VILLE DE TUNIS
unis est appelée El-Kadra (la Glorieuse), comme aussi El-Zahera (la Verdoyante), Tounès-El- Chattrah (la Bieu-gardée), le Séjour de félicité, llndustrieuse, la Florissante, ou la Blanche comme la nomme Diodore de Sicile. — Cette ville mérite certainement le titre de reine des cités mauresques, car elle possède au plus haut degré le cachet de TOrient, et elle semble justifier le proverbe des Maures tunisiens qui prétendent que lorsqu'on a bu une fois de ses. eaux, ou respiré son air, on ne peut faire autrement que d'y revenir.
Lorsqu'on arrive par mer dans le golfe de Tunis, on jouit
d'un magnifique spectacle.
Et d'abord le golfe lui-même et la vue du port sont splendides: le premier a été comparé au Bosphore. Les paquebots jellenl l'ancre en face de la Goulelte. On aperçoit d'abord le délicieux village de Sidi-bou-Saîd, pittoresquement posé sur un rocher qui avance dans la mer, et d'où la vue est véritablement féerique: celait le cap Carlhage. Plus loin, les ruines éloquentes de la fameuse cité punique^ son admirable aqueduc, les palais de raristocratie tunisienne, la chapelle S* Louis, enfin la promenade du Belvé-
dère^ charmanl mamelon planté d'oliviers, el rendez-vous delà société européenne.
A gauche setcndetil de l^autes tiiaincii de montagnes disposées en amphithéâtre, formant une perspective des plus jîrandiosps et s'étendanl jusqu'au Cap Bon. Ce sont les sommités de lllamman-Lif, du Djébel-Reças, et les pics élevés duZahouan,qui se détachent sombres et bronzés sur un del de l'azur le plus vif et le plus pur. — Plus près, le village de Rhadès oùRégulus battit Hannon, et des mamelons verdoyants, sur Tun desquels est gracieusement posté le fort Sidi-bel-Uassen entre deux monuuients sacrés dédiés à de saintes princesses musulmanes, la Kbira et la Manoubia, au sommet cux-nièmes de vertes et riantes collines. Dès que le voyageur qui a quitté son bord, est monté sur une espèce de grand canot, il entre dans la Goulette, canal de jonction entre la mer ou golfe de Tunis et le lac salé qui y fait suite. À l'une des extrémités de ce canal se trouvent des mines d'épaisses murailles romaines de la plus étonnante solidité; au milieu de ce canal on rencontre une partie de la flotte, et un grand nombre de bâtiments de commerce, romains, toscans, napolitains^ grecs ou maliais; puis, d'un côté une forteresse avec des canons du plus beau travail, ornés du lion de Marc, cadeau de Venise république au souverain de Tunis , et de l'autre un palais demi-circulaire quelle précédent bey avait fait construire. Enfin à Textrémilé opposée du canal on dc'couvre la petite ville de la Goulette, avec sa citadelle bâtie par Charles-Quint, ses sol-
dais, ses marins, ses douaniers. Le lac de Tunis qui a fort
peu d'eau est couvert, surtout aux jours lI ai rivée des courriers de Marseille, Gènes, Malte, Alexandrie, de fort grandes barques aux voiles latines, appelées sandales, offrant le coup d'œil d'une sorte de régate. En avançant vers ïe port ces barques dispersent des troupes nombreuses de beaux flamants roses, dont quelques-uns ont six à sept pieds de longueur, et des multitudes de grèbes, de mouettes, de sarcelles, de cormorans, de canards et de pigeons sauvages. Ce lac nommé El-Baheira a plus de quatre lieues de circonférence, mais seulement deux mètres de profondeur, aussi le fond en est-il une vase épaisse et noire. — Le tnget par eau de la Gouletlc d. Tunis est une vraie partie de plaisir, si le temps est beau et la mer calme.
