‹ Notice sur la ville de PloërmelChapitre 10 sur 28 · LES CARMELITES. — LES URSULINES · texte numérisé non relu

LES CARMELITES. — LES URSULINES

Après avoir heureusement terminé l'œuvre capitale de sa vie, la réforme des Carmes, le P. Thibaut avait fondé en 1622, dans la ville de Rennes, un couvent de Carmélites de l'étroite observance. Cette maison, qui avait le titre du Saint-Sépulcre, s'accrut avec une grande rapidité, et il fallut songer à une colonie. On jeta les yeux sur Ploërmel, dont les habitants avaient marqué tant de sympathie au P. Thibaut et à son œuvre.

« Le neuvième jour de juillet mil six cent vingt-et-quatre, en l'assemblée des nobles bourgeois, manants et habitans de la ville et forsbourgs de Ploërmel, tenue à la manière accoustumée, en présence de Messieurs les seneschal, alloué, lieutenant et procureur du Roy. — A esté remonstré par maistre Pierre Audren, procureur syndicq des dits habitants, qu'il luy auroit esté proposé de la pluspart des notables et anciens des dits habitans que l'ordre des Car-

melines estoit désiré d'un chacun pour estre establies en ceste ville à l'honneur et gloire de Dieu et de la Sacrée Vierge sa mère, devocion, décoration et utilité de la dite ville, et faire un couvent en icelle ou aux forsbourgs , pour y bastir et soy loger, à leurs propres frais, coûts et despans, si les dits habitans le consentent et l'ayent agréable, sans que les dits habitans soyent tenus ny obligés en auchune contribution. — Le dit faict mis en délibération a été par les dits habitans... consenty d'une commune voix... soubs le bon plaisir du seigneur de Saint-Malo leur evesque, lequel sera supplié de l'avoir agréable... à la charge que aulchune personne ne pourra prendre la qualité de fondateur du dit couvent ny aultre prérogative en icelluy qui soit préjudiciable ou incommode a la dite ville et au publicq. » (1)

L'évêque de Saint-Malo, Guillaume Le Gouverneur, donna son consentement à la date du 4 décembre 1626, à la condition que le nouveau couvent, qui serait « de pareille et semblable observance que celui qui depuis cinq à six ans a esté institué à Rennes, » jouirait des « mesmes droits et privilèges que les anciens couvents du mesme Ordre de ceste province, scavoir : les Couëts lez Nantes, et Nazareth lez Vannes, au moyen et à la charge que les dites religieuses du

(t) Archives d'Ille-et-Yilaine, fonds de Saint-Malo.

dit couvent ne pourront mandier, et que nulle 1111e ne pourra y estre receue sans y porter une dot suffisante pour se nourrir et entretenir; et aussi parce que les religieux Carmes de l'Observance en prendront la direction et entière conduite. » (1)

Le P. Thibaut lui-même accepta les conditions formulées par la Communauté de ville et par l'évêque.

Dans le même temps, des Ursulines envoyées également du monastère de Rennes venaient à Ploërmel et fondaient une maison de leur institut. Le consentement des bourgeois fut donné en 1624; l'évêque de Saint -Malo accorda son approbation le 20 octobre de cette même année, et des lettres royales d'amortissement du mois d'octobre 1625 sanctionnèrent la propriété des religieuses.

Ainsi, la ville de Ploërmel profita doublement du mouvement qui fit surgir tant de monastères de femmes, dans le courant du xvne siècle, sur ce sol breton où, à côté d'innombrables maisons monastiques ouvertes aux hommes, on n'avait vu jusque-là d'autres asiles ouverts aux femmes que les abbayes de Saint-Georges, de Saint- Sulpice, de la Joie et de Rerlot, et les deux monastères de Carmélites fondés par Françoise d'Amboise : les Couëts et Nazareth.

(1) Archives (TIHe-ct-Vilaine, fonds de SaiiU-Maîo.

Les Carmélites de Ploërinel ont été dispersées par l'orage révolutionnaire. Les Ursulines sont revenues, et sont allées se réfugier dans le couvent des Carmélites. L'étranger doit visiter leur jolie chapelle italienne et le riche retable qui la décore.

C'est dans la chapelle des Carmélites que se réunit l'assemblée du Tiers-État de la sénéchaussée de Pioërmel, le 7 avril 1789 et les jours suivants : parce que la salle d'audience au « palais du roi » comme on disait encore, était trop petite pour contenir les centaines de délégués qui étaient venus de tous les points de cette énorme sénéchaussée formant, comme on le fit remarquer alors, le septième environ de la province. Le procès-verbal de cette assemblée, où germait déjà la Révolution tout entière, est curieux à bien des points de vue, et forme un petit volume de 36 pages in-8° (1). C'est là qu'il faut voir poindre et les idées fort mélangées et encore confuses, et les noms encore obscurs, qui devaient recevoir des événements ultérieurs une consécration et une notoriété plus ou moins désirables.

Mais je ne dois pas oublier que je ne veux point sortir de la ville de Pioërmel, et à Pioërmel, grâce à Dieu, la Révolution n'a point d'histoire.

(î) M. le greffier du tribunal de Pioërmel possède un exemplaire de ces procès-verbaux.

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