DES JUIFS DË TUNIS
^ rès (le ({iiarante mille Juifs habitent la ville de Tiinia; Une grande partie d'entre eux descendent probablemen! des Juifs qui se fixèrent en Afri- •que après la destruction de Jérusalem par Titus; ( ependant la plupart n*y arrivèrent que sous le règne de l'empereur Adrien. Dans les XIV* et XV® siècles eut lieu une troisième immigration, lors des persécutions exercées par les Espagnols contre ce malheureux peuple.
Les Musulmans montrèrent plus d'humanité que les Chrétiens à Tégard des Juifs; toutefois, les Turcs les soumirent à mille vexations, et les chargèrent d'impôts arbitraires. Avant le règne d'Ackmed-Bey qui les émancipa, ils étaient forcés de porter un costume particulier. Actuellement ils se distinguent encore des Maures par leur eus- ' lume, leur type de physionomie, et surtout par leur activité commerciale, leur cupidité, et leur poltronnerie qui est passée en pioverbe.
Us exploitent tous les genres d'industrie et toutes les branches du commerce. La haute classe, composée principalement de Juifs livoumais établis à Tunis, fait la banque, le négoce, ou exerce la profession de courtiers; la classe
moyenne ou inférieure se livre à la broderie des tissus, el aux proiessions de tailleurs, cordonniers, merciers, passe« luentiers, épiciers, pettetiers et usuriers.
Toujours prêts à accepter une domination quelconque, on ne peut leur reprocher aucun esprit d'insubordination ou de révolte, mais ils sont en général Iflehes, craintifs et pusillanimes au dernier point. Cest à Tunis, au Maroc et en Algérie qu'on peut voir particulièrement Taccomplissement de cette prophétie des Saintes-Ecritures : L'Eternel leur a donné un cœur tremblant, » el la vérité de celte définition de Byron qui les appelle « des hommes au cœur laible et peureux. )» LEcrilurc dit que leur avarice et leur cupidité sera une des causes de l'opprobre dont on les poursuivra, et ailleurs « qu'ils prêteront, mais qu'où ne leur prêtera pas. i> Ces prophéties sont comme réalisées à la lettre dans les Etals du Noté de l'Afrique. Quoique les Juifs de Tunis soient riches, ils sont avares, ils aiment à se faire passer pour Irès-pauvres, el sont d'une avidité extraordinaire. Ils sont en général adroits^ fins, rusés, intelligents, mais en même temps l'objet du mépris des Maures, des Arabes el des Chrétiens.
Hs étaient anciennement rançonnés, maltraités, insultés et même spoliés, mais ils iraliquenl aujourd'hui avec une entière sécurité, et ils prêtent leur argent à des taux usu* raires exorbitants.
Les Juifs ont un quartier à eux dans la ville de Tunis et
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ne peuvent habiter ailleurs; ils ont plusieurs synagogues, onze grands -rabbins et trois vice-rabbins. Ils observent strictement leurs fêtes religfîeuses.
Celle des Tabernacles, instituée en mémoire du voyage dans le désert, a lieu en automne après les récoltes: pendant sept jours les Israélites quittent leurs maisons et s'établissent pour prendre leur repas et pour dormir sous des tentes de feuillage^ qu'ils dressent dans leurs cours, ou ^r leurs toits. Pendant ce temps-là ils mangent ce qu'ils ont de meilleur, et invitent à leurs festins tout étranger qui entre chez eux.
Pendant la Tête de Pentecôte ou des moissons, qui dure deux jours, et qui est un temps de réjouissances, Fusage est resté de faire des gâteaux de fine fleur de farine. — Pendant celle des Propitiations, ieb Juifs observent le jeûne, et profitent du temps de cette solennité pour se réconcilier avec ceux de leurs coreligionnaires qu'ils pourraient avoir offensés. — La fête de Pâques se célèbre d'une manière très-solennelle, et à peu près telle qu'elle a été établie il y a plus de trois mille ans.