Après avoir dépassé les rivages de la Goulette au sable d or, et un îlot nommé Chikli, petit fort maintenant abandonné et pittoresquement placé au milieu du lac, on aborde au quai lier de la Marine, situé à un quarl-d'heure à peine de la principale porte d'entrée de la ville, soit Bab-el-Babar (porte de la mer ou de la marine), qui est du plus beau type mauresque moderne. — Des deux côtés, en dedans et en dehors de la ville se trouvent des places publiques. £n dehors et dans le faubourg est la place du marché où se pressent et s'entassent toutes les nationalités et tous les costumes, toutes les variétés d'animaux et toutes* les marchandises du pays. Ce marche a lieu chaque jour, de grand matin, et il dure souvent toute la journée; l'animation y est
telle qu*il est quelquefois difficile d'y feodre la foule des badauds qui se presse autour d'exhibitions de singes savants, de joiij^leiirs, de prestidigitateurs nègres, ùe récitateurs, de marchands ambulants, et d'industriels de toute sorte dont ce lieu est le rendez-vous. — Parmi ces derniers on remarque un grand nombre de petits garçons maures qui, ven* dant de l'eau fraîche, tiennent à la main un grand yerre de cristal de Bulicme ciselé, bleu, vert, rouge ou jaune dans lequel ils offrent et font boire leur précieux liquide: celui-ci est rénfermé dans des gargoulettes, sortes de jarres en terre cuite où Teau se conserve assez froide pour que ces gamius se permettent de crier à tue-téte € eau à la glace. »
Les faubourgs sont remplis de ni.u chauds maures de toute espèce et de voituriers maltais; on y trouve aussi des sculpteurs de marbre ou d*a1bfttre , et un grand et élégant café moresque avec jardins, kiosques, et musique ou cliauls indigènes avec accompagnement obligé de la durbakka, de la mandoline arabe, de la flûte de roseau et du tambour de basque ou tamtam.
Tunis est adiaiiablemenl siiuée. — Ceinte de murailles crénelées fort épaisses dont les portes se ferment tous les soirs, elle est environnée de mamelons fortifiés. Elle se divise en quartier maure, en quartier franc ou européen, et en quartier juif.
Lorsqu'on a franchi la Porte de la Marine, on trouve la place de la Bourse ou du quartier Iranc, la plus grande de
Tunis. — Là, tous les jours, les négociants du pays vont, Tiennent, achètent, vendent ou causent de leurs affaires; et les voilures qui ne peuvent pénétrer dans les rues U û truites s'y arrêtent amenant des indigènes, musulmans, chrétiens, Israélites, ou emportant de nombreux touristes, munis de leurs provisions, de leurs armes, et de tous les échantillons antiques qu'ils ont recueillis à Garthage , à Oudna ou à U tique.
La vie et raclivilé régnent sur celle place, bigarrée des produits humains ou inanimés de l'Afrique, de l'Europe et de l'Asie. Le voyageur qui s'y voit harcelé {)ai une nuée de gamins voulant à toute force lui cirer ses bottes, ou par des facchini qui se disputent ses effets et des cicérone dé> sireux de lexploiler, fmit par trouver un refuge dans Tun des deux hôtels européens où il rencontre, sinon tout le comtort de son pays, du moins des égards, des soins, des prévenances, et une bonne table.
Dans le quartier franc qu'on nomme Sidi Morgiani, résident tous les consuls étrangers, représentants de dix ou douze pays divers, comme aussi les principaux négociants, et en général les Européens. Le Dimanche les consuls font hisser leurs pavillons, ce jour-là Tunis offre un coup-d'œil charmant. Depuis le Belvédère ou toute autre localité un peu élevée, lorsqu'on contemple celte immense cité à l'aspect pittoresque et grandiose, avec ses gracieuses coupoles et ses élégants minarets, ce quartier franc tout pavoisé, ces forteresses et ces murailles crénelées, ces palais, ces terrasses,
et surloul ces sites variés, ces horizons radieux, ces panoramas aux tons chauds, ce ciel d'un bleu étonnant et indescriptible, on se seul eu plein Orient dans la Constanlinople africaine, surtout au printemps, alors qu'un temps perpétuellement beau a fait oublier les pluies de Janvier, que la riclif vt'jiiUaûoa du pays élale loules bcs spleudcure, el que rair si pur et si léger est parfumé par les exhalaisons balsamiques qui sMlèvent de toutes parts.
