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ARTICLE XXXI

Marbrure en généraL Le moindre retard en marbrant ou raclnaiit, est toujours nuisible, puisque la réussite dépend absolu-

ment d’une extrême célérité ; on doit donc disposer d’avance tout ce dont on peut avoir besoin, tel que couleurs , eau , potasse , eau-forte , éponges, pinceaux, tringles, etc.

Les pinceaux doivent être faits avec des racines de riz ; il faut qu’ils soient gros et longs, qu’ils aient plutôt l’air d’un balai que d’un pinceau, et que le manche soit en bois dur.

Pour raclner il faut deux tringles en bois de quatre à cinq pouces de large, environ un pouce d’é paisseur, la longueur est indéterminée^ ces tringles se posent à plat sur deux trétaux placés aux deux extrémités, un des trétaux doit être plus élevé que l’autre d’environ trois pouces.

Pour marbrer il faut que les deux tringles soient fixées à leurs extrémités dans deux traverses taillées en fronton, afin que les tringles forment le dos d’âne et qu’il y ait entr’elles environ deux pouces de séparation pour placer le volume, de façon que les cartons penclient du côté de leurs bords en gouttière environ de trois pouces et demi pour un in-octavo :

Pour marbrer ou raciner on doit placer le volume dans les tringles , de manière que la tête soit plus élevée que la queue. L’éponge dont on se sert pour ressuyer doit être propre et humide , il faut avoir un baquet d’eau pour la laver toutes les fois qu’on s’en sert; cette précaution est essentielle.

Chaque couleur doit avoir son.

pinceau, autrement on ternirait.

On doit réserver le veau pour les marbres de préférence aux basanes qui sont toujours mieux racinées 5 les marbres et les racines qui lui conviennent sont le porphyre rouge, les racines bois de noyer et bois d’acajou ( * ). Tous les marbres et racines font bien sur le veau, à

( * ) On a quelquefois des basanes qui ne veulent pas se raciner , voici comment on peut y remédier : avant d’encoller le livre qu’on veut raciner , on lui donne une forte couche de décoction de noix de galle dont la préparation se fait la veille, dans la proportion d’une once de noix de galle pilée pour un litre d’eau tiède ; le lendemain on pousse le feu jusqu’à ce que le bain soit au grand bouillon pendant cinq à six heures , puis on l’emploie. Du papier qui aurait reçu une ou deux couches tièdes de ce liquide, pourrait être racine ou marbré comme le veau.

Pexceptîon du porphyre rouge qui 3e rapproche trop de la basane-

ARTICLE XXXIL

Hacine bois de no^er.

Le livre couvert et sec, on Tencolle ( * ) sur le dos et les plats sans faire d’épaisseur , on laisse sécher, puis on cambre les cartons pour les creuser ou les arrondir, cela dépend du sens qu’on veut donner aux racines : par exemple si l’on désire que leur centre soit au milieu du livre , on creuse les cartons 5 si au contraire on veut que les racines se réunissent

( * ) On délaye, en battant avec un pinceau, gros comme un œuf de colle d’amidon dans un quart de litre d’eau.

sur les bords, on bombe les cartons:

cela fait, on glaire , en ayant soin de ne pas faire mousser la glaire puis on place le volume entre les tringles à raciner, et avec un pinceau on jaspe de Teau bien également et à grosses gouttes sur toute la surface du livre, et aussitôt qu’on voit les gouttes se réunir, avec un autre pinceau on jaspe du noir à gouttes très-fines et partout bien également, surtout n’en pas trop jeter. Aussitôt qu’on voit les veines se former, on cesse de jasper , on laisse foncer les veines suffisamment

( * ) La glaire se prépare en battant (louzeblancs d’œuf dans un verre d’eau , où l’on a mis préalablement deux gros d’esprit de vin , puis on les tire au clair et on les conserve en bouteille au moins

un an.

( lyS )

et de suite on essuie à Péponge ; on laisse sécher puis on serge ( * ), pt Ton noircit les champs et le dedans des cartons avec du noir étendu dans deux fois son volume d’eau.

Üacine bois (ï acajou.

Cette racine se fait de même que la précédente , seulement on doit la laisser plus foncer et avant qu’elle ne soit entièrement sèche on lui donne d eux à trois couches de rou ge, on laisse sécher, puis on serge , ensuite on noircit les bords et le dedans des cartons. Par le même

( * ) Avec un morceau de molleton blanc , on frotte à sec le volume pour ôter les ordures et fondrées de couleur qui s’y attachent en le marbrant ou en le mettant en couleur; plus un livre est sergé, plus il est brillant quand il est poli.

moyen on fait des racines de tontes couleurs, il suffit pour cela de donner avec la patte de lièvre une teinte unie. Le bleu s’emploie étendu dans moitié de son volume d’eau.

