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DES MAIRES, DES ARABES

ET VKSi

DJÉBËUAS OU KABYLES.

n trouve à Tunis Tun des plus beaux types des populations maures. — Les Maures de Tunis (lescemleiil, en partie, des Maures d'Espagne, de ceux de Sicile qui repassèrent en Afrique, it la domination intolérante des empereurs d'Allemagne. Un certain nuinijre de Maures descendent aussi des Turcs et des Koulouglis; et beaucoup d'entre eux ont du san«? eiu-opéen ou asiatique dans les veines, des marins ou des esclaves espagnols, grecs, italiens, circas- . sieps, ayant, à diverses époques, embrassé Fislambme et adopté Tunis pour patrie.

Les Maures se marient entre eux ; ils ne voudraient pas contracter d'alliance avec les Bédouins, et, d'un autre côté, un Arabe nomade ne voudrait pas donner sa tille à un Blaure.

Les Maures sont des citadins graves et paisibles, pleins du sentiment de leur dignité, tiers et orgueilleux, souvent hautains et superbes, quoique toujours polis et pleins de

courtoisie.

Us ont conservé quelque chose du caractère chevaleresque de leurs ancêtres ; ils aiment à obliger, et se montrent souvent pleins d'égards pour les étrangers.

Le Maure est amoureux du merveilleux, de la inujsique et de la poésie^ des fleurs et des parfums. 11 aime les récits, les contes, les légendes ; il est riche d'imagination, et s'exprime en termes choisis.

Il est indolent et insouciant.

11 ne pense pas déroger, lois même qu'il appartient à la noblesse» en se livrant au commerce et en tenant boutique. Dans ces boutiques, il vend des tissus, des soieries, des draps de couleur, des étoiles, des armes à feu incrustées, des tables, des guéridons en nacre et en écaille, des objets cil lilij^iaiie il'or ou (rarjrent, des djrbiras ou gibecières de grèbe ou d'ichneumon, des chapeaux de palmier ornés de belles plumes d'autruche, des éventails d'aloès, du henné, du hacliicli, du koheul, du ralioukuùm, des bracelets d'argent massif, des essences et des parfums, des griffes de lion ou des défenses de sanglier montées en argent, du tabac, des cierges pour les mosquées, des fruits et des légumes verts ou secs, et tout ce qui concerne la chaussure, la coiffure et les vètPiiieiils.

Le Maure rit rarement, jamais aux éclats, ce serait par trop contraire au sentiment de la dignité humaine dont il est pénétré.

Il n'a pas ce détestable esprit de moquerie et de raillerie, de causticité et de persiflage vulgaire que l'on trouve en Europe ; mais sa conversation renferme des comparaisons fines, ingénieuses et originales; son persiflage est de bon

ton, qutlqueloib uiuidaiil, rarement impoli.

Le Maure le plus inlime sait qu'il est un homme^ et comme tel l'égal même du prince.

il li a jamais ce ton grossier^ ccb juicuieub, ces expressions choquantes des gens du peuple en Europe.

n a un tact particulier pour rendre à chacun ce qui lui est dû, et il ne se mouUe jamais insolent envers ses su* périeurs.

Il faut môme dire que les indigènes maures, arabes, kabyles» qui sont manœuvres, portefaix, canotiers, sont plus polis que beaucoup de crocheteurs français, moins cupides que les faccliiui italiens, et surtout bien moins impertinents et moins grossiers que la plupart des bateliers, des cochers, des gens de peine et de métier de la Suisse.

Le respect filial est une des qualités communes aux Maures et aux Arabes: chez eux, dans toutes les classes, les enfants montrent un grand respect pour leurs parents. Jamais ils ne s'assiéront devant leur père ou leur frère atné en présence des étrangers: ils les serviront plutôt eux-nirmes, nonobstant le personnel des serviteurs que renferme la maison, et ils s'abstiendront soigneusement de manger ou de lumer devant eux, alors qu'une personne invitée ou en visite est entrée dans leur demeure.

Ces peuples témoignent beaucoup de respect envers leurs ancêtres, et en général envers les morts. Tandis qu en Europe, c'est à peine si la plupart des gens connaissent les

noms de leurs aïeux au delà de tiois ou quatre générations,

chez les populations musulmanes au contraire nous voyons des généalogies remonter très-haut, et le souvenir des an-

cêtres se conserver Irès-vivaiiL chez leurs arricie-petitsneveui.

Les traditions jouent un grand rôle dans leurs mœurs,

et ont presque toule^? quelque chose de respectable. Les funérailles qui sont fort simples, se font pourtant avec convenance, et quelquefois avec grandeur. Pendant la marche du cortège qui porle le corps d'un personnage notable au cimetière, les divers marabouts répartis en quatre bandes, font entendre des chants de circonstance, tristes et graves; puis, arrivés au bord de la tombe, ils se livrent à des pratiques du culte musulman, accompagnées par la foule de celle phrase sacrée :

■ ùj^j ^\ ^

<r Dieu seul est Dieu, et Mohammed est son envoyé. »

Les Maures ensevelissent leurs morts couchés et la téte

toujours tournée du côté de la Mecque, ce qui fait que les tombes sont toutes dirigées dans le même sens : la partie supérieure est soigneusement recouverte de dalles ou d*une solide maçonnerie en briques. Aucune inscription ne distingue ces tombes : seulement sur beaucoup d'entre elles on trouve un petit godet scellé dans la maçonnerie, ou un léger enioncement taillé par le ciseau, «impie creux circulaire pratiqué sur la tombe et destiné, dans ce pays sec et chaud, à conserver l'eau des pluies pour les petits oi-

seaux: cet usage étant considéré comme une œuvre pie, doit porter bonheur à la famille du défont

A Tunis tous les cimetières sont hors de la ville.

Les mères, les épouses, les sœurs ou les filles des défunts font, certains jours de la semaine, des pèlerinafres aux tombeaux de leurs pareiils. C'est un curieux spectacle que de voir, dispersées dans l'immense cimetière de Sidi-bel- Hasscn, ces lé<;ions de reniines values de robes bleues, ponceau ou vert-pomme, qui viennent pleurer , ou plutôt se promener au milieu de tous ces monuments funèbres. Lorsque le deuil est récent et rallliciion profonde, la parente du mort arrive huit jours après son enterrement, escortée de ses amies et de ses voisines; elle se livre sur la tombe à des pleurs, des gémissements, des lamenlalious, et à un désespoir sans bornes; elle s*arrache les cheveux, fait pénétrer ses ongles dans les cbairs de sa li;:ui'e, el s'écrie avec douleur, si elle a perdu un père ou un frère ainé, par exemple: « O toi! qui étais mon meilleur ami f qui me tenais sur tes genoux quand j'étais toute petite! qui me protégeais et me soignais avec tant de bonté l O toi! le compagnon de mes jeux et de mon enfance, pourquoi nous as-tu quittés? pourquoi nous as-tu laissés/ Keviens donc au milieu de nous. » Ou si c'est un époux : « 0 toi! qui faisais tout mon bonbeur! mon bien-aimé! Pourquoi es-lu parti? pourquoi m'as-tu abandonnée? Qui me protégera maintenant? qui prepdra soin de moi?....» Ou pour un enfant: « O pauvre petit! cher petit! mon premier-né! depuis que tu m'as

