A MONSIEUR LE DIRECTEUR DE LA GRANDE HARMONIE D’ANVERS
" Monsieur,
“ Ayant égard à la position du moment, la Commission qui s’était bornée, mercredi passé, à une simple invitation, ne voit aucun inconvénient A ce que iésormais vos fêtes et vos concerts aient lieu, comme d’ordinaire.
“ S’il surviut des circouatnnccs peu favorables, qu’on u’a pas lieu de prévoir, la Commission s’empresserait de vous en faire port. „
Les études recommencèrent sur-le-champ ; mais elles durent cesser bientôt, en présence des dangers qu’offrait la situation du loeal à la portée du canon de la citadelle; une nouvelle relâche eut donc lieu.
La Direction s’effraya de cet état de choses ; par suite des évènements politiques, un grand nombre de membres avaient quitté la Société, et l’on se trouvait devant un déficit considérable, auquel, il est vrai, la générosité du trésorier, M. Geeraerts, faisait face, mais qui, en s’augmentant, devait nécessairement conduire à la ruine de la Société.
Dnnâ ce moment suprême, Jansscus convoqua, le lfi Avril 1832, les membres de la Direction, et leur exposa la situation de T Harmonie. " Depuis quelque temps, disait— il, il avait cherché un local convenable, où les fêtes champêtres pourraient avoir lieu sans interruption. Dans ses recherches, il avait principalement eu en vue d’empêcher la dissolution de la Société, qui serait presque inévitable, si l’état d’inaction et d’incertitude où elle se trouvait depuis plusieurs mois, devait se prolonger. ,, Le Directeur ajoutait qu’il avait été encouragé dans ses desseins par un grand nombre de membres de la Société, qui lui avaient fait les plus pressantes sollicitations afin de se procurer un local, en attendant que les circonstances permissent de rentrer à la campagne de St-Laurent.
Janssens soumit ensuite à l’assemblée deux propositions qui lui avaient été faites, d’abord celle de donner les concerts dans le local de la Société d’Harmonic de Berchem aux Trois Coins, ensuite celle de louer une campagne appartenant à M. Gleeson, et située à l’entrée de la commune de Berchem.
L’assemblée se rallia complètement à l’avis de l’honorable Directeur, et délégua sur-le-champ deux de ses membres, MM. Geeraerts et Rom, pour inspecter la campagne de M. Gleeson; dès le lendemain ces hommes dévoués s’acquittèrent de leur mandat, et, le soir du même jour, ils rendirent compte de leur mission à leurs collègues réunis de nouveau en séance. Sur le rapport des délégués, constatant que la campagne pouvait convenir sous tous les rapports à la Société, l’assemblée décida de contracter avec M. Gleeson, pour le terme d’une année, et autorisa le Directeur, qui, à cette époque, remplissait les fonctions de notaire à Berchem, à passer l’acte de location, aussitôt qu’il se serait assuré de la rentrée des contributions du l*‘ r semestre de cette année. En
assemblée générale du 21 Avril, les membres effectifs ratifièrent les décisions prises par la Direction. Il fut décidé, en outre, que des circulaires annonçant le jour de l’ouverture du nouveau local et le commencement des concerts d’harmonie seraient envoyées aux membres honoraires, et que l’on ne reconnaîtrait comme tels, que les personnes qui auraient payé leurs contributions.
Le 6 Mai 1832, la Direction inaugura sa nouvelle campagne par un brillant concert; un public nombreux y assistait, prouvant par sa présence son attachement à la Société.
Pendant tout l’été de l’année 1832, les fêtes delà Société Royale d’Harmonie furent suivies par bon nombre de membres, mais au mois de Novembre, lors de l’arrivée de l’armée française, la campagne fut occupée par les troupes, qui y causèrent des dommages considérables.