 Tunis, l'ardent désir de beaucoup d'Israélites est de retourner à Jérusalem : chaque année un certain nombre de pèierins juifs partent de la Régence, et font à pied, par Tripoli, l'Egypte et les Déserts, un voyage extrêmement péiiiliic pour revoir la terre qu'ils considèrent comme leur patrie. Les vieillards meurent presque tous avant d'arriver, et beaucoup d'autres pèlerins ne reviennent jamais en
Afrique. — Ceai qui ont quelque fortune prennent la voie
de nier cl > euibarqueiit à Tunb pour la PaledUiie. 11 y a peu d'années que quelques-uns d^entre eux ayant pris passajre sur un vaisseau jrrec ou ilalien pour se faire transporter eu iudée, le capitaioe du bateau, après les avoir entièrement dépouillés, les abandonna sur une petite lie dé- . série de l'Arc Iiiim'I.
Pendant leurs fêtes religieuses les Juifs d'Afrique ne font aucun travail, et ferment hermétiquement leurs boutiques. - Ih sont aussi Un i .s€ru[)iil(nj\ pour le sabbaU Les négociants chrétiens de Tunis, qui ont tous, des courtiers juifs, appelés rnmnw, attachés à leurs maisons, ne peuvcnl faire aucune allaire le samedi, un censal ue voulant pas travailler ce jour-là. Aussi le samedi est-il ordinairement consacre à la chasse par les négociants chrétiens.
Quant aux coutumes religieuses des Israélites qui ont été msliluées, soit par le Talmud^ soit par les traditions rabbiniques, soit par Tusage, elles sont tellement absurdes, ridicules, minutieuses et frivoles, qu'on a peine à croire que des êtres doués de quelque bon sens et de quelque raison puissent s'y soumettre, et Ton reconnaît la vérité de la prophétie (lui annonce qu'ils seront tiappés d'aveuglement Les cérémonies de leurs mariages par exemple, qui durent huit jours, sont remplies de détails exécutés avec beaucoup de soins, d'exactitude et de sérieux.
En voici quelques-uns :
Quinze jours avant le mariage, le fiancé envoie à sa fiancée des souliers brodés, des parfums, du savon, du henné, du kolieul el autres choses semblables. Lue semaine après que les présents ont été reçus par la iiancée, celle-ci se rend au bain avec ses amies et une vieille duègne de sa iamille, la musique sacrée l'accompagne, et loul se l'ait avec un certain apparat. La fiancée ne parle pas, et se laisse parer sans faire aucun mouvement. On oint d'abord ses cheveux avec une espèce de cirage destiné à les rendre uoii^s et brillants. On met sur sa figure une sorte de pâte épilatoire qui, eu séehanl, tombe et enlève le duvel des lèvres el des joues. On lui peint les cils et rintérieur des paupières avec du koheul qui donne tant d*éclat aux yeux. On teint ses ongles couleur brun-rouge avec du henné. On la revêt de riches vêtements, et pendant huit jours sa famille ne s'occupe que de la faire paraître avec le plus ê^éd^t possible.
Une semaine se passe encore, au bout de laquelle le fu* tur arrive accompagné de tous ses amis, un Samedi matin,
dans la iiiaison de sa (iaiicée. Celle-ci a eu .soin de laire
cuire une poule, et l'a cachée dans quelque endroit secret
de la maison de son père. Le fiancé et ses amis doivent la
trouver, et se répandent par toute la maison. Celui qui a
le bonheur de découvrir la poule, doit infailliblement se
marier dans le courant de Tannée.
Le Dimanche et le Lundi suivants on prépare les atours
de répouse, savoir des toilettes d'étoffes et de couleurs très-
voyantes; on dispose avec soin la plus grande salle de la
maison pour les cérémonies des jours suhrants, on fait invitations, Pt Ton régale les amies et les parenles <le la jeune lille, (|ui elie-méiue ne prend part à rien, et rtsie presque à Tétat d'automate pendant tout le temps des fêtes
de s<?s noces.
