ET DOMANIALES
Si la superficie boisée de la colonie est encore assez grande, il n'en est malheureusement pas de même de sa richesse actuelle, en matériel ligneux. Cette richesse a été considérable lors de la première colonisation de l'île. Les forêts qui la recouvraient alors entièrement étaient constituées par des peuplements de très grande valeur, composés d'essences pour la plupart spéciales à la colonie.
Un étage dominant était formé d'essences de haute futaie atteignant de très grandes dimensions. C'étaient, suivant les lieux :
Des petits nattes (Mimusops calophylloïdes).
Des grands nattes (Mimusops imbricaria).
Des bois puants (Fœtidia mauritiana).
Des benjoins (Terminalia benzoin).
Des tacamacas (Galophyllum tacamahaca).
'TP^rr
'^r •■ -jr
De^ bois de bassin (Homalium paniculatum). Des bois rouges (Elaeodendron orientale).
Des bois jaunes (Ochrosia borbonica).
Des bois noirs des hauts (Diospyros melanida). Des bois de cannelle (Ocotea cupularis).
Des bois de cœur bleu (Linocicra cyanocarpa). Des tans rouges (Weinmannia tinctoria).
Des pêchers marrons (Securinega durissîma).
Au-dessous d'elles, un sous-étage très dense était formé d'arbres de second ordre, atteignant des dimensions beaucoup moindres; c'étaient, suivant les altitudes :
Olea lancèa.
Olea chrysophylla.
Des bois maigres (Nuscîa verticillata).
Eugenia cymosa.
Eugenia glomerata.
Eugenia richardiana.
Eugenia paniculata.
Eugenia cotinifolia.
Des bois d'olive
Des bois depomme
Dès bois de nèfle . . .
Eugenia orbiculata*
Des bois de judas (Gossiquia pinnata).
Des bois de gaulette (Gupœnia lavis). -
Des bois de gaïac (Apodytes Frappieri).
Des bois blancs (Hernandia ovigera).
Des bois de gouyave marron (Psiloxylon mauritianum).
Des bois de prune marron (Guya caustica).
Dombeya punctata.
Dombeya rechinata.
Des mapous (Monimia rotundifolia).
Ficus lucens.
Ficus cinerea.
Ficus mauritiana.
Ficus terebrata.
Des bois de lousteau (Gueltarda verticillata). Des bois d'évi (Spondias borbonica).
Des mahots
Des affouches
LA REUMION
Des andrèzes (Trema Commersonii).
Des bois de rempart (Agauria salicifolia).
Des bois d'épongé (Gastonia cutispongia).
Des bois de banane (Panax repandum).
Et une infinité d'autres e
Au-dessous de ce sous-étage, des mopl brables formaient un sous-bois presque C'étaient, pour les plus répandus: , Des ambavilles (Senecio ambavilla).
Des fleurs-jaunes (Hypericum lanceolatum) .
Des bois de perroquet (Mallotus integrifoliii
Des bois de rat (Geniostoma borbonicum).
Des bois de quivl (Quiviita heterophylla).
Des branles {Sttebe passerinotdes).
Des bois de merle (Schmîdelia racemosa).
Des bois d'ortie (Obetia ficifolia).
, , . i Psatura borbonîca.
Des bois cassants \ , .
( — polyantba.
Des mussoendas (Muasoenda landia).
Le sol, enfin, était recouvert de fougèrt et d'herbes formant un tapis continu, ne pe part d'apercevoir le sol de la forêt. Telle dans la zone basse et dans la zone moyen constituion primitive de nos forêts. Il n'j tion que pour les hauts plateaux de l'intéri d'une essence spéciale à ces régions, le tar (Acacia heterophylla) .