Pour comble de malheur, Jansscns, qui jusqu’alors avait compté parmi les plus fermes appuis de l’Harmonie, dut se retirer de sa Société de prédilection ; atteint d’une maladie des plus graves, contractée probablement par un excès de travail, le jeune maestro fit un voyage en Allemagne et ne revint à Ànvçrs, que pour être enfermé dans la maison des aliénés. Vers la même époque le Chef île musique M. Neumann, donna sa démission de sorte que la Société se trouva, presque en même temps, privée de ses deux locaux et des deux artistes qui, jusqu’alors, avaient soutenu l’éclat de sa réputation.
Se ressouvenant d’un jeune artiste dont la Direction avait été à même d’apprécier le talent, M. Jacques Bender, qui, à cette époque, dirigeait la Société Philharmonique, foudée par lui-même, à St-Nicolas, la Société s’attacha cet. homme de mérite, en qualité de Chef de musique, et l’expcrience prouva qu’elle avait eu la main heureuse en faisant ce choix. Pendant les onze années que Bender fut à la tête de l’orchestre, il reconquit la réputation que l’ Harmonie s’était acquise par ses travaux antérieurs.
Ce fut au milieu d’une série de revers, le 1 er Mai 1833, quatre mois après la reddition de la citadelle d’Anvers, que la Société rentra dans sa campagne de St- Laurent. Elle trouva le local dans un état déplorable; tout avait été bouleversé pendant le siège de la forteresse anversoisc. La reprise des concerts se fit sans solennité; les ressources de l’Harmonie étaient trop restreintes pour que l’on put songer <à l’organisation de fêtes. Ensuite plusieurs amateurs s’étant
retiras (le l’orchestre, rendaient, par leur départ, impossible l’exécution des principaux morceaux de musique.
Dans ces "raves circonstances, la Direction dont l’attachement à la Société semblait croître avec le nombre des difficultés, fut convoquée en séance générale. Plusieurs mesures urgentes furent prises. On s’appliqua d’abord à consolider la Société chancelante, par l’admission de nouveaux membres honoraires; ensuite on remplaça les amateurs qui venaient d’abandonner l’orchestre, par des musiciens gagistes, choisis parmi les meilleurs d’Anvers.
On comprend la valeur de ces décisions. La Société s’interdisait, sans doute à regret, de prendre part désormais aux luttes artistiques, dont, à deux reprises, elle était sortie triomphante, mais, d’un autre côté, elle garantissait la réussite île ses concerts, que les démissions des membres efléctifs ne pouvaient plus compromettre.
Immédiatement après les concerls reprirent ; sous l’intelligente direction de M. Bender, ils obtinrent bientôt de légitimes succès.
Entretemps la Reine des Belges avait donné le jour au Duc Louis- Philippe-Léopold- Victor-Ernest de Brabant, et la Société Royale d’Harmonie voulut faire acte de patriotisme, en portant à l’occasion du retour de LL. MM. d’un voyage eu France, ses hommages respectueux au pied du trône. Le 17 Novembre 1S33, elle se rendit à Bruxelles et y donna au Palais une brillante sérénade à laquelle assistèrent nos Souverains. Le programme se composait de l’ouverture de Bobin de s Bous, de Weber; de Variations composées par Bender; d’un Pot-pourri de motifs de l’opéra le Pré aux Clercs , de Hérold ; de l’ouverture d 'Obéron, de Weber ; et de la Léopoldienne.
Reçue par le Roi et sa cour, la Société fut complimentée par S. M., qui la remercia affectueusement de lu marque de déférence qu’elle venait de lui témoigner ainsi qu’à sou Auguste Épouse.