Le Mardi soir, la fiancée^ ayant la téte surmontée d'une énorme coiffure et dune couronne, est placée sur une
eî>pêce de diaire, ou grand lauifuii tkvt' de quelques jueds au-dessus du sol. là^ entourée de ses amies toutes revêtues de riches costumes, on laffuble elle-même d'étoffes d'or ou d'argent, ou la voile, et ou lui met de nouveau du henné aui doigts et aui pieds* Puis le futur arrive avec ses parents et ses amis. A ce momeiil une personne Agée de la famille de réponse prend la parole, et se met à vanter pendant plusieurs heures et devant toute l'assistance les taleuls de l'é|>ouse, m'> qualités, ses gnlces et sa beauté. « Voyec quels beaux doigts! Voyes quel beau bras! YoyeE quelle belle main! » Puis, «lécouvranl par degrés la figure: « Voyez quel beau front 1 voyez quels beaux yeux! voyez quel joli nez! voyez quelle charmante bouche! » Lorsqu'elle a loul passé en revue, eHe s'écrie: •« Eh bien! tout cela n'est rien en comparaison de sa voix , de sa sagesse, de ses qualités, de ses talents, de ses vertus, * qu'elle décline également Tune après Fautre. Ce grabeautage lini, un liescend la fiancée de sa chaire et on enlève complètement son voile. A ce moment son époux Tembrasse, et lui met une pièce d or daus la maio. Les parents des deux côtés suivent cet
exemple, et appliqueiii des pièces d'or ou d'argent, sur la figure de la fiancée, qui sur le Iront, qui sur les joues, qui
sur le nez, le menton Une amie reçoit ces présents
qui tombent dans un grand bassin placé sous la téte de la fiancée, laquelle doit demeurer immobile dans ce momentlà, comme du reste toute la journée du Mardi. Puis elle est replacée dans la chaire, et après quelques autres détails minutieux, Tépoux retourne chez lui avec ses parents et ses amis.
Le Mercredi matin qui est le jour de la plus grande cérémonie, le fiancé se fait raser la téte, et se plonge sept fois dans Teau froide, suivant les Iradiliuns rabbiniques; après quoi il se coifie, se revêt de ses plus riches habits, et se rend dans la maison de son futur beau-père avec sa famille, ses amis et deui i*abbins. On place les deux fiancé assis l'un â cÀté de l'autre sur une espèce de trtoe, puis un les couvre d'un j^rand voile qui est posé sur leur téte. Un des rabbins prend des mains de Tun des parents âgés un verre contenant du vin , puis il prononce les paroles sacramentelles en usage dans les mariages Israélites: « Béni soit le nom du Dieu Tout-Puissant qui a créé le Ihiit de la vigne! — Béni soit le nom du Dieu T(uit- Puissant qui a créé rhuninie dès le commencement, et qui voyant qu'il était bon de lut donner une compagne, nous a engagés à nous unir à uiu femme de notre nation! »
Après ces paroles le rabbin goûte le vin, et présente le verre à Tépoux qui, après avoir bu, fait goûter aussi le vin
à son épouse; puis, le verre est jeté contre la muraille où il se brise» en même temps que ces paroles sacrées sont prononcées: « Si je t'oublie, ô Jérusalem! que ma droite s'oublie elle-même ! >* Alors le mari passe au doigt de sa fenmie un anneau d'or, et lui prenant la main droite, il lui dit: « Tu es ma femme, suivant la loi de Moïse et d'Israël.»
Aussitôt la musique sacrée se fait entendre, et un grand repas ayant été préparé dans la .maison de la mariée, les parents et les amis des deux iainilies y assistent, à l'exception de répoux qui s'en va seul et retourne chet lui.
