‹ Notice sur la vie et les ouvrages de Leopold RobertChapitre 5 sur 16 · L ARRIVÉE DES MOISSONNEURS DANS LES MARAIS PONTINS · texte numérisé non relu

L ARRIVÉE DES MOISSONNEURS DANS LES MARAIS PONTINS

Ces prévisions se réalisèrent au-delà de toute espérance. En 1831, Léopold Robert exposa au salon huit ouvrages tous dignes de lui, mais dont quatre, les Pijjerari , \ Enterrement cVun aîné de famille , la Femme napolitaine pleurant sur les ruines de sa maison^ et enfin les Moissonneurs ^ auraient suffi, chacun pris isolément, pour établir et consolider la réputation d'un peintre.

Dans la scène des Pifferari , jouant de la cornemuse devant une image de la vierge à Rome , Léopold a atteint le dernier degré de perfection dans ce genre de compositions qu'il appelait ses petits tableaux , et où il n'y avait qu'w/ze idée. Vérité d'expression , force de dessin , de modelé et de coloris, toutes les qualités éminentes dans une peinture se trouvent réunies dans cette belle production.

On ne fut pas moins frappé de la dispotition profondément dramatique de cette famille de paysans romains pleurant , tandis que l'on enlève le corps de leur fils aîné mort à la fleur de l'âge. Cette fois, pour peindre la douleur de gens simples et rudes même , Léopold trouva dans son talent des ressources qu'on ne lui soupçonnait pas , une énergie extraordinaire d'exécution , et quelque chose de singulièrement pa-

thétique dans larrangement de la scène et l'expression des personnages.

Non moins touchante, mais plus gracieuse et plus élevée, telle parut la composition de la Femme napolitaine pleurant sur les ruines de sa maison en cendres, auprès de son enfant qui joue. C'est encore un petit tableau , et il n'y a c\uune pensée ; mais en ce genre , c'est le chef-d'œuvre de Léopold Robert , cjui , en l'exécutant , a su conserver toute la vivacité de l'inspiration de la nature, tout en s'élevant jusqu'à la beauté et la douleur antiques , telles qu'on les trouve exprimées dans les jeunes filles de Niobé.

Puis viejinent les Moissonneurs. Le milieu de la scène est occupé par lui char traîné par des buffles, que maintient au repos un jeune homme appuyé sur un aiguillon et sur le timon de la voiture. Le maître du champ, homme âgé, donne l'ordre de s'arrêter à cette place et d'y déployer la tente dont un jeune paysan debout dans le char tient les voiles. Près du vieillard couché, est une femme dans la force de l'âge, tenant son jeune enfant dans ses bras : tel c x le groupe principal.

A gauche sont trois jeunes moissonneuses, accompagnées de deux moissonneurs , qui tous se rendent au lieu indiqué pour le centre des opérations de la moisson. A droite, deux autres jeunes moissonneurs, armés de leur faucille, dansent à la manière du pays, tandis qu'un homme dans la force de Tage , et assis

sur Tuii de3 buffles, les regarde avec cette gravité attentive qui distingue les hommes des pays méridionaux.

Entre ces différentes figures qui occupent les premiers plans, on aperçoit plus loin dans la campagne des femmes , des hommes d'âges différents , se reposant sur la terre en attendant les ordres du maître du champ.

Derrière cette scène se déploient un ciel légèrement voilé par des vapeurs chaudes, et la partie des marais Pontins voisine de Monte-Circello.

Peu d'hommes, chez les modernes, ont eu un sentiment du beau plus naturel et plus fort que Léopold Robert. A voir la naïveté qui règne dans les gestes de tous les personnages du tableau des Moissonneurs , et lorsque l'on se sent saisi par cet air de puissance, par cette haute beauté et ce grandiose, empreints sur la figure calme de tous ces paysans , on ne sait réellement pas de quel temps est cet ouvrage où l'on retrouve toute la gravité de la statuaire antique , jointe à cette soudaineté que présentent seules les productions inspirées par la nature , et copiées en quelque sorte d'après elle.

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