quittée, mes yeux se sont fondus en ruisseaux de larmes, mon cœur est déchiré; la douleur a consumé tous mes os; je ne puis vivre sans toi; leviens vers moi, ne me laisse pas pour loiyours. n Ces plaintes se répètent, avec toutes les variantes que le chagfrin inspire, pendant un temps plus ou moins long, et la malhciiieuse continue à gémir et à se lamenter en appelant le défunt des noms les plus tendres; ou bien elle pousse des cris déchirants, et se livre à des transports de désespoir, en se mettant la figure en sang. — Pendant ce temps les amies et les voisines, qui ont apporté une collation, prennent des rafraichii-sements, tout près de la tombe^ et le plus paisiblement du monde. Quand elles ont fini leur repas, et que la femme désolée a essuyé son sang et ses larmes et quitté le cimetière, elles raccompagnent et la suivent silencieusement jusque chez elle.

Les hommes ont plus d'éner^rie, et lors même (jue leur chagrin est«profond, ils ne le mettent pas au dehors.

« C'était écrit chez Dieu, » disent-ils avec résignation, d'un ton pénétré, et san^ jamais murmurer contre les dispensations divines. Du reste, on le sait, musulman veut dire « résigné à la volonté de Dieu. « Cette disposition se retrouve dans toutes les circonstances de la vie du musulman. Ainsi, il y a peu de temps qu'un vaisseau, revenant d'Alexandrie à Tunis, ét^iit en (l;ni<rcr de périr en i)leine mer. Deux Maures de distinction étaient à bord, et jouaient tranquillement aux échecs, lorsque Tun des passagers européens se précipilaiil dans le salon où ils étaient, leur annonce que

loul espoir esl perdu el que le bâtimenl va iaire naufrage. Allah Eérim, « Dieu est grande » lui répondirent-ils^ et ils continuèrent leur partie d échecs. 11 ne resUiit cependant paint d'espérance de salut, car le bâtiment se trouvait à vingt lieues des côtes. Toutefois il ne périt pas.

Les intérieurs maures sont impénétrables et sacrés. Jamais personne ne peut y arriver, ni en connaître les détails. £t pourtant quelles scènes émouvantes et mystérieuses s*y passent! Quels drames terribles, quels épisodes étranges, romanesqucb, el parfois sanglants s'y déroulent !

Les Maures de Tunis se marient à seize ou dix*huit ans, et parfois à quatorze ou quinze ans. Les femmes^ depuis Tâge de dix ans.

Les Maures, avant leur mariage, ne doivent pas voir leur (lancée; malgré cela, il leur arrive souvent de Taimer éperduement sur la description que quelque vieille duègne leur en a faite. Us se montent la téte, et deviennent amoureux-lous de confiance. Ainsi un Maure passionné poui une fiancée inconnue ou pour une belle qui le captive, entreprendra les choses les plus difficiles, les plus périlleuses et les plus étranges pour lui prouver son amour : il ira lui chercher à des distances considérables une parure, un mouchoir, un fruit qu'elle aura désiré; il s'exposera à mille dangers, car, pour lui plaire, il n'est rien qu'il ne fasse. Par exemple, il se brûlera le plus chevaleresquement du monde à son intention : prenant un bou-kamiu ( grosse pièce de

monnaie ou double piastre), il le fait rougir au feu, se le pose héroïquement sur le bras ou sur le poignet, et se laisse, sans sourciller, brûler les chairs, en disant seulement à celle dont il est épris, qu'elle assiste, voilée ou non, à cette marque d'amour: « Vois>lu comme je faime!»

Plusieurs nobl<*s et riches Maures, malgré la permission du Koran, n'ont jamais épousé qu'une seule femme à laquelle ils consacrent toute leur affection.

Les enfants maures à Tunis ont en général de jolis traits, le teint blanc mat, et des yeux pleins d*intdligence et de

vivacité. Leurs jeux sont à peu près les mêmes que ceux des enfants d'Europe. L'un de ceux auxquels ils prennent un très-grand plaisir, est le golf ou le shmty, ce jeu favori des Highlanders, qu'on est fort surpris de retrouver à une telle distance des montagnes de l'Ecosse.

Chacun connaît la description des bains maures, mais ce qu'on sait moins peut-être, ce sont les procédés employés pendant ce bain de vapeur pour rafraicliir, ibrlitier ou réchauffer le corps. Voici quelques détails: Avant de prendre

un bain chaud, le Maure se lail raser el épilcr, puis frictionner la plante des pieds avec une pierre ponce, et entin masser et lotionner, après quoi il se plonge dans un bitssin d'eau tiède, el le massage se reiiouveile; cette opération terminée, on emploie un Uniment composé de guimauve, de henné et de la feuille du lotm zmft»» Pour donner de la

fraicbeur, le liniment est composé de feuilles de violettes et de roses; pour donner de la chaleur, il est composé de camomilles et de plantes aromatiques du ])ays; pour les personnes qui éprouvent de la lassitude^ de la faiblesse, ou qui sont sujettes à de fortes transpirations^ on fait un mélange de myrte, de bois de sandal, de boutons de rose séchés, de lentilles et de noii de galle. Toutes ces substances sont pilées, puis mélangées avec du vinaigre. Ce lini* ment a pour vertu de prévenir les rhumes, les faiblesses, les inflammations, la débilité, et bien d'autres maux encore.

11 est c ertain que les bains de vapeur d'eau salée corn* muns à Tunis sont excellents pour la santé: ils donnent du ton, et fortifient sans échauffer; ils rendent les membres plus souples, Tesprit plus dispos, et le corps plus agile.

Les baigneurs et les propriétaires de bains sont tous Mozabiles, c'esl-ù-dire, originaires d'une grande h ibu au Sud de la Régence: on les regarde comme descendant des anciens Gétules, et leur probité, ainsi que leur douceur de caractère, sont devenues proverbiales. Us émigrent sur tout le littoral de la Berbérie, où ils remplissent diverses professions, et se montrent fort industrieux.

A Tunis les Maures sont divisés en corporations, ayant

à leur tête un aminé ou syndic. — La [tlus lespeclée de ce:? corporations est tout d'abord celle des personnes consacrées au service du culte musulman; puis celle des notaires et celle des bonnetiers qui foniienl la haute bour-

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feoisie. — Leg scribes portent comme marque de leur emploi uuc espèce de cornet, soit étui ou boite étroite el assez longue pour contenir des plumes, de Tencre et un canif. Cette écritoire se porte accrochée à la ceinture. Les plumes dont ils se servent sont un roseau court et fort, taillé comme les plumes d*oie en Europe , mais plus large et coupé obiiqueuieul.