Le 26 Septembre 1834-, à l’occasion des fêtes de Septembre, M. Fétis, Directeur du Conservatoire Royal à Bruxelles, avait organisé dans la capitale une vaste association de près de 600 artistes et amateurs, pour l’exécution de plusieurs morceaux de grands Maîtres. La Société Royale d’Harmonie adhéra au programme et délégua sou orchestre pour prendre part a la fête. Le couccrt eut lieu au temple des Augustins, en présence de LL. MM. le Roi et la Reine des Belges \
Voir TüTS, Historique des Sociétés chorales en Belgique. Garni. 1855.
l/os morceaux choisis étaient : l’ouverture A' Anacréon, de Chcrubini ; des fragments du Messie, de Hiindcl ; et la symphonie en Ul mineur, de Beethoven. Une Ouverture héroïque, intitulée Bruxelles en 1830 et 1 831, composée par M. Daussoigne-Méhul, et dirigée par l’auteur, fut également exécutée pur notre Société, ainsi que la cantate couronnée le Drapeau Belge, par M. Jules Busschop.
Quelque grand que fût le succès qui couronna l’entreprise, l’Association fut dissoute peu de temps après le concert.
Quatre mois après cette grande manifestation de l’art musical belge, le 3 Février 1835, mourut à Anvers, dans l’hospice des aliénés, le compositeur Janssens, à peine âgé de 34 ans. Le Trésorier de la Société Royale (l’Harmonie , M. Geeraerts , fut dans le nombre des admirateurs du talent de notre concitoyen, qui le 25 Mars suivant, firent célébrer, à l’église de Notre-Dame, une Messe solennelle pour le repos de l’excellent artiste. En rappelant cet hommage de reconnaissance, nous faisons des vœux pour qu’un jour le souvenir de l’ancien Directeur de la Société Royale (l’Harmonie puisse ctre officiellement consacré dans le sein même de la réunion à laquelle il a rendu de si grands services.
Parmi les fêtes champêtres organisées par la Société après sou retour dans son ancien local, on doit compter le concert donné le 13 Juillet 1836, avec le concours du corps de musique de la garde civique de Bruxelles. Vers la même époque deux compositeurs belges, MM. L éon et Gustave de Burbure, avant dédié à l’Harmonie une grande fantaisie sur l’opéra les Huguenots qui venait d’être représenté pour la première fois à Paris, notre réunion leur décerna le titre de membres honoraires.
Plusieurs années de nouveaux succès avaient donné à la Société Royale (l’Harmonie assez de force et de ressources pour que la Direction pût songer à reprendre le cours des travaux interrompus par la révolution. Elle décida donc de rétablir des concerts d’hiver; mais pour donner à ces fêtes tout le développement qu’elles comportaient, elle résolut, en 1836, sous la présidence de M. Geeraerts, d’organiser dans de la Société, une vaste association, sous le titre de Grande Union Musicale, en faisant un appel aux artistes distingués non seulement de la ville mais de tout le pays. Cette association avait pour but d’exécuter les œuvres des grands Maîtres; des concerts tels qu’on n’en avait jamais entendus à Anvers, devaient être donnés à des intervalles plus ou moins rapprochés.
L’initiative prise par la Société, rencontra les pins vives sympathies ; en peu de temps la Direction put organiser une section de chant. Un grand nombre de Dames voulurent contribuer à l’éclat des fetes et .formèrent entre elles une nouvelle section dont le concours devait assurer le succès des solennités.
Ijc premier concert eut lieu le 2 Décembre 1837. Environ 450 exécutants composaient l’orchestre. Garni , Louvain , Bruxelles et Tennonde avaient fourni leur contingent. L’oratorio choisi était les Quatre Saisons, de Haydn. L’exécution dépassa toute attente. M. le Gouverneur de la province, qui assistait à la soirée, voulut reconnaître le zèle et les efforts de M. Bender, en offrant a cet artiste une clarinette d'honneur, comme témoignage des sympathies qu’il s’était acquises par son talent. Un banquet offert aux artistes clôtura la fête.
Après ces grands efforts, il y eut un moment de repos ; mais l’hiver suivant de nouvelles soirées musicales furent organisées par la Direction.
L’année 1 839 amena nne solennité bien intéressante pour la Société Royale d’IIarmonie ; le vingt-cinquième anniversaire de la fondation de cette réunion. La Direction sous la présidence de M. Félix Grisar, ayant décidé de célébrer cette date, obtint la coopération de la musique du Régiment des Guides, dirigée par l’ancien Chef d’orchestre de l’IIarinonie, M. Valentin Bouder. Plusieurs altistes prêtèrent le concours de leur talent pour l’ornementation du jardin. M. de Beaumont fut chargé de la direction du feu d’artifice.