Cest la cérémonie de l'anneau qui décide du mariage. Il arrive parfois que réponse a été fiancée à contre-cœurt et qu'elle aime quelqu'un d'autre, qui de son côté lui est attaché. Les deux amoureux alors se donnent le mol, et au moment où le verre est cassé, le Mercredi, le rival qui s'est glissé parmi les amis de l'époux dans la maison de la mariée, et s'est muni d'un anneau d'or, se précipite sur la llancée, et lui passe sa bague au doigt, avant que le fiancé ait eu de son côté temps de le f;iire. Dès lors les deux' amants sont irrévocablement manés par ce seul fait, et l'infortuné époux qui en est pour ses frais se retire tout sot, sans oser même proférer une parole de murmure. — Mais lorsque la noce n'a point été ainsi troublée, les parents de l'époux qui ont pris part au festin chez la mariée, après l'avoir replacée dans sa chaire, se retirent pour revenir à neuf ou dix heures du soir, escortés de chanteurs religieux, et munis de flambeaux. Alors un parent âgé du mari prend
la main de l'épouse, qui, entourée des siens, est demeurée immobile et les yeux fermés, il la fait descendre de son piédestal aux acclamations des assistants; puis en lui donnant le bras, ou plutôt en la soutenant avec un autre parent par-dessous les bras, et qudquefois avec un troisième qui lui soutient la lêle, ils la iuiit marcher jusqu'à la n^aison de son mari, en Tescortant de cette façon pendant tout le trajet. Mais la mariée, pour montrer tout son regret de quitter sa famille dont elle vient de prendre congé, et par un esprit de pudeur et de délicatesse voulu par l'usage, f^it trois pas en avant, puis deux en arrière, de façon qu'elle emploie souvent une heure ou deux pour parcourir une seule rue. Plus elle met de temps, plus on chante ses louanges, et, si elle demeure trois ou quatre heures en route, elle est considérée comme un modèle de sagesse.
Pendant cette longue promenade, les amis de Fëpoux portent les flambeaux en marchant à reculons devant la mariée, les musiciens et les chanteurs jouent et chantent, les invités et les parents se livrent au plaisir de la conver» sation ou prennent des rafraîchissements, et les curieux qui sont toujours nombreux, rient et causent de l'étrange spectacle qu'ils ont devant les yeux.
Enfin le cortège arrive devant la maison nuptiale où le mari attend son épouse. Aussitôt qu'dle a liranchi 1^ seuil, il cherche à lui marcher sur le pied. L'épouse, sortant enfin de son état de prostration et de quasi-immobilité évite de son mieux cette plirtie de hi cérémonie, et tâche
de son côté de marcher sur le pied de son mari. Ceci s*exé-
cule ( oiunie loul le reste avec un grauii sang-froid et un profond sérieux.
Le Jeudi matin, le nouveau marié se rend seul à la synagogue, car à Tunis les femmes n'y sont pas. admises.
Le Vendredi il y a encore d'autres cérémonies.
hiïv 8(;niaiiie après, les iuané.s invitent chez eux leurs amis et leurs amies. La mariée qui a quitté ses atours, a revêtu un tablier pour montrer qu'elle est devenue bonne t'emmi' do ména*^(>. Fuis on ap{)orte un poisson cru, dans la bouche duquel on a introduit un clou ou un morceau de fer. On donne nn bon couteau A l'épouse, et un mauvais à répoux: la première doit couper la queue du poisson, et le second la téte. L'épouse réussit facilement dans son opération , et se sauve lestement avec ses amies en se moquant de son mari qui, entravé par le morceau de fer et par le mauvais couteau , ne réussit que longtwps après â couper la léle du poisson.
A partir de ce jour la femme se couvre les cheveux.
Il arrive quelquefois que, lorsqu'une sœur cadeUe est demandée en mariage avant son aînée, les parents des deux sœurs substituent frauduleusement celle^i à la plus jeune, dans la pensée qu'il n'est pas convenable que la cadette se marie avant son ainée: ce qui rappelle Thistoire de Léa et de Rachel.
Les Juiis se marient ordinairement entre seize et vingt ans, et les jeunes filles entre douze et quinze.
