‹ Notice sur la régence de TunisChapitre 3 sur 10 · LA COUR · texte numérisé non relu

LA COUR

Ion Âllesse, le Bey acluei, a choisi la Marse ^(Marsa) pour sa résidence. Il a fait preuve en cela (le beaucoup de goût. Celte loctAilë qui est >u bord de la mer à une lieue de Tancienne Carthage et A trois de Tunis, est admirablement située; la végétation y est d'une grande magnificence, surtout en comparaison des environs immédiats de la capitale, qui sont peu cultivés.

La Marse, il y à peu d'années encore, n'avait aucune apparence, tandis que maintenant, grâce à Tinspiration du prince qui, le premier, se choisit cette localité pour résidence, elle présente une a^jçlomération de palais, de jardins, et de délicieuses maisons de campagne groupées à peu de distance les unes des autres.

Les seigneurs de la cour et les consuls européens ont suivi l'exemple du souverain, et ont fait bâtir dans les environs du |)alais du bey de charmantes villas. On admire les jardins de S. E. le comte Kaflb, où sont cultivées avec le plus grand soin la banane et la mandarine, ainsi que tous les produits de TAfrique et de l'Europe; et la maison

du chargé d'affaires de France, entièrement bâtie et meublée dans le style mauresque.

Lorsqu'un étranger arrive à la Marse, tout lui annonce et lui fait sentir qu'il approche de la résidence d'un souve-

rain de TOrient — L'animation règne aux abords du palais: ce sont les carrosses <les <,n-ands de la cour, traînés par des chevaux ou des mules de prix, et conduits par des nègres à la Vivréc orientale; ce sont les officiers, les généraux à cheval; les serviteurs du prince, ou des Maures en grand costume; les consuls européens dans leurs voitures; les étrangers, les voyageurs, sans compter des caravanes d'Arabes, de Maltais, de Juifs; ou des chameaux, des muletiers, et des attelages de toute espèce et de toute sorte, qui vont el viennent de Tunis à la Marse.

Le palais que S. A. le bey a fait construire, lorsqu'il était héritier présomptif, :i été auj^nienk' de plusieurs ailes; on y arrive par une grande route, qui serpente à travers un pays dont ta riche végétation frappe de plus en plus à mesure (ju on approche. On traverse ainsi des champs fertiles de céréales, on pénètre dans des bois d'oliviers, on arrive aux ruines majestueuses de Taqueduc qui fournissait Teau à Garlhagc, et enlin l'on se trouve au milieu de jardins, de prairies, de vergers aux arbres les plus variés et aux bordures de cactus d une hauteur prodigieuse.

La troupe garde les abords de la Marse. A droite et à gauche de la grande porte d'entrée, enfoncée sous les cintres mauresques qui la surplombent, sont placés des fac-

Uonnaires. La façade du palais est fort belle. Âu premier

étage et en avant, se trouve un pavillon ou kiosque d*une élégante sU uclure, qui domine la place, et d'où le bey, entouré de son état-m^or, se fait voir et passe les revues dans

certaines occasions particulières.

Lorsqu'on a la permission de franchir la porte du palais,

on trouve une première cour spacieuse, pavée en marbre blanc» et d*une propreté remarquable. Là se promènent en liberté, vont et viennent des oiseaux rares, et de charmantes petites gazelles tout-à-fait iamilières. Au cenU c de cette cour est une grande fontaine d'albâtre, à trois bassins superposés et surmontés d'une flèche ornée du croissant.

Plusieurs portes donnent sur cette vaste cour: Tune de ces portes de style mauresque est en marbres de diverses couleurs, et forme une mosaïque ilans le genre de celles que Ton remarque dans la cathédrale de la Valette, à Malte, où sont ensevelis les grand^mattres et les chevaliers de Tordre de Jean de Jérusalem. Cette porlc qui est gardée par deux eunuques armés, n'est jamais franchie que par les princes du sang; clU donne entrée au palais habité par les princesses dont l'entourage composé de dames d'honneur, de servantes, de femmes de chambre et de négresses s élève au nombre de plus de mille personnes. Ce sont des Gircassiennes, des Géoi^iennes, des Grecques, d'une grande beauté pour la plupart, avec un mélanpfe moins flatteur

pour Tubii de négresses de toutes nuances. — Jamais aucune

des princesses ne parait en public, ce qui est conforme à l'usage des cours orientales.

 rentrée d une auUe porte donnant dans les appartements intérieurs habités par les princes, on admire de beaux lions en marbre blanc. — Le bey reçoit souvent dans une vaste galerie de style mauresque aux vitraux de mille couleurs, lesqueb contribuent à donner aux arabesques du plafond et des paiois uu aspect l'antastiquc Dans le parc attenant à cette résidence princière se trouvent des jardins d'orangers, entourés de baies épaisses de gigantesques géraiiiums.

Vis-à-vis du palais est le lit de justice: c'est une immmise tente à trois colonnes (le bey seul a le droit d'avoir une tente à trois colonnes) qui est impénétrable au soleil et à la pluie; par terre sont étendus des nattes et de beaux tapis au dessus desquels, à dix-liuil uu vingt pieds, flottent des draperies de luxe. — Un palais se construit actuellement tout près de là, y est destiné à remplacer celte lente; le prince y rendra la justice. Le rez-de-chaussée ser\'ira de caserne.

On marie dans le pays les jeimes filles dès Tàge de douie à quinze an>, mais il est de rè^lc d'attendre pour les princesses celui de vingt à vînglHnnq ans. — Outre leur fortune personnelle, chaque princesse du sang qui se luarie, reçoit un cadeau du bey de trente mille piastres. Dans les cérémonies des fiançailles ou dans celles du mariage d'une princesse iiu sang, ios liâmes de la famille du bey sont couvertes

de diamants, et vêtues avec une extrême magnificence. Une simple bague est souvent embellie d'un diamant d'un million de francs. — Le souverain qui aime les arls et les objets de goût, donne quelquefois des sommes eonsidérables pour tel ou tel gracieux et riche bijou venant de Paris ou de Genève : cet exemple est suivi par les seigneurs du pays.