Le Vendredi, jour sacré de Tlslam, Tunis est pavoisée de drapeaux aux armes et aux couleurs de l'Etal, qui flotlenl >ur les mosquées, les élablissenienls publics et les palais du souverain.
Dans le laubourj^ luiiiit' , non loin de Bah-el-Bahar et près de Bab-el-Carthagène, au bord de la route et dans un coin d*un cimetière musulman^ on peut Toir un petit mausolée sacré, qui est suiuionlé d une coupole où brille le croissant, el qu*on appelle marabout ou liouba. Ce mausol^ est entouré d^nn petit janlin de quatre on cinq mètres cariè>, où \ \\n[ de I herbc el un seul arbre, C t^l le tombeau du dernier Abencemge^ ou tout au moins c'est le tombeau que M' de Chateaubriand dt^iîme clain^menl comme claiii le lieu de si*pulture d*Aben-Uamet« Ihéroique amant de Dona Blanca de Bivar. — Les 3laure$ le nomment Sidi Slîan. — Mais lo ^Kilmier, mentît uiu par Fauteur dWtala et de René, a péri deruièrement,. el le monument lui-même meuace niine«
Dans le quartier européen on trouve des maisons construites avec goût, mais trop élevées; on peut citer comme assez gracieuse la demeure du chargé d'aflaires de S. M. britannique, sur la place de la Bourse.
Ce quartier réunit de nombreux magasins européens assez bien garnis, des coiffeurs, des cordonniers, des quincailliers, des merciers, des magasins de modes, des relieurs, des tailleurs dont run est parisien , une demi-douzaine de confiseurs, et une douzaine de pharmaciens. Tunis compte au moins vingt médecins, mais n*a pas souvent de malades.
11 s'y trouve pour les lauiilles d'ouvriers pauvres des fondouks, sortes de phalanstères dont les habitants sont pour la plupart maltais, ou bien encore grecs el italiens. Ces gens sont entassés au nombre de cinquante ou soixante familles et leurs enfants vivent péle-méle^ durant le jour, au milieu de femmes sales et mal peignées. Chaque famille a pourtant son petit logement particulier dont les portes, ayant toutes issue dans la cour intérieure, font ressembler le fondouk à une espèce de couvent avec ses nombreuses cellules de moines.
Dans la ville maure chaque caravane a son fondouk: or il y a les caravanes de Bizerle, de bouza, de Sfax, et des autres villes de la Régence.
C'est dans la ville maure que l'on trouve les immenses bazafô où se vendent les produits tunisiens et orientaux. Plusieurs jours de la semaine, et dès le matin, a lieu une vente à la criée de toutes les marchandises, de tous les ob-
jets divers qu'il est possible d'imaginer. Cette vente a lieu dans le Souc, grande et large me couverte, à portiques et à colonnades à bandeaux allernativemenl verts et rouges. Chacun crie à tue-téte le nom de Tobjet qu'il veut vendre avec son prix, et cela tout en montant ou descendant la rue et se frayant un passage au milieu de la foule affairée. Quelques-unes de ces rues sont larges, mais se terminent souvent par des impasses étroites et tortueuses, ou des passages voûtés, obscurs et boueux, qui ne permettent point la circulation des voitures. — En plusieurs endroits les maisons tombent en ruines, et les rues sont désertes; dans d'autres au contraire, Tanimatlon règne au plus haut point — Les rues lunisiennes ne sont pas uniformes; plusieurs sont ornées de portiques élégants; quelques-unes ont de Tanalogie avec les rues de Pompeî, d'autres avec les ruelles des villes actuelles de Tilalie. — Les proiessions spéciales ont leur quartier particulier^ chacune a le sien: les armuriers qui fabriquent les yatagans et les couteaux-poignards; les serruriers, chez lesquels se font dos clefs et des serrures gigantesques; les (ailleurs qui confectionnent des vestes rose-tendre, bleu de ciel, vert-pomme et jaunecanari, ornées de broderies d'or ou d'argent: les bonnetiers qui mettent la dernière main aux fameuses chéchias, soit fez de Tunis; les selliers qui assenibienl l'or, l'argent et la soie sur le velours ou le maroquin pour en fabriquer des selles âégantes et des harnais d'un goùi exquis avec ornements d'argeul massif; les menuisiers qui font de jolies