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La beauté des femmes chei les indijçèoes, et surtout chez
les Israélites, consiste à être Irès-^rasses. Oi il est d'usage, lorsqu'une jeune liUe Juive est promise et sur le point de se marier, de Tengraisser pendant les quarante jours qui précèdent le mariage. On ne la laisse pas sortir, on la tient dans une ehambre obscure et fraîche, on lui donne beau* coup à boire, on la fait dormir le plus possible; mais à minuit, sa mère la lait lever pour lui taire manger une certaine quantité de couscoussou; on lui donne aussi des boulettes, riiitcs avec des <:^aîi)es de plantes oléagincusi^, à peu près comme on fait pour les oies en Ëurope. Si son fiancé la trouve maigre au bout des quarante jours, les parents continuent le niéiue régime pendant quinze autres jours, au risque de la faire périr. L'embonpoint acquis de cette manière demeure et ne s*en va plus.
Les temmes portent, comme parure, de gros anneaux d*or ou d'argent qu*on leur met aux bras et aux jambes. Dans le cas où la liancée est destinée à un homme veuf ou divorcé, on lui passe les anneaux qui ont appartenu à la première femme, et on la nourrit comme il a été dit, de munièie à lui donner le degré d'embonpoint nécessaire pour remplir la capacité des bracelets. L'opération n'est pas toujours des plus faciles, car il peut arriver qu^une femme peu disposée à engraisser succède à une autre d'une complexion toute différente.
On assure que certaines dames, pour atteindre cet em-
boopoinl si eslimé, vonl jusqu'à manger de jeunes chiens, moyen efficace d'y parvenir
D'autres se nourrissent pi*esqut uniquement d'une espèce de graine qu'on trouve dans le Nord de T^frique, et qui non-seulement a la propriété de faire grossir considérableaieiil, mais encore a la vertu d'augmenter et de bonifier le lait des nourrices.
Dn reste, cet usage de manger de jeunes chiens n'a rien d'étonnant, puii»qu'une partie des habitants de Djerbi, qui sont du rite kamsi ou ouhabi, ont l'habitude de manger comme un régal la chair des ânes, des chiens, des chats, des gerboises, des souris et des rats. Les Arabes mangent aussi le lion« les serpente^ les sauterelles et même la hyène.
Les Juifs de Tunis sont fort superstitieux. S'ils ont peur que quelqu'un leur nuise, ils cherchent à lui couper en cachette un morceau de ses vêtements pour le brûler, ce qui) selon eux, doit les préserver de tout mal de la part de leur ennemi.
Us ont tous sur la porte de leur maison la représentation d'une main avec les cinq doigts étendus. Cette main est en fer-blanc, en papier, en bois, ou simplement peinte sur la muraille, sur la porte ou dans la boutique, en un mot dans le lieu le plus apparent: eDe est destinée à attirer sur elle-même toute maligne influence, comme un paratonnerre est destiné à absorber la foudre; elle doit préserver du aïn (mauvais œil , caUivo ocehio des Italiens). — Cest
du reste uo usage général parmi les indigènes. Les Maures pour s*en préserver disent kamm « cinq, i» et pour en préserver un enlanl, ils prononcent le même mot en étendant sur lui la main ouverte. Us disent aussi Bel haoïu àUky t Que le poisson soit sur toi. » Les Israélites pour se préserver du aïn disent Joseph, ce qui si<;nilie pour (mi\ : « Que Tesprit de Joseph, fils de Jacob, soit sur toi. » Us placent aussi dans leurs maisons, lors de leurs fêtes et de leurs mariages el pour se préserver du aïn» une vraie queue de poisson» ordinairement de thon, sur un coussin de soie ou de velours. — Le mauvais œil les tient toujours en alerte. Si quelqu'un vient à faire Téloge d'un cheval, d*une mule ou de quelque autre animal, le propriétaire regarde aussitôt sa bête comme perdue. Un enfant est-il un ol)jet d'admiration, dès ce moment les parents se persuadent quMl doit lui arriver quelque malheur. Lorsque vous rencontrez un joli petit garçon ou une charmante jeune fille, gardez-vous bien de dire: « Quel bel enfant! » on croirait que vous voulez lui jeter un mauvais sort, et lui lancer le ain. Mais crachez-lui dessus, el vous serez considéré comme un homme poli, et les parents de l'enfant se montreront très-touchés de votre gracieuse sollicitude à l'égard de Umr progéniture. Quant aux très-petits enfants, on peut se borner à leur passer la langue sur la joue en les embrassant, ce qui suffit pour écarter le aiu.