État actuel des forêts des particuliers. constituée comme nous venons de le dire l'étage domînant,quien faisait la richesse, t étage la majeure partie des arbres pouv matériaux de construction, on se fera une sont aujourd'hui, à de rares exceptions [
particulières de la colonie. Ce sont, à proprement parler, des fourrés d'essences inférieures de faible valeur, ne présentant aucun avenir, parce que les éléments de leur régénération y font défaut. Ces forêts des particuliers vont, au contraire, s'appauvrissant chaque jour. Pour satisfaire aux besoins constants de la société, on continue, en effet, à les exploiter à outrance, et à en tirer tout le matériel ligneux au fur et à mesure qu'il y atteint une valeur marchande. Si nous faisons exception pour les forêts dépendant des propriétés exploitées par la Société du Crédit foncier colonial, qui s'occupe de leur amélioration, et pour quelques rares portiojtis de forêt ayant toujours appartenuà quelques grands propriétaires, soucieux de leur conservation, nous pouvons affirmer que dans un avenir très prochain, il ne faudra plus compter sur les anciennesforêts privées de la colonie pour satisfaire aux besoins de la société créole. D'une part, les défrichements qui se poursuivent sur une grande échelle en diminuent, chaque jour, la superficie. D'autre part, les particuliers dont les ressources vont en diminuant, ne peuvent pas s'intéresser à une production qui demande plus d'un siècle pour devenir utilisable. Il n'y a donc aucune probabilité de les voir s'occuper de la régénération de leurs forêts.
État actuel de^ forêts domaniales. — Les forêts domaniales actuelles présentent trois types distincts :
1" Les hauts plateaux de l'intérieur de l'Ile, situés audessus de la ligne dite du sommet des montagnes, sont généralement recouverts de tamarins des hauts (Acacia helerophylla). Cette essence est des plus précieuses pour la colonie, parce qu'elle est la seule qui puisse actuellement, et sans aucune dilliculté, être aménagée en futaie régulière. Le service des forêts de la colonie en a fait
^un essai dans la plaine de Bélouve, et les résultats acquis
sont merveilleux. Nous pouvons dire aujourd'hui que le
^tamarin des hauts se prête aussi bien à raménagement
en futaie régulière que les chênes et les pins en Europe.
Ces forêts domaniales des hauts plateaux, comprises généralement entre les altitudes de 1.200 à 1.600 mètres, sont encore actuellement à Tétat de forêt vierge, si Ton excepte cependant une partie de celle de Bélouve, qui est soumise depuis 1889 à un aménagement régulier. On y rencontre, mélangés aux tamarins des hauts, quelques tans rouges, des mapous, des bois maigres, des bois de nèfle^ des mahots, des palmiers, et en abondance, des fougères arborescences atteignant de grandes dimensions. Ces tamarins, crus à l'état de nature, ont généralement des formes défectueuses. Ils sont tortueux, et, le plus souvent, ramifiés à une faible distance du sol. Leurs branches latérales et d'innombrables troncs gisants recouvrent inutilement de grandes superficies de terrain qui sont ainsi perdues pour la production forestière. Des morts-bois forment au-dessous d'eux un fouillis impénétrable, et le sol de la forêt est recouvert, sans discontinuité, sur une épaisseur de plus d'un mètre, d'une variété infinie de fougères et de mousses qui défendent l'accès du sol aux semences. Dans cet état, ces forêts sont presque improductives. Le matériel ligneux utile qui s'y trouve est beaucoup moins important que ne pourrait le faire croire un examen peu attentif des lieux.
Par contre, ces forêts présentent tous les éléments
nécessaires à un aménagement rapide. Qu'on enlève tout le sous-bois, qu'on réalise tous les bois gisants et les arbres tortueux qui occupent inutilement le sol ; qu'on fasse une coupe d'ensemencement très claire ; qu'on débarrasse enfin momentanément le sol des fougères et
moussesqui le recouvrent, et, quinze jours après, ce sol sera recouvert uniformément d'un semis très dense de Jeunes tamarins des hauts, qu'il suffira de soumettre à des règles culturales appropriées pour conduire, en 80 ans au plus, jusqu'à la haute futaie exploitable.
