VII. Comment S. Armel prêche et guérit un ladre p (auvre
« Comment saint Armel prêcha et guérit un pauvre lépreux. »
VIII. Comment lange noncia à S. Armel sa mort et comment il trépassa.
« Comment l'ange noncia (annonça) à saint Armel sa mort et comment il trépassa. »
Au sommet de ce beau vitrail, on voit l'écu de Bretagne entouré de la Cordelière. Dans le fouillis d'architecture ogivale qui encadre les panneaux, on distingue la figure d'un prophète déroulant un philactère sur lequel sont écrits ces mots : Ecce Virgb concipiet et pariet. Dans les voussures on lit plusieurs fois répété cet autre texte sacré : in omnem terram exivit sonus eorum.
Cette verrière est véritablement le joyau de Ploërmel. Il faut que, dans le cours des restaurations qui se poursuivent avec un grand zèle, on change de place aux orgues pour mettre sous les yeux de tous cette première page de l'histoire religieuse et politique de la cité.
Dans la vitre occidentale de la même chapelle et faisant face au vitrail de Jean l'Epervier, il ne reste plus qu'un fragment d'une figure de saint Jean-Baptiste, aussi du xve siècle.
- loi -
Nous rentrons dans réglise, et nous voilà dans la chapelle de Quéhéon, qui renferme deux grandes verrières. Celle qui décore la fenêtre du Nord est de la fin du xvie siècle et marque déjà la décadence. La Trinité entourée de la Cour céleste remplit le tympan. La Cène occupe la largeur des cinq panneaux. Au bas, le donateur, François Rogier, présenté par saint François, et la donatrice, Henriette de Kerveno, présentée par un personnage dans lequel M. de Courcy a vu un massier, et où je verrais plus volontiers saint Henri. François Rogier de la Guerche, sieur de Quéhéon, épousa en 1588 Henriette de Kerveno. Il était sénéchal de Ploérmel en 1581; il devint procureur-général et président à mortier, et mourut conseiller d'État en 1625 (1). Les armoiries de cette vitre sont d'hermines au greslier de sable, qui est Rogier, et d'azur à dix étoiles d'argent, qui est Kermeno.
La vitre de la fenêtre orientale est beaucoup plus ancienne et remonte au xve siècle, au moins dans ses parties principales. Il y a de trèsnombreux remaniements que constate la date de 1602, et une fâcheuse interversion dans l'ordre des panneaux qui la composent. « On y distingue, dit M. de Courcy (2), des scènes de
(1) Courcy, Guide de Nantes à Lorient, p. 40.
(2) Loco cilato.
la Passion, le Crucifiement, la Descente de Croix, la Résurrection, les Disciples d'Emniaùs, l'apparition de Jésus, sous la figure d'un jardinier, à sainte Marie-Madeleine. Une sainte portant une sorte de boite d'or, qui nous paraît encore la Madeleine avec le vase de parfums, sainte Barbe avec sa tour, saint Christophe, son bâton noueux à la main, traversant les eaux, emportant l'Enfant Jésus sur ses épaules ; enfin, le donateur et la donatrice agenouillés sur des prie-Dieu, et leurs patrons et présentateurs, saint Jean et sainte Hélène. » M. de Courcy reconnaît Jean Rogier et Hélène Josse, sa femme, aux armoiries qui sont d'hermines au greslier de sable et d'azur à une fleur de lys d'argent au chef vairé d'argent et de gueules (1).
La maîtresse vitre a absolument disparu.
Dans la chapelle du chevet, du côté de l'épître, au milieu d'une fenêtre en verre blanc, on voit un crucifiement avec saint François au pied de la croix, de la dernière et très-pauvre manière de la peinture sur verre au xvne siècle.
(1) Ces armoiries ne sont pas celles des Josse, d'après M. de Courcy lui-même, Nobiliaire de Bretagne, elles se rapporteraient avec une légère variante aux Québriac, fondus dans les Guémadeuc, qui étaient gouverneurs de Ploërmel au commencement du xvne siècle. Il y a là un petit problème héraldique que je ne sais point résoudre.