I^e temps favorisa la fête du 18 Août.
“ Nous écrivons, dit un journaliste, sous l’influence des sensations agréables qu’elle nous n procurées. Iæ jardin richement décoré, les milliers de lampions, artistement arrangés, jetant leur vive lumière sur nue foule choisie, et relevant la toilette des dames, présentaient un coup d’œil magnifique et impossible A décrire. Quiconque n’est pas habitue A fréquenter les fetes de cette Société ne saurait sc faire une idée du bon goût qui préside toujours A l’ordonnance des embellissements, et du soin qu’y apportent les artistes chargés de leur exécution. Toutefois, jamais autant de luxe n’avait été déployé danR son local ; on sc serait cru transporté dans un de ces jardins fabuleux décrits avec toute l’exaltation orientale dans les Mille et une Nuit». Ici c’était un temple colossal, IA un transparant d’un goût exquis, représentant le Temps conduisant l'Harmonie, écrasant la Jalousie et l'Envie, et indiquant du doigt le nombre d’années durant lesquelles la Société n’a fait que prospérer. Le tout offrait un ensemble parfait et des points de vue préparés avec art.
“ I.n musique a excité un enthousiasme général; r’csl tout dire, car une nussi belle harmonie n’a jamais été entendue A Anvers. 11 n’en pouvait guère être
autrement, les artistes du répiment des fiiiidcs réunis A ceux de l’orchestre de la Société, u’out pas failli i\ leur excellente réputation.
“ I,n soirée a été dignement terminée par le feu d’artifice, dont la pièce principale représentait les éruptions du Vésuve. Ces éruptions annoncées par un tonnerre lointain, ont émerveillé tous les spectateurs, et les vifs applaudissements du publie ont prouvé A M. De Beaumont, que scs efforts pour représenter un sujet nouveau avaient été couronnés d’un entier succès. Au pied de la montagne se déroulait eu transparent un joli panorama représentant la ville de Naples.
" En somme, cette fête sera pendant longtemps uu souvenir agréable pour tous ccnx qui ont eu le plaisir d’y assister, et la Direction se trouvera compensée de la peine qu’elle s’est donnée pour sou organisation, par l’admiration que son bon gotlt a excitée. 1 „
Le lendemain, lundi, une nouvelle fête eut lieu; la musique des Guides se fit entendre une seconde fois, et recueillit de reclicf les applaudissements unanimes de la foule attirée par l’attrait de la soirée.
Pendant l’hiver suivant, deux concerts furent organisés; nous citerons d’abord celui du 4 Janvier 1840, organisé sous la présidence de M..A.-F. Carpentier, et qui eut lieu au Théâtre Royal, disposé eu salle de concert. La partie vocale fut confiée aux chanteurs montagnards du Conservatoire de Chant de Bagnères, de Bégorre (Hautes Pyrénées), au nombre de 40. L’orchestre y exécuta, entre autres, la nouvelle ouverture de Robert le Diable, par Meyerbeer, et la grande ouverture des Francs Juges, de Berlioz; deux artistes anversois, MM. Celens et J. Van den Bogaert y jouèrent un air varié pour le violon et une fantaisie pour llute. Dans la partie vocale, on remarquait V Hymne à St-Vincent, patron des Montagnards, œuvre couronnée au premier grand concert des Fûtes musicales, le Roi du Vallon, boléro, la Retraite Toulousaine, la Mélodie Montagnarde, sur un air favori, dédié à Meyerbeer, Ilalte-là, chant patriotique, etc.