Racine bois de citronnier.

Lorsque la racine est faite, avant qu’elle ne soit entièrement sèche, on trempe une petite éponge commune et à gros trous dans la couleur orangée , on l’appuie légèrement sur différens endroits des plats et du dos du livre, ce qui y imprime de petites taches ou espèces de nuages très - éloignés les uns des autres, puis de suite avec une autre éponge trempée dans le rouge fin, on répète ce qu’on a fait avec l’au-

tre couleur et dans les mêmes endroits : on laisse sécher pour donner deux à trois couches de jaune ( * ), on laisse sécher, on serge, et Fon noircit le dedans et les bords des cartons; cette racine bien faite est très-belle et très-recherchée.

Racine loupe de buis.

On tord les cartons en cinq ou six endroits, on met le livre entre les tringles à raciner, on jaspe de beau à petites gouttes; du reste on opère comme pour la racine bois de noyer : on laisse sécher

( * ) Pour donner une teinte unie on se sert d’une patte de lièvre , on ne doit pas craindre de prendre de la couleur , car il faut qu’elle coule en abondance sur le livre, autrement elle ne pénétrerait pas assez ayant dans le veau.

puis on met le livre entre les tringles à marbrer, on jaspe de Feaii à grosses gouttes et aussitôt qu’elle coule , avec la barbe d’une plume on jette du bleu ( * ) par petites gouttes en les rapprochant du côté du dos afin qu’elles coulent avec l’eau sur les plats, de manière que le bleu forme des veines fines, irrégulières et écartées les unes des

autres: on laisse sécher, on essuie avec l’éponge humide, puis avec une petite éponge trempée dans le rouge écarlate, on appuie légèrement sur différens endroits des plats et du dos du livre pour y former des nuages : on laisse sécher,

( * ) Le bleu dont on se sert pour cet usage doit être étendu dans moitié de son volume d’eau.

puis on donne avec une patte de lièvre, deux à trois couches de couleur orangée, on laisse sécher, on serge et Ton noircit le dedans et les bords des cartons.

Tierre du Levant,

On encolle le livre, .on le place entre les tringles à marbrer, puis, sur toute la surface du volume, on jaspe ( * ) à gouttes larges du noir étendu dans neuf fois son volume d’eau; aussitôt que les gouttes se réunissent, on jette ( ** ) delà potasse sur le dos par intervalle de quinze à dix-huit lignes, en la je-

( * ) On jaspe avec un gros pinceau de racines de riz.

( ** ) On jette avec les barbes de deux ou trois plumes réunies.

tant on a soin de la rapprocher des mors, afin qu’elle coule sur les plats en se réunissan t au noir, et de suite pendant que la potasse coule, on jette de l’eau-forte de la même manière, en observant de la jeter contre la potasse, afin qu’elles se réunissent sur leurs bords en coulant ensemble, de manière cependant à ce qu’elles forment chacune une veine séparée mais fondue ^ on laisse sécher le marbre , ensuite on le lave à l’éponge , on laisse sécher de nouveau , puis on serge.

Acrate verte»

ZD

Ce marbre se fait comme le précédent, seulement on remplace la potasse par du vert. Pour tous les marbres, on doit jeter le noir le pre-

mler , parce qu’il ne prendrait pas sur les autres couleurs.

Agate bleue ^

On opère comme pour la pierre du Levant, seulement la potasse est remplacée par du bleu.

Agatine,

On opère comme pour la pierre du Levant, mais immédiatement après avoir jeté Teau- forte sur toute la surface du volume, on jaspe à petites gouttes écartées Tune de l’autre du .bleu étendu dans quatre fois son volume d’eau; on laisse sécher le marbre, on le lave à l’éponge,'on laisse sécher de nouveau, puis 011 serge.

Agate blonde.

Le livre encollé et placé entre les trin gles à marbrer , on j aspe du noir à petites gouttes très-écartées , puis de suite, sur toute la surface du volume , on jaspe à grosses gouttes rondes de la potasse éténdue dans deux fois son volume d’eau \ du reste on opère comme pour la pierre du Levant.