Les Juifs se hàleiU d mliumer leurs mortë, et cette préci-
ai
pilalioQ leur fait parfois enterrer des vivants. Us ont peur des morts, et craignent qu'ils ne leur portent malheur. — Si un Juif est à ra«;onie un vendredi, 1 a^ilalion est grande dans sa famille; et, s'il n'y a plus d'espoir de le faire vivre jusqu'au dimanche, ses parents et ses amis souhaitent ardemment que sa mort arrive avanl le soir du vendredi, où commencera le sabbat, car, pendant toute la durée du jour consacré au repos, ils ne voudraient pas l'ensevelir, et, pour rien au monde, ils ne consentiraient à garder le cadavre ce jour entier chez eux. En conséquence^ si Theure approche où le sabbal va commencer, ils avancent quehiuefois la mort en étouffant le malheureux malade, et ils commettent ainsi un crime pour ne pas transgresser un de leurs règlements rabliiniqucs, et pour échapper aux craintes supei'stitietises dont ils sont esclaves. A l'époque du choléra beaucoup de Juifs qui n'étaient qu'évanouis ont été enterrés vivants.
Au moment où un Juif meurt, on ferme et on bouche
immédiatement toutes les eanx, afin (\uv Tan^ie de la mort n'y trempe pas son épée; car cet ange qui vient de couper le fil de l'existence du défunt, cherche naturellement, pour laver son épée teinte de sang, à la plonger dans la première citerne qu'il trouvera; mais comme cette eau ainsi souillée d'un sang mystique donnerait la mort, on s'empresse de couvrir^ âlin d'éviter ce malheur, les puits, les citernes et tous les réservoirs d'eau qui existent dans chaque maison. Après l'enterrement d'une personne, ses parents cousa-
crent sept jours à la tristesse, au jeûne et à rhuroiliation; ils allument la lampe des funérailles, et mènent deuil en déchirant leurs habits, et en prenant^ assis par terre, un repas composé de sel et de quelques œufs, ces derniers étant regardés comme un symbole de réternilé.
Le cimetière Israélite de Tunis est assez remarquable par ses marbres et le soin qu'on y \ntmi des lombes. Un jour par semaine les femmes vont y pleurer et faire blanchir à la chaux vive l'extérieur des sépulcres, opération qui doit rafraîchir Tâme du défunt.
Le peuple de Tunis croit aux sorciers et aux soicièros. Il y a des sorcières arabes et des sorcières juives qu'on nomme (éguésa. Ces téguésas sont des vieilles femmes qui prétendent prédire l'avenir par l'observation des astres, des cartes el l'inspection de la main. 1^ bas peuple a une foi entière dàns ces femmes qui ne manquent pas d'habileté, et souvent rencontrent juste dans leurs prédictions. — Dans le Sud de la Régence, comme au Sahara, on trouve nonseulement des sorcières, mais encore des maj^rieiens, des alchimistes, des nécromanciens, des magnétiseurs, des char* meurs de serpents, enfin tout ce qui constitue les sciences occultes, avec leur coi u ^41 d'invocations, de foi uiulcs, de philtres, de talismans, de fantômes, de revenants, d'esprits, de djins, et de superstitions de toute espèce, comme sorts, augures^ présages, distinctions de certains jours, et autres préjugés.