Pour le concert du 31 Mars 1840, qui eut également lieu au Théâtre Royal, on avait obtenu la coopération de MM. Ilubcrti, chanteur, Kuhlman, premier basson du Théâtre Royal d’Anvers, Albert Soigne, professeur au Conservatoire de Liège, Valgalier, chanteur, et du jeune Henry YVuillc; M rllc Élisa Mcerti chanta la Scena et Aria " Ah Per/idof „ de Beethoven, Pair de Bianca e Fernando, de Bclliui, et plusieurs romances.
Ces fêtes terminées, un nouveau Directeur de semestre, M. Guillaume- Jean Du Bois entra en fonctions pour la période d’été de l’année 1840. Le 20 Avril il annonça l'organisation des concerts d’harmonie, pour le
1 Le IWcurseur.
3 Mai suivant. Ceux-ci curent lieu régulièrement aux jours déterminés ; on y entendit successivement des morceaux d’Adam, de Donizetti, do Bel Uni, de Mercadante, d’Auber, de Berlioz, de Rossini, Ile Lindpaintner, «le Bordizc, de Ilérold, de Kalliwoda, de Rcissigcr, etc. ; mais la ■grande fête de ect été, fut celle donnée à l’occasion de l’anniversaire de l’Inauguration de S. M. le Roi. Elle était composée d’un concert d’hannonie, d’une tombola ou loterie vénitienne pour les dames, d’un tir d’oiseau à feu d’artifice, de l’illumination générale du jardin, et terminée par un bal. Tous les membres étaient admis à concourir au tir de l’oiseau. La Société décerna pour prix au vainqueur une bague chevalière en or. Par suite du mauvais temps, la fête fut remise de dimanche à dimanche et n’eut lieu «pic le 2 Août.
Depuis son institution la Société d’Ilarmonie s’était imposé la tûche de contribuer annuellement à l’éclat des fetes communales, en organisant elle-même, aux jours de la Grande Kermesse, «les fetes splendides, qui comptèrent peu à peu au nombre des principales ^jouissances annoncées par les programmes officiels. En 1 840 elle fit plus. Ficre de pouvoir joindre son nom à ceux des associations qui luttaient de patriotisme, «le zèle et de talent, pour célébrer la mémoire de Rubens, elle organisa en' l’honneur du chef de l’Æcole flamande, une de ces solennités qui prennent place dans les annales de la ville.
La direction présidée à cette épotpic par M. G. -J. Du Bois, annonça pour le Dimanche 16 Août une grantle fête champêtre consistant en un concert d’harmonie, composé de morceaux des maîtres les plus célèbres. Des allégories, des transparents ayant rapport à Rubens furent placés «lans le jardin. Une illumination générale, un feu d’artifice et «m bal terminèrent la soirée. Après le concert, les Membres de la Société (['Orphce «l’Anvers et divers amateurs exécutèrent une cantate a grand orchestre composée pour la cintonstnnce par M. Kennis, Directeur «le la musique de la Cathédrale «le notre ville, sur le motif d’un air favori «te Rubens; les solos furent chantés parM. J. Kenis.
“ I.a fête de ln Société de l'Harmonie, écrit un journaliste, a réuni tous les étrangers de distinction dans son jardin, brillant le jour de toutes les beautés de la nature et qui, la nuit venue, a présenté une illumination dans le style gothique, d'un effet ravissant. 1/aftlucncc y était considérable et l’on a dA regretter que le local ne présentât pas plus d’espace. Iæs membres de ln Société ne s’accommoderaient pus toujours d’une gêne qu’ils ont supportée en faveur des étrangers qui tous reconnaissaient que la ville «l’Anvers seule pouvait offrir une fête ordonnée avec notant
de goût et de magnificence. Le feu d’artifice a été l’un des pins beaux qui aient été tirés dans cette Société.
