ARTICLE XXXIV
De la Dorure en général.
Avant toutes choses, on serge le livre plusieurs fois, afin qu’il soit net et clair: ensuite avec un plioir on trace sur le dos l’emplacement des palettes qui doivent être au nornlne de sept y compris celles de tête et de queue : la distance de tête doit être plus grande que celle
d'entre nerfs , et celle de queue plus longue que celle de tête de trois lignes environ pour un in-octavo ; à cette distance de la queue on fait un trait pour marquer le bas du livre, afin que le dos étant couvert d'or, on distingue facilement la tête de la queue : car en poussant les filets de division, on pourrait se tromper, continuer ainsi la dorure et quand elle serait terminée , le titre se trouverait en queue du livre; pour éviter cet inconvénient on doit pousser avant tout la palette de queue. Il est aussi extrêmement essentiel que dans un ouvrage composé de plusieurs volumes, les palettes soient bien tracées à la même distance , afin que les livres étant dorés et mis sur la
tablette , tous les filets se rapportent exactement et n’en forment pour ainsi dire qu’un seul.
Les dos tracés , on met la pièce de couleur pour les titres. On coupe des bandes ie maroquin de la largeur du titre tracé sur le livre , on les pare le plus mince possible dans le milieu , les bords doivent être coupés en biseau , de manière à ce qu’ils ne reste que la fleur du maroquin : les pièces doivent être- de toute l’épaisseur du dos et prendre bord à bord des mors; on ne doit mettre des pièces de couleur pour les titres, que sur les veaux marbrés; racinés ou fauves, sur lesquels les titres ne seraient pas visibles : mais pour les reliures en maroquin , ou en veau de couleur unie , il est
plus élégant de mettre le titre sur le veau ou le maroquin même.
En dorant on doit toujours commencer par le dedans et les bords , puis le dos et terminer par les plats 5 cette méthode a l’avantage de moins ternir.
Le brillant de la dorure dépend de la chaleur du fer, trop chaud il brûle et empâte le sujet, trop froid l’or ne prend pas 3 il faut un juste milieu. Par exemple, pour le veau fauve , le vélin , les fonds unis bleus ou verts, les marbres où l’eau-forte, le bleu et le vert dominent, la chaleur du fer doit être supportable dans le creux de la main, et pour les fonds unis clairs et les racines de noyer, la chaleur doit être un peu plus forte , ainsi de suite pour
les couleurs un peu plus foncées. Il vaudrait encore mieux pour celui qui n’a pas Tliabitude de dorer, avoir un morceau de bols formant le dos d’un livre , sur lequel on colle de la même peau que celle dont le volume est couvert, préparée semblablement, et glairée au même instant; on ne couche point d’or sur cet échantillon, on y essaie le fer, et s’il s’imprime bien, et que la gauffrure soit distincte et brillante, le fer est au dégré de chaleur qui convient pour dorer le livre. Souvent aussi la dorure revient mal par la faute des graveurs : les uns ne creusent pas assez les tailles , ce ([iii empâte les dessins et les prive d’ombre ; les autres ne polissent pas leurs fers avec soin, ou après
les avoir polis , ils n’en ôtent pas le morJfil , ce qui fait que le fer prend difficilement et écorche Tor. Chaque graveur a son genre particulier^ les meilleurs graveurs connus à Paris sont Kilcher et Héron pour la lettre qu’on appelle le composteur 5 Culembourg , Lefebure et Monot ( * ) sont ceux qui gravent le mieux tous les petits fers de rapport, les fers à mille points, les roulettes et les palettes.
Pour dorer le veau et la basane on glaire ( "*" ) trois fois, on ne
( * ) M. Monot excelle aussi pour la taille douce, le timbre sec et la lettre. Sa demeure est place St. -Georges, à Dijon.
( * ) Foir pour la préparation, la note page 177, Le blanc d’œuf acquiert de la qualité en vieillissant , on doit avoir soin de le tirer au clair souvent,
donne jamais une coudie avant que la précédente ne soit sèche. On ne doit donner la dernière, couche qu’un instant avant de poser Tor , et si Ton a un très-grand nombre de volumes à dorer, on n’en glaire que six cette dernière fois : on couche l’or sur ces six volumes, on recommence sur six autres et ainsi de suite.
Le même blanc d’œuf, étendu de deux parties d’eau, sert à glairer le maroquin qu’on veut dorer 5 mais avant de glairer , on lave le maroquin avec une éponge imbibée de vinaigre étendu de six parties d’eau; ce vinaigre rafraichit le maroquin , lui donne de la souplesse et le dispose à être doré. On ne glaire qu’une fuis le maroquin et toujours au moment de dorer.
Le même blanc d’œuf sert aussi pour le vëlin 5 mais avant de le glairer, on lui donne avec un pinceau plat de blaireau, une couche bien unie de colle de poisson ( * ).
Pour dorer la moire , la soie et le velours , on se sert de blancs d’œufs desséchés, mêlés en égales parties avec de l’encens pulvérisé, puis on passe le tout ensemble dans un tamis très-fin. Pour s’en servir on met cette poudre dans une petite fiole de verre, on la couvre d’un morceau de gaze claire, et avec
( * ) On coupe et on écrase en petits morceaux deux fers de colle (le poisson, on les met dans une bouteille de verre blanc , et on y ajoute un grand verre de bon vin blanc bien clair; on ferme la bouteille avec un morceau de toile , et on l’expose à la chaleur douce d’un bain - marie ; la dissolution faite, on la tire au clair. Cette colle s’emploie tiède.
cette fiole on saupoudre facilement et également la moire , à l’endroit où elle doit être dorée 5 le fer chaud dont on se sert pour dorer, calcine la poudre et attache l’or à la soie.
On ne couche pas l’or sur la moire, on le prend avec le fer à dorer.
Quand on veut réunir la gaufrure à la dorure , on dore ainsi qu’il est indiqué plus haut , mais on réserve soit sur le dos soit sur les plats , les endroits qu’on veut gaufrer. Le livre doré, on colle les gardes à cartons ouverts , puis on polit le dos du livre , et avec des fers à gaufrer qu’on fait chauffer au dégré de ceux qui ont servi à dorer, on gaufre les places réservées , ensuite on polit les plats, puis on ajuste de chaque coté du volum
les plancîaes gravées à gaufrer les plats, on les recouvre avec des ais propres qu’on ajuste bien dans les mors : dans cet état on met le livre en presse , puis on serre fortement pour faire marquer la gaufrure partout. On laisse environ douze heures en presse, on retire le volume, puis on pousse sur les plats, les roulettes et fleurons à gaufrer , sur les endroits réservés pour cela en dorant, et on apporte les mêmes précautions que pour gaufrer le dos. On doit toujours polir la couverture avant que de gaufrer , autrement la gaufrure n’aurait pas de brillant, ou serait abîmée par le fer à polir. Le livre ainsi terminé, avec un fer bien chaud on polit le dedans des cartons en appuyant
fortement, cela fait cambrer les cartons en dedans et le volume n’en ferme que mieux.