Dans la chapelle où sont aujourd'hui les tombeaux des ducs, il reste quelques fragments insignifiants du vitrail, et des armoiries qui sont, en alliance, de gueules à trois épées d'argent en pal, surmontés de trois besants d'or (Brehault) et d'argent au chevron de sable, au canton de gueules chargé de deux poissons d'argent en fasce (Bourgneuf). Ces Brehault furent seigneurs de Malleville.
Dans la grande fenêtre au-dessus du porche du Sud était une verrière remplie du sujet si connu de l'arbre de Jessé , avec la légende a Hic de Radice processif virgula Jesse. » Au moment où j'écris, elle a été descendue et l'on procède à sa restauration.
Ainsi que j'ai dû le dire, l'église de Saint- Armel ne possède pas un seul débris d'archives. Tout ce que l'on sait de son administration et de ses revenus se trouve dans un pouillé de Saint-3ïalo, du xvn* siècle, et se résume en ceci : « Présentateur : l'ordinaire, — seigneur : le roi,
— évêché de Saint-Malo, — arcliidiaconné de Porhoët, — doyenné de Beignon, — confrairies de la Trinité, du Saint-Sacrement, du Rosaire, des Agonisants. — Les prêtres qui desservent l'église sont nommés par la communauté de ville et forment une communauté au nombre de dix.
— Il y a dans la paroisse vingt-cinq chapelles, soit frairiennes, soit domestiques. » (1)
il) Archives d'HIe-et-Yilaine, fonds de Saint-Malo.
Parmi ces chapelles, dont la plupart n'existent plus, il y en a deux qui méritent une visite :
Saint-Antoine, « chapelle ducale autrefois en titre, » sur la route de Yannes : xvie siècle ;
Saint-Marc, chapelle du château de Malleville, avec trois verrières bien conservées, au bas de l'une desquelles on lit cette inscription : Ceste chapelle et vitre furent faictes Van mil cinq cents xx (1).
(1) Rosenzweig, Statistique archéologique de Var~ rondi s sèment de Ploërmcl, p. 69.
Ml K AILLES. — CHATEAU. — HALLES. — i/ÉTING AU DUC.
Après l'église de Saint-Armel, ce que Ploèrmel offre de curieux à l'archéologue, ce sont ses fortifications (1), que M. l'abbé Guilloux caractérisait en ces termes, au Congrès de l'Association Bretonne, à Vannes, en 1835 : « Le mur d'enceinte avait environ 47 mètres de hauteur sur 2 mètres 50 centimètres ou 3 mètres de large. Il était tout autour défendu par un glacis, qui
(l) On n'a pas trouvé à Ploërmel le plus petit tesson gallo-romain, et les archéologues romains quand même doivent se contenter de ce texte du vieux Le Baud : « Ceux que Jules appeloit aulerciens et Tholomée aulerigiens Diabolites qu'il dit être plus orientais en la Mediterrane que les Yenetenses et que leur cité fut appelée Nêodunum, laquelle cité selon qu'il la situe en sa tierce table de l'Europe, es toit en la partie où est à présent la ville de Plouarmel ainsi maintenant dénommée d'un nobie homme, nommé Armel, qui venant de lisle de Bretagne l'habita. n Le Baud, p. 6.