Les forêts de tamarin des hauts pourront donc fournir un appoint considérable à la consommation du pays, lorsqu'elles seront aménagées et que des voies d'extraction y seront créées. Cet appoint sera d'autant plus important que le bois de tamarin des hauts se prête aux usages les plus variés. Il est à la fois bois de service, bois d'industrie et bois de marine. Il fournit, en effet, des bois de charpente. A l'industrie, il fournit des bois de sciage employés dans la construction des maisons et dans Tébénisterie, des bois de fente ou bardeaux employés pour la couverture des toits et pour la protection des pans de bois. C'est encore lui qui fournit le meilleur bois de marine de la colonie. Son bois carbonisé donne un bon charbon, et il peut enfin servir comme bois de chauffage, quoique sa valeur sous ce rapport soit beaucoup moindre.
La loi forestière du 25 février 1874, qui régit la colonie, interdit tout défrichement sur les hauts plateaux de l'intérieur de l'île. On ne saurait rappeler ces dispositions sans rendre hommage à la sagesse des législateurs qui les ont édictées. Ces hauts plateaux constituent, en effet, les bassins de réception de nos principales rivières qui ne sont, à proprement parler, que des torrents. C'est à la végétation forestière luxuriante qui les recouvre et à l'emmagasinement des eaux fluviales dans l'humus qui en résulte que nous devons la permanence des eaux que débitent encore ces rivières. Que l'on défriche ces hauts plateaux, et l'on verra fatalement disparaître la permanence
des dernières ressources en eau de la colonie, parler des modifications profondes qui en résulte pour la climatologie générale du pays. Déjà par su défrichement des forêts particulières et des forêts niales' à une époque où elles n'étaient pas surve cette climatologie a perdu ses qualités premières, débit des ruisseaux et des sources de la région mo de la colonie a considérablement diminué. Beaucoi ces sources tarissent déjà pendant la période sèche la durée semble s'accroître chaque année. On ne s donc trop insister sur la nécessité de la conservatio forêts domaniales qui recouvrent les hauts plateai la colonie.
Un autre fait capital milite d'ailleurs pour la con tion de ces forêts. Le sol arable n'est pas encore sur ces hauts plateaux. Sur la lave généralement d' non décomposée qui constitue leur sous-4ol, on n( contre le plus souventqu'une couche d'humus acid' ou moins profonde formée par les résidus de lavégé herbacée et forestière. Ladécomposition de la roche jacente n'est pas encore suflisamment intervenue fournir à cette couche d'humus les éléments min indispensables à sa fécondité et. par suite, à sa m: exploitation par les plantes agricoles. Que cette c d'humus, souvent peu épaisse et sans cohésion, soil à nu par le défrichement et, en peu d'années, elle lavée et finalement entraînée par les pluies torreni de nos régions. La lave mise à nu ne pourra mémi alors porter la forêt qu'on tenterait d'y réinstalh travail des siècles, accumulé sous forme d'humus vie des végétaux inférieurs (lichens, mousses, foug et des essences forestières, serait ainsi perdu en quf années. Que l'on compare ces résultats infaillible
1 de la conservation des eaux de nos rivières, et âibiiité de tirer indéfiniment de ces hauts plane grande partie des bois indispensables à la et Ton se fera une idée du préjudice qui serait ■elle-ci par leur défrichement.
econd type de forêt domaniale est celui qui existe tone moj'^nne de la colonie, entre les altitudes 1,000 mètres environ. Dans cette zone, qui, est on agricole par excellence, toutes les terres )les d'être cultivées ont été concédées. C'est dire )omaine y est très peu représenté, il y possède
pentes d'encaissement des rivières et ravins qui i de bornes aux concessions originaires et les
situés au bas de ces pentes, qui n'ont pas été 1 ou usurpés;
zone de deux gaulettes (9™75}, à prendre au
de ces pentes, sur les plateaux qui les coupentes d'encaissement des cirques de Cilaos, de des Palmistes et de la Nouvelle;
parties de ces cirques eux-mêmes, plateaux ou
qui n'ont pas été concédées ou usurpées, étant blés ou impropres à la culture; [aines portions de Ttlc situées aux alentours du ans la commune de Saint-Philippe, et qui, recoue laves récentes et non encore décomposées,
été concédées et qui sont impropres à toute ex- I agricole.