bottes ou de gracieuses étagères couvertes d'or, ou aux cou-
leui's les plus vives; les cordonniers qui broilenl la babouche avec des soies éciatanies. Ou voit d^ rues entières de marchands qui vendent des coflres de nacre ou d'ëcaille, des bijoux du Levanl, des essences de rose el de jasmin qui embaument l'atmosphère; des tissus merveilleux brodés d'or et faits à la main, des étoffes de soie de toute espèce, des haîks, des tapis, des burnous grossiers en poil de chèvre ou de chameau, ou des burnous fins garnis de franges et de nœuds de soie brillante; des couvertures de laine aux dessins variés et biasarres, ou aux larges raies vertes, rouges, bleues et blanches; à quoi il Faut ajouter les nombreux vendeurs de fruits, d'épices, de tabac, et de quincaillerie 4]ui se trouvent partout — Dans plusieurs rues et bazars on voit de sveltes palmiers qui s'élancent gracieusement auprès d'un café maure, ou d'énormes ûguiers dont la riche végétation ombrage les nombreuses petites boutiques qui se pressent les unes contre les autres, semblables aux alvéoles d'un rayon de miel. — Les affaires sont terminées de bonne heure dans le monde indigène; les magasins sont fermés pour la plupart à trois ou quatre heures. Presque toute Taprès-midi d'ailleurs ceux des marchands qui ne dorment pas dans leur boutique, accroupis sur des tapis, boivent du café maure cl ne s'occupent ^uère des chalands.
Tunis, à laquelle plusieurs auleurs donnent 150,000 habitants, est pourtant silencieuse à cause du manque de
chars et de voitures. On n'entend guère que le cri du
muezzine qui du sommet des mosquées invite le peuple à la prière et à l'adoralioii.
Avec leurs coupoles vertes ou blanches et leurs minarets élancés et gracieux, les mosquées sont très-nombreuses. L'entrée n'en est permise qu'aux seuls musulmans, et le touriste imprudent qui voudrait y pénétrer risquerait de se faire un mauvais parti. La grande mosquée Djem-eUKébir, en particulier» est un beau monument par son étendue, son style, ses marbres, ses dentelles de pierre, ses portes en bois d'un travail remarquable. Celle de la place de la Kasba imite la forme de la cathédrale de Séville avec ses damiers, sa marqueterie et ses tourelles. On peut citer encore la mosquée DjemH)u-Zitoun et la Turba qui sert de sépulture à la famille régnante.
La place de la Kasbn elle-même est Irès-pitloresquc. On y trouve réunis des cafés élégants, des ruines romaines et sarrasines, des palmiers, des figuiers, des fontaines sous des portiques aux colonnades de marbre blanc.
Au cuiiiineucenieiit du XVllI* siècle Tunis comptait trois cent cinquante, mosquées.
La Kasba est la citadelle qui domine entièrement la ville. Celte imuiease et colossale l'orteresse renferme encore des monuments des premiers rois de Tunis, des constructions de Gharles-Quint, et des armures qui ont été conquises sur les Espagnols; on y trouve une poudrière et une fonderie
de boulets. La porte principale est peinte de diverses couleurs, les parois sont ornées de sentences du Koran^ et Tune
des tours est couverte d'ornements, de sculptures et d'arabesques remarquables.