“ Nous ne devons pas omettre l’un des épisodes de cette belle fête, c’est la cantate de M. Kennis chantée par la Société- d’Orphée, et dont la mélodie bisséculairc est empreinte d’une douce et mélancolique beauté. „
Le succès de cette journée engagea lu Direction n organiser une seconde fête en l'honneur de llubens; elle fut annoncée pour le Jeudi 20 Août. La sortie de la cavalcade d’Anvers, fixée au même jour, la fil remettre au Dimanche suivant. Pour satisfaire aux demandes réitérées faites à la Direction, les Membres de la Société d’ Orphée avaient consenti à exécuter une seconde fois la cantate de M. Kennis. Pour la partie instrumentale M. J. Bender avait composé deux pots-pourris sur des motifs des opéras Elisir d* Amore et Zampa; l’orchestre exécuta l’ouverture de l’opéra 1 Capuletti e Montccchi, de Bellini, le chœur des Baigneuses des Huguenots de Meyerbeer, l’ouverture tics Puritains, de Bellini, celle du Lac des Fées, par Auber, la finale de la Juive par llalevy, le Bouton de Rose , valse par Brock, et l’ouverture du Serment, par Auber.
Un nouveau Président-Directeur, M. Edmond-Charles De Wacl étant entré en fonctions, celui-ci s’appliqua à établir plus de facilité et de régularité dans le service administratif; sur sa proposition les changements suivants aux articles 7, 8 et 11 du règlement furent approuvés et arrêtés le 20 Octobre 1840, en séance générale des Membres effectifs et de la Commission des Membres honoraires :
“ Art. 7. Iæ Direction se compose de trois Directeurs, (qui remplissent altcruativemeut pendant une année les fonctions de Président et de Vice-Président) de trois Adjoints-Directeurs, et d’nn Directeur-Caissier; il lui est adjoint une Commission, etc. „
“ Art. 8. La Direction est élue pour trois années et sera renouvelée chaque année par tiers. Le Directeur qui aura rempli son année de présidence, quittera la Direction et sera remplacé par le Directeur Vice-Président et celui-ci par le 3 m « Directeur, en remplacement duqnel il en sera élu un nouveau. „
“ L’ Adjoint-Directeur le plus longtemps en fonction quittera également la Direction A la fin de l’année, et sera remplacé par nn nouvel Adjoint -Directeur. „
“ Le Directeur-Caissier restera en fonction pendant trois nnnées. „
“ La Commission des membres honoraires est également choisie pour trois ans, et sera renouvelée partiellement chaque année.
“ Les Membres sortant de la Direction et de la Commission «les Membres honoraires peuvent être réélus. „
“ Art. 11. Les Membres effectifs en procédant ü la nomination des Membres de la Direction, désignent les fonctions que chacun d’eux est appelé à remplir.
“ AIITICLE D’uKDKE INTRODUCTIF.
“ l*our l'exécution des articles qui prccèdeut, la durée îles foliotions du Directeur siégeant comme Président et un des Adjoints-Directeurs ne sera pour la première fois que d’uue année; celle de Directeur siégeant comme Vice-Président et du deuxième Adjoint- Directeur, sera de deux années et des autres Membres de la
Direction de trois aminées. „
M. De Wael s’appliqua également à l'organisation des fêtes de la période d’hiver. On annonça pour le 29 Décembre 1840, le premier concert vocal et instrumental au Théâtre royal ; on y entendit entre autres, M. Simar, violoniste, M 11 ® Cundell première chanteuse du Théâtre de Garni, M. Espinassc, premier ténor du même théâtre» M l,e Sophie Prud’homme, pianiste, M 1,e Hillen, cantatrice, de Bruxelles, et M. Godding, d’Anvers, premier prix du Conservatoire de Bruxelles.
1 /orchestre exécuta l’ouverture de la tragédie de Néron , de Reissiger et l’ouverture des Martyr «, de Donizetti.