Les Maures dont les ancêtres vinrent d'Ëspagne, forment encore une espèce de caste à part, qu'on reconnaît aiséuicul à son type andalous. Ils se marient ordinairement entre eux, et se regardent comme formant une espèce d'aristocratie. La }tIu|K'irt conservent soigneusement encore les clés (ic leurs maisons de Cordoue ou de Grenade, dans lesquelles ils espèrent rentrer un jour.

Pamii 1rs coutumes des indigènes, il l'aul ciler celle qui les empêche d'achever la construction d'une maison quand la personne qui la faisait bâtir vient à mourir, et l'usage qui veut qu à la pose de la première pierre des tondemenls, le propriétaire tue un bœuf et le donne aux pauvres.

Les Maures respectent particulièrement le serpent, la cigogne et riiirondeile qui sont sacrés, et doivent porter bon* heur; un serpent dans une maison en fait la fortune.

Les Maures aiment les couleurs vives et éclatantes, cependant leur costume se trouve parfois d'une grande élégance et d'un bon goût partait.

Voici les noms des diverses pièces de leurs vêtements:

HabUfmenls pour les homiMs,

Chéchia, soilfez ou bonnel rouge avec flol de soie bleue.

AJarakia, petit boooet blanc eo calicot pour mettre dessous la chéchia.

Djémala. torban^

Farmela, gilet de dessous.

Sailria, gilet de dessus avec boulous.

Abaïa, veste brodée.

Sanda, ceinture.

Séroual, pantalon.

Séroual-djkélani, caleçon.

Tuka, ïmxi pour attacher le pantalon sur le premier gilet. Kelasset, bas.

Sebbat, souliers marocaiDs.

Sebbarla, pantoufles de mait^on.

Ribïéa, petites pantoufles de dessous en peau. Babra, souliers très-minces & semelles souples. Besmak, savate sans talon.

Kabkab, socques.

Kaltan , catetaii, grand habit descendant jusqu aux talons et porté

par les tolbas, les scribes.

Zoaka, cafetan allant seulement jusqu'aux genoux. Gefara , petit burnous en laine fine et blanche pour Télé.

Bamus, burnous.

Haîk, grand vêtement eu laine et soie, qui se place sous le burnous, et peut envelopper la tête et le corps entier.

Habillements pour les femtnes,

Saffaka, mouchoir pour la tète.

Kuflia, espèce de bouiii t l)rodé eti or ou en argenl, formant queue derrière la léle et descendant jusqu'à la taille.

fieskir, grand et long muuclioir brodé qui enveloppe le meniun cl le bas du visage, et dont les bouts» noués derrière la Idte, tombent jusqu'aux genoux.

Takivla, iiiouctiuir couvrant le desâus de la léte.

(jandoura, robe.

Dakéla, robe de dessous.

Panola, veste brodée garnie d'or et d*argent.

Djebba, robe ordmairrment en soie de deux couleurs distinctes.

Séroual, pantalon garni en or depuis les genoux aux pieds.

Sassari, baïk de femme.

Seloià toutes les [n obabiitlés et à (jiiciques exceptions [irês, le type arabe est celui qui $e rapproche le plus, soit au moral, soit au physique, d'un lype primitif. Mais on ne peut guère trouver ce type parmi les populations journellement en contact avec les Européens.

L'Arabe pur ne connail de mesure ni dans Tainour ni dans la haine.

Il est che\aleres(|iio et jïuerrier, aristocratique et tëodal.

11 aime le bruit et la fanUisia.

Il est brave et courageux, intrépide et énergique.

11 esl cirdeul et impétueux, mais en même temps sévère, digne et fier.

n est fidèle A la parole donnée, quoique rempli de ruse, de souplesse el de iinesse.

Il est ignorant et paresseux, mais sobre et frugal.

Se contentaui de ce qu'il y a de plus simple, de plus or-

dinaa e, el mèiiie de plus grossier, il nous montre avec combien peu de chose jnous pourrions vivre. De l'eau, du lail, de la mauvaise {ifalette, des fhiits et des herbes des champs, un vieux burnous et une tente percée el trouée, suffisent à l'Arabe des douars. Il n*a peut-élre jamais vu autre chose ; il s(i contente de ce qu'il a, sans désirer ce ({ii tl ne connaît pas, el vit libre el heureux. — Gomme le Maure el les autres populations musulmanes, il est rempli d'une r^ignation sans bornes à la voioiiU' de Dieu, ce qui ajoute singulit*rement à sa quiétude et à sa tranquillité d'esprit.

L'Arabe, quoique nomade, est fort attaché au sol qu'il cultive. Les cbangemeuls de place des douars se font d'une manière périodique, ré^fulière, et chaque année les tribus reparaisï«t'iil et s'étiiblissent de iK»uveaii, pour un temps plus ou moins long« dans les parages qu'elles avaient quittés l'année d'auparavant.

Le type de la race arabe est beau , noble el majestueux. Ce peuple a les y* ux, les cheveux et la Irarbe noirs, les traits fms, le visage ovale, le corps bien proportionné, svelle^ musculeux et robuste, le teint hâlé par un soleil brûlant, tandis que les Maures ont le teint blanc, el sont généralemenl fort gras. — Les femmes arabes sont petites et plut6t jolies que belles; leur beauté passe vile; mariées à douze ans elles paraissent souvent déjà vieilles à vingt. Les femmes des Arabes nomades, comme aussi el plus particulièrement encore les femmes kabyles, vaquent à leurs

travaux quotidiens le visa;j:e découvert, et ne prennent guère la peine de se voiler lorsque des étrangers arrivent dans leurs douars. La femme kabyle jouit encore de plus de liberté: elle prend part aux repas de famille, obtient aussi plus de considération , et ressemble assee dans la classe aisée mt bonnes fermières de certaines parties de la France. — Parmi les femmes arabes il s'en trouve de fort jolies. Celles de condition inférieure sont traitées avec bien pou d'é^fards: c'est ainsi qu'on voit suuvtiii la femme portant le fusil de son mari^ et son petit enfant sur le dos, courir après TArabe monté lui-même sur un bon cheval.