Cailloutage ,

On encolle le livre, on le place entre les tringles à raciner , puis sur toute la surface du volume, on jaspe bien également à grosses gouttes rondes du noir étendu dans dix fois son volume d’eau, ayant soin de laisser des intervalles de la

largeur des gouttes 5 on laisse sécher à demi, puis on jaspe de même de la potasse étendue dans deux fois son volume d’eau; on laisse sécher, ensuite on Jaspe à petites gouttes rondes et bien également sur toute la surface du livre du rouge écarlate; on laisse sécher de nouveau, puis on jaspe de même de la dissolution d’étain ; on laisse sécher, puis on serge,

Pour ce marbre, les cartons, doivent être bien de niveau , parce que les couleurs ne doivent pas couler, on laisse sécher, puis on serge.

Cailloutage veiné.

On encolle le livre , 011 le place entre les tringles à racinèr , puis sur toute la surface du volume, on

jaspe bien egalement et à grosses gouttes rondes du noir étendu dans deux fols son volume d’eau , ayant soin de laisser des intervalles de la largeur des gouttes environ^ on laisse sécher à demi, puis on jaspe de même de la potasse étendue dans une fois son volume d’eau^ on laisse sécher pour jasper de la même manière du rouge écarlate, on laisse sécher, puis on met le livre entre les tringles à marbrer pour jasper sur toute sa surface du jaune presque bouillant et à grosses gouttes. Aussitôt que les gouttes se réunissent, on jette sur le dos du livre et à dix-huit lignes de distance , du bleu étendu dans trois fois son volume d’eau : puis de suite on jette de l’eau-forte tout contre

le bleu, de manière à les faire couler ensemble sur les plats du livre , et à former des yeines tortueuses bien distinctes, on laisse sécher, puis on serge.

Cailloutage œil de perdrlæ.

On encolle le livre, on le met entre les tringles à marbrer, puis sur toute sa surface et de maiiière à la couvrir presque entièrement, on jaspe à petites gouttes du noir étendu dans huit lois son volume d’eau; aussitôt que le noir coule, on jette sur le dos du livre et à distance de quinze lignes environ, de la potasse étendue dans deux fois son volume d’eau ; on a soin de la jeter près des mors afin qu’elle coule sur les plats en se réunissant au noir ;

on laisse séclier, puis on lave le livre à réponge, et pendant qu'il est encore humide, on lui donne deux à trois couches de rouge finj on laisse sécher, puis on serge. Ensuite on met le livre entre les tringles à raciner, puis on Jaspe sur toute sa surface , à grosses gouttes rondes et bien également parsemées, de la dissolution d'étain ; on laisse sécher, puis on serge.

Forphyre rouge.

On encolle le livre, on le met entre les tringles à raciner , puis on jaspe sur toute la surface du volume, à petites gouttes rondes et le plus également possible, du noir étendu dans huit fois son volume d'eau \ on laisse sécher, puis on

( ipo )

serge. Ensuite on glaire le livre,' on lui donne deux couches de rouge fin, puis une de rouge écarlate 5 on laisse sécher, on remet le livre entre les tringles à raciner,.

pour jasper sur toute sa surface le plus également possible et à petites gouttes de l’eau-forte; on laisse sécher, puis on serge.

Porphyre œil de perdrix.

On encolle le livre, on lui donne bien uniment deux couches de noir étendu dans dix fois son volume d’eau; on laisse sécher, puis on serge. Ensuite on glaire le livre et on lui donne deux à trois couches de rouge ; on laisse sécher, on serge, puis on met le livre entre les tringles à raciner, pour jasper

( içO

sur toute sa surface et à gouttes rondes larges comme des lentilles, de la dissolution d^étain^ on laisse sëclier, puis on serge.

Granit.

On encolle le livre, on le place entre les tringles à raciner, puis on jaspe à points très-fins , sur toute la surface du volume, du noir étendu dans cinquante fois son volume d’eau ^ on laisse sécher pour recommencer de même cinq à six fois, afin que toute la couverture soit entièrement et également couverte d’innombrables et imperceptibles taches \ on laisse sécher à demi, puis on jaspe de la potasse, à petits points ronds et écartés le plus également possible 5 on laisse sécher

entièrement, on serge, puis on glaire légèrement. On replace le livre entre les tringles à raciner, pour jasper sur toute sa surface de Teauforte comme on a jaspé la potasse; on laisse sécher, puis on serge.

Je crois inutile de décrire une plus grande quantité de marbres; un habile ouvrier peut avec les mêmes couleurs les varier à Pinlîni.

Cependant toutes les fois qu’on opère, on doit avoir un modèle sous les yeux, afin d’approcher de la nature le plus possible.

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