Le palais de ville du souverain (Dar-el-bey) est certainement le plus beau type d'habitation princière de style moresque qui existe dans le monde. Il a été construit par le bey Hammouda, il y a plus de soixante ans. La cour est pavée en marbre blanc, les portiques sont de marbre blanc et noir avec trois arches de chaque côté, et seize colonnes torses fort élégantes. Dans le grand salon et dans les boudoirs sont des arabesques semblables à celles de TAlhambra et aussi fines et délicates qu'une broderie de dentelle, le plafond est doré avec des arabesques de diverses couleurs, et les salles sont garnies de belles gravures, reproduisant les tableaux de Léopold Robert ou représentant des sujets bibliques et des scènes tirées de rhistoire d'Angleterre, dltalie et de France. Les batailles de Napoléon I y occupent une grande place, car cet empereur est resté en vénération auprès des Orientaux. — L'un des salons est tout tapissé de glaces adhérentes aux paruis et au plalond, enchâssées de baguettes en or de Venise. La salle à manger est une merveille: le plafond dont la forme imite un toit gigantesque est couvert d'or et d'arabesfjues de bois entrelacées, rouges et vertes; les parois sont de marbre blanc uni, avec de légères colonnes d'albâtre: cette chambre vraiment
grandiose par son élévation prodigieuse est magniiique dans son élégante simplicité. — Depuis le pavillon situé au som* met du palais, on dccouvrc loule la ville ainsi que les environs qui offrent un admirable panorama.
La ville, bàlie en carré long formant un peu le croi^^sanl, a environ deux lieues de circuit. — Les rues en sont fort boueuses quand il pleut, mais elles sèchent arec une ^ande rapidité. Sous chaque rue se trouve un canal ou conduit pour les eaux grasses qui s*en vont A la mer, mais malheureusement ces canaux, n'élant pas recouverts dès leur prolongement dans les faubourgs» donnent lieu à des émanations peu ap^réables.
Chaque maison a sa terrasse,sa cour intérieure, son puits, sa citerne pour les eaux pluviales. Ces maisons construites en pierre et blanchies à la chaux vive n'ont qn*un étage, et quoique leur extérieur n'offre rien de remarquable, Tintérieur en est souvent d^une grande richesse. Les fenêtres qui sont fort petites et garnies dnn treillis en fera niaillts lièsserrées ne donnent pas sur la rue, mais les terrasses sur les maisons les remplacent avantageusement; aussi dans la belle saison, raninialioii y est-elle fort grande, car c'est là qu'on vient jouir de la- brise de mer et de la douce fraîcheur de la nuit Ces terrasses servent aussi à faciliter Técoulemenl de Feau de pluie dans les citernes et à faire sécher le linge et les firuits. — Des tapis et des nattes recouvrent le vestibule qui donne entrée de la rue dans la cour : là le maître
de la maison reçoit ses amis et ses connaissances, prend le
ofé, ou se repose. — Peu de «^^-ns parcourent les rues à une heure avancée: ceux qui vont cl viennent après la retraite doivent être munis d*une lanterne. G*est un spectacle curieux pour un étranger qui a pris le thé au quartier franc dans quelque famille de la société européenne^ et qui l'entre â rh6te1, escorté lui-même d'un domestique porteur d'un énorme réverbère, de rencontrer pendant ce trajet, munis d'une petite lanterne, de graves Maures, des officiers attardés, des Juifs ailairés, des touristes anglais, de respectables consuls, des négociants en frac, ou des dames élégantes revenant de soirée qui enjambent lestement les boues, les ruisseaux, les canaux d'eaux grasses, ou les amas de poussière et de balayuresétalés négligemmentau milieu des nies.
La ville maure est un vrai labyrinthe, il est très-facile de s'y égarer; et, quoiqu'il soit plus prudent de ne pas s'y engager aux approches de la nuit, on peut dire toutefois qu'on ne rencontre généralement que de la politesse delà part des Maures comme il faut, qui se font un plaisir de vous indiquer votre chemin, si pourtant on sait se faire comprendre d'eux, ou les comprendre sutiisaniment soi-même.