en était séparé par des douves profondes, larges d'environ 15 mètres, Certaines parties de ces fortifications appartiennent au xme siècle, d'autres, en plus grand nombre, aux siècles suivants jusques et y compris le xvie : la superficie totale de la place était d'environ 2 hectares. » (1)
M. de Courcy a parfaitement décrit ce qui reste de ces murailles : « Si cette enceinte a perdu ses trois portes, elle a conservé en grande partie ses murs munis de mâchicoulis, ses douves et trois de ses tours. La façade ouest de l'église de Saint-Armel touche aux remparts et à une tour, d'où les murs suivent la place Royale en se dirigeant vers la prison. C'est dans le front orienté à l'Est que sont les fossés les plus profonds et une tour bien conservée à l'angle des courtines Nord et Est. De ce point une porte ouvrait sur le faubourg dit la rue des Herses, herses dont les coulisses se voient encore dans la muraille qui longe ensuite la promenade plantée. Ce côté de la place est flanqué d'une troisième tour, d'où le rempart vient se relier à la première tour que nous avons mentionnée, aujourd'hui occupée par un café. » (2)
Au milieu de la ligne septentrionale des remparts on voit surgir au-dessus de la muraille un pignon dentelé; si l'on entre dans la ville et
(1) Bulletin de V Association Bretonne, t. V, p, 26.
(2) P. de Courcy, p. 38.
qu'on se glisse par un guichet sombre, pour voir de plus près cette construction qui porte sur la muraille même, on a devant soi, au fond d'une petite cour triste, un logis du commencement du xvie siècle, bâti avec un certain luxe, aux fenêtres écrasées duquel se jouent des dauphins. C'est ce qui reste du château. On l'avait converti en prison; depuis que la prison est ailleurs, on le laisse absolument tomber en ruine. C'est à travers les plafonds effondrés qu'on peut voir les grandes cheminées en granit sculpté (1).
Tout à côté sont des halles au toit énorme, à la charpente colossale, supportée par des piliers de granit qui ne manquent pas d'élégance. Ces halles gardent aussi le cachet du xvie siècle.
Ainsi, toute la ville fortifiée ne comprenait
(1) Les Actes de Bretagne font connaître quelquesuns des capitaines de Ploërmel :
1406, Guy de Molac.
1457, Olivier de Quélen.
1478, Jacques le Moyne, qui se qualifie connestable de Ploërmel.
1487, Arthur Gruel.
1488, Noël de Han.
1489, Bertrand Madeuc.
Pnis, quand la capitainerie toute militaire fut transformée en gouvernement héréditaire et purement honorifique, on voit cette charge aux mains des seigneurs de Guémadeuc.
pas plus d'espace que le seul bayle de bien des châteaux forts, et, chose très-particulière,' l'église paroissiale, l'église rnère, était en dehors des ruurs.
J'ai parlé, en divers lieux, des quelques maisons curieuses de Ploërmel. Je n'ai rien dit d'une de ces maisons que son nom seul recommande, et qui s'appelle la Monnaie. M. Bigot, dans son excellent livre sur la numismatique bretonne, ne dit qu'un mot de l'atelier monétaire de Ploërmel; il décrit ainsi la monnaie ploermelaise, dont un type serait conservé dans le cabinet de M. de Bréhier, à Josselin :
« La monnaie suivante ne saurait appartenir qu'à Ploërmel. Quoique l'histoire soit muette sur cet atelier, son existence paraît prouvée par la tradition populaire, qui désigne sous le nom de Monnaie une ancienne maison adossée aux murs Nord-Ouest de la ville, f dei : gratia : p — entre deux barres ioh; dessus et dessous une moucheture. — Revers f dux britanie. Croix pattée. Denier de bas billon. » (1)
La dernière curiosité de Ploërmel, c'est l'Étang au Duc, vaste nappe d'eau qui mesure trois lieues de circonférence. Quand on est monté au sommet du monticule qui domine la gigantesque chaussée, et où se voient des ruines d'une cer-
(1) Essai sur les Monnaies du Royaume et Duché de Bretagne, par Al. Bigot, p. 184.
taine importance; quand on entend répéter la tradition populaire que là était la tour du gardien de l'étang, dans laquelle il y avait jour et nuit des chevaux bridés, tout prêts à prévenir les habitants de Malestroit, menacés d'un déluge en cas de rupture de la chaussée; quand on contemple ce lac aux rives vertes et qui a des flots comme une mer tranquille, on se prend à répéter le mot d'Henri IV : « Ventre Saint-Gris, les ducs de Bretagne n'étaient pas de petits compagnons! »
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