Tout dernièrement le bey s'est fait donner la comédie par une troupe italienne, on a joué Topera // Tnwatore, et La Mort et le Médecin : toute la cour assistait à cette représentation qui Fa fort divertie.

Les princesses reçoivent avec beaucoup d'affabilité et de bonté les dames européennes qui vont leur faire visite.

GOUYËRmENT £T JUSTICE.

^egouvernemcnl de la Régence de Tunis est une monarchie absolue et héréditaire. Seulement, lorsqu'un bey vient à mourir, c'est toujours l'aillé de la famille entière qui lui succède. C'est ainsi que le plus souvent le ûls ne succède pas à son père, du moins pas immédiatement; car si ce fils a un parent plus âgé que lui, ne fùl-ce qu'un cousin, s'il est prince du sang, c'est celui-ci qui monte de plein droit sur le trône.

La dynastie actuellement régnante est celle des Husseinben-Âly qui gouverne depuis 1705.

Le bey est complètement indépendant de la Porte ottomane.

L'héritier pr^mptif se nomme le Bey de Camp, parce qu'il est chargé de commander les expéditions, soit camps, qui ont lieu deux fois par an, pour aller percevoir l'impôt auquel sont soumises les tribus de l'intérieur des terres.

Le bey de camp est actuellement Sidi-£ssadec, frère du prince régnant

Le Bardo est le siège du gouvernement Le Bey actuel

s'y transporte dans les grandes occasions, au retour des

voyages du bey de camp, par exemple, ou lorsqull reçoit un ambassadeur du sultan ; mais c'est à la Marse, sa rési-

deuce liabiluellc que se rassemble le couseil Ues imiiisUes, et que son Altesse rend la justice.

Un ordre du bey, revêtu de son e^chel, s'appelle Ammarel-bey ou Amrab. Le souverain porte touyours sur lui son sceau qu*il ne quitte jamais.

Le bey a piusicurîs laiiiislres: le ministre des 1 luances soit le lias-Nadar (gardien du Trésor), Si Mustpha. — Le ministre de la Marine, général Si Kair-Eddin. — Le ministre des AlVaires étrangères, M. le comte Kaffo. — Le ministre de la Guerre, Saheb-el-Zaghaia (Porteur de la lance ou 8a;?aie), Si Mustpba-el-Agha. — Le Secrétaire du bey est le général bi tar-llat, qui porte le titre tie Saheb-el-Djebira (Porteur du portefeuille). — Le Garde des Sceaux est le Saheb-cl-Tlial»a. — L'iiiterprùli' du bey, le Bachi-Kasak, c'est-à-dire gardien de la garde-robe du bey, est M. Boggo.

Plusieurs des ministres ou grands officiers de la cour ont un vrai mérili» <'l lu Muconiide laleal; on dislingue plus particulièrement M. le comte Raffo, le générai Si Kair- Eddin, le Kas-Nadar Si Mustpha.

La ville de Tunis a uu goiivcmi ur, leCbcik-el-Médina ou Doulateii, et un commissaire de police ou Bach-Amba«el- Médina.

La Tunisie est divisée en cercles. Chaque cercle a un

commandant, espèce de gouverneur ou Caid qu un appelle

Bach-AouaL — Il y a les cercles de Souza^ de MonasUr, de Sfax, de Bizerte, du Kef , du Kërouan , de Halk-el-^ued

(la Goulelle), de DJcrbi, de Gabès, du Djérid, de Kahia, de Métbelit et des Beni-lsied ou Beni-Zid.

Tous les gouveraeurs de village se nomment Gheiks.

Le Garde des Sceaux, le Saheb<^Tliaba que quelques auteurs européens nomment Sapatapa ou Saptap, occupe un laii}? assez élevé: c*esl lui qui, loi*squ'il y a un ordre à donner, un édit à promulguer, vient r^pectueusement prendre le sceau du bey pour l'appliquer sur Famnih; toutefois, même pendant celle tut maliié, le bey ne se sépare point de son cachet qui reste attaché à sa personne.

Quant aux tribunaux musulmans à Tunis, il y eu a de plusieurs espèces. — Le juge s'appelle Gadi. L'agent du cadi, Sebi-Cadi. — Le tribunal simple qui porte le nom de Gherial-Ënuabi, est composé d'un seul cadi. — La réunion de plusieurs cadis ou tribunal supérieur se nomme El-Med* jelés. — Lnlin, le ii ibunal mixte, le Rebaîd-el-Kabla , renferme des cadis, et d^autres personnes en dehors de la jurisprudence. — On peut appeler directement de ces tribunaux à son Altesse.

Le MufU est un magistrat supérieur qui peut casser un jugement du cadi, pour avoir manqué à quelque article du Koran. — Le chef des Muftis s'appelle Bach-Mufti.

Le bey rend lui-même la justice. — La justice est lou-

jours rendue au nom de Dieu. — Le monarque a seul le droit de condamner à mort.

Quant à la peine de mort elle-même, le genre en diffère

beaucoup suivant la nationalité des criminels.

Les Koulouglis et les Turcs sont étranglés dans une des salles de la Kasba. La strangulation qui est le supplice le moins infamant, a lieu sans témoins. — On entoure le cou du criminel avec une corde bien frottée de savon; quatre exécuteurs, dont deux à sa droite et deux à sa gauche, tirent celte corde avec les mains et luèuie avec les pieds, jusqu'à ce que le malheureux supplicié ait passé de vie à trépas.

Les Maures ont généralement la tête tranchée avec le sabre: deux oxéculcurs se placent, 1 un à la droite, et l'autre à la gauche du condamné qui a les yeux bandés. L'exécuteur «lui est à sa droite le pique au bras avec la pointe d*une épée, ce qui fait vivement retourner la téte au patient, tandis que Tautre exécuteur, profitant du moment où il a la téte inclinée sur répaule droite, la lui sépare du corps d'un seul coup de yatagan. — L'exécution a lieu au Bardo, ou bien dans la localité où le jugement a été rendu par le bey.

Les Marocains sont pendus, de même (|ue les Zouaouas ou soldats kabyles. On pend à Bab-el<-Suec qui est l'une des portes de Tunis.

