais y apportant régulièrement leur contingent de décès, contingent souvent exagéré par la nature même de la profession ou l’état social de certaines classes.

Les mines d’or, en effet, qui attirent un si grand nombre d’immigrants célibataires, occasionnent une mortalité relativement élevée, due à la fréquence des accidents en mer et en rivière, à l’insalubrité du climat des placera, à la mauvaise nourriture et à l'insuffisance des soins hygiéniques et medicaux. D’autre part, la mortalité est aussi exagérée parmi la

population pénale, dont les éléments, en général déprimés physiologiquement par des antécédents vicieux ou misérables, ne présentent qu’une faible résistance au régime de durs travaux et d'alimentation insuffisante auquel ils sont astreints.

On peut donc dire, en résumé, que le bagne et les placers. d’une part, et de l’autre, la présence d’une forte population flottante, mâle et célibataire, sont les seules causes de l’excédent exagéré des décès sur les naissances, que nous avons signalé. En d’autres termes, la dépopulation n'est qu’apparente, et ne saurait être mise en avant, comme on l’a fait, pour démontrer l'inclémence du climat guyanais. Nous avons vu, au contraire, précédemment, que s'il faut chercher dans la proportion de la mortalité une appréciation à ce point de vue, la Guyane apparaît comme la plus salubre des colonies françaises , de par la vertu des chiffres.

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