Les Mauresques de distinction sont d'une ^îrande beauté et se font particulièrement remarquer par la fraîcheur de leur teint, la douceur de leur voix, la vivacité de leurs yeux noirs et expressifs, leur chevelure d'ébène, la régularité de leurs traits et leur physionomie piquante. Leur parure principale consiste eu une quantité incroyable de diamants, de perles et de pierres précieuses dont elles se font des colliers énormes. Elles surcharjrent aussi avec de nombreuses pièces «l'or, les tresses de leur chevelure. Les bracelets qu'elles portent aux bras et aux pieds, sont en or ou en argent, et cheK les femmes arabes en cuivre et en verrerie. Leurs boucles (roreilles sont d'une dimension fabuleuse. Elles suspendent à leur ceinture des ornements de tous genres parmi lesquels on remarque de petits miroirs ronds ou ovales, en métal ou en verre, des broches, des agrafes, des chaînettes, des plaquettes, des coraux > des

pièces de monnaie, des boites de senleiir., des pierreries. Le cliquelis que produit tout cet attirail, lorsqu'elles vont et viennenl, semble parliciilièremenl leur plaire. Le rouge est leur couleur favorite. Elles se teignent avec du henné les enfuies, le bout des doigts et Tintérieur de la main, qui deviennent ainsi couleur oranj^e loncé. — Les reniiiies de toutes les classes sont d*une extrême coquetterie dans leur parure. — monotone existence des dames mauresques, presque constamment reléguées dans leurs appartements, n'est guère variée que par les soins qu'elles donnent à leurs enfants, à leurs fils jusqu'à l'àj^e do sept ans; par quelques occupations domestiques, des pèlerinages aux cimetières, des promenades dans des voitures hermétiquement fermées, le spectacle de danseuses et de chanteuses qu*on fait venir dans le harem, les broderies sur gaze en fil d'or et' d'argent , des eollalions avec leurs amies, les disputes avec leurs rivales, et surtout l'importante allaire de se parer pour plaire à leurs maris.

Les iMaures, on le sait, ont Vhabitude de fumer, mais les Arabes ne fument guère. L'émir Abd-el-Kader ne fume jamais, et blâme cette eouhuiH' comme au moins iiuitile.

Quelques individus de la ville mangent et fument le haekiek, mais finissent comme les fumeurs d'opium par sliëbéter et s'abrutir coniplt>tement, car lorsqu ou a contracté cette funeste habitude, il est presque impossible de la quit* ter. Aussi ces malheureux fumeurs de hachich qui se rui-

nenl pour salisiainf liHir (siUW p«(t40ii« «Meimeal i peu prés insensibles à Umt m^i^ê au% eniinTfnenl& méaws du

h(i4 hi<.h, à V*m]t>^uT fl*»> fleurs ^^i nu chaDi *ir> ou^eaiUL

Le bacbich est b ieuiUe d'oiie espèce «le chaom Dommé takromi ou ii/, qiie les Orientaui l'wlliwnl p^^ur ses propriété?» n4ii«iii4|itt^ IIh en fuuMfni IViiréoûlé «tet^ liges et des feuilles, et en font des prépanticMis enîmatts. Lorsquoii en jjoiitp, m«^nit> <<'ult^m*'ijt nu peu, mêlé avec îles fruits ou quelque «rekV. im >eii4kirt presque immédialement, et le sommeil dur»* p;iriots Tin^l ou trente heuies pendant leMjuelltN U> nm^es ies plus lauUi>Uque>, le^ iiailoeinatioiis tes plus élranjses et les sensations les plus ex* Inordinaires vous transportenl en deliors des choses du monde réel.

La manière la plus commune d*en (aire usage est de le

fuiiii i ilans cliN pipi > » \ies>ivrun tii pelilo: on le mélange quelquefois avec du labac. Dans quelques villes d'Afrique les consommateurs de hachicb, du moins ceux qui le fument de profession, foniienl des cluli> qui se réunissent le soir pour fumer au son du lamtam« ou pour passer la nuit enivrés par le hachieh el U- jiaiTum de plantes aux odeurs pénétrantes, el les sens agréablement llattés |)ar le diant continuel de petits oiseaux rassemblés autour d'eux dans des cages, et par la roiileniplalion luuelle d'un*' belle personne, magnitiquement parée« dont la figure les captive, et qiills paient pour ce genre de représentation. — En été ils reclieiciieul peiidanl le jour les endroits Irais au fond

de iorges inaccessibles, et s'y livrent dans une espèce d'extase aux buriements les plus incroyables. — Il y avait au* Ueiois eiiire les difl'éreiiU clubs de tes ruiueui*s de hachich des rivalités telles qu*elles allaient jusqu'à les entraîner à des batailles sanglantes, dans lesquelles l'arme ordinaire était la massue. — Après le hacbich, la passipn favorite de ces clubs élait la chasse au poro-épic, dans laquelle ces iiiallieureux cherchaient à oublier le mépris dont les frappent leurs compatriotes.

L'ifospitalité arabe a passé en proverbe et avec raison, car il est de nombreuses contrées où elle s'exerce de la manière la plus touchante et la plus désinti'ressée.

Un hùte est sacré; et en celte qualité, un Arabe est en sécurité même chez son ennemi le plus acharné. On dit souvent de deux ;idvei*saires qui se réconcilient qu'ils ont mangé ensemble le pain et le sel. Chacun connaît le trait de ce chef qui venait de perdre un fils iinique quMl ché* rissail et qui, voyant arriver des étrangers chez lui, til taire sa profonde douleur pendant un jour entier pour recevoir plus convenablement et plus di<>neuient ses hôtes auxquels il tint constamment compagnie eu leur laissant ignorer son chajpfrin jusqu'au moment de leur départ^ moment qui était aussi Oxé pour 1 ensevelissement de Tétre bien-aimé qu'il avait perdu.

I^es musulmans offrent toujours l'hospitalité au nom de Dieu, el 1 étranger qui arrive dans les douars arabes y est

dési«?iié connue élanl * Thôle de Dieu, » Dans les tribus^ celui qui a refusé par avarice l'hospitalité au voyageur est méprisé de tous, et on le regarde du même œil qu'on regarderai i eu Europe uu huininc qui aurait subi la prison pour vol, c'est-à-dire, que son honneur est gravement compromis.

11 arrive queiquelois que le touriste européen parti de Tunis pour voyager dans 1 intérieur, traverse Tune des nombreuses petites villes de la Régfence peuplées uniquement de Maures. Ces deruiei's, voyaul venir un étranger, s'empressent de lui offrir te logement et la nourriture mais dans leur zèle liospiiaiit-r , Llianm désirant héberger le voyageur, il s'ensuit des contestations qui se changent (juelquefois en disputes ré^dées, et en batteries souvent meurtrières. L'étranger cause iinioccnle de tout ce tumulte dans le cas où il ne reçoit pas quelque mauvais coup dans la mêlée, promet de revenir une autre Tois, afin de conso- 1er les battus, pnis il est eiunicné triomphalement par le vainqueur qui s'empresse de lui faire préparer le couscoussou, et le régale au préalable de IVuils secs, de galette, de lait aigre, ou d'un mélange de beurre et de miel, quelquefois d'un a<çn('au rdti tout entier, collation qui se termine par du café maure. Ce calé qui se )iile dans des mortiers se boit sans sucre avec son marc. Les indigènes en prennent jusqu'à vingt fois différentes dans la journée.