Les militaires sont fusillés. Mais cette exécution est parfois horrible, quand il arrive que le malheureux soldat re» çoit jubi^u'a (Quinze ou \ïw^i baUes. saii^ mourir, aucune ne

Tayaut alteint à la téle ou à la fK)iiriiie9 et que, pour mctjtre fin à son agonie, on est obligé de lui écraser la léte avec une grosse pierre.

Les femmes condamnées à la peine capitale étaient mises dans un sac n^mpli de pierres et jetées à l'eau dans le lac, à la Marine. Mais comme le lac n*a pas, dans ses bords, deux pieds de profondeur, les exécuteras étaient chargés d'enfoncer le sac avec des perches, et de le maintenir au fond de Teau jusqu à ce que la malheureuse fût bien élouilée. Ce supplice est actuellement aboli : il est remplacé par un bannissement dans une espèce de galère, dans File Kerkéiia du golfe de Gabès. — 11 faut ajouter qu'avant la noyade la femme coupable était promenée par toute la ville, assise à rebours sur un âne.

Les Juifs étaient brûlés. Revêtus d'une chemise de goudron, ils étaient exposés sur un bûcher de bois sec, auquel on mettait le feu. Le dernier Juif brûlé le fut en 1818, peu avant une peste qui dura deux ans. Mais, comme on attribua celle peste an supplice du Juif, personne n'a plus été condamné depuis à ce genre de mort.

La bastonnade est une puniiiun Uès-fréquente, elle a lieu dans des cas moins graves. £lle se pratique ordinairement en frappant avec un nerf de bœuf sur la plante des pieds, ou sur le dos, et quelquefois sur la poitrine. — Le bey seul a le droit de faire mourir sous le bâton, dans ce dernier cas il condamne à mille coups. On a vu cependant des in-

dividus d'uD6 consLiUition tellement robuste qu'après avoir reçu jusqu'à miÙe coups rudement appliqués ils vivaient^ encore, et guérissaient complètement — En général, au cinquième ou sixième coup la peau de la plante des pieds est déchirée; mais il arrive que les gfens riches qui ont le moyen de faire une largesse au bourreau sont ménagés par lui; et quant aux gens de la campagne qui, ordinairement fort pauvres, ne peuvent pas employer ce moyenlà pour adoucir leur punition, ils ont la plante des pieds si dure par l'habitude de marcher sans souliers que ce supplice leur est beaucoup ih<»iHs douloureux.

On coupe aussi le bras ou le poignet. C'est au médecin tunisien, sujet du bey, qu'est dévolu cet office qu'il a, du reste, rarement l'occasion de remplir. — Le Koran dit à ce siqet (Sourate la Table, verset 42): « Quant à un voleur » ou à une voleuse vous leur couperez les mains comme » rétribution de Tœuvre de leurs mains, comme châtiment » venant de Dieu. »

Autrefois on trempait le moignon dans du proudioii brillant, afin d'éviter un traitement chirurgical. La main coupée était pendue au cou du volèur, attachée par une ficelle; et ce malheureux était promené par la ville, assis à rebours sur un âne.

La galère (Karaka) est à hi Couleite; elle est réservée aux contiebâudiers et aux petits voleurs. Là, ils sont enchaînés . deux à deux par les pieds, étant condamné aux travaux

i'orcés pour un temps plus ou moins long.

La Gandala est la prison où Ion met les gens prévenus de quelque crime, mais non encore jug^és; elle est à Tunis, lis 11 y restent pas longtemps, car la justice est plus expédîtîve dans la Régence qu'en Europe. — Les ofllciers prévenus vont dans la Esraîa , prison qui se trouve dans le palais même du bey.

Quand le prince, rend la justice, les gens les plus coupables lui sont toujours présentés les derniers.

Lorsqu'une exécution a lieu, la population se presse f>our assister soit à la pendaison, soit à la décapitation par ic sabre. L'Europe n'est certes pas en arrière sous ce rapport ! Le condamné, debout sur Téchafaud, demande pardon à Dieu et aux hommes de son crime, et aussitôt le peuple entier rassemblé autour de Téchafaud répond: c Esmaàh! » nous te pardonnons. G*est vraiment une clameur étrange que ce cri poussé dans un sentiment sérieux et profond, et qui est suivi, comme il a été précédé, d'un grand silence. — L*e peuple qui souvent jette des pierres aux exécuteurs, lorsque la justice a eu son coui's, cherche aussi à saisir quelque morceau des .vêtements du condamné, qu'il simagine devoir lui porter bonheur.

Il arrive fréquemment que lorsqu^un homme a été as* sassiné, sa famille accepte le prix de son san^; c'est-;\-(lire • que, moyennant une grosse somme d argent payée aux parents de sa victime, le meurtrier peut sauver sa tête. Ce prix

(lu baii^ se iiuinrae la (fta, elle varie beaucoup suivant les

individus et les familles; du côté du Déserl elle est généralement fixée à cent chameaux. — Lorsqu'il est prouvé que le meurtrier a frappé pour sa défense, la dra n*est pas duc.

Quand les parents de la victime refusent la dîa, la justice suit son cours. Cet usage remonte au temps de Taleul du prophète. — La peine du talion est aussi applic^uée dans le royaume de Tunis.

Le bey rend pcrsouiiciieinent justice tous les lundis, mardis, mercredis et samedis. Ces jours-là, dans la matinée, à rheure où le prince entre dans la salle de justice pour siéger sur son trône, le Bach-Amba-el-Bey, sçrte d'huissier du bey ou maître des cérémonies, annonce à haute voix que son Altesse reçoit. Quand la séance est terminée, le Bach-Amba crie « £1 AÛa! » La paix, ce qui signifie que le bey ne reçoit plus. — C'est le Bach-Amba qui introduit auprès du souverain les consuis lI les j)ersonnes marquantes, présentées par leurs agents diplomatiques.