Avant leur émancipation (et encore actuellement, quoique à un moindre degré) les Juifs de Tunis éuient Tobjet d'un mépris profond et universel, auquel ils se sont hatntués. CUvz eux aucun mélange de race n'a jamais lieu, et ils ne s'allient qu*entre eux. Ils se soutiennent les uns les autres: lis s'appellcnl et se désirent [»ar le noui de frères qui n'est point pour eux un mot vide de sens, car la misère des pauvres est toujours soulagée par la charité des riches.
Ixs Israélites obsemnt encore comme un acte religieux rusage des ablutions. Ils jeûnent scrupuleusement, ils mettent tous des phylactères, qu'ils regardent comme un préservatif contre les dangers et les maux de la vie. Pendant les prières du culte public ils ont soin de se couvrir la téte d'un châle de laine blanclie et bleue, nommé /<i//i/, à longues franges qu'ils tiennent dans leurs mains, et qu'ils baisent à plusieurs reprises avec beaucoup de dévotion. Les lectuies et les prières se font d'un ton nasillard et sur un certain rhythme, en élevant ou en baissant la voix. Les femmes sont entièrement exclues des synagogues, où il ne leur est pas pernus de pénétrer comme en Europe. L'étude de l'hébreu, comme langue vivante, revient un peu en usage chez la nouvelle génération, plus instruite que celle qui l'a précédée. Les Israélites ne font préparer leurs aliments que par leurs coreligionnaires. Ds ont des boucheries spéciales , où les animaux sont tués suivant les rites prescrits par les rabbins. Us suivent des règles précises pour laver la vaisselle, les plats et les
coupes. Les rabbins qui doivenl veiller à ce que les formes du culte soient strictement observées, jouissent d'une auloiilé très-étendue sur leurs coreligionnaires au point de vue de leur conduite morale et privée. Autrefois» par des règlements somptuaires, ils cherchaient à réprimer chez les Juives le goût du luxe dans les vêlements. Le jour du sabbat il y a plusieurs réunions dans les synagogues pour la lecture de la Thorah, qui est lue dans le texte hébreu et toujours sous la direction des rabbins ou docteurs. Ces derniers ont rhabitude de se livrer à des dissertations étoidues et mimilieuses sur divers points de cérémonie, ou bien traitent les questions les plus oiseuses, se réservant à eux seuls le droit d'expliquer la Loi et le Talmud.
Le lourd Talmud est, comme on sait, le code civil et religieux, la tradition légendaire, ecclésiastique, juridique et scientifique des Israélites; il est, pour eux, comme la suite et le complément de la Bible. On en distingue deux, le Talmud de Jérusalem et le Talmud de Babylone: le premier (jui est presque inintelli<ril>lo, n'est plus en usage, mais le second, qui a la plus haute importance aux yeux des Juifs talmudistes on orthodoxes, se divise en deux parlies, la Miscliua et la Guéiuara. La Mischna est plus particulièrement le livre des interprétations de la loi, il a été rédigé vers la fin du II* siècle, et la Guémara celui des tra« dilions, il a été composé du 111* au Vll^ siècle. — La Cabale comprend le livre de la Création et le Zobar ou livre de la Lumière; ce sont deux livres de traditions^ de tables,
de préa-pUr^ nïÀÀaïiiufns j de commenUires ou deoMn^iiemenlÀ allégoriques, mystiques, symboliques» ou de récits pliîlï>MjjJiiqu^, entremêlés de rfverîes sur les démoos auxqueiieiï ' âe ratl.n lir la ina^ie. Le livre de la uéation parait avoir été écrit dans un espace d un siècle et demi* sfiil avant, niil apn-s la nai-sance de J. C. [jf Zohar doit avoir été composé ou rédigé pendant les sept premiers siècles de Tère chrétienne. — La Massore est un autre livre de tradilioiLs relatives au texte iit> auteurs sacrés. — Le Jéftira est un livre cabalistique offrant un amalgame de toutes sortes didées biiarres ou l'on reconnaît llnfluence des idées religieuses de TaucieDoe Perse.