11 arrive aussi dans certaines localités qu un Européen passant devant un café indigène est invité par des Mau-

res à prendre une lasse de café avec eux. Cet le lasse vaut un sou , mais plusieurs Maures à la fois voulant s'empresser de payer la dépense due au kammdji, maître du café, la tasse est mise à Tenclière et monte jusqu'à quinze ou vingt sous, ce qui devient un profit net pour le kaouat^if et une i^alanterie marquée pour l'étranger en l'honneur duquel Tenckère a lieu.

Au sujet du Gouscoussou en voici la recette, venant de l'un des cuisiniers du précédent bey de Tunis.

Recette pour le Gouscoussou. ^ Prendre one certaine quantité do semoule de moyenne grosseur: mpttic les deux tiers de celte quantité dans un grand plat rond et creux ; jeter légèremeot de Teao froide dessus avec les doigts en faisant tourner la semoule autour du plat avec la panme de la main, et toujours du même cdié; tnitre légèrement la .semoule avec la ui un. Les petites boulettes de semoule de la grosseur d'une tète d'épiugle étant formées, il faut les passer dans une passoire; ce qui reste au fond de celle-ci étant trop groupeur être passé» doit être travaillé de nouveau avec le tiers réservé de la semoule fraîche; passer de nouveau avec la passoire; dter les bouleUes trop petites, et faire entrer de force dans le plat et par les trous de la passoire celles qui sont trop grosses. — 2* Opéniioti: Faire fondre un morceau de beurre frais, gros comme une noix; le verser sur le couscoussou et travailler avec la main afin que le beurre puisse bien s imbiber. — S* Opération : Faire cuire à la vapeur d'eau. Le GOUSCOUSSOU est placé sur un tamis ou dans one nouvelle passoire très-fine \ exposer ce tamis sur une marmite d'eau bouillante continuant à cuire sur le feu: couvrir avec une grande assiette ou un plat,

et entourer les jointures qui se trouvent entre la marmite ei le tamis

(J uii iiuge huiuecU' ircs-loiig et large de deux doigts au moins, pour empêcher la rapeor de s'échapper. Celle cuisson à la Tapeur d'eau doit Aire répétée trois fois avec un inlerTalle de quelques minutes, pendant lesquelles on bat avec une cuillère et avec les mains en humectant graduellement avec la valeur d'un verre d'eau la première fois, d'un demi-verre la seconde » et d'un quart de verre la troisième; après quoi, le tout est dressé dans un grand plat profond avec un peu de beurre lirais, et travaillé de nouveau de telle manière que les boulettes ir- puissent s aiiarher les unes aux autres. — 4* Opération: Le couscoussou ainsi préparé, on dépose le plat sur des cendres chaudes pendant un quart d'heure, et on Tarrose largement de bouillon à deux reprises différentes. Ce bouillon appelé merqa et jouo un Ir ès-yrand rôle dans le con^ronssou, (hjit être composé avec une volaille, un gros morceau de mouton gras, du veau, du bœuf, et d'autres viandes, du gibier même, si Ton veut; puis il doit être assaisonné avec un ognon, du sel, et surtout beaucoup de piment ronge et de poivre noir. On fait entre anssi dans ce bouillon Irès-épicé des choux, des caroiii-ï?, des uaveU, des artichauts, des ognons, des fèves , des pois; tout cela se place sur le couscoussoo, quand il est prêt, avec des quartiers de volailles, des morcêanx de mouton cuits è Tétouffée, des mah durs, etc. *

Maspouf, autre sorte de Couscaumu, — On prend de la semoule qu'on mouille, et que Ton met dans de la mousseline ou dans une serviette très-fine. Cette semoule doit être cuite au bain-marie, puis

passée à travers une passoire et mouillée de nouveau. On la soumet encore quatre fois au bain-marie toujours en la travaillant; la troisième fois on y met du beurre tm, comme au couscoussou ordinaire; la quatrième fois, on y mélange des clous de girofle, des raisins muscats de Corinthe , et des pistaches ; la cinquième fois un saupoudre

largemenl de cannelle el rie sucre blanc p\U\ on arrosant d'ean de fleur d'oranger. Ce plat» qui est très-recberché, se mange chaud et doit être orné de rangées symétriques de pistaches, de grains de grenade, etc. — Il est ordinairement précédé d'une salade d'oranges assaisonnée d'huile, de sel el de poivre, et suivi d'un drssori où l'pn troo?e entre antres plats nn mélange de dattes, de beurre frais et de zestes d'orange, ou bien des dattes dans lesquelles on a remplacé le noyau par une pistache, des cAtes de noix, ou encore des conser- Tes à l'essence de rose ou de jasmin.

Avant et après le repas les serviteurs des riches Maures

apportent à leui*s iiKiiUcs un bassin, une aiguière ou une petite cruche pleine d'eau et un linge pour qulls se lavent les mains: à cet effet Teau est versée petit à petit sur les mains des maîtres par leurs domestiques. — L'Arabe a pour habitude de ne pas mélanger les aliments. Quant an couscousson, quelquefois co plat national reçoit vnie addilion de miel ou de sucre > de beurre plus ou moins frais, et autres ingrédients qui exigent beaucoup de courage chex les personnes peu habituées à ce {çenre d'amalgame el que la politesse oblige à accepter de pareils régals. — La cuisine maure compte un grand nombre de petits plats trèsrecherchés et fort délicats, mais excessivement épicés.

Les Maures ont Thabitude de prendre leur repas au milieu du jour, el le soir vers neuf ou dix heures.

Souvent après un repas de cérémonie, les serviteurs répandent sur les mains des invités des essences de roses ou d auircb paiiums.

Dans les rues de Tuois, on voil constamment des petits marchands maures ou israélites, qui colportent et vendent des cr6pes, des beignets uu autres» pàiisseries et sucreries, aux formes et aux couleurs les plus variées.

L'Arabe ne boil qu'une fois, à la fin du repas: quand il a fini, chaque convive lui dit « Sâka » par forme de politesse, à (|uoi il répond pour remercier, " Selmek. » Jamais un Arabe n'observe son voisin quand il mange, ce serait de mauvais Ion, il laisse à chacun des convives la liberté de faire comme il i'eulend; cependant il excitera son hôte à manger, et d'une manière pressante, si celui-ci lui paraît faire peu d*hoiineur à son festin. — Il est toujours impoli de refuser une invitation à dîner, une collation, ou un présent. Le repas qu'on offre à un voyageur en passage dans un douar, se nomme la dtffa.