Au fond d'une vaste et ma^ifique tente, ornée de draperies et de tapis de prix cl dressée vis-à-vis du palais de la Marse, se trouve placé le trône, surmonté des armoiries du Souveiain. — Là, quatre fois la semaine, tous les sujets du bey (qu'il appelle ses enfants) viennent, s'ils ont quelque demande à faire ou quelque différend à vider, l'apporter au pied du troue. — Le prince avec rinlelligcnce cl la sagacité qui le caractérisent, rend une justice prompte et équitable qui dénote un coup d'oeil exercé à discerner le vrai du

faux. — Chacun s'adresse à lui avec un profond respect, mais librement et .plutôt comme à un père vénéré que comme au puissant prince qui, d'un signe, peut faire Iran* cher la tête au quel que ce soit de ses sujets.

C'est un fait digne de remarque que le Maure, ou rÂral)e le plus cbétif et le plus obscur, qui se présente pour plaider sa cause devant son souverain, s'exprime avec aisance et lucidité, en même temps qu'avec dignité, convenance et quelquefois avec une véritable éloquence; bien supérieur en ceci à plus d'un paysan européen qui, devant le maire seulement de son village, ne sait quelle contenance tenir et balbulie qii('l([ues mots, sans suite et sans grâce, en tortillant sa casquette dans ses mains.

Bien souvent son Allosse Sidi Mohammed, le bey actuel, dit à ses ministres des paroles dans le genre de celles-ci :

$ Je veux que mon peuple soit heureux! — Ne suis-je pas le père de mon peuple? — Ne le chargez pas d'impôts, mes revenus me suffisent. — Ne dois-je pas rendre compte à Dieu de la manière dont j'aurai rendu la justice, et administré ce grand peuple qu'il m'a donné à gouverner?— Souvenez-vous, vous-mêmes, qu'un jour aussi vous serez jugés par le Tout-PiiiNSiinl selon la manière dont vous aurez agi! »

Des sentiments aussi nobles, cette préoccupation constante de rendre heureux le peuple que Dieu lui a confié, et ce désir d adininislrer la justice avec équité, ont donné au

prince une sagacité toute particulière, qui ressort dans ses jugements comme dans son administration.

Sou Âilesse ne dédaigne point de faire juslice à des gens qui viennent simplement pour une question de dix ou vingt piastres, ou pour quelque différend au sujet d'une vache, d'une mule, d'un mouton, ou d'un objet d'une importance très-secondaire.

C'est toujours gratuitement que la justice est rendue.

ARMÉE, MÀRIINË. IMPÔiS.

c bcy llaimiiouda-Pacha qui monta sur le trône en J^782, el mourut en 1814, entretenait vingt mille hommes de troupes réglées, plus cinq mille iTs-iManuhiks ou Koulouglis, enfants de Turcs i Mameluks, nés dans le pays, deux mille Spahis maures, et trois mille Zouaouas.

Quant aux irrcgulieis, dans le cas d'une guerre on avait sous la main vingt mille Zouaouas, et même jusqu'à cinquante mille Bédouins simplement enrôlés pour cette occurence, et ne servant que dans les occasions extraordinaires. — Dix mille Arabes de la campagne serraient pour accompagner les camps ou les troupes réglées lorsqu'elles étaient en marche pour une expédition, mais ces Arabes pouvaient vaquer à leurs occupations en temps ordinaire. Les Mameluks étaient destinés à la f^arde du bey. La moitié des troupes résidait à Tunis. Sous les bcys qui succédèrent à Hammouda-Pacha, les choses restèrent à peu près dans le même état; mais sous Ackmed-bey Tannée fut de nouveau organisée. Ce prince avait quaianle mille hommes de troupes régulières, auxquelles il donna un costume uniforme. Cet uniforme se compose pour les soldats d'une veste boutonnée et d*un

large pantalon: la vesle est rouge ou bleu foncé, suivant les régimenls; le pantalon est de drap garance, ou de toile blanihi; suivant la saison. Les ofûciers perlent la capote * avec des épaulelles distinctives, le pantalon droit, en drap noir omë de broderies ou d'une large bande en or, des bottes vernies, et des ganls paille. La coitrurc est, pour tous, la chéchia rouge, garnie d*un flot de soie bleue.

Ackmed-bey organisa une mission militaire, deslinée à instruire, à régulariser et à discipliner les troupes tunisiennes. A la téte de cette mission étaient placés des officiers supérieurs étrangers fort distingués, tels que MM. H. de Margadel^ Des Charmes, Lavelaine-Maubeuge, etc.

Les cinq ou six casernes de Tunis, ei de ses environs immédiatSy sont fort bien tenues et très-bien distribuées.

Le corps des Hambas a des fonctions analogues à celles des corps de la ficndarmeric en Europe.

Tous les soirs la retraite au clairon et au tambour retentit dans les rues de Tunis.

Actuellement il y a sept régiments de troupes régulières, chacun de quatre mille hommes, deux régiments de cavalerie, deux régiments d'artillerie, et un de marine.

Il y a deux généraux de division, sept généraux de brigade, sept colonels et sept lieutenantsH^olonels.

Le géi^éral de division s'appelle Féiick.

Le général de brigade Uona.

Le colonel Amiralaï.

Le iieutenaat-colooel Kaïmakan.

Le gros-major

Le commaDdanl, chef de bataillon Le capitaine-major

Le capitaine

Le lieutenant -

Le sergent-major

Le sergent

Le caporal

Le soldat , <

Allaï-Âmin.

Bin-bachi.

KoolagbassL

SoQS-bachi.

. Monlazem.

Bacli-cbaoucb.

Cbaoucb.

On-bacbi.

r^arer ou Àskri.

Les uniiieis de tout rang portent au cou la marque distinctive de leur grade: elle est en argent, en or, ou en diamants.

Le bey nomme directement à tous les grades.

La seule décoraticin pour le mérite, civil ou militaire, est

le Nichaiii luuisien (l'ordre de Thonneur).

Si Tunis n'a pas une marine considérable, c*est que jamais cette ville ne s'est livrée à une piraterie continue comme Alger. £lle possède une frégate, deux bricks, trois vapeurs, deux corvettes, ainsi qu'un très-grand nombre d^autres vaisseaux moins considérables. Vers 1820 la marine de l'Etat comptait déjà plus de cent sept bâtiments.