levons enfin ranger parmi les forêts domaniales région celles qui, situées an-dessus de la ligne sommet des montagnes, sont comprises entre le et la zone des tamarins des hauts. Toutes les
42 LA nÉLNros
Ibrèts domaniales de cette région moyenne prése en effet, à peu de chose près, les mêmes caractère; Elles sont constituées des mêmes essences qi forêts particulières qui les avoîsinent et que nous déjà citées; mais elles sont heureusement moins ï vries que ces dernières. Les essences précieusi l'étage dominant n'y ont pas disparu complètement, derniers représentants sont, il est vrai, très disse et souvent dépérissants. Quelques essences, telles liois pliant et le bois de fer, sont même devenue rares et tendent à disparaître. Mais d'antres, tell les naltes, les lacamacas, les bois de bassin, le de pomme, les bois rouges, les benjoins, les rouges sont encore en nombre suffisant pour a la régénération de ces forèls. Déjà, dans qu( unes d'entre elles, on peut constater la présenct semis de ces essences précieuses assez dense pour < confiance dans l'avenir. Malheureusement, les âgef médiaîres entre les semis et les très vieux n'existent pas, ce qui rend l'aménagement de ces impossible pour le moment. Le sous-étage de ces domaniales est beaucoup plus dense et actuellemen riche que Pétage dominant. On peut dire que leur d'exploitation dépend beaucoup des essences qui i tuent ce sous-étage. Les bois d'olive, les bois maigr bois de nèfle, les bois de gaulette fournissent, en < la société, des produits de grande valeur. Beaucoii sences de moindre importance fournissent égaleme produits appréciés parle commerce local. Mais, dan; actuel des choses, ces forêts domaniales de la moyenne fournissent également très peu de matéria consommation locale, et il faut, à cet égard, les dist en deux catégories : celles qui recouvrent les
abruptes des encaissements des rivières ou ravines-bornes et des remparts des cirques, et celles qui s'étendent sur les pentes douces des montagnes ou sur les plateaux situés au fond des cirques, ou encore dans les bas-fonds des encaissements des grandes rivières de la colonie.
La loi forestière du 25 février 1874 interdit toute ■exploitation des premières, et ici, encore, l'on ne saurait trop louer la sagesse de ces dispositions. Il ne peut être question, en effet, d'exploiter des forêts sur des pentes abruptes où le moindre enlèvement d'arbres ou même d'arbustes du sous-bois provoquerait des éboulis ou des glissements capables de détruire en une seconde des résultats acquis à grand'peine. Le couvert forestier de ces pentes est tellement précieux pour assurer la conservation des sources qui y prennent naissance, et le maintien des terres, que l'on ne peut songera y toucher. Quant aux secondes qui, par leur situation, pourraient être exploitées, il faudra attendre des années encore avant de pouvoir les aménager régulièrement dans ce but. Nous avons vu en effet, que dans l'étage dominant, les âges intermédiaires entre le semis et l'âge d'exploitation n'existaient plus. Ubê exploitation abusive a fait disparaître ces âges intermédiaires qui constituent la ricbesse d'une forêt en assurant son rapport soutenu. Pour le moment, le service forestier se contente de réaliser dans ces forêts les arbres très dépérissants qui ne grainent plus et dont la conservation conduirait à la détérioration complète du bois pour le plus grand préjudice de la société.
Un troisième type de forél domaniale nous est fourni par les massifs créés artificiellement par le service des forêts de la colonie; nous en parlerons plus loin.