On sait qu'en pays musulman les fous sont regardés

comme des personnages sacrés. Non-seulement on les respecte, mais encore on considère comme un privilège de leur donner Thospitalité et de leur offrir des présents: plus leur esprit esl déraugé, plus la vénération qu'ils inspirent est grande. — Il y a peu de temps qu'un savant naturaliste allemand débarqua à Tunis. Tout occupé de science, il avait conservé le costume des universités allemandes , le frac et le pantalon noirs, la cravate blanche, le chapeau en tuyau de cheminée. Dans ce costume uu peu excentrique.

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il se mit à parcourir la Régence; il la traversa tout entière, et passa au travers de tribus que le prince même de Tunis a de la peine à tenir sous sa dépendance, sans être en aucune liçon inquiété, tracassé, volé ou maltraité. Bien au contraire, partout on s*empressa de lui offrir lliospilalité et on lui fit toutes sortes d'honneurs; les indigènes non^seulement Taidèrent dans ses recherches scientifiques, mais empressés à lui être agréables, ils lui apportaient des arbres énormes arrachés de terre à son intention. Us ravaient pris pour un fou à la vue de son costume, jamais pareil accoutremenl n'ayant paru si proche du Désert, car les Européens appelés à voyager dans Tintérieur adoptent une partie du costume arabe.

Une autre fois, un géologue qui parcourait le pays fut attaqué par des voleurs qui commençaient à le dépouiller le plus rudement et le plus uiipiluyablement du monde, quand, apercevant son sac de minéraui qu'il serrait précieusement contre lui et qu'il cherchait à dérober à la vue des larrons, ceux-ci se précipitèrent dessus dans la pensée qu'il contenait au moins des valeurs monnayées. Mais, lorsqu'ils virent que c'élaienl des cailloux de couleurs et de variétés différentes, ne doutant pas que leur victime n'eût l'esprit dérangé, et saisis à la fois de crainte, de repentir et de respect, ils se jetèrent à ses pieds, baisëi^nt ses genoux, lui rendirent tout ce qu'ils lui avaient pris, et se sauvèrent au plus vite^ honteux et tout éperdus, laissant le géologue dans la plus grande stupéfaction.

Tous les Musuiinans se déchaussent avant d'entrer dans une mosquée. Oler ses souliers et ses pantoufles, est une marque de déférence et de respect qui a également Heu, sûil dans la maison d'un supérieur ^ soit dans tout endroit vénéré, comme, par exemple, remplacement où Ton fait une prière, la demeure d'un saint marabout, le lieu où il a été enseveli. C'est aussi un usage exigé par la politesse dans les réunions, les visites, les cafés, les salons.

Le Kûi an ordonne de faire des ablutions Journalières, particulièrement avant les moments destinés à la prière. 11 y a les grandes et les petites ablutions. Dans le cas où Ton manque d'eau, un sable On el pur doit la remplacer.

Les prières qui sont ordinairement la récitation d'un chapitre du koran, se font avec une grande dévotion. L'habitant des campagnes surtout, est rigide observateur des formes, et en quelque lieu et devant quelque personne qu'il se trouve, il ne uégli^rera point, surtout à la prière du coucher du soleil (saiat el mogreb), de se prosterner à plusieurs reprises du côté de la Mecque. A cet égard la fausse honte n'a pas d'empire sur lui. — Comme le Maure habite la ville, il se rend à la mosquée pour Tadoration et la prière.

Les ^lutations musulmanes sont toujours graves ou religieuses, en même temps qu elles onl quelque chose d'expressif et d'affectueux.

La phrase habituelle est celle-ci :

Esselame aleyk, a Le saiul suit 6uv loi ! Et Too répond :

Ouakffk meldme, « Sur toi soit le salut! »

Ën s'adressant à piusieui's pei*sonnes ou dit:

Aleykome essalame, « Sur vous soit le salul! » On dit encore comme fonnules de politesse:

Sbdkelpreirr, « Que ton matin soit heureux! » pourBoigour.

Mùsd elpreirr, « Que ton soir soil heureux! » pour Bonsoir.

Allah ykuune maàk. Dieu soil avec vous!

BaàmekÀUah, « Dieu t*accorde sa miséricorde! »

Ll |juut preiiiire congé :

Bslumà. a Je vous souhaite la santé. » Bilamdne, « La paix soit avec vous! »

Il y a, en oiilre, une mullilude d'aulre^ salutations égaiement erapreinles du méiqe cachet religieux, et qui se conservent dans toute leur pureté. En Europe, au eontraire, il a fallu changer A Dieu » par k Adieu, o et « Je vous souhaite le salut » par « Je vous salue » ou « God be wiik yau • par «r Good hye. >»

Souvent» dans une visite, lorsque deux amis ont épuisé tous les sujets de conversation, pour ne pas rester silencieux Tun vis-à-vis de Tautre ils s'empressent, subitement, de se demander réciproquement des nouvelles de leur santé, et de se répéter à plusieurs reprises, et le plus sérieusemeul du monde:

D. « Gomment es-tu? i» — Jl. « Gomment te portes-tu? »

Wasch hâiekï — Wasch enta?

La conversation reconnneiice sur un sujet ou sur un autre, une fois ce petit dialogue fini , jusqu'à ce quil se renouvelle avec la même ««nivité alTeclueuse, mais saiis plus de réponse que la première Ms.

Deux Maures qui se rencontrent mettent la main sur leur cœur en s inclinant. Deux Arabes s ombrassent sur la figure^ ou, s*ils ne sont pas intimes, se touchent légèrement la main, et chacun se haise ensuite IMndex. L'inférieur baise la main de son supérieur, sa manche, le bord de son vêtement ou même ses genoux et ses pieds; il se borne à s'incluiei en ci uisanl les mains sur sa poitrine, si ce supé-

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rieur est â ia téte d'un cortège. Le Musulman tient énormément aux formules d'urbanité et de politesse. La courloisic du Maure est uii peu trop cérémonieuse. Les Européens qui séjournent en Orient en prennent parfois quelque chose. — Pour l'Arabe, quoli^ne Irès-digne dans ses manières, il est obséquieux et flatteur.

En arabe Monsieur se traduit par Cttf, Sétd, Seigneur ou Sidi, nmi Seigneur, et par Si, qui est une abrévialion; cette expression est exclusivement appliquée aux musulmans.

A Tunis, les indigènes doiiiienl le titre de Arfi^ Maître, Professeur, aux Européens d'un certain rang, et celui de Caïd aux Israélites employés dans le {^ouvoriieuienl. En Turquie Monsieur se traduit généraleraeitt i^tEfendi, Voici quelques-uns des noms propres les plus usités parmi les indigènes.

Nous DE Femmes.