Les bâtiments de commerce se chargent dans les ports de Tmiis,(le IJtzerle, dePorlo-Farina, de Djerby, de Souza; mais toutes les marchandises entrent par celui de la Goulette.

Les impôts sont prélevés sur tout le peuple. A Tunis chaque homme paie trois piastres (environ quarantc-cin

sous) par mois comme impol personnel. £n outre tous les magasins ont un droit à payer.

Les Gheiks prélèrent Ilmpôt sur les tribus; mais comme * quelques tribus des frontières de Tripoli et du Grand Désert refusent parfois de payer ces impositions, le bey envoie deux luis par an des camps pour les prélever, et ceux-ci contraignent bientôt les rebelles à s'acquitter de cet impôt. C'est ordinairement le prince héréditaire qui commande l'expédilioii, d'uù lui vient le lilrc de Bey de Camp.

n y a deux camps dans Tannée. Le premier part en Janvier et revient à la fin de Mars; il rapporte des couvertures, des burnous, du beurre salé, et il ramène des chameaux chargés d'argent Le second a lieu en automne, il dure ëfçalemenl deux mois, et il rapporte du blé, de Turj^e, des dattes, et de l'argent.

Lorsque le bey de camp arrive de son voyage, le jour de son retour est signalé d'avance, et devient féte. Le souverain se transporte de la Marse au Bardo dans un magnilique carrosse couleur rose-lendre, doré, et sur les panneaux duquel sont peintes les armes de sa famille; ce carrosse est traîné par neuf mules du plus grand prix, allelées trois par trois. Le bey régnant est escorté par les grands officiers de la cour, montfe sur les plus beaux chevaux du pays. — Ces superbes animaux sont c.ipai aronnés à la façon des chevaux des chevaliers du moyen-Âge lorsqu'ils paraissaient dans un grand tournoi : ils ont des housses de soie

briUante aux couleurs vives et variées, qui couvrent presque ciilièrement la partie inférieure de leur corps; ils ont des selles de velours bleu, violet ou grenat, brodées d'or ou émargent fin, et dont quelques-unes coûtent jusqu'à * douze ou quinze mille francs. Ces nobles coursiers ont Taîlure fière qui distingue le cheval arabe; ils ont aussi ces membres déliés, souples et élégants, ces jambes fines, cette téle petite et gracieuse, ces yeux noirs, vifs et pleins d'intelligence qui sont le partage de ce bel animal si fort apprécié en Orient, et que le Koran appelle « le bien terrestre par excellence, j»

Un peuple immense est rassemblé dans les environs du Bai do : les Maures dans leurs carrosses, les Juifs oulassés dans des espèces d'omnibus, les Européens à cheval ou en voiture, sont venus de Tunis pour Jouir du spectacle.

Quelques-uns des consuls vont à la rcncontie du prince héréditaire.

Un très-grand nombre de femmes, voilées, font toutes entendre à la fois, pour témoigner leur joie, un cri particulier, espèce de trille aigu sur la syllabe you 1 you ! lequel dure environ deux minutes, et liiiil simidlanément et brusquement. Ce cri perçant et prolongé est produit par le gosier qui est frappé légèrement, mais à coups redoublés, avec la main droite.

La troupe défile lentement au son de la musique. La cavalerie l'a précédée. Chaque cavalier qui arrive devant la porte du palais du Bardo avec sou cheval lancé au grand

galop, s'arrête instantaiiéiiient, après avoir auparavant tiré un coup de fusil en Tair, lancé ce fusil dans Fespace^ el l'avoir reçu avec une extrême dextérité: tout cela pendant la course à fond de train de son cheval.

Le bey de camp, entouré de son état-major, passe à son tour entre deux haies de soldats du Bardo qui bordent la route et retiennent lés curieux. À son arrivée le canon gronde, la musique redouble ses fanfares, et les femmes leurs trilles aigus. De tous côtés les cavaliers se livrent à la fantasia, c*est-^-dire, renouvellent leur course en lançant leurs chevaux qui parlent loinriK^ des flèches, en lii aiU des coups de fusil, en agitant leurs armes en l'air et en les faisant tournoyer au-dessus de leur téte, tout en accompagnant leur manœuvre de joyeux cris de féte.

Pendant ce temps les Européens qui se tiennent debout dans leurs voitures découvertes pour mieux voir, cherchent à s'y maintenir en équilibre au milieu de i'ellroi et de Fimpatîenee de leurs chevaux qui ne peuvent rester tranquilles^ malgré tous les conseils et les avertissements dont les gratitient les cochers maltais, qui fmissent généralement par leur administrer quelques volées de coups de fouet

La cérémonie terminée, les chameaux chargés d'argent et de marchandises rentrent à Tunis, ou se rendent à la Marse; les troupes se retirent; les Juifs repartent dans leurs omnibus et s'y eiilassent de nouveau au risque d étouller ou d*écraser les plus petits d'entre eux; les seigneurs de la cour caracolent en escortant le carrosse rose du prince qui re-

tourne à la Marse, traîné par ses neuf vaillantes mules, qui exécutent ce trajet avec une rapidité étonnante.

H existe à Tunis une Ecole polytechnique pour les jeunes Tunisiens qui se destinent à I armée, cl qui sortent lieutenants au bout de six ans. L'Ecole est tenue militairement, et les élèves font généralement en peu de temps de grands progrès. Ils apprennent, outre Tari miiilairc, 1 arillnnétîque, la géographie t les mathématiques, la géométrie, l'arabe, le français. Le gouvernement les nourrît, les habille, et leur accorde la solde militaire.

Les professeurs sont: M. le commandant de Tavem, directeur; M. Soulic, professenr de français et d'arabe; ^I. de Serre, professeur de mathématiques. — U y a, en outre, un capitaine et un lieutenant pour instruire les élèves dans l'art militaire, et quatre sergents pour les maintenir dans le devoir. — On les punit par la salle de police, et, dans les cas de récidive, par des coups de bfttpn dont le maximum est iixé à trois cents.

Si le bey seul a la perception des impôts, c'est qu'aussi

il a seul l'administration des revenus publics, celle de la

police générale et particulière, et la haute surveillance des

fonctionnaires et de tout ce qui regarde l'armée, la marine

et les travaux publics. — Les relations diplomatiques ne re^

lèvent aussi que de lui.

