‹ Notice sur la GuyaneChapitre 8 sur 35 · I. — Siüüilion <;<‘onomiqu<‘ générale · texte numérisé non relu

I. — Siüüilion <;<‘onomiqu<‘ générale

La situation économique actuelle de la Guyane, sans être aussi déplorable qu’on se plaît, depuis cinquante ans, à le répéter, est certes peu prospère, eu égard à l’immense avenir qui semble lui être promis à raison de son étendue et de ses richesses naturelles. Nous verrons en effet par la suite de cette étude, que, malgré l’aisance relative dont jouissent les habitants et qu’ils ne doivent qu’à la présence de l’industrie aurifère, malgré le semblant de vie que cette industrie communique à la colonie et qui s’y traduit par une certaine activité commerciale, la Guyane ne possède en réalité ni agriculture, ni commerce, ni industrie.

Peut-être vaut-il mieux dire qu’elle n’a qu’un objet de commerce, l’or, et qu’une industrie, celle de l’or. Seul, en effet, le métal jaune accapare aujourd’hui toutes nos activités, tous nos moyens et toutes nos ressources en main-d’œuvre comme en capitaux. Quant aux produits de la terre, depuis longtemps abandonnés pour la recherche du métal précieux, non seulement ils ne tiennent pour ainsi dire plus aucune place dans nos exportations annuelles, mais ils ne suffisent même plus à notre propre alimentation. Les denrées qui en constituent la base, comme les bananes, les patates, les ignames, ont presque totalement disparu de notre marché. Nous vivons de l’importation, même pour le riz, le maïs, le café, et nous devons nous approvisionner de bacaliau, de morue, de bœuf ou de porc salés (mees-beef, clear-pork), de salaisons de toutes sortes.

Rien que pour notre alimentation, nous payons ainsi, nous le verrons bientôt, un tribut annuel de deux millions de francs à la France et à l’étranger.

Il est cependant permis de dire que, si fâcheuse que soit cette situation, elle est encore préférable à celle de la plupart des autres colonies françaises. Contrairement à ce qui se passe dans quelques-unes de nos possessions d’outre-mer, la situation de la Banque de la Guyane est très prospère, la circulation monétaire y est normale, et chaque année les recettes de son budget laissent un excédent important sur les dépenses; si bien que la caisse de réserve y a déjà plusieurs fois atteint le maximum fixé par la loi, toutes circonstances qui apparaissent comme des symptômes non équivoques d’une certaine prospérité économique.

Mais il est hors de doute que cette situation, d’apparence heureuse, n’est point en rapport avec l’immense étendue du pays, ni avec la variété et la richesse exceptionnelles de ses ressources naturelles, et qu’elle n’a point une base suffisamment stable et solide dans la production aurifère, sur laquelle elle repose entièrement aujourd’hui. La Guyane ne peut rester indéfiniment simple colonie d 'exploitation.

Son avenir est plus brillant, ses aspirations plus larges : elle est destinée, à n’en pas douter, à devenir une grande et florissante colonie agricole et de peuplement , cela, le jour où la France le voudra bien. Car on peut dire qu’aucune autre colonie, aucune autre contrée du globe ne présente à un plus haut degré les conditions naturelles nécessaires à une grande et riche production agricole.

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