FatDia (victorieuse), Aïcha (vie), Mabouba (bien-aimée), Zcnina (petit iarâiD)« Méiiem ou Mariant <Marie)> S^ïnab^énobie), Néfa> Kadousa, Kaboura, Zénéta'a, Foana, Aîoucka, Manéna, Zora, Safla, Hafsa, Asia, Amina» Habita, Kadija, Kétura, etc.

Noms d*Honnes.

Mohammed (glorilié), Mansour (victorieux), Mimoun (véridique). Amour (Tte), Saïd (puîssaDt), Abmed (glorieux), Hassen (beau), Sa* lab (vertueux), Tahar (pur), Mamoun (fidèle), Salem (sauvé ou paisible), Brahira (Abraham), Ab»l-e!-Kader (serviteur du Puissant), Abdallah (serviteur de Dieu), Abderrhamau (serviteur du Clément), Abd-

el-ratum (^erviieur du Miséricordieux), Mustpha^ismaël, Akoiel, Omar, Àii, Olhmaû, Hussein, Mahmoud, Moussa, Osman, Messaoud, MaDani, Slimane, Bel-Cassem, Ham», Moula, Okl>a, Kadoiii, Kadm, Tabir, Nadir, Youcef, Zamoum, Larbi, etc.

L'Arabe aime TargenU II est avare et cupide. Souvent il

amasse des valeui's en nuuicraii e |)oui- les cacher dans des silos que lui seul connaît. 11 ne t'ait pas valoir sa fortune» et s'il entasse ce n*est pas pour jouir. Le Maure, au eontraire, aime en général le luxe: sa lorlune consiste pluiol en pierreries, et son revenu vient de la petite boutique où il fait le négoce et vend sa marchandise. Semblable au paysan du Nord de la Hollande, s il ne met pas comme celui-ci son luxe en cafetières et en théières d'or ou d'argent, et en quatre ou cinq douzaines de tasses de porcelaine du Jdpoii, dont on ne se sert jamais, il renferme soigneusement dans des armoires et des bahuts ses joyaux et ses bijoiix, qui sont sa richesse mais ne lui rapportent rien du tout. Chez TÂrabe l'ostentation met un frein à la passion d'accumuler. Tout en recherchant le gain et les gros prolits, il ne sait pas, malgré l'esprit de ruse el de linesse dont il est doué, semer pour récolter ou donner pour recueillir.

Quoique cliez le bas peuple le larcin ait ple^que pa^ié en usage, il est rare cependant qu'on dérobe des objets d'une certaine importance.

Le langage de l'Arabe est rempli d'expressions pittoresques; il aime à revêtir sa pensée de formes allégoriques. — Quelqu un qui fait un discours sérieux ou qui veut certi-

fier un fait impôt lant, comnience ordinairement son récit par ces mots: « £n vérité, en vérité, je vous dis, » etc. — Celui qui veut narrer un conte commence par: « Il y avait autrefois, » etc. — « Je vais où Dieu me mène, » répondait une pauvre femme dont le fils était mourant et qui n'ayant pu supporter le spectacle de l'agonie de son enfant, parcourait les rues en poussant des sanglots décliirants.

Les Aral)es aiment beaucoup chauler la fantana. C'est un usage particulier aux jeunes gens: lorsque deux d entre eux voyagent de compagnie ils charment la longueur du chemin en chantant tour à tour sur un rhythme donné et en sentre-répondanl, tel ou tel poî'iiie arabe où sont exaltées les qualités d*un noble coursier, les émotions de la guerre ou la beau lé d'une jeune fille, avec toutes les comparaisons fines et pleines d^imaginalion de la poésie orientale. Quand le poème est fini, ils continuent en improvisant: Tun dit une courte plirase sur l'air de la cbansoii , [luis sarrêle, Tautre reprend, et ainsi de suite pendant des heures entières.

Avec r Arabe de la classe inférieure celui qui se montre fier, énergique, fort et courageux est toujours sûr d'être respcclé cl estimé; celui qui est modeste, bon, doux et tranquille risque fort d'être méprisé. Les coups de bâton deviennent même parfois une nécessité, car en aucune occasion il ne faut reculer. Celui qui se montre «^'énéreux, après avoir prouvé sa force, atteint à Tapogée de l'estime et de la considération.

L" Arabe aime la juslice expétlilive, lors niènio qu'elle est à son délrimenL Dans les localités éloignées de la capitale, les caïds, cheiks et autres chefs, devant lesquels sont poilées les plaintes, les discussions, les querelles, jugent sans appel et le plus souvent imposent des amendes aux coupables.

Le souvenir du bey Hammouda-Pacha est resté très-vivant parmi les populations tunisiennes à cause de sa grande perspicacité el de. la manière habile doal d rendait la justice; en voici quelques exemples:

Un Maure avait perdu une bourse contenant vingt pièces d'or. Un homme riche généralemenl eslimé pour sa probité rayant trouvée, la lui reporta aussitôt, mais le Maure croyant Toccasion favorable pour se procurer un gain illicite^ soutint que la bourse perdue couleiiail non pas vingt pièces d'or, mais cent. Une querelle s'engagea et le différend fut porté devant le bey. Celui-ci un instant embarrassé, demanda à voir la bourse et eut l'idée de faire apporter cent pièces d*or pour les placer dedans. Mais la boui^e n'en ayant pu recevoir qu'environ cinquante, le bey qui découvrit ainsi la tromperie, la donna à celui qui Tavait trouvée. Quant au Maure qui avait réclamé ce qui ne lui était pas dû, il lui détendit de jamais reparaître à l'avenir devant son tribunal.

Deux Arabes de la campagne ayant trouvé une vache égarée et nul ne s'étant présenté pour la réclamer, chacun d'eux voulut s'arroger un droit exclusif sur l'animal. Il

^^ensuivil une contestation, et plainte fut portée devant le bey qui engagea vaiuement les deux prétendants à s'arranger à Vamiable. N'ayant pu y réussir malgré tous ses efforts, il déclara que loul bien sans propriétaire légalement reconnu lui appartenait: qu'en conséquence, il garderait la vache jusqu'à ce que son légitime propriétaire vtnt . la réclamer; mais que, le* cas ëcbéanl, celui-ci pouvait compter de recevoir une bonne bastonnade pour lui apprendre à être aussi négligent à garder ses troupeaux.

Une auti e luis, un Maure qui gardait Tune des portes du palais voulut en interdire rentrée à Fun des médecins français du bey, et Tinsulla de la iiiaiiière la plus violente. Tout en exaltant son souverain et son pays, il alla jusqu'à dire quelques paroles inconvenantes sur Tempereur Napoléon I*"^ qui était pourtant regardé comme )e plus grand potentat du monde. I.ie bey ayant entendu le bruit de la dispute, fit comparaître devant lui le portier et le médecin pour les interroger; le premier croyant flatter son prince, lui répéta les louanges qu'il avait faites de sa personne et ses sarcasmes contre la France et 1 Empereur, mais il ne reçut pour récompense que cent coups de bastonnade administrés sur le cbamp et une condamnation à six ans de galères.