Le voyafçeur fera bien^ avant de quitter Tunis d'aller contempler un licuu site sur une éminence en dehors de la ville. En sortant par la porte Bab-el-Aly-Ben-Zouaouai on
trouve sur le chemin du Bai do, d'abord un fort, puis un
petit moulin délabré et ahandonpé, admirablement situé sur
une hauteur d'où l'on domine le pays cnlicr, [ unis et tous ses environs^ la -mer et les lacs salés, Garthage, la Marse, le Bardo, et les nombreux villages qui environnent ces diverses localités. Le touriste a devant lui un paysage suisse dans tout son éclat, rehaussé par un ciel d'Orient, et une ville moresque à ses pieds, marquée du cachet orieiilal le plus pur.
Parmi les localités remarquables environnant Tunis il faut citer, outre la Marse résidence du bey, le Bardo, la Mohammédié, la Manouba, et le irîUage d'Ariana.
Le Bardo est un immense palais: siège nominal du gouvernement, ( t' palais n'est pourtant pas habité |)arle souverain actuel qui ne s'y rend que dans les grandes occasions. On trouve réunies au Bardo qui ressemble à une petite ville, outre les palais proprement dits, des casernes fort bien tenues, les prisons de l'Ëtat, une Ëcole polytechnique, et une agglomération de maisons appartenant à de grands officiers du précédent hey. Le tout est entouré de fossés, de fortifications avec des canons, et gardé par la troupe.
Pour arriver dans les appartements intérieurs, on traverse plusieurs vastes cours à portiques, ornées de marbres de diverses couleurs, de colonnades, de fontaines d'albâtre, de candélabres, et de grands divans de velours.
Le grand salon dans lequel le bey reçoit est tendu en velours cramoisi brodé d'or; les ottomanes, les divans, les
fauteuils et les chaises sont ëgalemenl en vcloui's uu en soie, le plafond cintré est doré et d*un élégant travail ; les parquets sont couverts de riches tapis de Perse.
Dans ce beau salon se trouvent plusieurs meubles précieux en porcelatne de Sèvres» cadeau du roi Louis-Philippe au bey Ackmed. On y remanjuc aubsi uu grand portrait de ce roiy travail des Gobelins, des armes magnifiques, ainsi que plusieurs tableaux de maîtres, et tout le luxe des palais princiers européens.
Le Bardo renferme plusieurs autres salons, des boudoirs, des pavillons, des salles à manger, des bains, un très-grand nombre de chambres à coucher, et de nombreux appartements destinés aux serviteurs.
Dans une autre direction, et à deux lieues de Tunis, on trouve la Hohammédié, palais du feu bey maintenant abandonné.— C'était aussi une petite ville par la quantité de bâtiments entassé les uns près des autres^ les vastes casernes, et la population assez considérable qui y habitait. — £n creusant les fondations de ce palais, on trouva de nombreux tombeaux d'évéques de la Garthage du Bas^Empire, des antiquités reniai quttijles, et beaucoup de monnaies romaines, d'or, d'argent et de cuivre.
La Manouba renferme un antique palais en ruines, dont les arabesques intérieures en plâtre sont remarquables par
leur tincsse et leur élégance. De uumbreuses maisons de
campagne, avec de riches jardins, sonl dispersées dans les environs; on doil citer particulièrement le palais du général Kair-Eddin dont l'habitation, moitié orientale et moitié européenne, est visitée par tous les touristes eu passage. Le général ne permet pas que jamais ses nombreux serviteurs (jui foiil roflico de cicérone rc(;oiveiit la plus pelile ^^'atiiication, et la consigne est très-scrupuleusement observée» exemple qui devrait être suivi dans bien des contrées de l'Europe. Des jardins dorarigei's, des lleui^, des jeb-d eau, des bosquets et de magnifiques ombrages, entourent cette demeure.
Le village dH-Ariana près de Tunis est entouré de jardins, de hauts arbres (func véj^a'lalion riche et variée, et de villas agréablement situées dans des oasis de verdure.