Toutefois les tentatives faites pour la continuation de cos soirées musicales, ne furent pas couronnées d’un plein succès; le 12 Avril, la Direction informa les membres que l’impossibilité dans laquelle elle s’était trouvée de faire des engagements avec des artistes d’un mérite transcendant, l’avait empêchée de donner d’une manière convenable le second concert d’hiver. Ayant traité avec M mc Treillet-Nathan première cantatrice et M. Boullard, première basse-taille du Théâtre Royal de Bruxelles, ainsi qu’avec M. Blacs et M. George Kiesewetter, premier violon du Roi de Hanovre, elle annonça une fête pour le Mardi 4 Mai suivant. Au concert M. ,nc Treillet-Nathan chanta un air de l’opéra la •faire de Halevy, la grande scène des tombeaux de Guido et Genevra , du même, et Y Ave Maria, de Schubert; de plus, conjointement avec M. Boullard, le duo des Huguenots, de Mcycrbeer. Ce dernier s’était fait entendre dans un air du Comte Ory, de Rossini. M. Blaes exécuta un concerto pour clarinette de C. Hanssens, et une fantaisie élégante pour le même instrument de F. Snel. M. Kiesewetter avait été remplacé par M. De Munck, violoncelliste, qui joua un concerto de Servais et une fantaisie élégante composée par lui-même ; l’orchestre exécuta l’ouverture des Francs Juges , de Berlioz, et celle d’Obéron, de Weber.
En dehors des concerts ordinaires, l’été de l’année 1841 fut marqué par la grande fête organisée à l’occasion de la Kermesse d’Anvers. La Direction s’était assurée du concours de la Société Philharmonique de Bruxelles, dirigée par M. Valentin Bender; le programme était composé.
entre autres, de l’ouverture d’ Euryanlke de Weber, de celle du Bivouac de Kreutzer, et de différents morceaux arrangés par MM. Valentin et Jacques Bender.
“ Cette fois, dit un journaliste, les variations de l’atmosphère ne soiit pas venues contrarier la fête, et la Direction de l’Harmonie a pu réaliser sans obstacle les brillantes promesses de son programme. Jamais, de mémoire de Sociétaire, ou n’avait vu de si belle fête A St-Laurcnt. MM. les membres de la Société Philharmonique de iiruicllcs seront sans doute satisfaits de l’accueil triomphal qui leur a etc fait.
“ Leur excellent orchestre a exécuté plusieurs morceaux A grand effet, avec un ensemble, un aplomb, une verve et une précision admirables. Avec l’harmonie étaient réunis tous les éléments d’une fête qui se sout déployés avec le plus grand lu xe et le goût le mieux entendu. Le feu d’artifice était splendide, les illuminations magiques ; les transparents semblaient des prodiges. Après toutes ces belles choses ne croyez pas que la fête fut finie, car elle ne faisait que commencer pour les nombreux danseurs, pour lesquels la salle de bal était trop étroite.
" Partout du reste a régné la plus grande concorde et la plus frauche gaîté. ' De la foule saus cohue, point d’accidents, partout de l’uuion et de la politesse ; qn’on sc figure un salou de bonne compagnie rempli par plusieurs milliers de personnes, un véritable raout en plein air.
“ La fête a été trop courte pour tout le monde, on regrettait que des solennités semblables ne se renouvelassent pas plus souvent. C’était oublier que le plus grand charme de ces fêtes est leur rareté.
“ Nous croyons être l’organe de toute la Société et de tous les invités en adressant publiquement A M. Edmond-Charles De Wael, Directeur de la Société d’Harmonic, des éloges et des rcmercîmcnts pour le, succès de la fête aux préparatifs de laquelle il a présidé; son zèle, ses soins n’on^pas été infructueux et n’ont pas faits des ingrats. Il a été bien secondé par tous les membres de la Direction. „
Aux concerta de l’hiver suivant, l’Administration convia de nouvelles illustrations musicales; entre autres, pour le concert du 27 Novembre, elle obtint la coopération de MM. Vieuxtcmps, violoniste, Dur-Ijabordc, premier ténor du Théâtre Royal de Bruxelles, Schidlick, premier hautbois au même théâtre, et de M ,n,î de Roissy, première chanteuse de l’Acatlémic Royale de Musique de Paris.
Le programme était composé comme suit :
I" Partie.