Malgré celte muLtiludc d'objets dillércnts qui réclament

tant d'atlenlion et de temps de la part d'un souveraÎD, tout est dirigé avec ordre et précision dans ces diverses administrations. Celles-ci sont, il est vrai, réduites ù leur plus grande simplicité, en quoi elles ont l'avantage de Téconomie, de la célérité, et d'une facilité de surveillance telle que d*un seul coup d'œil le prince peut s'apercevoir des abus ou des malversations qui pourraient se glisser dans l*£tat

Tous les trois ou quatre ans le prince régnant passe une grande revue des troupes irrégulières, et surtout de la cavalerie qui se rend aux expéditions bisannuelles soit camps, [ionv percevoir les impôts dans les tribus de l'intérieur. La cérémonie a lieu devant le palais de la Marse: son Âltesse y siège dans son pavillon, entourée d'un brillant état-major de généraux et de grands dignitaires. De là le bey voit tout ce qui se passe et peut facileipent faire connaître son opinion.

Les cavaliers défilent, homme après homme, moulés sur leurs chevaux. Un officier appelle à haute voix te nom de chaque indivitlii, tandis qu'un scribe enrcj^islro à mesure les observations, et que quatre caïds richement vêtus servent d'introducteurs.

Des serviteurs du bey, entièrement i ouverts de magnifiques vêtements rouge-ponceau, font à la l'ois roffice d'huis» sierset d'exécuteurs: Tun d'eux, par exemple, est muni d'une immense paire de ciseaux; un autre d'une espèce de panier, soit couffin; un troisième tient en respect le cheval que l'on examine, alors que son cavalier qui est en selle,

esl appelé à haute voix par le scribe. Chaque homme reste ainsi deux ou trois minutes devant le pavillon du bey, qui fait connaître sa décision par un simple signe.

Aussitôt que le cavalier et sa monture sont acceptés, le serviteur vêtu de rouge, qui est muni de hi grande paire de. ciseaux, et qui a les yeux constamment tixés sur le pavillon royal, saisit les crins de la queue du cheval, et donne un coup de ciseaux au Ixnil de celle queue ilonl les crins sont reçus dans le couffin de Tautre serviteur, vêtu également en ponceau. Le cavalier est généralement acceph's à moins qu'il ne soi l trop vieux. Le cheval ne Test pas toujours: il est refusé s'il a Tair trop chélif» ou s'il lui est survenu quelque accidenl. Dans ce cas les serviteurs l'ont descendre l'homme, et entraînent le cheval dans une des écuries du prince, où il est marqué comme hors de service. — Tous les chevaux de la cavalerie apparliennenl au bey, qui fait ordinairement remplacer ceux qui sont trop mauvais. — Le malheureux cavalier dont le cheval est blessé ou trop maigre, et qui craint d en être séparé, s'adresse au bey depuis sa monture, et plaide lui«méme sa cause à haute voix. — Quelques honuncs arrivent à pied, apportant et tenant à la main la queue entière de leur cheval pour prouver quil a péri.

Celle revue dure plusieurs heures, cl, malgré la longueur de la séance, ce Souverain vraiment patriarcal examine tout, donne constamment son avis, et bien souvent, la revue terminée, va présider le conseil de ses ministres.

CLIMT ET PRODUCTIONS.

irSDUSTUlE ET COMMERCE.

.unis est située entre le 33<* 10' et le 57*^ 12' de latitude Noid, et le IS» 50' et le 8« 55' de longitude Est.

L'étendue du royaume est au moins de 150^000 ki-

j^lomètres carrés, sans compter les régions qui sont au delà du Belad-al-Djérid.

Le climat de Tunis est extrêmement salubre. La chaleur, quoique bien plus t'orle qu'en Europe, ne fatigue pas autant que dans des contrées plus septentrionales, ce qui doit être attribué à la qualité de l'air plus élastique et plus pur. La salubrité de Tunis vient de sa position admirable, et peutêtre des marais salés qui se trouvent dans son voisinage. On n'y entend pas parler de fièvres, comme dans d'autres localités du littoral africain; et la seule maladie qui y règne, pendant Tété, est l'ophtalmie provenant de la réfraction d'un soleil brûlant et des vents chargés de sable et de poussière. — Un fait digne de remarque, c'est que les jeunes enfants qui sont, en général, plutôt pftles et délicats dans les pays très-cliauds, sont presque toujours à Tunis gras et bien portants, avec des joues fraîches et vermeilles. Le thermomètre, en hiver, se maintient ordinairement à

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10 ou 1^ au-dessus de zéro» et ne descend presque jamais à zéro, tandis que, en é(é, il monte de 25 à 30°, «M jusqu'à iO et 50^ G. dans les localités les plus exposées au soleil.

Les mois de Mars, d*Avril et de Mai sont fort agréables à Tunis. Pendant celle saison douce et tempérée la végétation se montre dans sa magnificence, mais durant les mois qui suivent, tout est desséché et brûlé par le soleil. — Les pluies ont lieu surtout en Décembre, eu Janvier et en Février. — Le mois de Juin est consacré aux moissons. — Au mois de Novembre les pâturages reverdissent.

La Régence de Tunis produit en abondance tout ce qui

est nécessaire à la vie. L*on y trouve presque tous les arbres fruitiers, Tolivier, le caroubier, le figuier, Foranger, le citronnier, l'amandier, le palmier-daltier, le châlaiîrnier, le noyer, Taloès, le cactus, le jujubier, le grenadier, le coignassier, le mûrier, Tarbousier. — Partout où se rencontrent des jardins quelque peu soignés on voit des cerisiers, des pommiers, des poiriers, des pruniers, des abricotiers, des pècbers; on cultive le raisin, le melon, la pastèque, la banane, le cumin, le sumac, le henné, le tamarin, le safran, le séné, le tabac, la garance, le coton, et même la canne à sucre.