Avant le règne deHammouda-Pacha les criminels avaient l'habitude de se réfugier dans certaines mosquées qui étaieul inviolables. Ne pouvant pas changer cet usage qui est fort ancien et regardé comme sacré, le bey imagina

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chaque fois que pareil lait se {^résenlail, d'envoyer des maçons à la mosquée avec Tordre de murer les portes et les fenêtres, en laissant seulement une très-petite ouverture» par laquelle le palienl, pressé par la l'aim el la soif, ne tardait pas à demander lui-même sa comparution devant le tribunal du bey.

Les Kabyles sont un peuple entièrement distinct des

Maures el des Arabes. Ce sonl les habilanls des montagnes du Nord de l'Afrique, race unique répandue sur une trèsgrande surface de pays, et vivant depuis des sièdes d'une vie spéciale. Le Maroc a ses Kal)yli('s cl ses Kabyles ou Ghaouras; TAIgérie a sa Grande Kabylie^ soit Kabylie du Djurjura (Mong Fêrrafmâe9> Romains), el sa petite Kabylie où commande le lameux chef Bou-Âccas-hen-Achour. Tunis a aussi sa Kabylie qui s'étend dans la direction de Bizerle el du Kef, comme elle a ses Kabyles ou Djébélias (montagnards, de Djébel, montagne) qui sont appelés également Zouaouas. — Les diverses Kabylies n'ont aucun lien politique onlre elles.

Les Djébélias, soumis aux princes de Tunis et fixés dans les grands villages de leurs vallées, habitent des maisons grossièrement construites en pierres ou en briques el cou* vertes en chaume, en branchage ou en tuiles. Ds sont cultivatcui*s, s'occupent du jarJiuîifjc, innénagent leurs eaux, s'entourent de haies vives et mortes, plantent, greffent, sèment et récoltent avec activité, industrie, énergie. Dans

leurs montagnes, les Kabyles ont des moulins à huile, des fabriques de savon, de poterie, d'objels en bois, des tuile» ries, des fours à chaux, des métiers à tisser; ils iabriquent des annes, des instruments aratoires et tout ce qui consti* tue les vêtements. Un certain nombre d'entre eux viennent à Tunis travailler coiiane maçons, manœuvres, charpentiers, pâtres, jardiniers; loi^u'ils ont laborieusement gagné un peu d'argent, ils retournciil dans leurs montagnes où ils achètent un coin de terre, se bâtissent une maison, et se marient.

Le kabyle ne lueiil [)as, il garde iivec soin la parole jurée; il accorde rhospitalité comme l'Arabe, mais avec moins d'ostentation; il est généreux envers les pauvres, il a plus d'orgueil que de vanité; il est belliqueux et fier, il pousse très-loin sa vengeance qui est toujours sanglante; il prête son argent à intérêt, ce que 1 Arube ne fait jamais; il a plus de franchise et de droiture que ce dernier; il est simple dans ses goûts, mais II aime la danse et la musique, il a l'habitude do se tatouer el le plus ordinairement par une très-petite croix au milieu du front.

La physionomie de ces rudes montagnards est Irès-différeute de celle de l'Ârabe^ et leur type de ligure se rapproche de celui des hommes du Nord.

Les Kabyles de certaines parties du Mogreb ont des traditions â eux, des statuts et des règles particulières en dehors du Koran, qu'ils observent scrupuleusement

Le Kabyle, tient énormément à son anaya. L'anaya est

uiie espèce de baul^onduiî (ini doit recommander le voyageur qui le possède auprès de tous les amis du Kabyle qui l'a donné et assurer aide el protection. — Ce genre de passeport, qui est sacré, ne s'accorde pas à tout le monde; il consiste soit en un certificat écrit, soit en quelque objet bien connu pour avoir appartenu à celui qui Ta uclroyé. Son importance varie suivant le rang de ce dernier et suivant la considération et le crédit dont il jouit dans sa tribu et dans les tribus voisines.

Quoique les Kabyles diffèrent les uns des autres sur Lien des points, ils sont en général d'aecord pour détester les Arabes qui les détestent à leur tour.

Il y a pourtant un proverbe répandu dans l'Afrique septentrionale ei qui est toniinun aux deux peuples, c'est celui-ci: « Ne fais jamais de mal aul prêtres, aux médecins et aux meuniers, en aneune circonstance^ et quelle que soit leur religion ou leur nationalité. »

On voit que les populations du Nord de l'Afrique diffèrent beaucoup les unes des autres. Pendant trop longtemps elles ont été confondues. D faut même syûuter au siyet des Maures que quelques historiens en distinguent trois différentes espèces, dont les noms n'auraient pas toujours désiirné le même peuple: les habitants des Mauritanies appelés Maures par les anciens llomains. Ces premiers Mores sont à proprement parler les Berbères et les ancêtres des Kabyles. Par extension les peuples du désert

qui étaient noîrs, ont parfois été nommés Mores, comme

daiib le livre du prophèle Jëréuiie, i hapitre treizième. 2° Au moyen âge on ressuscite le nom de Maures pour les Arabes qui passent en Espagne (et qu'en France el en Italie on uomme Sarrasins) mais qui sont parfaitement distincts des anciens habitants des Mauritanies. S« Enfin on a appliqué le num de Maurcb, dans les temps luodcrnes, aux populations qui, n'étant pas nomades, habitent les villes du littoral africain. Mais, à l'exception de Tunis et de quelques autres cités du Mogreb^ les Maures acUiels ue descendent guère des conquérants musulmans de l'Espagne, ou tout au moins ils sonl mélangés avec un nombre considérable d'Européens, d'Asiatiques, de Turcs, de Koulouglis.

Les Maures sont aussi appelés Hadars par opposition aux Ikrranis, qui sonl rensenible des Biskris, Mozabites, Sahariens, Kabyles, Laghouatis et Tripolitains qui se trou*vent momentanément dans les villes pour l'exercice de quelque proiession, et qui ne forment qu'une population flottante.

Le mol de Bédouin n'est plus guère employé: il désignait les populations arabes habitant près du Désert, plus rudes et plus grossières que celles qui se trouvent rapprochées des centres de population.

11 faut ajouter au sujet des Arabes, de ces populations

qui demeurent les mêmes depuis plus de trois mille ans ,

que la connaissance de leurs mœurs, de leurs usages, de

leurs coutumes est bien propre à affermir la foi, et à jeter des jours lumineux sur le langage des Saintes-Ecritures» surtout de l'Ancien Testament, dont on ne peut guère par* faitement comprendre ou saisir tous les détails sans un séjour au milieu des Arabes, qui ont consené le genre et la manière de vivre de leurs ancêtres.

COITIMES ET SIPERSTITIONS

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