On trouve dans les forêts le cèdre, le chcne vert, le chéne-liége, le chêne blanc, comme aussi le frêne, Torme, le saule, le peuplier, le platane, le lentisque, le tremble, Taune,

— sole pin, et en moins grande quantité, le tamaris» le cyprès» le myrlhe, le thuya dont on faisait des tables qui se vendaient, du temps du roi Juba, un prix exuiLiilanl.

Les prairies sont émaillées de toutes les fleurs que Ton voit en Europe dans les campaîjnes et dans les jardins. Le grand nombre des ileui's de couleur bleue est remarquable. — Tunis produit tous les légumes: déjà à la fin de Janvier on iiiaiige des petits pois. — On a des oranges à peu près toute Tannée.

Dans les environs delà ville on remarque des champs de

fèves considérables; puis, plus loin, des collines couvertes de beaux oliviers. Tout le littoral en est boisé, et Ton en trouve des plaines immenses sur les bords de la Mojerdn, rivière qui coule à environ trois lieues de Tunis. Aussi le commerce des huiles est-il considérable. — De grandes étendues de pays sont couvertes de céréales.

Les meilleures dattes du monde croissent dans le Sud de la Régence dans le Belad-al-Djérid, pays des dattes, plus simplement le Djérid. — Il y a plusieurs espèces de ce fruit, lesquelles se divisent encore en diverses qualités. La dégia qui est muscate est la meilleure: elle se subdivise en deux qualités, dont la première se récolte avec soin eu Janvier et en Février, lorsqu'elle est bien mûre et délicate. La seconde qui est inférieure se cueille à la fin de Décembre. Ces deux variétés sont expédiées en Europe. La hora n'est pas si recherchée que la dégla, on en fait la récolte en Octobre et en Novembre. La hamma sert de nourriture aux Arabes

Bédouins y elle -est aussi envoyée à Malle pour le peuple. Enfin la datte de Gabës parvient à peine à maturité: coupée

en lieux, on en fait une espèce de jiàle doul s^e conlenle la frugalité des Arabes.

Quant à la couslilutiou du sol il se compose de calcaire, de marnes ou de marnes argileuses, et de sables marneux.

Los côles sont d*une jrrande richesse de végélaliou. La couche de terre végétale y est parfois fort épaisse. — Le pays est très-montagneux du côté du Kef au Sud-Ouest, et du mont Zahuuaa à TEst, pic du sumiuet duquel on découvre sept rangs de montagnes dans la direction du Cap Bon. Au delà du Djérid , du c6té de Gadamès on ne trouve plus guère (ju'un sol uni, dur, couverl de sables mobiles que le vent transporte çà et là, et qui sont soulevés en ondes agitées comme les flots de la mer. Parfois ce désert est mitrecoupé par des culiiaes locailleuses, renfermant d'énormes couches de sel gemme, blanc comme la neige, ou par de grandes plaines basaltiques, ou encore par des amas de ces mêmes pierres entassées les unes sur les autres, mêlées et amalgamées à des pétrifications ou à des troncs d'arbres carbonisés. Le pays renferme aussi quelques oasis, ou terrains fertiles et arrosés qui étonnent par leur aspect riant et l'abondance de leurs produits.

1^ Régence est très-ricbe en mine> de toute e>|>è« o. Dans les montagnes de THamman-Lif et du Djébei-Reças on trouve beaucoup de plomb, au Kef des mines de fer, de

cuivre, de soufre, de tripoli. L'argent et les autres métaux se trouvent également. — Les côtes sont riches en corail. — Le sable de la Goulelle est aurifère. — On exploite aussi rantimoine avec lequel se prépare le cosmétique nommé koheul, dont les femmes se teignent en noir les sourcils et les paupières pour donner à leurs yeux plus d'éclat et de douceur. Cette pratique remonte à la plus haute antiquité, car elle était connue des dames «^necques et romaines, et elle n'est pas tolaiemcnt étrangère aujourd'hui aux dames de Paris qui vont à TOpéra.

La Régence renferme toute espèce d'animaux, le lion, le tigre, la panthère, la hyène, le chacal, le singe, le lynx, le renard , le cerf , rantilope, le mouflon, riclineiimon, la loutre, la gerboise, le sanglier, la gazelle, Tautruche, le flamant, la grue, ainsi que tous les animaux domestiques et toutes sortes de gibier, tels que lièvres, peulrix, cailles, bécasses, bécassines, grives, courlis, alouettes, canards sauvages, ortolans, pinsons, poules deCarthage, pluviers blancs, pluviers dorés, etc. — La Tunisie est l un des plus beaux pays de chasse du monde. — Les bêtes féroces, reléguées dans les montagnes n'inquiètent guère le voyageur qui, avec des soins et une très-grande propreté, peut se préserver des insectes désagréables et incommodes, auxquels les pays cliauds sont sujets. La liyène cl le chacal ne sont point dangereux: ils s'apprivoisent facilement, un homme seul les fait toiyouis fuir, et les Arabes les traitent à coups de pied.

Lq$ bêtes vcninieuscs ii'^ sont pas plus nombreuses qu'en Europe, hormis le scorpion qu'on trouve particulièrement dans le Sud, mais qui ne blesse que pour se défendre; il se rencoulre rarement dans les maisons, et se tient ordinairement au dehors sous des pierres. Sa piqûre d'ailleurs guérît promplemenl. — Les serpents et les araignées n'y sont pas plus redoutables qu'en France.

Des multitudes d'abeilles qui se nourrissent de plantes sauvages aromatiques, font leur miel dans les trous et les creux des rochers, des collines et des montagnes de Tintérieur du littoral. Ce miel qui découle souvent des rochers, sert à la nourriture des habitants, et la cire est l'un des objets dont on fait un grand commerce dans le pays.

Les vaches de Tunis sont assez belles et un peu plus grosses que celles de TAlgérie. Les moutons sont d'une espèce particulière: ils ont de larges et grosses queues, chargées de graisse, qui pèsent jusqu à vingt kilogrammes.

L'on rencontre parfois des troupeaux de plusieurs milliers de chameaux qui paissent dans les vallées. Cet utile animal est le serviteur le plus lidèlc tic l'Arabe. Une charge de 300 à 350 kilog. ne Fempéche pas de faire 60 kilomètres (111110 seule traite, ou 25 à 50 lieues par jour. Il se nourrit des végétaux les plus coriaces et les plus secs, du cactus, par exemple, dont les énormes piquants ne lui font aucun mal. 11 peut se passer de nourriture pendant plusieurs jours, et de boisson pendant des mois entiers. On met à proût sa chair, son poil dont on fait des tentes, sa peau, sa graisse,

et le lait de la femelle. — Le méliari est le dromadaire-coureur: il se trouve dans le Désert et sur ses conOns; c*est un bel et noble animal aux formes gracieuses, fort estimé à cause de la rapidité de sa course , très-supérieur au chameau, et dont le prix est sept ou huit fois plus élevé.

On trouve partout des cbèvres, des vaches, et des pigeons pour des prix étonnamment bas; puis aussi la tortue» le caméléon, la sangsue, et la sauterelle qui sert de nourriture aux babiLants pauvres des oasis. Enfin il faut mentionner la cigogne, le grèbe, le héron, le cormoran, Foutarde, le pélican, cl les oiseaux de proie, comme l'aigle, répervier, et beaucoup d'autres. Sur les côtes on trouve en abondance des huîtres, des oursins, des clovis, des moules, des crevettes, des homards, elc. Il y avait autrefois Uois madragues pour le thon : celles de Monastir et de Sidi Daoud étaient renommées, actuellement il n'en reste plus qu une en activité. — La cochenille et les éponges se trouvent aussi dans la Régence.

Du côté du Djérid on rencontre des sources, chaudes à 4â ou 50 degrés environ. Ces sources contiennent cependant des petits poissons qui vivent dans cette température élevée: ils sont sans arêtes, sans muscles, et sans yeux apparents; hors de Teau chaude, c'est-à-4ire à Tair ou dans Teau froide, ils meurent immédiatement.

L'industrie indigène la plus étendue est celle des chéchias^ soit fez ou bonnet oriental; elle occupe beaucoup de

inonde. La laine qui vient de Djerbi est Iricolée à Tunis par des femmes. Les bonnets^ une fois faits, sont cardés à la main avec beaucoup de soin: on voit, dans des rues entières, (les Maures occupés à ce travail. Les chéchias sont foulées à Tébourba sur les rives de la Méjerda, Fancienne Bagrada; puis, teintes et de nouveau foulées à Zahouan. On les teint avec un mélange de garance et de cochenille. Les eaux de Zahouan leur donnent cette bdle nuance qui n*a pu être obtenue nulle part ailleurs. Aussi expédie-t-on de Tunis des chéchias de toutes formes en Turquie, en Perse, en E^pte, dans le Maroc, en un mot, dans tous les pays musulmans. — On trouve à Tébourba une fabrique de draps; à la Gourfa, une fabrique de vêlements pour les militaires. — A Souza, à Monastir, des fabriques de savon, des moulins à huile : ces derniers sont très-nombreux dans la Régence, particulièrement sur les côtes où les oliviers abondent. — Il v a à Tunis un Lkiblissomciil de machines

à vapeur dont le directeur est un Prussien, M. llarouas, et le chef mécanicien un Sarde, M. Costa. — Les cuirs sont aussi une branche de commerce étendue. La fabrication des selles est digne d'attention. —Le commerce avec le Levant, Malte, la Sardai^^e et la Sicile est assez considérable. — Les Arabes de 1 intérieur iilenl le poil de chameau dont ils font des tapis, des tentes, des burnous, des cordes pour se ceindre la tclc et attacher le batk.

L'Hôtel des Monnaies est situé au Bardo. — Les pièces

tunisiennes en or, en argent, et en cuivre y sont frappées

à la marque du souverain.

/ Le boiimia vaut eeiit piastres

Monnaies \ Le boukamsin » cinquante . » .

d'or. J Le bouoclienae * vingt §

[ Le bouachra » dix. »

!Le bookamsa • cinq t

Lebouarba > quatre t

Le bontlalla » trois »

Lebourialia > deux >

Le boiuiel csl la piastre qui vaut environ treize ou quatorze sous de France, tantôt plus, tantôt moins. La demi-piastre, la nusria, est aussi en aident.

Quant aux monnaies de cuivre ce sont :

Le bourboô, pièce de quatre caroubes ou quart de piastre.

La boussctte, qui vaut six aspres, soit deui caroubes moios im fels.

La caroube, qui Taut trois aspres.

L'aspre, qui est un tiers de caroube.

Le fels, qui est la moitié de Taspre fi le slxièiue de la caroube.

Anciennement on avait encore la bourbina , qui était

la sixième partie d'un fels, et la six cent viii;;t-quatrième partie d'une piasti*e. 11 y a quarante ans qu'il était encore possible d'acheter quelque chose au marché avec une seule

Luurbiiia.

Les marchandises paient trois pour cent à la douane de Tunis.

La mesure de longueur est le draâ (la coudée), qui

s'étend du coude à reitrémité de Tindex. Les étoffes fabriquées à Tunis se mesurent avec le draâ arbi, bras ou coudée arabe, et les étoiles éUangères avec le draâ turki , coudée turque. U y a peu de différence entre ces deux mesures. — Pour mesurer les terres et les maisons, on emploie le draà malcki, la mesure ou le bras de Tange: c'est rétendue des deux bras déployés, y compris le corps, d un index à l'autre index. — Pour les grains c'est le saâh, le temna, i'ouïba et le kfise qui sont usités. Le saâh ou charge vaut 125 kilog. ou envitron 250 livres.

Quant au commerce européen, il s'occupe particulièrement des huiles, puis aussi des céréales comme exportation; les importations consistent en toute espèce d'articles.

En 1780 il n*y avait que huit maisons de commerce

(^ttddies à Tunis, toutes étaient françaises. Actuellement encore il n'y a qu'un nombre très^-restreint de maisons de premier ordre. Les autres maisons européennes, moins considérables, ont à leur tête des Israélites livournais.

Les princes de Tunis se sont toujours montrés bienveillants pour les néj»ociants européens établis dans leurs Etats.

VILLËS ËT LOCALITÉS DIVËRSËS

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